Philippe V le Long

Philippe V
Illustration.
Sacre de Philippe V. Enluminure du XIVe siècle conservée à la Bibliothèque nationale de France.
Titre
Roi de France et de Navarre

(5 ans, 1 mois et 15 jours)
Couronnement ,
en la cathédrale de Reims
Prédécesseur Jean Ier
Successeur Charles IV
Régent du Royaume de France

(5 mois et 14 jours)
Monarque Entre la mort de Louis X et celle de son fils posthume Jean Ier
Comte de Poitiers
Prédécesseur Alphonse II
Successeur Louis Ier de Naples
Comte de Bourgogne
Prédécesseur Mahaut d'Artois
Successeur Eudes IV de Bourgogne
Biographie
Dynastie Capétiens
Date de naissance v. 1293
Lieu de naissance Lyon (France)
Date de décès
Lieu de décès Longchamp (France)
Sépulture Basilique de Saint-Denis
Père Philippe IV le Bel
Mère Jeanne Ire de Navarre
Conjoint Jeanne II de Bourgogne
Enfants Jeanne de France
Marguerite de France
Isabelle de France
Blanche de France

Philippe V le Long
Rois de France
Rois de Navarre

Philippe V (v. 1293 – 3 janvier 1322), surnommé « le Long », est roi France et de Navarre (sous le nom Philippe II). Il règne de 1316 à sa mort et est l'avant-dernier monarque de la dynastie des Capétiens directs.

Second fils du roi Philippe IV, il reçoit en apanage le comté de Poitiers, tandis que son frère aîné Louis X hérite du trône en 1314. Lorsque Louis meurt en 1316, il laisse une fille ainsi qu'une épouse enceinte, Clémence de Hongrie. Philippe le Long obtient la régence du royaume. La reine Clémence donne peu après naissance à un fils, qui est proclamé roi sous le nom de Jean Ier, mais le nourrisson meurt subitement cinq jours plus tard.

À la mort de son neveu, Philippe se fait immédiatement sacrer à Reims. Toutefois, sa légitimité est contestée par les partisans de Jeanne, la fille de Louis X. Philippe V conteste les revendications de sa nièce en utilisant plusieurs arguments, notamment son jeune âge, les doutes concernant sa paternité — sa mère avait été impliquée dans l'affaire de la tour de Nesle — et la réunion des États généraux qui confirment que les femmes sont exclues de la succession au trône de France. La succession en faveur de Philippe crée un précédent dans la succession au trône, qui sera plus tard connu sous le nom de Loi salique.

Philippe V restaure de bonnes relations avec le comté de Flandre, qui est entré en rébellion ouverte sous le règne de son père. Cependant, les relations avec Édouard II d'Angleterre se dégradent lorsque le roi d'Angleterre, qui est aussi duc d'Aquitaine, refuse initialement de rendre hommage à Philippe pour ses possessions continentales. Une croisade populaire part en 1320 de Normandie afin de libérer l'Ibérie des Maures. Au lieu de cela, la population mécontente marche vers le sud où elle s'attaque aux châteaux, aux officiers royaux, aux prêtres, aux lépreux et aux Juifs. Philippe V s'engage dans une série de réformes domestiques destinées à améliorer la gestion du royaume. Ces réformes incluent la création d'une Chambre des comptes indépendante, la standardisation des poids et mesures et l'établissement d'une devise unique.

Philippe V meurt de dysenterie en 1322 sans héritier mâle pour lui succéder. C'est donc son frère Charles IV, bénéficiant du précédent créé par Philippe en 1316, qui lui succède sur le trône.

Personnalité et mariage

Armoiries de Philippe lorsqu'il est comte de Poitiers.

Philippe naît à Lyon. Il est le second fils du roi de France Philippe IV le Bel et de son épouse la reine Jeanne Ire de Navarre. Son père lui accorde le comté de Poitiers en apanage en 1311. Les historiens modernes ont décrit Philippe comme un homme "d'une intelligence et d'une sensibilité considérables" et "le plus sage et le plus capable politiquement" des trois fils de Philippe le Bel[2]. Philippe est influencé par les troubles qu'a subis son père en 1314, ainsi que les difficultés rencontrées par son frère aîné Louis X, dit "le Hutin"[3]. Au cœur des problèmes de Philippe IV et de Louis X se trouve celui de la levée de taxes en dehors des périodes de crises[3].

