Passion (émotion)

La passion est une très forte émotion tournée vers une personne, un concept, ou un objet produisant un déséquilibre psychologique (l'objet de la passion occupe excessivement l'esprit). Elle se traduit en effet par un sentiment d'excitation inhabituelle alternant plaisir et souffrance du fait de la baisse importante de la sérotonine[1] (neuromédiateur responsable de l'état émotionnel de bonheur) et de l'augmentation de la dopamine (neuromédiateur provoquant la sensation de plaisir) qui active le système de récompense. Ce mécanisme est particulièrement marqué dans le cas de la passion amoureuse[2]. La personne passe ainsi généralement d'un état d'euphorie à une sensation de manque vis-à-vis de l'individu (dans le cas de la passion amoureuse[3]), de l'activité ou de l'objet sur lequel elle se focalise. Dans les cas les plus extrêmes, la passion peut donner lieu à une situation d'obsession (dont l'amour obsessionnel et la dépendance affective) et de dépendance conduisant la personne qui la connaît à faire des choix néfastes, opposés à son bonheur, à ses intérêts ou à ceux de ses proches voire à commettre un crime passionnel ou aboutir à un suicide.

La représentation de la passion, et avant tout de la passion amoureuse, est un thème central dans le champ artistique notamment dans l'opéra et le théâtre dans lequel elle culmine avec les œuvres tragiques. Ainsi dans les grands classiques de la culture traitant de la passion comme Roméo et Juliette, Tristan et Iseut ou Phèdre, les amants se retrouvent torturés par l'alternance de plaisir et de souffrance qu'elle provoque dans leur vie et finissent par mettre fin à leurs jours.

Dès l'Antiquité grecque, la philosophie s'est intéressée aux passions, à leur nature, à la distinction entre différentes passions, et aux moyens de les maîtriser. La définition philosophique de la passion est plus étendue que la définition populaire courante et n'est pas réduite à l'attirance pour un objet, un concept ou une personne. Ainsi, par exemple, une colère irrationnelle, occupant excessivement l'esprit d'un individu et conduisant à la poursuite d'une vengeance contraire aux intérêts de cet individu sera considérée comme une passion sur le plan philosophique.

Passion amoureuse

Phèdre , rongée par sa passion pour Hippolyte d'Alexandre Cabanel au musée Fabre.

La passion amoureuse désigne une passion dirigée vers un individu et en lien avec l'existence d'un sentiment amoureux. Très intense, elle est perçue comme une focalisation incontrôlable sur l'autre dans laquelle se succèdent plaisir et souffrance. Selon Frank Tallis, les symptômes suivants se retrouvent très fréquemment [3] :

  • Euphorie, humeur anormalement élevée, estime de soi exagérée
  • Envie de pleurer
  • Insomnies
  • Difficultés de concentration
  • Troubles de l'appétit
  • Stress (pression artérielle élevée), douleurs dans la poitrine
  • Trouble obsessionnel-compulsif (soucis et préoccupations superficiels, parfois avec thématiques superstitieuses)

L'intensité de la passion amoureuse dépendrait, au moins en partie, du contexte socioculturel. En effet, il est observé que dans les sociétés où la proximité physique entre les individus ainsi que l’activité érotique se déroule simplement et quotidiennement, l’effet de la passion amoureuse est moins marqué et plus « apaisé » que dans la société occidentale[4]. De nombreux aspects de la passion amoureuse (altération de l’état mental, difficulté à avoir un raisonnement rationnel, exaltation de l’humeur, pensées intrusives de l’objet aimé…) sont identiques à certains troubles psychiques (observés par exemple dans les troubles bipolaires et obsessionnels-compulsifs)[5]. Plus concrètement, les niveaux de sérotonine (le neuromédiateur qui provoque l'état de bonheur) des personnes amoureuses passionnées diminuent jusqu'à à des niveaux retrouvés chez les patients atteints de trouble obsessionnel-compulsifs[1]. Des études réalisées sur des personnes qui se disaient être « vraiment, follement, profondément » amoureuses, ont ainsi montré une activité cérébrale dans plusieurs structures communes avec la neuroanatomie du trouble obsessionnel–compulsif (TOC), par exemple, le cortex cingulaire antérieur et le noyau caudé[6]. Parallèlement à cette baisse de la sérotonine, on assiste à une hausse de la production de dopamine[7], neuromédiateur provoquant la sensation de plaisir et favorisant la prise de risques. En schématisant, on constate que la mise en jeu du système des récompenses, facteur primordial de la sexualité humaine[8],[9], induit une « dépendance » à l’objet « aimé » ce qui conduit à des états de « manque » lorsque cet objet est inaccessible[10].

Bibliographie

  • Francesco Alberoni, Je t'aime : tout sur la passion amoureuse (trad. de l'italien par Claude Ligé), Plon, Paris, 1997, 318 p. (ISBN 2-259-18572-X)
  • Nicole Avril, Dictionnaire de la passion amoureuse, Plon, Paris, 2006, 363 p. (ISBN 2-259-20303-5)
  • Michel Cazenave (et al.), Histoire de la passion amoureuse, Oxus, Paris, 2005 (rééd.), 314 p. (ISBN 2-84898-056-7)
  • Dominique Chateau et Pere Salabert (dir.), Figures de la passion et de l'amour, L'Harmattan, 2011, 168 p. (ISBN 978-2-296-54800-8) (ouvrage issu en partie du colloque Figuras y des-figuras de la pasión amorosa, tenu en octobre 2006 au Centre de la culture contemporaine de Barcelone (CCCB) par Pere Salabert)
  • Anne Hélias, La passion amoureuse : un mythe identitaire moderne, Université Paris Descartes, 2007, 3 vol., 914 p. (thèse de Sociologie sous la direction de Michel Maffesoli)
  • Christiane Singer, Une passion. Entre ciel et chair, éditions Albin Michel, 1992
  • Maryse Vaillant, Aimer à en perdre la raison. Autopsie d'une passion, éd. Les Liens qui libèrent, 2013

Articles connexes

Notes et références

  1. a et b Marazziti D, Akiskal HS, Rossi A, Cassano GB (May 1999).
  2. Radio Canada - La science de l'amour, une question d'hormones - Ève Christian - 16 février 2017 - « Deux hormones jouent particulièrement un rôle important : la sérotonine (chargée de réguler les émotions) et la dopamine (l’hormone du plaisir). Cette dernière est fortement augmentée, car on ne veut pas perdre la sensation de bien-être et de plaisir. Quant à la sérotonine, elle diminue beaucoup, faisant ainsi perdre tout sens critique aux amoureux. »
  3. a et b Frank Tallis, Love Sick: Love as a Mental Illness (2005)
  4. ELWIN Verrier, Maison des jeunes chez les Muria, 1978, Gallimard.
  5. (en) MARAZZITI D., CASSANO G. B. The neurobiology of attraction, Journal of Endocrinological Investigation, 2003, 26(3 Suppl : 58-60.
  6. Bartels A, Zeki S (November 2000).
  7. Reynaud, Michel. « Passions et addictions », Entre corps et psyché : les addictions. EDK, Groupe EDP Sciences, 2010, pp. 21-42.
  8. (en) AGMO Anders Functional and dysfunctional sexual behavior Elsevier 2007.
  9. (fr) WUNSCH Serge, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [PDF] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.
  10. REYNAUD Michel. L'amour est une drogue douce… en général, Robert Laffont, 2005.