Pandémie de Covid-19 en république démocratique du Congo

Pandémie de maladie à coronavirus de 2020 en République démocratique du Congo
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Conférence de presse du ministre de la Santé Eteni Longondo, le 10 mars 2020, pour annoncer l'identification d'un premier cas de COVID-19 en RDC.
Maladie
Agent infectieux
Origine
Localisation
Coordonnées
2° 52′ 48″ S, 23° 39′ 22″ E
Date d'arrivée
Depuis le
(20 jours)
Site web
Bilan
Cas confirmés
81 ()
Cas soignés
3 ()
Morts
8 ()

La pandémie de maladie à coronavirus de 2020 en République démocratique du Congo est documentée dans le pays à partir du , date à laquelle un premier cas est confirmé sur le territoire. La République démocratique du Congo (RDC) devient ainsi le 11e pays africain touché par la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19). Cette dernière est causée par le SARS-CoV-2, virus originaire de Chine continentale.

En date du 29 mars 2020[1], la RDC compte 81 cas confirmés, dont huit morts trois guérisons. L'état d'urgence est décrété le 24 mars par le président Félix Tshisekedi, ainsi que le confinement de la capitale Kinshasa, foyer de l'épidémie. Ce confinement sera cependant « reporté » par la suite.

Le virologue Jean-Jacques Muyembe, connu pour sa lutte contre le virus Ebola, dirige la cellule de riposte contre ce nouveau coronavirus.

Historique

Contexte et préparation

La pandémie de maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) est causée par une nouvelle souche de coronavirus, le SARS-CoV-2. Les personnes contaminées peuvent ressentir de la fièvre, avoir de la toux, et éprouver une gêne respiratoire pouvant évoluer, dans les cas les plus graves, en une détresse respiratoire aigüe mortelle. Ce virus émerge en novembre 2019 dans la ville de Wuhan, en Chine. Après avoir atteint d'autres pays d'Asie (Corée du Sud, Japon notamment), l'Iran puis l'Europe, la pandémie atteint le continent africain en février 2019, où un premier cas est enregistré en Égypte. Neuf autres pays sont touchés par la suite[2].

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) exprime le 27 février, par la voix de son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, sa « plus grande préoccupation » envers l'Afrique, et notamment l'Afrique subsaharienne, soulignant la faiblesse des systèmes de santé de la plupart des pays de cette région[2].

Depuis 2018, la République démocratique du Congo (RDC) combat la pire épidémie d'Ebola de son histoire, qualifiée d'« urgence sanitaire de portée internationale » par l'OMS. Début mars 2020 cependant (période où la présence du coronavirus commence à être documentée sur le territoire), les nouveaux cas d'Ebola détectés se font de plus en plus rares, et l'annonce officielle de la fin de l'épidémie est envisagée par les autorités pour le 12 avril[2].

Le virus Ebola aura cependant permis à la RDC d'être mieux préparée que ses voisins pour faire face aux épidémies, notamment dans l'est du pays : tests de température aux frontières, remontée des cas suspects par les centres de santé, sensibilisation des communautés locales, formation des personnels de santé... Un nouveau laboratoire, financé par le Japon, a également été inauguré fin février 2020 : situé au sein de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa, il dispose d'infrastructures de pointe pour gérer les épidémies[3].

Le 7 mars, alors qu'il n'y a pas encore de cas de Covid-19 confirmé, le ministre de la Santé, Eteni Longondo, annonce que tous les voyageurs provenant d'Italie, de France, de Chine, d'Allemagne, d'Irak et d'Iran devront être mis en quarantaine à domicile, et que ceux présentant des symptômes seront mis en isolement et pris en charge par le Ministère[4],[5].

Début de l'épidémie

Port de masque et produits désinfectants à Kinshasa le 23 mars 2020.

Un premier cas est identifié le 10 mars à Kinshasa par l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) : il s'agit d'un Congolais de 52 ans revenant de France[5]. La RDC devient ainsi le 11e pays du continent africain à être touché par cette pandémie[2]. De nouvelles mesures sont alors prises, et chaque personne voyageant en avion doit désormais remplir une fiche de renseignements avant d'être autorisée à débarquer[6].