Philippe épouse le 21 janvier 1307 Jeanne[4], la fille aînée d'Othon IV, comte palatin de Bourgogne et de Mahaut, comtesse d'Artois. Jeanne devient comtesse de Bourgogne en 1315, puis, après la mort de sa mère, comtesse d'Artois en 1329. Par ce mariage, Philippe de Poitiers est lui-même comte palatin de Bourgogne de 1315 à 1322. Initialement, c'est Louis X qui doit épouser Jeanne mais Philippe le Bel choisit finalement de lui faire épouser Marguerite de Bourgogne en 1305[5]. Cette union peut amener Philippe à briguer la dignité impériale. Les historiens modernes ont peu de preuves pouvant préciser si le mariage de Philippe et de Jeanne a été heureux, mais le couple a beaucoup d'enfants en très peu de temps[6]. Par ailleurs, Philippe a été exceptionnellement généreux dans les cadeaux qu'il a faits à son épouse[5] et s'est assuré que les terres et les dons financiers qu'il lui a faits ne lui soient pas repris à sa mort[7]. Ainsi, Jeanne de Bourgogne reçoit plusieurs palais ainsi que des bijoux. De plus, Philippe lui accorde les propriétés de tous les Juifs de Bourgogne en 1318[8].

Au début de l'année 1314, Jeanne est impliquée dans l'affaire de la tour de Nesle. Marguerite de Bourgogne est convaincue d'adultère avec un chevalier, sous le témoignage de la reine d'Angleterre Isabelle, sœur de Philippe[9]. Pour sa part, Jeanne est soupçonnée d'avoir eu connaissance de l'adultère de Marguerite. Placée en maison d'arrêt à Dourdan pour s'y repentir, elle ne cesse de protester son innocence[10]. En 1315, Jeanne est innocentée par le Parlement de Paris, sans doute grâce à l'influence de Philippe, et est autorisée à retourner à la cour. On ignore encore pourquoi Philippe l'a tant soutenue. Certains suggèrent qu'il était inquiet de perdre la Bourgogne s'il venait à divorcer de Jeanne. D'autres avancent pour preuve que Philippe a écrit des lettres passionnées à son épouse et était véritablement épris d'elle[10].

À la mort de Philippe IV le 29 novembre 1314, son fils aîné Louis X monte sur le trône. Devant faire face à la fronde des grands féodaux, Louis reçoit le soutien décisif de son frère Philippe de Poitiers en échange de l'héritage du comté de Bourgogne, ce qui est contraire au testament de leur père Philippe le Bel. Celui-ci a acheté en 1295 les droits de la Comté Franche à Othon IV de Bourgogne en échange d'une alliance matrimoniale. En acceptant de perdre ses droits de succession sur le comté de Bourgogne, Jeanne de Bourgogne en conserve la jouissance et le titre. Selon le testament de Philippe IV, le comté doit revenir à la couronne si Philippe de Poitiers et Jeanne de Bourgogne n'ont pas de fils. Philippe de Poitiers monnaye son appui à Louis X en exigeant que son épouse Jeanne puisse léguer le comté de Bourgogne à sa fille aînée, en plus de l'Artois qui lui vient de sa mère Mahaut. Cet accord, par lequel Louis X paye la stabilité de son début de règne, amènera sous le règne de Louis XI la difficile succession de la Bourgogne et de l'Artois, réunies entre les mains des Habsbourg par mariage, et sous Louis XIV la guerre de Dévolution de l'Artois et de la Franche-Comté.

Régence et accession au trône

Philippe se fait couronner en hâte après la mort de son neveu Jean Ier, afin de prendre de vitesse ses ennemis.

Le frère aîné de Philippe, Louis X, meurt le 5 juin 1316, laissant son épouse Clémence de Hongrie enceinte[11]. Plusieurs candidats revendiquent la régence en attendant l'accouchement de la reine, dont Charles de Valois, l'oncle de Philippe qui a véritablement gouverné la France pendant le bref règne de Louis X, et Eudes IV de Bourgogne, le frère de Marguerite de Bourgogne et l'oncle de Jeanne, fille supposée de Louis X par son premier mariage. Philippe s'empresse d'écarter ces possibles prétendants et de s'emparer de la régence[4]. La reine Clémence met au monde le 14 novembre 1316 un fils, Jean Ier. Philippe s'impose pour assurer la régence jusqu'à la majorité de son neveu. Mais ce fils posthume de Louis X meurt cinq jours après sa naissance[11].

