Phaéton

(Redirigé depuis Phaeton)
Sarcophage Farnèse illustrant le mythe de Phaéton, sarcophage romain en marbre du IIe siècle, Museo dell'Opera del Duomo de Florence

Dans la mythologie grecque, Phaéton ou Phaéthon (en grec ancien Φαέθων / Phaéthôn, « le brillant ») est le fils d'Hélios, le Soleil et (selon certaines sources, dont Ovide), de l'Océanide Clymène. Il est mort foudroyé pour avoir perdu le contrôle du char solaire de son père, et avoir ainsi manqué d'embraser le monde.

Origine

Le nom de « Φαέθων » est utilisé comme une épithète d'Hélios chez Homère[1], et devient ensuite un nom du dieu à part entière chez certains auteurs[2]. Cependant, comme le note Timothy Gantz[3], Phaéton est absent des sources archaïques : on possède de cette période une seule citation d'Hygin qui attribue à « Hésiode » l'invention des larmes des sœurs de Phaéton[4].

Phaéton est essentiellement connu comme un personnage distinct : Ovide, qui livre la version la plus célèbre du mythe, en fait le fils du Soleil et de l'Océanide Clymène[5],. Dans certaines traditions minoritaires, Phaéton est le fils d'Hélios et de la nymphe Rhodé (fille d'Asopos)[7], ou bien d'Hélios et Proté[8], ou encore de Clyménos et de l'Océanide Mérope[9].

D’après Clément d'Alexandrie, la légende de Phaéton se déroule au temps de Crotopos, tout comme le déluge de Deucalion[10]. Aristote rapporte l'opinion de certains Pythagoriciens, pour qui la Voie lactée était une trace de l'embrasement du ciel causé par Phaéton[11].

Le mythe selon Ovide

Phaeton (1878), tableau de Gustave Moreau.

L'histoire de Phaéton commence à la fin du Livre I des Métamorphoses et s'étend sur les 330 premiers vers environ du Livre II[12].

Phaéton s'étant vanté auprès de son camarade Épaphus de son ascendance solaire, celui-ci le raille et met sa parole en doute. Le jeune homme, vexé, va demander confirmation auprès de sa mère Clymène, qui lui assure qu'il est bien le fils de Phébus[13], le dieu-soleil : s'il ne la croit pas, qu'il aille donc le lui demander lui-même. Phaéton s'exécute et se rend à la demeure du Soleil, quelque part à l'Orient. Dans ce palais magnifique, Phébus trône en majesté ; il reçoit le jeune homme avec bienveillance, le reconnaît volontiers pour son fils, et lui propose, pour preuve, de lui accorder une faveur. Phaéton le prend au mot et réclame de conduire le char du Soleil toute une journée. Phébus se repent alors de sa promesse inconsidérée et tâche de détourner son fils de cette idée, lui montrant les difficultés et les dangers qui l'attendent, mais Phaéton s'entête et n'en démord pas.

À contrecœur et après de nombreuses recommandations, Phébus lui remet alors, à l'aurore, les rênes du quadrige solaire, et les chevaux[14] s'élancent dans l'espace. Mais, déstabilisés par le poids trop faible du conducteur, ils s'emballent et quittent le chemin tracé dans le ciel. Phaéton s'affole et ne parvient pas à les maîtriser, d'autant que le spectacle de la terre, loin au-dessous de lui, l'angoisse davantage encore. Comme le lui a prédit son père, il rencontre des figures d'animaux monstrueux (les constellations du Zodiaque), dont le Scorpion, qui achève de le terroriser. Les chevaux, hors de contrôle, galopent en tous sens, provoquant des catastrophes dans le monde entier : des villes, des montagnes, des contrées entières s'enflamment, les glaciers fondent, les fleuves s'assèchent, les mers se réchauffent et leur niveau baisse, découvrant des îles nouvelles. Phaéton lui-même, que son père a pourtant enduit d'un onguent sacré pour lui permettre de résister à la chaleur, ne supporte plus la fournaise.

La Terre, à demi calcinée, supplie Jupiter d'intervenir pour sauver le monde. Celui-ci, ayant obtenu l'accord des autres dieux (dont Phébus), projette alors la foudre pour arrêter la course folle du char, qui est mis en pièces. Phaéton, la chevelure en feu, tombe comme une étoile filante jusque dans le fleuve Éridan, à l'extrémité du monde. Les Naïades de l'Hespérie lui élèvent un tombeau, sur lequel Clymène vient exprimer sa douleur. Les Héliades, sœurs de Phaéton, se lamentent elles aussi et sont métamorphosées en arbres. Cygnus, son demi-frère, qui a assisté au désastre et déteste le feu, se voit transformé en cygne. Quant à Phébus, accablé de douleur, il se refuse à parcourir le ciel durant un jour entier, qui s'écoulera donc sans soleil, et souhaite même abandonner définitivement la tâche de conduire le char solaire : les autres dieux parviennent à le convaincre de se resaisir, et il se venge de la mort de son fils en frappant ses chevaux.