Le 17 mars, alors que la RDC compte trois cas de Covid-19 à Kinshasa, un Conseil des ministres extraordinaire est organisé[6], à l'issu duquel le président Félix Tshisekedi nomme le virologue Jean-Jacques Muyembe, qui est directeur de l'INRB et déjà connu pour sa lutte contre le virus Ebola, à la tête de la riposte contre le coronavirus[7]. Dans une interview au journal français Le Monde publiée le 13 mars, Jean-Jacques Muyembe avait déjà estimé que la RDC n'était pas assez équipée pour faire face à cette pandémie, en dépit de sa préparation due à Ebola : « à l’ouest et à Kinshasa, Ebola semble loin, donc il faut tout refaire, et vite. Le virus est entré à Kinshasa, il ne faut pas qu’il en sorte ». Il estime également que 10 % de la population pourrait être infectée : « Nos capacités de prise en charge et de réanimation sont insuffisantes. Et je m’inquiète encore plus pour le personnel médical, qui n’est pas suffisamment équipé » [3].

Durant ce même conseil extraordinaire, la ministre de l'Économie Acacia Bandubola commence à présenter des symptômes : elle et son mari sont ensuite testés positifs au Covid-19, ayant été contaminés par le directeur de cabinet de la ministre, revenu d'un voyage en France[8]. Plusieurs autres ministres se font tester après cette réunion, mais seul le ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, rendra public le caractère « négatif » de son test[9]. Le 19 mars, Félix Tshisekedi annonce la suspension de tous les vols provenant de pays à risque, et la fermeture de toutes les écoles et universités du pays[10].

Le 21 mars, alors que la RDC compte 23 cas de Covid-19, tous concentrés dans la capitale, le ministre de la Santé fait état d'un premier décès lié à cette maladie, survenu à Kinshasa. Bien qu'il ne révèle pas le nom de la victime, plusieurs médias estiment qu'il s'agit du directeur de cabinet de la ministre de l'Économie[9],[11].

Le 22 mars, deux cas suspects sont annoncés parmi les passagers d’un vol Congo Airways arrivé à Lubumbashi de Kinshasa. Le gouverneur de la province du Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, décrète alors un confinement total pour deux jours de toute la province[12]. Les deux cas seront finalement testés « négatifs » quelques jours plus tard[13]. Le 23 mars, les députés Claudel Lubaya, Patrick Muyaya, Juvénal Munubo, ainsi que la sénatrice Francine Muyumba, appellent à mettre Kinshasa, foyer de l'épidémie, en quarantaine[14],[15]. Le même jour, le Parc national des Virunga décide de fermer ses portes aux touristes jusqu'en juin, afin de protéger les gorilles du coronavirus, ces animaux étant sensibles aux maladies respiratoires des humains selon WWF[16].

Le 24 mars, le docteur Jean-Jacques Muyembe, directeur de la riposte contre le virus, annonce avoir choisi d'utiliser la chloroquine pour traiter les malades, médicament antipaludique ayant montré des résultats encourageants en France et en Chine contre le Covid-19, mais qui ne fait pas l'unanimité[17]. Le même jour, le ministère de la Santé annonce que le nombre de cas confirmés s'élève désormais à 45 contaminés, pour deux décès et une première guérison[13].

État d'urgence décrété

Le 24 mars, dans la soirée, le président Félix Tshisekedi décrète l'état d'urgence au cours d'une allocution télévisée, ainsi que l'isolement de la capitale, Kinshasa. Il encourage également à la production de chloroquine « en quantité industrielle »[18]. Un troisième décès est confirmé dans la foulée, celui de Jean-Joseph Mukendi wa Mulumba, bâtonnier et conseiller politique d'Étienne Tshisekedi[19].

Le 26 mars, le gouverneur de la province de Kinshasa, Gentiny Ngobila, précise les modalités du confinement de la capitale. Il s'agira d'un « confinement total intermittent » commençant à partir du 28 mars, et alternant 4 jours de confinement total puis 2 jours où les déplacements pour s'approvisionner seront autorisés, en rotation pendant 3 semaines. Seuls les agents publics désignés pour assurer un service minimum ainsi que le personnel soignant seront autorisés à sortir durant le confinement. Le mouvement Lutte pour le changement (Lucha) critique ces mesures, craignant une « catastrophe humanitaire ou des émeutes ». Le pays compte alors 54 cas pour 5 décès, tous concentrés à Kinshasa[20].

