Pierre de Villiers (militaire)

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Officier général francais 5 etoiles.svg Pierre de Villiers
Pierre de Villiers en 2015.
Pierre de Villiers en 2015.

Naissance (61 ans)
Boulogne, Vendée (France)
Origine Drapeau : France France
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Armée de Terre
Grade Général d'armée
Années de service 1975-
Conflits Guerre du Kosovo
Guerre d'Afghanistan
Guerre du Mali
Troisième guerre civile centrafricaine
Seconde guerre civile irakienne
Guerre civile syrienne
Commandement Chef d'État-Major des armées
15 février 2014 - 19 juillet 2017
Distinctions Grand officier de l'Ordre national de la Légion d'honneur
Officier de l'ordre national du Mérite
Famille Famille Le Jolis de Villiers

Emblème

Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon, dit Pierre de Villiers, est un général d'armée français, né le à Boulogne en Vendée. Il a été chef d'État-Major des armées du au .

Famille

Article connexe : Famille Le Jolis de Villiers.

Il est le frère cadet de l'homme politique Philippe de Villiers[1].

Marié à 31 ans, il est père de six enfants[2].

Carrière militaire

De 1973 à 2003

Après deux années de corniche au Prytanée national militaire de La Flèche, Pierre de Villiers est admis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1975 (promotion Capitaine Henri Guilleminot). Il entre à la fin de sa formation dans l'arme blindée et cavalerie et rejoint l'école d'application de sa spécialité à Saumur (promotion Lieutenant Charles de Foucauld)[3]. Il est chef de peloton de chars AMX-30 au 2e régiment de dragons à Haguenau dans le Bas-Rhin dès 1978[4].

Il est ensuite entre 1979 et 1987 au 4e régiment de dragons de Mourmelon (où il y avait aussi un peloton de chars AMX30). Il commande l'escadron d’éclairage divisionnaire de la 7e division blindée (EED7) à Valdahon dans le Doubs.

Il est également à trois reprises instructeur des sous-officiers et des lieutenants à Saumur en Maine-et-Loire[4].

En 1989-1990, il est stagiaire à l'École supérieure de guerre (103e promotion de l'ESG) puis, en 1990-1991, stagiaire au Cours supérieur Interarmées (XLIIe session du CSI).

Puis il est nommé comme chef de corps du 501e-503e régiment de chars de combat à Mourmelon-le-Grand dans la Marne[4]. En juin 1999, il commande pendant cinq mois le bataillon d'infanterie mécanisée de la brigade Leclerc, entrée en premier au Kosovo avec l'opération KFOR[4]. Pendant douze ans, il est en poste à Paris à l'état-major de l'Armée de terre, puis à l'inspection de l'Armée de terre et membre de la direction des affaires financières du ministère de la Défense[4].

De 2003 à 2008

De septembre 2003 à juin 2004, il est auditeur au Centre des hautes études militaires et à l'Institut des hautes études de Défense nationale. Adjoint au chef de cabinet militaire du Premier ministre le , il est promu général de brigade le . Il est nommé commandant de la 2e brigade blindée et commandant d'armes de la place d'Orléans le [4], fonctions qu'il occupe jusqu'au . Parallèlement, de à , il commande le Regional Command Capital (RCC) qui regroupe 2 500 militaires de 15 nationalités différentes[4] lors de la guerre d'Afghanistan.

De 2008 à 2014

Il est nommé chef du cabinet militaire du Premier ministre à compter du [4], fonction qu'il occupe jusqu'en , date à laquelle il est remplacé par Bernard de Courrèges d'Ustou.

En , il se voit promettre le poste de chef de l'état-major du président de la République, avant que celui-ci décide de nommer le général Benoît Puga[5].

Par décret du , il est nommé aux fonctions de major général des armées[6].

De 2014 à 2016

Pierre de Villiers en 2014.

Le , il devient chef d'État-Major des armées, succédant à l'amiral Édouard Guillaud[7]. Chargé des ripostes contre l'État islamique après les attentats du , il juge que les nécessaires actions militaires contre cette entité ne peuvent à elles seules garantir la paix et la sécurité, tout en appelant à conforter les moyens de l'Armée française[8],[9].

Il coordonne les opérations extérieures Barkhane au Sahel, Sangaris en République centrafricaine et Chammal en Syrie et en Irak. Il est également chargé de l'opération intérieure à caractère antiterroriste, Sentinelle.

En , il s'exprime en faveur de l'augmentation du budget des armées, demandant sa hausse progressive pour le porter de 1,7 à 2 % du produit intérieur brut (PIB) avant la fin du prochain quinquennat, en 2022[10],[11].

2017

En , durant la campagne présidentielle, Pierre de Villiers exprime de nouveau le souhait de voir porter le budget de la Défense à 2 % du PIB en 2022 — ce qui correspond à une augmentation d'environ trois milliards d'euros par an[12]. Le candidat Emmanuel Macron s'engage quant à lui à atteindre progressivement 2 % à l'horizon 2025[13].

