Offensive de Tripoli

Offensive de Tripoli

Informations générales
Date en cours
(13 jours)
Lieu Tripoli
Belligérants
Drapeau de la Libye Gouvernement d'union nationale Drapeau de la Libye Gouvernement de Tobrouk
Commandants
Fayez el-Sarraj
• Oussama Jouaili
• Mohamed Alhudairi
• Ibrahim Ben Rajab
Khalifa Haftar
• Abdessalem al-Hassi
Forces en présence
17 000 à 35 000 hommes[1],[2]
15 avions[3]
18 000 à 25 000 hommes[4],[2]
3 avions Soukhoï Su-22[3]
2 avions Mirage F1[3]
Pertes
inconnues28 morts au moins[7]
92 blessés au moins[7]
128 à 145 prisonniers au moins[8],[9]
Civils :
9 morts au moins[5]
22 blessés au moins[5]
18 000 déplacés[6]
Total :
189 morts au moins[6]
816 blessés au moins[6]

Deuxième guerre civile libyenne

Coordonnées 32° 54′ 08″ nord, 13° 11′ 09″ est

Géolocalisation sur la carte : Afrique

(Voir situation sur carte : Afrique)
Offensive de Tripoli

Géolocalisation sur la carte : Libye

(Voir situation sur carte : Libye)
Offensive de Tripoli

L'offensive de Tripoli se déroule depuis le , dans le contexte de la deuxième guerre civile libyenne. Elle est lancée par l'Armée nationale libyenne (ALN) contre les forces du Gouvernement d'union nationale (GNA) afin de prendre le contrôle de la capitale, Tripoli, et de ses environs. Le GNA désigne également sa contre-attaque sous le nom opération Volcan de la Colère.

Contexte

Depuis 2014, la Libye est divisée. En 2019, deux gouvernements se font face : d'un côté le Gouvernement d'union nationale (GNA), dirigé par Fayez el-Sarraj, présent à Tripoli, la capitale, et reconnu par un certain nombre de milices de l'ouest de la Libye ; de l'autre le Gouvernement de Tobrouk, à l'est, dont l'homme fort est le maréchal Khalifa Haftar, le chef de l'Armée nationale libyenne (ANL)[10],[11],[12]. Le GNA est reconnu par l'ONU et par les principaux États occidentaux[10],[9]. Il est également soutenu par l'Italie, principal partenaire économique de la Libye, par la Turquie et par le Qatar[13]. L'ANL bénéficie quant à elle du soutien militaire de l'Égypte, des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite[14],[9],[13],[3]. La Russie soutient aussi discrètement Haftar, même si elle entretient officiellement des liens avec les deux gouvernements rivaux[15],[16]. La France tient quant à elle une position ambiguë en reconnaissant officiellement le GNA, mais en fournissant également des aides à l'ANL lors d'opérations contre les djihadistes[3],[9],[4],[17],[18],[19],[20].

Article détaillé : Offensive du Fezzan.

Au début de l'année 2019, l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar mène une offensive dans le Fezzan, au sud-ouest de la Libye, qui lui permet de prendre le contrôle d'une partie de la région[21],[22],[23]. Le rapport des forces est alors favorable au Gouvernement de Tobrouk qui contrôle la plus grande partie du pays[10],[9].

Le , lors de négociations à Abou Dabi, le Gouvernement d'union nationale et le Gouvernement de Tobrouk concluent un accord sur l'organisation d’élections en Libye[24]. Selon Le Monde, lors de cette rencontre « Haftar et Sarraj concluent un accord verbal – aucun document écrit n’a été signé – sur un partage du pouvoir en vertu duquel Sarraj conserverait la tête de l’exécutif (le conseil présidentiel) et Haftar se verrait reconnaître le commandement suprême d’une armée réunifiée »[25]. Une conférence nationale est alors prévue à la mi-avril à Ghadamès[26]. Le 31 mars, l'Union africaine annonce également la tenue en juillet à Addis-Abeba, en Éthiopie, d'une conférence de « réconciliation » entre les différentes parties libyennes[14].

Le 27 mars, le maréchal Haftar se rend en Arabie saoudite, où il est reçu par le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud[27]. Il aurait alors reçu une aide financière de plusieurs millions de dollars pour recruter et payer des combattants et acheter la loyauté de chefs de tribus[28].

Le , le général Ahmad al-Mesmari, porte-parole de l'ANL, annonce la préparation d'une offensive pour « purger l'ouest » libyen « des terroristes et des mercenaires », mais sans identifier davantage les cibles[14]. Le Premier ministre Fayez el-Sarraj donne alors l'ordre à ses troupes de se préparer à « faire face à toute menace »[14].