Parmi les autres conséquences de cette funeste aventure, on trouve selon Ovide l'explication de la couleur de peau des « Éthiopiens » (les Africains) et le fait que les sources du Nil restent ignorées (le fleuve, épouvanté, a fui au bout du monde) ; accessoirement, elle donne à Jupiter, qui est parti inspecter et si possible réparer les dégâts causés sur la Terre, l'occasion de rencontrer la nymphe Callisto et d'abuser d'elle, selon son habitude.

Le Phaéton platonicien

Selon le Timée de Platon, la vérité derrière le mythe est due à Solon, qui l’a rapportée à ses descendants à son retour d’Égypte : « Ce qu'on raconte chez les Grecs de Phaéton, fils du Soleil, qui, voulant conduire le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la route ordinaire, embrasa la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a toute l'apparence d'une fable ; ce qu'il y a de vrai, c'est que dans les mouvements des astres autour de la terre, il peut, à de longs intervalles de temps, arriver des catastrophes où tout ce qui se trouve sur la terre est détruit par le feu. Alors les habitants des montagnes et des lieux secs et élevés périssent plutôt que ceux qui habitent près des fleuves et sur les bords de la mer. Pour nous, le Nil nous sauve de cette calamité comme de beaucoup d'autres, par le débordement de ses eaux. Quand les dieux purifient la terre par un déluge, les bergers et les bouviers sont à l'abri sur leurs montagnes, tandis que les habitants de vos villes sont entraînés par les torrents dans la mer. Chez nous, au contraire, jamais les eaux ne descendent d'en haut pour inonder nos campagnes : elles nous jaillissent du sein de la terre. Voilà pourquoi nous avons conservé les monuments les plus anciens. En tout pays, le genre humain subsiste toujours en nombre plus ou moins considérable, à moins qu'un froid ou une chaleur extrême ne s'y oppose. »

Démythification

Selon Lucien de Samosate

D’après Lucien de Samosate[16], Phaéton était un fils du Soleil. Devenu grand, il demande à son père la permission de conduire son char lumineux, comme il le faisait lui-même chaque jour. Le père y consentit, mais le jeune homme sans expérience tomba de son siège et périt. Ses sœurs lui donnent la sépulture, à l'endroit sans doute où il est tombé, près de l'Éridan. Puis elles sont changées en peupliers, et pleurent de l'ambre sur sa tombe.

Selon Paléphatos

Selon les Histoires incroyables de Paléphatos de Samos, Phaéton, fils d'Hélios, brûlait du stupide désir de monter sur le char de son père. À force de demandes incessantes et de pleurs, il le convainquit, monta sur le char, et pris de panique parce qu'il ne savait diriger les chevaux ni manier les rênes, il fouetta les chevaux. Traîné par les bêtes animées, l passa trop près de la terre ; il fut projeté hors du char, dans le fleuve Éridan ; il se noya, après avoir incendié la plus grande partie des terres voisines.

Évocations artistiques et institutionnelles

Bibliographie

Notes

  1. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XI, 735 et Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], V, 479.
  2. Apollonios de Rhodes, Argonautiques [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 1236 ; Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne], V, 105.
  3. Gantz 2004, p. 65.
  4. Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne], Fables, CLIV = Hésiode, fr. 311 MW. Martin L. West rattache ce fragment à l’Astronomie hésiodique : The Hesiodic Catalogue of Women: Its Nature, Structure, and Origins, Clarendon Press, Oxford, 1985 (ISBN 0-19-814034-7), p. 105.
  5. Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne], I, 751 et 756. Le poète appelle son père indépendamment Sole ou Phoebus, ce qui peut désigner aussi bien Hélios qu'Apollon, qui lui est progressivement assimilé en tant qu'astre solaire.
  6. Scholie à l’Odyssée, XVII, 208. Cette scholie est rattachée aux « poètes tragiques » — peut-être Les Héliades d'Eschyle ou le Phaéton d'Euripide, voir Timothy Gantz, Mythes de la Grèce archaïque, Belin, [détail de l’édition], p. 67.
  7. Jean Tzétzès, Chiliades, IV, 127
  8. Hygin, Fables, CLIV. Hygin, qui contredit ici la version qu'il donne en CLIII et CCL, est le seul à citer un autre père qu'Hélios, même si ce Clyménos, par ailleurs inconnu, est fils d'Hélios.
  9. Clément d'Alexandrie, Stromates [(en) lire en ligne], Livre V, VIII.
  10. Aristote, Météorologiques [lire en ligne], I, 8, 2.
  11. Texte source : version de Danièle Robert, Actes Sud.
  12. Hélios en grec.
  13. Ovide les nomme : Pirois, Eous, Æthon et Phlégon.
  14. Lucien de Samosate 2015, p. 60.

Références

Liens externes

  • Fernand Delarue, « Sénèque lecteur d'Ovide et le Traité du Sublime », dans Interférences Ars Scribendi, no 4, mis en ligne le 23 novembre 2006 [lire en ligne].