Particule (onomastique)

La particule est une préposition qui précède un nom de famille. En français elle peut prendre la forme simple « de », la forme élidée « d’ », être accompagnée d'un article « de la », voire contractée « des » ou « du ». Elle existe également dans d'autres langues : « van » en néerlandais, « von » en allemand, « Mac » ou « Mc » en écossais, « O » en irlandais, « de », « da », « del », « dal » ou « della » en italien, etc.

La particule nobiliaire : une piste trompeuse

Contrairement à une idée reçue, la particule ne peut en aucun cas être prise comme une marque de noblesse (pas plus d'ailleurs que son absence n'empêche d'être noble).

Les particules dites « nobiliaires » n'ont jamais été mises que devant les noms de famille qui viennent des seigneuries. En effet, la particule atteste initialement l'origine (rappel d'une filiation, l'origine d'une famille (clan) dans le sens « fils de, fille de », ou une origine géographique) ou la propriété (génitif). Conséquence : certains propriétaires ou roturiers peuvent donc posséder une particule sans pour autant être nobles.

Beaucoup de familles nobles portent leur nom patronymique suivi du ou des noms de fief précédés d'une particule.

Certaines familles d’authentique noblesse n’ont jamais porté de particule.

Il arrive que des noms aient deux particules adjointes : Étienne de D'Arsemalle, (fils de D'Arsemalle, de la famille d'Arsemalle, originaire de Vendée)[1], cardinal Bertrand de d'Eux, archevêque d'Embrun & prévôt de Liègen, Marie de d'Ouyneau.

Règles d’usage

La particule n’apparaît que lorsque le nom est précédé d’un prénom, d’un titre ou d'une dénomination (monsieur, madame, marquis, abbé, général, etc.) :

Jean de La Fontaine
Le marquis de Sade
Madame de Sévigné
Le procureur de Montgolfier

Subtilité « historique » : de façon systématique jusqu'au Grand Siècle, au XVIIe siècle et parfois encore de nos jours, on trouve la particule employée après un lien de parenté (comme « cousin(e) », « oncle/tante », « grand-père/grand-mère »). On peut ainsi trouver :

Ma cousine de Maintenon
Ma grand-mère de Bourbon-Parme

Lorsque le nom est employé sans prénom ou sans titre, le « de » n’est pas maintenu :

La Fontaine
Richelieu
Montherlant

De même, au pluriel, le « de » disparaît :

Les Montherlant (et non « les de Montherlant »).

Mais « d’ », « Du » ou « Des » sont maintenus :

Du Guesclin
Des Cars
Des Esseintes
d’Alembert
d’Hozier

Toutefois, on conserve ordinairement la particule « de » pour les noms d'une syllabe sonore (où l'éventuel « e » final est muet) :

de Thou
de Sèze
de Lattre
de Moivre[a] (bien que selon les usages on dise « la formule de Moivre » ou « la formule de De Moivre »[a]).

Exceptions[2],[3] : l'usage veut qu'on omette également le « de » pour Sade, Maistre[b], Retz, Broglie.

La particule « de » ou « d' » n’est généralement pas prise en compte dans le classement alphabétique : de Sèze sera classé sous « S » plutôt que sous « D », de même que d'Alembert sera classé sous « A » plutôt que sous « D ».

Majuscule ou minuscule ?

La particule « de » ou « d’ » étant une préposition marquant l'origine, elle s'écrit toujours avec une minuscule initiale :

Si elle est précédée de la préposition « de », la majuscule initiale permet de distinguer les deux « de »,[5] :

Les particule « du » et « des » prennent une capitale quand elles ne sont pas précédées d'un prénom ou d'un titre :

  1. Un roman de Guy des Cars ;
  2. Le romancier des Cars ;
  3. Un livre de Des Cars ;
  4. Les ruses de Bertrand du Guesclin ;
  5. Le connétable du Guesclin ;
  6. Le rusé Du Guesclin ;
  7. L'excellent Joachim du Bellay ;
  8. Le poète du Bellay ;
  9. Un poème de Du Bellay[6].

Dans un index, ces noms à particule « du » ou « des » sont classés à « Du » ou à « Des » : on place ainsi « Joachim du Bellay » à la lettre « D », non à « B »[7].

Rencontre de la particule et de l’article

Pour les noms propres qui comportent un article initial distinct, mais inséparable, tels « La » pour « La Fontaine », contrairement à l’usage du XVIIe siècle, la majuscule initiale est maintenue après la particule[7] :

Dans les classements alphabétiques, ces noms sont rangés à « La », « Le », « Les ».

Particules étrangères

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (mars 2009)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Les particules étrangères gardent la majuscule initiale lorsque c'est l'usage dans leur langue d'origine :

Les particules étrangères s'écrivent avec une minuscule initiale lorsque c'est l'usage dans leur langue d'origine :

On observe toutefois les cas particuliers suivants :