La mort de Jean Ier crée un précédent dans la dynastie des Capétiens directs. Pour la première fois, le roi de France meurt sans héritier mâle. Les barons décident de se réunir pour déterminer à qui doit échoir la couronne. Jeanne, fille de Louis X, est considérée comme une candidate possible au trône par sa famille de Bourgogne. Beaucoup de barons mettent toutefois en doute la légitimité de la princesse[11], qui est considérée par Philippe non pas comme la fille de Louis X mais du chevalier Philippe d'Aunay[4]. Philippe, qui a conscience que seule sa nièce est un obstacle à son avènement au trône, sait qu'il va devoir combattre les grands féodaux, dont son oncle Charles de Valois est un des meneurs et qui jusque-là soutient les droits au trône de Jeanne. Charles rallie son neveu après avoir négocié[4]. Ensuite, le régent Philippe apaise Eudes IV de Bourgogne : il lui promet la main de sa fille aînée Jeanne en mettant dans le panier de la fiancée l'héritage des comtés de Bourgogne et d'Artois mais en échange Eudes doit abandonner les droits de sa nièce au trône[11].

Le 9 janvier 1317, Philippe est sacré roi dans l'église Saint-Rémy-de-Reims[12]. La majorité des barons de France n'est pas présente au sacre et des troubles éclatent en Champagne et en Bourgogne[13]. En conséquence, Philippe V réunit le 2 février 1317 les États généraux à Paris[4]. Réussissant à faire interpréter en sa faveur la coutume qui sera formalisée plus tard sous les aspects de la Loi salique, Philippe obtient que l'assemblée déclare qu'il est mieux placé au trône que sa nièce Jeanne, car séparé de Saint Louis par deux générations contre trois pour Jeanne, et que « femme ne succède pas au royaume de France ». Cette proclamation officielle se fait en dépit de l'opposition de certains barons, dont Charles de la Marche — dernier fils de Philippe le Bel et frère cadet de Philippe V — et de la duchesse Agnès de Bourgogne qui protège les droits de sa petite-fille Jeanne[11].

Réformes domestiques

Philippe prend des mesures pour réformer la monnaie de France pendant son règne, dont ces pièces de tournois en argent.

En matière de politique interne, Philippe s'affiche comme un roi puissant et populaire[4], malgré la situation incertaine de la France qui produit continuellement des mauvaises récoltes, ce qui provoque la Grande famine[2]. Philippe V suit les pas de son père Philippe le Bel, en essayant de placer la couronne de France sur une base fiscale solide et en révoquant bon nombre de décisions impopulaires prises par Louis X. Il instaure aussi des réformes au sein de son gouvernement, en réformant la monnaie et en cherchant à standardiser les poids et mesures[4], malgré l'opposition des seigneurs du Midi.

En 1317, Philippe V réédite un acte promulgué par son père en 1311, qui condamne l'aliénation et le vol des ressources royales et des postes administratifs dans les provinces[3]. En 1318, sa légitimité sur le trône étant définitivement assurée, il va plus loin, en établissant dans un nouvel acte une distinction entre le domaine royal français — l'ensemble des terres et des titres qui appartiennent en permanence à la couronne — et les terres et titres qui ont été confisqués par la couronne pour une raison ou une autre[3]. Ainsi, si la couronne doit accorder de nouvelles terres aux nobles, les terres données par le roi proviennent forcément de terres auparavant confisquées. Cette mesure s'applique à double tranchant, car elle renforce à la fois les pouvoirs inaliénables de la couronne, tout en rassurant également les nobles que leurs terres sont garanties à moins qu'elles ne viennent à être confisquées pour un quelconque crime ou délit[3]. En pratique, Philippe ne s'est pas entièrement conformé à ses principes autoproclamés sur l'octroi de terres et de titres royaux, mais il a été beaucoup plus conservateur dans ces domaines que ses prédécesseurs immédiats[14].