Le 27 mars, un premier cas est confirmé hors de Kinshasa, dans la province de l'Ituri. Le même jour, le Ministère de la Santé lance une chaîne de télévision pour sensibiliser la population, « MINSANTE TV », ainsi qu'un site web d'information, « stopcoronavirus.cd »[21]. En soirée, le gouverneur de Kinshasa décide finalement de reporter le confinement de la capitale à une date non-déterminée, invoquant un problème de flambée des prix des biens de première nécessité, ainsi qu'un risque d'insécurité[22].

Malgré la promotion des gestes barrières en français ou en lingala pour ralentir la pandémie, ces derniers ne sont que peu appliqués par les Congolais, nombre d'entre eux ne disposant pas d'eau courante (impossibilité de se laver les mains régulièrement) ou ne respectant pas la distance minimale d'1 mètre entre les personnes. Les fake news sont également nombreuses, certains Congolais pensant par exemple que le virus n'existe pas[23].

Références

  1. « Situation Épidémiologique en RDC », sur stopcoronavirusrdc.info
  2. a b c et d Le Point Afrique, « Coronavirus : un premier cas à Kinshasa, ville de 10 millions d'habitants », sur lepoint.fr,
  3. a et b Juliette Dubois, « La RDC table sur ses infrastructures Ebola pour affronter le Covid-19 », sur lemonde.fr,
  4. (en) Michael Kavanagh, « Congo to Quarantine Visitors From Four Virus-Affected Nations », sur bloomberg.com,
  5. a et b Stanis Bujakera Tshiamala, « RDC : un premier cas de coronavirus détecté à Kinshasa », sur jeuneafrique.com,
  6. a et b La Prospérité / MCP, « Coronavirus : le Gouvernement en Conseil des ministres extraordinaire aujourd’hui ! », sur mediacongo.net,
  7. « Coronavirus : la coordination de la riposte confiée au Dr Muyembe Tanfum », sur radiookapi.net,
  8. « Covid-19: un premier cas de contamination au gouvernement », sur cas-info.ca,
  9. a et b « Premier décès dû au coronavirus à Kinshasa, cinq nouveaux cas », sur voaafrique.com,
  10. « Coronavirus : la RD Congo ferme ses écoles, des premiers cas au Niger et au Tchad », sur france24.com,
  11. Daniel Aloterembi, « Covid-19 : la RDC passe à 23 cas confirmés et enregistre son premier cas de décès (Eteni Longondo) », sur mediacongo.net,
  12. « Coronavirus en RDC: la province du Haut-Katanga en confinement total pour deux jours », sur rfi.fr,
  13. a et b « Coronavirus. 45 cas et deux décès en République démocratique du Congo », sur ouest-france.fr,
  14. « Coronavirus en RDC : Lubumbashi confiné et appels à mettre Kinshasa "en quarantaine" », sur rtbf.be,
  15. « Coronavirus en RDC : Félix Tshisekedi décrète l’état d’urgence et isole Kinshasa », sur jeuneafrique.com,
  16. Jacques Deveaux, « Coronavirus : des parcs naturels de RDC ferment leurs portes aux touristes pour protéger les gorilles du virus », sur francetvinfo.fr,
  17. Dido Nsapu, « Coronavirus : le Dr Muyembe opte pour la Chloroquine », sur digitalcongo.net,
  18. « Coronavirus : l'état d'urgence décrété en RD Congo, Kinshasa isolée », sur france24.com,
  19. « RDC: Joseph Mukendi, ex-conseiller d’Étienne Tshisekedi, décède du coronavirus », sur rfi.fr,
  20. « Coronavirus: Kinshasa en "confinement total" à partir de samedi », sur voaafrique.com,
  21. « RDC : le ministère de la Santé lance une chaîne de télévision pour combattre le Coronavirus », sur radiookapi.net,
  22. « Le gouvernement congolais fait marche arrière, le confinement de Kinshasa est "reporté" », sur voaafrique.com,
  23. Clément Bonnerot et Juliette Dubois, « En RD Congo, les gestes barrières contre le coronavirus sont difficiles à respecter », sur france24.com,

Lien externe