Ostalgie

Exemple de vente de T-shirts portant l'insigne « DDR » (RDA) à Berlin, en 2004.
Souvenirs de la RDA à vendre à Berlin en 2006.

L'Ostalgie (die Ostalgie en allemand, depuis les mots Ost (Est) et Nostalgie) est un néologisme désignant une forme de nostalgie de l'ancienne République démocratique allemande (RDA). Ce terme a par la suite été élargi au regret de la vie quotidienne des démocraties populaires de l'ex-Bloc de l'Est.

Histoire

Le mot ostalgie est utilisé pour la première fois par l'artiste est-allemand Uwe Steimle  en 1992[1].

Avec la chute du mur et la réunification de l'Allemagne, les produits de consommation est-allemands disparaissent au profit de leurs équivalents ouest-allemands ou importés. Les symboles culturels tels que les statues ou les parades sont également retirés. Le système paternaliste est-allemand s'effondre et est remplacé par le capitalisme et l'économie de marché[2]. Le comportement dominateur des Allemands de l'Ouest et la difficulté à s'adapter aux codes sociaux des Allemands de l'Est peu après la réunification expliquent en partie cette Ostalgie[3], définie originellement comme la nostalgie de la population de l'ex-Allemagne de l'Est après ce changement brutal.

Les célèbres Ostalgie-Partys sont un exemple typique de l'Ostalgie, pendant lesquelles se montrent des sosies de Erich Honecker, des airs de musique de la RDA sont joués, et des produits alimentaires typiques consommés, comme le « Club Cola ».

La tradition est d'aller à ces fêtes à bord d'une voiture Trabant et dans des vêtements exhibant les anciens insignes de la RDA.

Depuis 2006, le DDR Museum de Berlin retrace la vie quotidienne sous l'ancienne République démocratique allemande.

En fait, le souvenir des aspects positifs du « communisme » (égalité hommes-femmes, éducation, travail, culture, logement assurés…) ressurgit peu à peu, d'autant plus que le passage brutal au capitalisme de marché a fait beaucoup de dégâts. Surtout, certains retrouvent l'ambiance de leur jeunesse, la nostalgie de l'enfance se reportant alors sur une période historique pourtant marquée par la dictature. Parmi les éléments regrettés, l’absence d’envahissement de l’espace public par la publicité, marque de l’emprise du capitalisme sur la vie de tous les jours, est un élément important[5].

Malgré le caractère joyeux de ces fêtes, le comportement ostalgique est sujet à débat en Allemagne. Comme le système de la RDA était une dictature qui négligeait certains droits de l'homme, surtout ceux des opposants, les personnes qui réclament un point de vue objectif sans une fausse glorification sont de plus en plus nombreuses. Un film comme La Vie des autres va à l'encontre de cette tendance.

La réalité de l'« Ostalgie » a été attestée par un sondage réalisé par l'institut Emnid pour le quotidien Berliner Zeitung et qui révèle qu'une majorité d'Allemands de l'Est pense que l'ex-RDA avait « davantage d'aspects positifs que négatifs »[6].

Il faut également relever que cette population, qui s'est retrouvée du jour au lendemain confrontée à de nouvelles habitudes de vie, n'a vécu aucune phase de transition. Certains considèrent que les Allemands de la RDA ont été les délaissés de la réunification, et souffrent encore de la rapidité avec laquelle a été menée l'unité allemande, même s'ils étaient favorables à celle-ci. Ils n'étaient tout simplement pas « bien préparés ».

En 2009, on estimait qu'un Allemand originaire de l'Est sur 5 ressent une forme d'ostalgie[7].

En 2013, les vendeurs de produits d'ex-RDA constatent que cette ostalgie est en baisse[8].

Produits

  • Vita-Cola, Club Cola  : cola ;
  • Rotkäppchen : vin mousseux ;
  • Nudossi : pâte à tartiner ;
  • Mokafix : boisson chocolatée ;
  • Halloren : chocolats ;
  • Spreewaldgurken : cornichons de Spreewald ;
  • Filinchen : biscottes ;
  • Rosenthaler Kadarka : cépage de vins ;
  • Globus : petits pois ;
  • Florena : marque de cosmétiques ;
  • Blue Cottino : jeans ;
  • Erika : machine à écrire ;
  • Trabant : voiture (avec carrosserie en plastique et moteur deux-temps) ;
  • Ampelmännchen : bonshommes verts et rouges (à chapeaux) des feux-piétons.

Cinéma

Autres

À Budapest (Hongrie), le Memento Park rassemble les statues érigées à la gloire du communisme dans le pays pendant la seconde moitié du XXe et abattues à la chute de l'URSS ; il est un symbole de l'Ostalgie en Europe centrale.

Bibliographie

  • Banchelli, Eva, Taste the East: Linguaggi e forme dell'Ostalgie, Sestante Edizioni, Bergamo 2006, (ISBN 88-87445-92-3)
  • Banchelli, Eva, Ostalgie: eine vorläufige Bilanz, in Fabrizio Cambi (Hg.): Gedächtnis und Identitat. Die deutsche Literatur der Wiedervereinigung, Würzburg, Koenigshausen & Neumann, 2008, pp. 57-68.
  • Pivert, Benoît, Ostalgie, analyse d'un phénomène, in Allemagne d'aujourd'hui, n°189, juillet-septembre 2009, Paris.
  • Rota, Andrea, Testi pubblicitari ostalgici: una breve analisi semiotica, In Linguistica e filologia 24/2007, pp. 137-152, ISSN|1594–6517
  • (en) Hester Vaizey, Born in the GDR : Living in the Shadow of the Wall, Oxford university press, (ISBN 978-0-19-871873-4)

Sources

  1. (de) « Ostalgiker Uwe Steimle bezeichnet sich als Kleinbürger », sur Hannoversche Allgemeine Zeitung, (consulté le 16 janvier 2016)
  2. Vaizey 2014, p. 3
  3. Vaizey 2014, p. 112
  4. Jean-Claude Michéa, « De quoi le libéralisme est-il le nom ? », revue du Mauss 2008/1, no 31 : L’homme est-il un animal sympathique ?, p 511
  5. http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1088903
  6. Patrick Saint-Paul, « À l'Est, la nostalgie de la RDA bat son plein », sur Le Figaro.fr, (consulté le 5 août 2017)
  7. Annabelle Georgen, « Allemagne de l'Est: l'Ostalgie n'est plus ce qu'elle était », sur Slate, (consulté le 5 août 2017)

Articles connexes

Lien externe