Pierre Bersuire

Pierre Bersuire[1] (en latin, Petrus Berchorius ou Petrus Bercorius[2]) est un écrivain français du Moyen Âge, né à Saint-Pierre-du-Chemin (actuellement en Vendée) vers 1290[3], mort à Paris en 1362. Moine bénédictin, l'un des principaux lettrés français de son époque, il fut un ami de Pétrarque.

Biographie

Pierre Bersuire fut d'abord brièvement franciscain, puis bénédictin à l'abbaye de Maillezais. Il accompagna sans doute l'abbé, puis évêque de Maillezais Geoffroy Pouvreau lors d'un voyage à la cour pontificale d'Avignon, et s'y fit remarquer pour ses talents. En 1328, il était devenu secrétaire du cardinal Pierre des Prés, vice-chancelier du pape, et le resta jusqu'au début des années 1340. C'est le cardinal qui l'encouragea à se lancer dans ses travaux littéraires, et lui prêta des livres. C'est également à cette époque qu'il devint proche ami de Pétrarque, à qui il rendait visite à Vaucluse[4].

En 1342, il se trouvait à Paris, où il corrigeait son Reductorium morale. Il y resta sans doute dans les années suivantes, et suivit, malgré son âge plus que mûr, des cours à l'Université de Paris. Un acte du 5 mars 1351 (n. st.) nous apprend qu'il était alors détenu dans la prison de l'évêque de Paris, accusé d'hérésie. L'Université le fit reconnaître comme « escolier » et entreprit des démarches auprès du roi Jean le Bon pour le faire libérer, ce qui fut fait quelques jours plus tard[5]. Il détenait alors comme bénéfice ecclésiastique la charge de chambrier de l'abbaye de Coulombs (depuis le 10 décembre 1349). Jean le Bon, roi depuis l'année précédente, avait du goût pour les lettres, et connaissait déjà sûrement Bersuire. Il le nomma secrétaire royal avant février 1352 (charge qu'il remplit jusqu'en 1355) et lui commanda une traduction de Tite-Live en ancien français. En 1354, il fut nommé prieur de Saint-Éloi (dans l'Île de la Cité)[6], par échange de charge avec un autre bénédictin.

En janvier 1361 (n. st.), Pétrarque vint à Paris comme ambassadeur de Galéas Visconti, seigneur de Milan ; lui, Bersuire et quelques autres lettrés parisiens eurent alors de longs échanges ; d'après sa correspondance, il considérait visiblement Bersuire comme le plus éminent lettré de la capitale française. Après sa mort, son neveu Pierre Philippeau lui succéda comme prieur de Saint-Éloi (jusque vers 1406) et entretint sa mémoire.

Œuvres

Pierre Bersuire est un encyclopédiste et un traducteur. On garde de lui :

  • le Reductorium morale : une espèce de vaste encyclopédie dont la visée est d'exposer pour tous les objets considérés (Dieu, les anges, les démons, l'Homme, les organes du corps, les animaux, les plantes, les minéraux, les éléments physiques, les qualités élémentaires...) les leçons morales qu'on en peut tirer ; à rattacher à la vieille tradition médiévale des lapidaires, bestiaires ou volucraires moralisés (Raban Maur, Alexandre Neckam...) ; le livre XV est un commentaire moral des Métamorphoses d'Ovide (Ovidius moralizatus[7]), le livre XVI un commentaire moral de la Bible (Liber Bibliæ moralis) ;
  • le Repertorium morale : immense recueil en forme de dictionnaire alphabétique, contenant des modèles de développements pour les prédicateurs sur tous les sujets imaginables, inspiré notamment du livre de Barthélémy l'Anglais ;
  • la Collatio pro fine operis : épilogue au Repertorium morale ;
  • des sermons ;
  • une traduction de Tite-Live[8] en ancien français (Livre de Tytus Livius de hystoire roumaine), réalisée entre 1352 et 1356 pour le roi Jean le Bon[9].

Les Gesta Romanorum, une collection latine d'anecdotes et de contes, lui sont parfois attribués.

Certains textes de Pierre Bersuire ont connu une grande diffusion jusqu'au XVIe siècle. Du Liber Bibliæ moralis, on connaît deux éditions imprimées dès 1474Ulm et à Strasbourg), deux autres en 1477Cologne et à Deventer), etc. Une traduction française de l'Ovidius moralizatus fut imprimée à Bruges en 1484 (texte attribué au dominicain anglais Thomas Waleys), et l'original latin à Paris en 1509 par Josse Bade (même attribution)[10]. La traduction de Tite-Live par Bersuire est transmise par de nombreux manuscrits. Pour cette traduction, Bersuire a dû créer de nombreux néologismes en ancien français pour rendre les realia antiques, si bien qu'elle a eu un rôle notable dans l'accession du français au statut de langue savante. Au XVe siècle, la traduction de Bersuire a été reprise par Jean Mansel, d'abord dans ses Histoires romaines (ensemble plus large), ensuite dans sa Fleur des histoires, compilation d'histoire universelle largement diffusée. Le texte de Bersuire fut aussi abrégé par Henri Romain, en 1477, pour son Compendium historial. Il y en eut une traduction catalane à la fin du XIVe siècle et une traduction castillane, due à Pedro Lopez de Alaya, chancelier de Castille, vers 1400. En Écosse, John Bellenden se servit du texte de Bersuire pour donner une version anglaise de Tite-Live (à la demande de Jacques V) en 1533.

Liens externes

Liens internes

Notes et références

  1. Bersuire est l'ancienne forme du nom de Bressuire, à 25 km de Saint-Pierre-du-Chemin, village natal de l'écrivain.
  2. Forme francisée anciennement en « Pierre Bercheure » ou « Pierre Berchoire ». « Bercheure » est une prononciation poitevine de Bressuire.
  3. Pétrarque, né en 1304, le qualifie de « vénérable » dans une de ses lettres.
  4. Dans une lettre de 1338, Pétrarque le qualifie de « vir insignis pietate et litteris ». Il l'appelle Petrus Pictavensis (« Pierre le Poitevin »).
  5. Un commissaire de l'officialité, maître Jean Leroyer, fut condamné à une amende pour avoir torturé Bersuire dans la prison. Ce dernier demanda aussi à être indemnisé, car les sergents de l'évêque avaient complètement pillé sa maison.
  6. Le prieuré de Saint-Éloi occupait une partie de l'emplacement de l'actuelle préfecture de police (partie nord). Fondé par saint Éloi en 632 comme couvent féminin, c'était depuis 1107 un prieuré bénédictin masculin. L'église a été démolie en 1863, sa façade, datant de 1705, étant remontée sur l'église des Blancs-Manteaux. Pierre Bersuire y était enterré.
  7. À ne pas confondre avec L'Ovide moralisé, poème en ancien français datant du début du XIVe siècle, d'auteur inconnu, adaptation en ancien français des Métamorphoses.
  8. Plus précisément des parties de l'œuvre qui étaient connues à l'époque : les 1re et 3e décades en entier et la 4e moins le livre 33. De nos jours, on connaît en plus le livre 33 et la première moitié de la 5e décade (livres 41 à 45), moins quelques lacunes et plus quelques fragments.
  9. Parmi les manuscrits : le Ms 777 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris (le « Tite-Live de Charles V ») ; le Ms 730 de la Bibliothèque municipale de Bordeaux (ce manuscrit est en parchemin, contient 478 feuillets à 2 colonnes, avec de nombreuses miniatures réalisées notamment par le Maître de la Mort).
  10. L'attribution à Pierre Bersuire a été rétablie en 1881 par Jean-Barthélemy Hauréau.