  • en anglais : il n'y a pas de particule proprement dite, mais la préposition « of » avec une minuscule initiale peut introduire un nom de fief dans les titres nobiliaires. Ces titres ne font cependant pas partie du nom de famille et sont généralement traduits en français : « Charles, Prince of Wales » ou « Charles, prince de Galles ». Cependant, de très nombreuses familles aux origines normandes conservent la particule française : « the barons d'Arcy de Knayth », etc. ;
  • lorsqu'un nom d'origine étrangère porté par un citoyen des États-Unis comprend ce qui était une particule ou un élément apparenté dans la langue d'origine, cet élément s'écrit presque toujours avec une majuscule et très souvent (mais pas toujours) en un seul mot avec ce qui suit : A, De, De La, La, Dos, Mac, Mc, O’. Dans ce cas, le second élément garde la majuscule (devenue intercalée) bien que ne formant qu'un seul mot ; il y a donc une majuscule à l'intérieur d'un mot comme en camel case : Cecil B. DeMille, Shia LaBeouf, Douglas MacArthur, William McKinley, Betsy DeVos ; un exemple parmi les exceptions : John Dos Passos ;
  • en hongrois : il n'y a pas de particule nobiliaire ; cependant des noms de fiefs, dont certains sont devenus des noms de famille, sont formés en transformant le nom en adjectif par l'ajout du suffixe -i (souvent remplacé par -y dans les noms les plus anciens) : « nagybányai Horthy Miklós » (l'adjectif dérivé du nom de fief, sans majuscule initiale, s'écrit en premier, le nom de famille ensuite et le prénom enfin, selon l'usage hongrois). De tels adjectifs sont généralement « traduits » dans les langues occidentales. En français, on écrit ce nom « Miklós Horthy de Nagybánya », de même qu'en allemand on écrit « Miklós Horthy von Nagybánya ». Ceci explique la forme de noms aujourd'hui français tels que « Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa » ou allemands tels que « Christoph von Dohnányi ».

Particules étrangères dans les noms de citoyens français

Si une personne de nationalité française porte un nom avec une particule étrangère, la règle sera d'écrire son nom avec une majuscule initiale. Malgré cela, l'usage hésite :

Inversement, si la forme d'une particule étrangère coïncide avec celle de la particule française, c'est l'usage français de la minuscule qui s'applique si la personne est de nationalité française :

  • « René de Obaldia » (nom d'origine espagnole), bien que la forme correcte en français doive être « d’Obaldia ».

Nom de plume, nom d'artiste

Au XIXe siècle, certains artistes ont ajouté un « de » pseudo-nobiliaire à leur nom :

Notes et références

Notes

  1. a et b Comme explicité dans l’article sur l'individu, l'apparition de la particule vient de l’anglais car ce mathématicien se serait octroyé la particule (qu'il n'avait pas en France) en émigrant vers l’Angleterre ; cette attribution abusive de particule à l'étranger justifie le maintien de l'expression française « formule de Moivre » comme elle était d’usage en France au XVIIIe siècle, ce qui persiste encore à juste titre. Néanmoins, le fait de voir écrit en anglais « De Moivre's formula  » a créé le quiproquo mentionné.
  2. Pour mémoire, Joseph de Maistre demandait qu'on dise « Maistre » ; Dans une de ses lettres, il reproche explicitement à l'un de ses correspondants d'avoir dit « de Maistre » au lieu de « Maistre ».
  3. Il semble qu'en italien l'usage moderne soit d'utiliser la minuscule pour les personnages antérieurs au XIXe siècle, et la majuscule pour ceux nés à partir du XIXe siècle, mais cette règle est souvent ignorée ou contestée. Le sujet a été longuement débattu sur la Wikipédia italienne, sans arriver pour autant à un consensus.
  4. Les particules sont néanmoins considérées comme partie intégrante du nom pour le classement alphabétique et les exemples ci-dessus sont classés respectivement aux lettres « D », « V », « D » et « V ».
  5. Certaines particules sont néanmoins considérées comme partie intégrante du nom pour le classement alphabétique (si constitué de la contraction d'une préposition et d'un article comme vom, zum, zur, am, im) et d’autres (les autres particules) ne le sont pas, ainsi Erich von Stroheim sera classé à « S » tandis qu’Ernest vom Rath et Bernhard zur Lippe-Biesterfeld le seront respectivement aux lettres « V » et « Z ».
  6. Mais pas si le préfixe consiste uniquement en un article (« La », « Las », « Los »)
  7. Les particules sont considérées le plus souvent comme partie intégrante du nom pour le classement alphabétique en Belgique (« Lucien Van Impe » est classé à la lettre « V ») alors que le classement alphabétique aux Pays-Bas s’effectue traditionnellement sur le premier élément qui suit la particule (« Wim van Est » est classé à la lettre « E »).

Références

  1. Armorial général d'Hozier, généralités de Poitiers, 1re partie, Sieur de la Fremaudières, p. 15.
  2. Le Français Correct de Maurice Grevisse 3e édition 1982, Duculot.
  3. Lacroux, t. II, p. 162, s.v.  « Particule ».
  4. « Banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada », sur btb.termiumplus.gc.ca.
  5. « Placées entre le prénom et le nom, ou le titre et le nom, les particules de, du, des s'écrivent avec une minuscule (Alfred de Vigny, le cardinal de Richelieu, Bertrand du Guesclin, Bonaventure des Périers). On écrira de même : le mathématicien d'Alembert, le poète du Bellay, le prévôt des Essarts (on trouve cependant la majuscule lorsque le nom est précédé d'une préposition : un poème de Du Bellay). », voir l'entrée « Particule », Dictionnaire de l'Académie française, Fayard, Imprimerie nationale éditions, Actes Sud, 2011, t. III, p. 272.
  6. a et b Lexique, p. 138.
  7. a, b, c, d, e et f « Section 22.5 Noms de famille avec un préfixe séparé par un espace (particule)] », sur rero.ch, RERO.

Bibliographie

Voir aussi

Lien externe