Forces en présence

Forces du Gouvernement d'union nationale

Le Gouvernement d'union nationale est reconnu par diverses milices territorialisées, réparties par villes et par quartiers[29]. Tripoli est tenue par quatre ou cinq milices rassemblées depuis décembre au sein de la Force de protection de Tripoli[14],[30]. Dans la capitale, la Brigade Nawasi compte 1 800 hommes, la Force Rada 1 500, le groupe Ghneiwa 800 et la Garde présidentielle 800[3]. Les milices des villes de Misrata, Zintan et Zaouïa soutiennent également le GNA[31]. Misrata, la troisième ville de Libye, compte 200 milices formant au total 18 000 à 20 000 hommes qui représentent la plus grande force armée du GNA[2],[3]. La 166e brigade de Misrata est notamment signalée dans la région de Tripoli au début des combats[31]. Au total, l'ensemble des combattants en Libye reconnaissant l'autorité du GNA est estimé entre 17 000 et 35 000[1]. Le GNA dispose également d'une quinzaine d'avions de guerre à Tripoli et Misrata[3].

La position de la Force Rada, une des principales milices de Tripoli, d'idéologie salafiste madkhaliste, basée dans l'aéroport de Mitiga, demeure cependant incertaine, celle-ci s'étant par le passé déclarée neutre dans le conflit opposant les deux gouvernements rivaux alors que d'autres milices salafistes madkhalistes servent également dans les forces de l'Armée nationale libyenne[4],[17],[32]. La ville de Zinten est également divisée, alliée d'Haftar en 2014 elle avait ensuite rallié Sarraj en 2016 lors de la formation du GNA[4]. L'« Organe de sûreté générale » de Zinten soutient le GNA pendant l'offensive d'Haftar[29]. Le soir du 5 avril, Fayez el-Sarraj forme une nouvelle cellule d'opération dirigée par Oussama Jouaili, chef de milice de Zintan[33]. Le GNA baptise sa contre-offensive Opération Volcan de la Colère[3].

Forces de l'Armée nationale libyenne

Au début des combats, Le Monde rapporte que selon une source occidentale 18 000 hommes de l'Armée nationale libyenne (ANL) enserrent la région de Tripoli[4]. Le nombre total des combattants de l'ANL en Libye est généralement estimé à 25 000[2],[1]. RFI chiffre cependant ses effectifs à 70 000 combattants dans l'ensemble de la Libye[33]. Malgré son nom, l'Armée nationale libyenne est elle-même constituée de milices[29]. Elle comprend des milices des villes de l'est de la Libye, des milices tribales, d'anciens militaires kadhafistes, des miliciens salafistes madkhalistes, des combattants soudanais du MJE et de l'ALS et des Tchadiens du RFC[29],[3].

L'ANL mobilise la Brigade Tarek ben Ziyad et la 73e brigade[3]. Au début de l'offensive, la milice de la ville de Tarhounah, la 7e brigade, rejoint l'ANL[34]. La 7e brigade était auparavant affiliée au GNA, mais des tensions avec les milices de Tripoli avaient dégénéré en conflit en août 2018[34]. L'ANL dispose de blindés et d'armement moderne fournis par les Émirats arabes unis[3]. Ses forces aériennes comportent trois Soukhoï Su-22 et deux Mirage F1 basés à l'aéroport d’Al-Watiya, à l'ouest de la capitale[3].

Forces internationales

Le 8 avril, la Mission d'appui des Nations unies en Libye (MANUL, une mission onusienne uniquement politique) déclare qu'elle reste à Tripoli.

L'armée américaine annonce le 7 avril le retrait provisoire de ses militaires en Libye à cause des combats[31]

Le 9 avril, l'Italie annonce le maintien de sa mission militaire en Libye[35]. Celle-ci, la mission Miasit, lancée en janvier 2018, comprend jusqu'à 400 soldats déployés à Tripoli et Misrata chargés selon le ministère italien de la Défense de « soutenir les autorités libyennes dans leurs actions de pacification et de stabilisation du pays et de contrôle de l'immigration clandestine, des trafics illicites et des menaces à la sécurité, en harmonie avec les lignes d'intervention définies par les Nations Unies »[35].

Déroulement

Annonce de l'offensive

Le , dans un enregistrement diffusé sur Facebook par le bureau des médias de l'Armée nationale libyenne, le maréchal Haftar donne l'ordre à ses troupes d'« avancer » et d'« entrer » dans la capitale libyenne, Tripoli[36],[14]. Il promet d'épargner les civils, les « institutions de l'Etat » et les ressortissants étrangers[14] : « Nous répondons à l'appel de Tripoli. Pour les héros de la nation, l'heure a sonné. Nous avons rendez-vous pour la conquête de Tripoli. Avancez alors, avec des pas confiants en Dieu, entrez dans la ville en paix, pour ceux qui veulent la paix. Soyez des défenseurs des droits et non des envahisseurs. Ne levez pas vos armes, sauf contre celui celui qui choisit de vous affronter. Ne tirez que contre les hommes armés. Ceux qui jettent les armes, ceux qui restent chez eux, ceux qui lèvent le drapeau blanc, seront en sécurité. Assurer la sécurité des habitants et protéger leurs biens, ainsi que toutes les institutions de la capitale, relèvent de votre devoir »[37].