Désaccord sur le budget militaire

Le , dans le cadre d'une réduction globale des dépenses publiques, Gérald Darmanin annonce que le budget de la Défense respectera l'enveloppe votée par le parlement et sera réduit de 850 millions d'euros pour l'année 2017[14]. Le lendemain, Pierre de Villiers expose son désaccord devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale ; « Je ne me laisserai pas baiser comme ça » lance-t-il[15]. Ces propos sont tenus à huis clos, mais une fuite est rapportée par le journal Le Monde[14].

Le , lors du traditionnel discours aux armées, le président de la République, Emmanuel Macron, réaffirme son intention de porter le budget de la Défense à 2 % du PIB. En rappelant « je suis votre chef », il rejette les critiques sur l'effort d'économie prévu et ajoute qu'« il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique »[16] […] « Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire »[17]. Selon Pierre Servent, expert en stratégie militaire, « c'est la première fois qu'un président de la République fait une déclaration aussi brutale vis-à-vis de son chef d'État-Major des armées[18] ». Le même jour, Le Figaro publie une tribune de Pierre de Villiers dans laquelle, selon le quotidien, « il plaide […] pour le respect scrupuleux des engagements pris à l'égard du budget de la défense nationale »[19].

La situation semble s'apaiser le , avec le traditionnel défilé où le président et le général de Villiers paradent ensemble dans le même véhicule.

Démission

Le soir du , le chef d'État-Major réitère ses critiques sur sa page Facebook en écrivant « Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité »[17]. Dans le Le Journal du dimanche du , Emmanuel Macron ouvre la porte à une possible éviction du chef d'État-Major : « La République ne marche pas comme cela. Si quelque chose oppose le chef d'état-major des armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change »[20]. La question d'une démission du chef d'État-Major — acte inédit sous la Ve République[21] — est désormais posée, d'après le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner[22][réf. insuffisante].

Pierre de Villiers démissionne de ses fonctions le mercredi [23] ; ce « fait sans précédent depuis 1958 » est, selon Le Monde, un événement historique[24]. Sa décision est annoncée par un communiqué reproduit intégralement sur le site web de FrancetvInfo[25]. Il publie simultanément sur internet une « lettre à un jeune engagé » dans laquelle il précise qu'il est « indéfectiblement attaché à [s]on pays et à ses armées[26] ». Dans la même journée, le général François Lecointre est nommé pour le remplacer[27].

Le général Pierre de Villiers quitte le ministère des Armées le jour même sous les applaudissements des fonctionnaires et militaires, lesquels forment pour l'occasion une haie d'honneur jusqu'à sa voiture[28],[29].

Réactions et commentaires

Pour l'historien Philippe Vial, Emmanuel Macron « a sifflé la fin de la partie pour tout le monde, administration de Bercy, parlementaires et militaires, tous ceux qui sont entrés dans un jeu de pression ces dernières années en n’en faisant qu’à leur tête en dépit des arbitrages présidentiels »[30]. Selon Ouest France, en le remettant publiquement au pas, Emmanuel Macron a pris le risque de faire passer un acte d’autorité pour une humiliation et pour une limite posée au droit de s’exprimer[31].

Le président de la commission des affaires étrangères du Sénat, Christian Cambon (LR), déplore que les propos du général de Villiers aient pu sortir de la commission de l’Assemblée nationale, où les débats sont tenus à huis clos, ce fait représentant, pour lui, un « grave risque pour la démocratie » dans la mesure où il est nécessaire que les personnalités auditionnées puissent s'exprimer librement, parler « en vérité »[32]. Le député Jean-Luc Mélenchon (FI) publie une vidéo dans laquelle il considère comme « incroyable » que le président « admoneste publiquement le chef d’État-major des armées alors qu'il faisait son devoir en répondant aux questions des députés » ; il ajoute que « ce n'était pas au général de Villiers de payer pour cet abus », se référant à la violation du huis clos à la suite de l'audition du général de Villiers[33]. Le député Olivier Faure (PS) dénonce, dans une question au gouvernement, une « violation des droits du Parlement »[34]. Jean-Jacques Bridey, président (LREM) de la commission de la Défense — qui, selon lelab.europe1.fr, « n'est « pas loin » de penser la même chose que Villiers » — affirme qu'« en aucun cas ce n'était une remise en cause ni de l'autorité ni des choix du président de la République »[35]. Selon L'Express, « la classe politique est à l'unisson contre Macron »[36].

Fin juillet 2017, la cote de popularité du président Emmanuel Macron chute de 10 points dans une enquête Ifop. La démission de Pierre de Villiers constitue le premier facteur de cette baisse de popularité pour Bruno Cautrès du CEVIPOF et pour le sondeur Bruno Jeanbart[37].

Servir

Pour expliquer sa démission, Pierre de Villiers écrit un livre, intitulé Servir (Fayard) et publié le . Il y décrit les restructurations imposées aux armées au cours des dernières années et ses relations avec le chef de l'État[38].