Philippe V organise ses réformes en s'entourant de légistes compétents ou de comptables efficaces. Ainsi, le futur cardinal Pierre Bertrand le conseille en ce qui concerne les réformes sur la monnaie présentées au Parlement[15]. Le roi organise le Trésor qui est dirigé par Henri de Sully, grand bouteiller de France. En promulguant l'ordonnance de Vivier-en-Brie[16] en janvier 1320, le roi crée la Chambre des comptes qui deviendra plus tard la Cour des comptes[17]. Les deux administrations royales sont placées sous le ministère d'Henri de Sully pendant toute la durée du règne de Philippe V. L'un des trésoriers, Giraud Gayte, se rend particulièrement impopulaire et est victime d'une purge qui suit la mort du roi en 1322.

Résolution des conflits en Flandre et en Angleterre

Philippe parvient à trouver une solution diplomatique et dynastique à la suite des longues tensions entre la couronne et le comté de Flandre.

Philippe réussit à trouver une issue au problème flamand. Le comte de Flandre gouverne comme un monarque indépendant et ce, aux dépens de la couronne[18]. Le roi de France est censé être le suzerain du comté mais depuis 1297, les relations franco-flamandes se sont tendues[18]. Philippe le Bel a subi un revers sérieux à la bataille de Courtrai en 1302 en essayant de réaffirmer l'autorité française en Flandre[18] et, malgré sa victoire finale à Mons-en-Pévèle en 1304, la Flandre essaie de se dérober dans les années qui suivent aux injonctions royales.

Robert III de Flandre continue la résistance militaire face à la France, notamment lors de la levée d'osts royaux en 1314 et 1315, mais l'avènement de Philippe V l'isole politiquement[19]. Pendant ce temps, la position française devient fragile par le besoin incessant de se préparer à une insurrection en Flandre. Louis X a fait prohiber en 1315 les exportations de grain et d'autres matériaux vers la Flandre, résultant en une industrie de contrebande rentable qui décourage à son tour le commerce légal avec la couronne au nord du royaume. Louis est contraint de réquisitionner directement de la nourriture pour ses armées, ce qui entraîne une série de plaintes de la part des seigneurs locaux et de l'Église[20]. De son côté, Philippe commence à rétablir un système de compensation approprié en 1317, mais la situation demeure instable[21].

Philippe et Robert veulent tous deux éviter l'engagement militaire et recherchent un compromis[21]. Tout d'abord, Robert accepte de rendre l'hommage à Philippe au Palais de la Cité le 5 mai 1320. Le 2 juin suivant, le comte de Flandre parvient à un accord : il accepte de marier son petit-fils et futur héritier Louis de Nevers avec Marguerite, deuxième fille du roi de France. Cette union apporte à Robert, puis à Louis, un soutien de la couronne en Flandre[19]. Ce mariage profite également à Philippe V, car Louis de Nevers a été élevé pendant quelques années par Philippe lui-même[22] et a reçu une certaine culture française[23]. Le compromis est un succès diplomatique considérable pour Philippe, bien que les liens resserrés entretenus par Louis avec la France conduiront plus tard à un soulèvement paysan en Flandre[24].

Philippe doit également faire face à des difficultés avec le roi d'Angleterre Édouard II. Comme le comte de Flandre, Édouard doit rendre l'hommage au roi de France pour les terres qu'il possède en Gascogne. Le roi d'Angleterre est peu enclin à remplir cette tradition féodale, puisqu'il est lui-même souverain et que la Gascogne a depuis un certain temps coupé les liens avec la couronne de France[13]. Édouard n'a pas rendu l'hommage à Louis X et décline initialement la demande de Philippe V, qui est réputé être plus favorable aux Anglais que Louis[13]. En 1319, Philippe autorise Édouard à rendre l'hommage par procuration mais le somme de le rendre lui-même en 1320[13]. Le 29 juin 1320, en la cathédrale d'Amiens, Philippe V reçoit l'hommage simple du roi d'Angleterre pour le duché de Gascogne, le comté de Ponthieu et la ville de Montreuil[25]. Philippe insiste également pour que Édouard lui fasse un serment de fidélité personnelle, une demande qui va au-delà des règles traditionnelles. Édouard II s'y refuse, mais cet épisode marque un début de tensions entre la France et l'Angleterre pour les possessions continentales des Plantagenêts, qui vont s'aggraver après la mort de Philippe en 1322.

