Opération Frühlingserwachen

L'offensive allemande
La contre-attaque soviétique

L'opération Frühlingserwachen (opération Réveil du printemps) du 6 au constitue la dernière grande offensive allemande de la Seconde Guerre mondiale. L'offensive est lancée en Hongrie dans la région du lac Balaton, d'où le nom aussi donné d'offensive du lac Balaton qui inclut aussi les opérations simultanées "Eisbrecher" et "Waldteufel".

Préparation

Première offensive allemande

Face aux têtes de pont soviétiques sur la rive gauche du Danube, dans la plaine hongroise, Hitler, soucieux de la perte des derniers champs pétrolifères dont dispose encore le Reich à cette date, décide de lancer les seules unités blindées encore à sa disposition ; ce déploiement a également pour objectif de dégager Budapest, qui résiste encore au début du mois de février 1945[1].

La première percée, victorieuse, se solde par la perte de blindés, irremplaçables à cette date du conflit, et renseigne les Soviétiques sur la présence de la 6e armée blindée SS en Hongrie[1]. Face à cette menace, Rodion Malinovski, commandant le 2e front ukrainien, engagé en Hongrie, met ses unités en défense et ordonne l'édification de lignes de défense[1].

Planification allemande

Cette opération est au départ conçue comme une répétition de la tenaille de Koursk, appelée à encercler les troupes soviétiques engagées en Hongrie ; elle est destinée à fixer des effectifs soviétiques, ainsi distraits du front de l'Oder[2].

Unités engagées

Pour cette offensive, la Werhmacht déploie ses derniers matériels maintenus en réserve, alignant 595 chars et canons d'assaut[2] ; 465 000 combattants de la 6e armée panzer SS auparavant engagée dans les Ardennes sont ainsi déployés en Hongrie[3]. Ces moyens sont appuyés par 850 avions de combat[N 1],[2].

Dotées d'une certaine force de frappe, les unités déployées sur place pour cette opérations souffrent d'une forte hétérogénéité, limitant leur efficacité[2]. De plus, les pénuries de carburant affaiblissent davantage encore l'efficacité des moyens mobiles allemandes déployés sur place[2].

Opérations

Lancée en grand secret le , l'attaque allemande est centrée sur la région du lac Balaton, cette région concentrant la plupart des derniers puits de pétrole encore accessibles pour les Allemands. Les champs et raffineries, détruites par les bombardements, n'intéressent en fait pas tant le commandement de la Wehrmacht que les importantes réserves de pétrole raffiné stockées non loin[4].

Premiers succès

Lancée le 6 mars, l'offensive allemande réussit sa percée, mais cette percée est inégale selon les secteurs, tous puissamment défendus par de nombreuses défenses antichars, renforcés par des champs de mines[2]. Les Allemands parviennent ainsi dans certains secteurs à repousser les Soviétiques d'une cinquantaine de kilomètres de leurs positions : le 15 mars, les unités allemandes, épuisées et à court de carburant, sont parvenues à Simontornya, créant un saillant, dont la défense épuise les unités allemandes engagées[5].

Résistance soviétique

Appuyées sur un solide réseau défensif, les unités soviétiques retraitent en ordre, mais perdent 35 000 soldats et déplorent la destruction de plus de 450 blindés[6].

Rapidement, dès le 16 mars, une controffensive soviétique est lancée, réduisant le saillant que les troupes allemandes étaient parvenues à créer ; les unités allemandes parviennent cependant à s'échapper, mais abandonnent leur matériel[7].

Issue

Malgré quelques gains initiaux, cette offensive se révèle un échec. En effet, contrariée par le dégel des routes, cette offensive s'enlise rapidement face aux moyens importants engagés en Hongrie par les Soviétiques[4]. Si elle démontre les capacités opérationnelles certaines de la Wehrmacht dans les derniers mois de la guerre, elle illustre surtout aussi le manque de jugement militaire d'Hitler vers la fin de la guerre. En effet, ce dernier a décidé seul de cette opération, trop ambitieuse (Hitler espérait alors repousser les Soviétiques au-delà du Danube), sans support aérien et avec des réserves de carburant limitées[4].

Désintégration du front allemand

Une semaine après le lancement de la contre-offensive soviétique, les unités allemandes décrochent les unes à la suite des autres et se désintègrent, acculées par la poussée soviétique[7], frappées par les pénuries d'essence et de matériel[5] et minées par les désertions qui se multiplient, même parmi les SS[7].

Enfin, les unités SS engagées dans cette opération connaissent une grave crise de moral. Hitler, informé, ordonne aux soldats des divisions SS de retirer leur brassards[4], légalisant une pratique déjà adoptée par les SS, soucieux de dissimuler leur statut aux soldats soviétiques[6].

Conséquences tactiques et stratégiques

Stratégiquement, l'opération n'a pas d'impact sur le déroulement de la fin du conflit. Si elle démontre que l'armée allemande conservait des qualités offensives, une journée de contre-offensive soviétique menée par Fiodor Tolboukhine à la tête du 3e Front ukrainien suffit à rétablir le front tel qu'il était avant le lancement de l'opération allemande.

Enfin, l'échec de cette offensive entraîne la perte de 45 000 soldats, allemands et hongrois, qu'il n'est plus possible de remplacer à ce stade du conflit[5].

Notes et références

Notes

  1. Cette force aérienne représente le tiers des avions de combats de la Luftwaffe à ce stade du conflit

Références

  1. a, b et c Bernard 2013, p. 520.
  2. a, b, c, d, e et f Bernard 2013, p. 521.
  3. Kindersley 2009, p. 476.
  4. a, b, c et d Masson 1994, p. 459.
  5. a, b et c Rapp 2006, p. 15.
  6. a et b Bernard 2013, p. 522.
  7. a, b et c Bernard 2013, p. 523.

Voir aussi

Bibliographie

  • La guerre germano-soviétique 1941-1945, Tallandier, coll. « Texto », (ISBN 979-1-02-100274-6). 
  • Ian Kershaw, La Fin : Allemagne, 1944-1945, Paris, Seuil, , 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4). 
  • (en) Dorling Kindersley, War, DK, , 512 p. (lire en ligne)
  • Jean Lopez, Berlin : les offensives géantes de l'Armée rouge. Vistule - Oder - Elbe (12 janvier-9 mai 1945), Paris, Economica, , 644 p. (ISBN 978-2-7178-5783-2). 
  • Philippe Masson, Histoire de l'Armée allemande. 1939-1945, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-00844-4). 
  • Philippe Masson, Hitler, Chef de Guerre, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-01561-9). 
  • La Hongrie libérée, Rennes (ISBN 978-2-7535-0232-1). 

Articles connexes