Décorations

Principales décorations

Notes et références

  1. Antoine Fouchet, « Pierre de Villiers : un homme de confiance à la tête des armées » sur La Croix, 15 janvier 2014.
  2. Thomas Hofnung, « Pierre de Villiers. L’ami «mili» », Libération.fr,‎ (lire en ligne).
  3. Archives du capitaine Didier Hallépée.
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Biographie du CEMA, sur le site de l’état-major des armées (consulté le 26 mai 2014).
  5. Alain Barluet, « Le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées, a démissionné », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne).
  6. Décret du 11 mars 2010 portant affectation et élévation aux rang et appellation de général d'armée d'un officier général publié au Journal officiel du 12 mars 2010, sur Légifrance (consulté le 26 mai 2014).
  7. Décret du 16 janvier 2014 portant affectations et élévations d'officiers généraux - M. le général d'armée De Villiers (Pierre), publié au JORF du 17 janvier 2014.
  8. « L’armée n’envisage pas une victoire militaire contre l’EI « à court terme » », lemonde.fr, (consulté le 21 janvier 2016).
  9. Pierre de Villiers, « Gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix », lemonde.fr, (consulté le 21 janvier 2016).
  10. « Le chef d’État-Major des armées réclame plus de moyens », sur franceinter.fr, .
  11. « Le prix de la paix, c’est l’effort de guerre », sur lesechos.fr, .
  12. Michel Cabirol, « Budget défense : ce que veut le général Pierre de Villiers », sur latribune.fr, (consulté le 20 juillet 2017).
  13. « Élection présidentielle : Le budget de la défense », sur lemonde.fr (consulté le 20 juillet 2017).
  14. a et b « La polémique entre Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers en cinq actes », sur francetvinfo.fr, (consulté le 19 juillet 2017).
  15. Avec AFP, « Budget : rappelé à l'ordre, le général de Villiers va-t-il rester en fonction ? », sur challenges.fr, (consulté le 19 juillet 2017).
  16. « Forces armées: Emmanuel Macron reprend la main sur le débat budgétaire », sur lexpress.fr, .
  17. a et b Hadrien Mathoux, « Gros coup de pression d'Emmanuel Macron sur le chef d’État-Major des armées, le général de Villiers », sur marianne.net, .
  18. « Démission du général de Villiers : "Une faute politique importante" d'Emmanuel Macron », sur francetvinfo.fr, (consulté le 19 juillet 2017).
  19. Pierre de Villiers, « Général d'armée Pierre de Villiers : «Soyons fiers de nos armées françaises» », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne).
  20. « Macron sur le budget des armées : "Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis." », sur lejdd.fr, (consulté le 17 juillet 2017).
  21. « La polémique entre Emmanuel Macron et le général de Villiers en cinq actes », sur francetvinfo.fr, (consulté le 17 juillet 2017).
  22. Lundi 17 juillet 2017 sur Franceinfo.
  23. AFP, Le Point, « Le chef d'État-Major des armées Pierre de Villiers démissionne », sur lepoint.fr, .
  24. Nathalie Guibert, « Démission du chef d’État-Major Pierre de Villiers, un fait sans précédent depuis 1958 », sur lemonde.fr, .
  25. « Le général Pierre de Villiers, chef d'État-Major des armées, annonce sa démission », sur francetvinfo.fr, (consulté le 19 juillet 2017).
  26. « Départ », sur www.facebook.com (consulté le 23 juillet 2017)
  27. « Pierre de Villiers démissionne, le général François Lecointre le remplace », sur estrepublicain.fr, .
  28. BFMTV, « Après sa démission, l’impressionnante salve d’applaudissements pour le général de Villiers », BFMTV (consulté le 20 juillet 2017).
  29. « VIDÉO. "Merci" : le vibrant hommage des militaires au général de Villiers », L'express,‎ (lire en ligne).
  30. Natahalie Guibert, « Démission du général Pierre de Villiers : entre Macron et les armées, récit d’une crise historique », sur lemonde.fr, .
  31. « Commentaire. Le départ du général de Villiers, un couac majeur », sur ouest-france.fr, (consulté le 20 juillet 2017).
  32. « Cambon s'alarme sur un « risque pour la démocratie parlementaire » », Public Sénat,‎ (lire en ligne).
  33. Jean-Luc Mélenchon, « #RDLS35 : Général de Villiers, incendies, assistants parlementaires, médias », (consulté le 23 juillet 2017).
  34. « Olivier Faure dénonce une « violation des droits du Parlement », après la démission du général De… », sur glowbi.net (consulté le 21 juillet 2017).
  35. « "Se laisser baiser" par Bercy : le président LREM de la commission de la Défense n'est "pas loin" de penser la même chose que Villiers », sur lelab.europe1.fr, (consulté le 21 juillet 2017).
  36. « Démission du général de Villiers : la classe politique à l'unisson contre Macron », LExpress.fr,‎ (lire en ligne).
  37. Alice Bardo, « Popularité d’Emmanuel Macron : « C’est l’une des plus grosses chutes en début d’exercice » », sur publicsenat.fr, .
  38. Le général de Villiers explique sa démission fracassante dans un livre, Challenges, 8 novembre 2017
  39. « Remise galon de caporal C.E.M.A. », sur Dailymotion, (consulté le 4 septembre 2016).