Croisades

Le pape Jean XXII, initialement un allié proche de Philippe V dans le mouvement des Pastoureaux, finit par critiquer la violente croisade qui a lieu en 1320.

Philippe va jouer un rôle dans le mouvement recrudescent des croisades au début du XIVe siècle. Le pape Jean XXII, élu à l'été 1316 à Lyon par un conclave assemblé sur ordre de Philippe lui-même, affiche son désir de voir se concrétiser de nouvelles croisades[26]. Philippe IV avait lui-même adhérer à un projet présenté au concile de Vienne en 1312, auquel devait participer son fils cadet Philippe[27]. Par ailleurs, au cours d'une visite d'Édouard II à Paris en 1313, Philippe IV et le roi d'Angleterre avaient juré de prendre la croix[27]. Une fois installé sur le trône, Philippe se sent obligé de matérialiser ce projet et reçoit pour accomplir ce souhait des fonds de la part du pape Jean[26]. Jean accepte le retard de l'expédition sur la demande de Philippe, qui souhaite que soit d'abord réglée la situation en Flandre[28]. Néanmoins, Jean XXII assure les Arméniens que Philippe va bientôt organiser une croisade pour les soulager des pressions musulmanes[28]. L'avant-garde de la croisade prend le large dès 1319 sous les ordres de Louis Ier de Bourbon mais la flotte française est détruite au large de Gênes[29]. Pendant l'hiver 1319-1320, Philippe organise une série de rencontres avec les commandants militaires français en préparation d'une seconde expédition[27]. Ceux-ci se renseignent alors sur le traité concernant les croisades écrit par Guillaume Durand[30]. À la fin du règne de Philippe, pourtant, ses relations avec Jean XXII se sont durcies à propos de la dépense des nouveaux fonds accordés par le pape et à cause de la gestion difficile de la croisade des Pastoureaux[29].

La croisade des Pastoureaux émerge en Normandie en 1320. Le déclenchement de ce mouvement à ce moment précis est dû aux appels répétés à la croisade par Philippe V et ses prédécesseurs. Ces appels n'aboutissent à aucune expédition militaire de grande ampleur mais conduisent en 1320 à une croisade populaire qui n'est cependant contrôlée par aucun seigneur laïc ou ecclésiastique[31]. L'intention de Philippe de conduire une nouvelle croisade est certainement devenue publique au printemps 1320. De plus, la solution pacifique en Flandre laisse un grand nombre de soldats démobilisés, auxquels se joignent des paysans[21]. Le départ de ces « croisés » aboutit en réalité à une vague d'antisémitisme en France au cours de laquelle sont menacés les Juifs, les places royales[32], le clergé[33] et la capitale elle-même[21]. Le mouvement est finalement condamné par le pape Jean, qui commence à douter sérieusement de l'intention d'aller combattre les Maures en Ibérie[34]. Le roi de France se retrouve contraint de supprimer cette croisade : les Pastoureaux sont écrasés ou exécutés, les survivants s'enfuient au-delà des Pyrénées pour aller trouver refuge en Aragon[21].

Peur des lépreux

Article détaillé : Peur des lépreux de 1321.
Gisants de Philippe V, de son frère cadet Charles IV et de sa belle-sœur Jeanne d'Évreux.

En 1321, une conspiration supposée — la « peur des lépreux » — est découverte en France. L'accusation contre les lépreux, apparemment infondée, est qu'ils auraient empoisonné les puits de nombreuses villes et que cette activité aurait été orchestrée par la communauté juive[11], secrètement missionnée par les Musulmans[35]. La peur s'inscrit dans l'atmosphère fébrile qu'a créée la croisade des Pastoureaux l'année précédente ainsi que la famine incessante depuis l'hiver 1314[35].

En 1321, les Juifs de France sont étroitement connectés avec la couronne de France. Philippe V a ordonné que les fonctionnaires royaux assistent les prêteurs juifs dans le recouvrement des dettes chrétiennes. Cependant, quelques fonctionnaires locaux soutiennent que la couronne devrait hériter des propriétés des marchands juifs décédés[36]. À la suite des événements de 1320, Philippe s'est impliqué dans les poursuites en justice de ceux qui ont attaqué les Juifs pendant la croisade des Pastoureaux, ce qui renforce l'aversion de la population contre la minorité juive[37]. Des rumeurs et des accusations contre les lépreux ont également circulé en 1320 et certains ont été persécutés par les Pastoureaux[38].

Philippe se trouve à Poitiers en juin 1321, alors qu'il réalise un tour du sud du royaume afin d'y réformer le système fiscal. Il est informé que la peur des lépreux se diffuse. Philippe publie un édit ordonnant que tout lépreux coupable d'empoisonnement soit brûlé et que ses biens soient confisqués par la couronne[39]. Le tour du sud du royaume et les plans de réformes, bien que loués par les historiens modernes, créent une opposition locale importante. Cette impopularité du roi coïncide selon les historiens avec l'éclatement de la violence[40]. Le déchainement de la violence à l'encontre des lépreux met le roi dans une situation difficile, car il ne peut ni cautionner ni condamner la persécution. En effet, la première option pourrait conduire à davantage de violence tandis que la seconde porterait atteinte à l'autorité royale[41]. Certains Juifs quittent la France en raison de la peur des lépreux mais Philippe refuse de signer un quelconque édit, ce qui limite ainsi l'impact de la violence[42],[43],[44],[45].

Mort et succession

Atteint de dysenterie et de fièvre quarte à partir d'août 1321, Philippe est soigné à l'aide de bois et d'un clou de la Vraie Croix, ainsi que d'un bras de Saint Simon[46]. Après un bref répit, il meurt à l'abbaye de Longchamp, près de Paris, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1322, après cinq mois de souffrance. Il est inhumé dans la basilique Saint-Denis, tandis que ses viscères sont déposées au couvent des Jacobins de Paris. Sa sépulture à Saint-Denis, comme celles de tous les autres princes et dignitaires reposant en ce lieu, sera profanée par les révolutionnaires le 25 octobre 1793.

Par le précédent invoqué par Philippe en 1316, Philippe a pour successeur son frère cadet Charles IV le Bel, puisqu'il est mort sans descendant mâle. Charles meurt également sans descendant mâle en 1328, ce qui conduit finalement à la revendication du trône de France par Édouard III d'Angleterre — petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle — en 1337 et le déclenchement de la guerre de Cent Ans.

Union et descendance

En janvier 1307, Philippe épouse Jeanne de Bourgogne. De cette union sont issus cinq enfants[47] :

Dans la fiction

Philippe est un personnage de la série romanesque historique Les Rois maudits, écrite par Maurice Druon. Philippe est interprété par José-Maria Flotats dans l'adaptation télévisée de 1972 et par Éric Ruf dans celle de 2005[50],.

Ascendance

Notes et références

  1. a et b Brown, p.126.
  2. a, b, c, d et e Brown, p.127.
  3. a, b, c, d, e, f et g Wagner, p.250.
  4. a et b Brown, p.130.
  5. Brown, p.134.
  6. Brown, pp.138–141.
  7. Brown, pp.141–4.
  8. Drees, p.398
  9. a et b Brown, p.138.
  10. a, b, c, d, e et f Rose, p.89.
  11. Jordan(2005), p.69
  12. a, b, c et d Fryde, p.139.
  13. Brown, 129.
  14. Drees, p.45.
  15. Ordonnance de Philippe V le Long.
  16. Duby, p.309.
  17. a, b et c Holmes, p.16.
  18. a et b TeBrake, p.47.
  19. Jordan, pp.169–170.
  20. a, b, c, d et e Jordan, p.170.
  21. TeBrake, p.46.
  22. TeBrake, pp.46–7.
  23. TeBrake, p.50.
  24. Fryde, p.140.
  25. a et b Housley 1986, p.20.
  26. a, b et c Riley-Smith, p.266.
  27. a et b Housley 1986, p.21.
  28. a et b Housley 1986, p.22.
  29. Housley 1992, p.31.
  30. Barber, pp.159–162.
  31. Nirenburg, p.45.
  32. Housley, 1992, p.32.
  33. Housley 1986, p.145.
  34. a et b Jordan, p.171.
  35. Nirenburg, p.50.
  36. Nirenberg, p.51.
  37. Nirenberg, p.53.
  38. Nirenberg, p.55.
  39. Nirenberg, p.60.
  40. Nirenberg, p.65.
  41. Nirenburg, p.67.
  42. Jean Duvernoy, Le registre d'inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers, 1318-1325 : manuscrit Vat. Latin no 4030 de la Bibliothèque vaticane -- publié avec introduction et notes par Jean Duvernoy, Paris, Privat, 1965-1972, p. Introduction
  43. Isabelle Guyot-Bachy, « Expediebat ut unus homo moreretur pro populo : Jean de Saint-Victor et la mort du roi Philippe V », dans Saint-Denis et la royauté : mélanges offerts à Bernard Guenée, Actes du Colloque international en l'honneur de B. Guenée, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, note 39, p. 501-502.
  44. Philippe Buc, « À propos de Communities of Violence de David Nirenberg (note critique) », Annales. Histoire, Sciences sociales, no 6 (53e année),‎ , p. 1243-1249 (lire en ligne).
  45. Bulletin de la Société historique d'Auteuil et de Passy, volume 5, 1904, page 29.
  46. Sa descendance sur le site Medieval Lands.
  47. Anne-Hélène Allirot, Filles de roy de France, Princesses royales, mémoire de saint Louis et conscience dynastique (de 1270 à la fin du XIVe siècle), Turnhout, Brepols, , 630 p. (ISBN 978-2-503-53594-4), p. 68, note 89
  48. (en) Elizabeth A. R. Brown, « The King's Conundrum : Endowing Queens and Loyal Servants, Ensuring Salvation, and Protecting the Patrimony in Fourteenth-Century France », dans John Anthony Burrow et Ian P. Wei, Medieval Futures : Attitudes to the Future in the Middle Ages (recueil d'articles), Woodbridge, The Boydell Press, (ISBN 9780851157795), p. 130 et note 30.
  49. « Official website: Les Rois maudits (2005 miniseries) » [archive du ], (consulté le 25 juillet 2015)

Annexes

Sources imprimées

Bibliographie

  • Olivier Canteaut, Philippe V et son Conseil : le gouvernement royal de 1316 à 1322, thèse de l'École nationale des Chartes, 2000, [présentation en ligne].
  • Isabelle Guyot-Bachy, « Expediebat ut unus homo moreretur pro populo : Jean de Saint-Victor et la mort du roi Philippe V », dans Saint-Denis et la royauté : mélanges offerts à Bernard Guenée, Actes du Colloque international en l'honneur de B. Guenée, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 493-504.
  • Charles-Victor Langlois, Saint Louis, Philippe le Bel, les derniers Capétiens directs (1226-1338), t. III, 2e partie, Paris, Librairie Hachette, coll. « Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolution », , 434 p. (lire en ligne)
    Réédition : Charles-Victor Langlois, Saint Louis, Philippe le Bel, les derniers Capétiens directs (1226-1338), Paris, Jules Tallandier, coll. « Collection Monumenta historiae » (no 2), , 448 p. (ISBN 2-235-00497-0, lire en ligne).
  • Paul Lehugeur, Histoire de Philippe le Long, roi de France (1316-1322), t. I : Le règne, Paris, Librairie Hachette, , XXXI-475 p. (lire en ligne)
    Réédition : Paul Lehugeur, Histoire de Philippe le Long, roi de France (1316-1322), t. I : Le règne, Genève, Slatkine Megariotis Reprints, , XXXI-475 p. (lire en ligne).
  • Paul Lehugeur, Histoire de Philippe le Long, roi de France (1316-1322), t. II : Le mécanisme du gouvernement, Bordeaux / Paris, Imprimerie J. Bière / Librairie du Recueil Sirey, , 358 p. (présentation en ligne)
    Réédition : Paul Lehugeur, Histoire de Philippe le Long, roi de France (1316-1322), t. II : Le mécanisme du gouvernement, Genève, Slatkine Megariotis Reprints, , 358 p. (lire en ligne).
  • François Menant, Hervé Martin, Bernard Merdrignac et Monique Chauvin, Les Capétiens : histoire et dictionnaire, 987-1328, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , LXXIX-1220 p. (ISBN 2-221-05687-6, présentation en ligne).

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