Le Conseil militaire de Misrata dirigé par le général Ibrahim Ben Rajab réagit rapidement[38]. Dans un communiqué, les Brigades de Misrata déclarent qu'elles « se tiennent prêts (...) à stopper l'avancée maudite » des forces du maréchal Haftar[38]. Elles demandent au chef du GNA, Fayez el-Sarraj, de donner ses « ordres sans délai » aux commandants des forces de la région ouest « pour affronter ce rebelle » en ajoutant que « s'il s'abstient de le faire immédiatement, il susciterait le doute et serait soupçonné de complicité » avec les forces de Haftar[38]. La Force de protection de Tripoli, une récente coalition de milices tripolitaines pro-GNA, annonce également le lancement d'une opération pour contrer l'avancée des troupes d'Haftar[14]. La contre-offensive est baptisée « Ouadi Doum 2 » en référence à une défaite de l'armée libyenne en 1978, lors du Conflit tchado-libyen, où Haftar, alors officier dans l'armée de Kadhafi, avait été fait prisonnier[2].

Le 6 avril, Fayez el-Sarraj déclare : « Nous avons tendu nos mains vers la paix mais après l'agression qui a eu lieu de la part des forces appartenant à Haftar et sa déclaration de guerre contre nos villes et notre capitale (...), il ne trouvera que force et fermeté »[39]. Il accuse alors Haftar d'avoir « trahi l'accord » d'Abou Dhabi de février 2019, d'avoir « tenté de le poignarder dans le dos », de provoquer « une guerre sans gagnant » et de « détruire les efforts des Libyens et de la communauté internationale en vue d'une solution pacifique »[39].

Réactions internationales

Le 4 avril, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Italie et les Émirats arabes unis publient un communiqué commun appelant « toutes les parties » libyennes à faire baisser « immédiatement les tensions »[14]. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, alors en visite à Tripoli, adresse également dans une conférence de presse un « appel ferme » pour « l'arrêt de tous les mouvements militaires, (...) à la retenue, au calme et à la désescalade, à la fois militaire et politique. [...] Il n'existe pas de solution militaire en Libye. La solution doit être politique »[14]. Antonio Guterres se rend le lendemain à Benghazi pour rencontrer le maréchal Haftar avant de quitter le pays « le cœur lourd et profondément inquiet »[40]. Le 5 avril, la Russie et l'Allemagne demandent à leur tour la fin des opérations militaires[40].

Le soir du 5 avril, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit en urgence à huis clos et demande aux forces de pro-Haftar de cesser leur offensive[41]. Le 7, le Conseil échoue cependant à se mettre d'accord sur une déclaration commune[42]. Une proposition britannique soutenue par les États-Unis appelant les forces du maréchal Haftar à arrêter leur avancée vers Tripoli est bloquée par la Russie qui propose alors une déclaration appelant toutes les forces armées libyennes, et pas seulement celles de Haftar, à cesser le combat, mais celle-ci est rejetée à son tour par les États-Unis[42].

Le 6 avril, réunis à Dinard, en France, les ministres des Affaires étrangères du G7 demandent la fin immédiate des « mouvements militaires vers Tripoli, qui entravent les perspectives du processus politique mené par les Nations unies »[43],[44].

Le 7 avril, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo déclare : « Nous avons fait clairement savoir que nous sommes opposés à l'offensive militaire des forces de Khalifa Haftar et nous appelons à l'arrêt immédiat de ces opérations militaires contre la capitale libyenne. [...] Les Etats-Unis, avec leurs partenaires internationaux, continuent à presser les dirigeants libyens de revenir aux négociations politiques sous la médiation du représentant spécial du secrétaire général Ghassan Salamé. Une solution politique est la seule manière d'unifier le pays et de fournir un plan pour la sécurité, la stabilité et la prospérité pour tous les Libyens »[45]. Le lendemain, la Russie affirme pour sa part utiliser « toutes les possibilités à sa disposition pour appeler toutes les parties à s'abstenir de toute action pouvant mener à un bain de sang et à des morts parmi la population civile »[46].

Le 8 avril, l'Union européenne demande à son tour la fin des opérations militaires[18].

Le 9 avril, l'ONU annonce que la conférence interlibyenne prévue du 14 au 16 avril à Ghadamès est reportée[47].

Le 10 avril, dans un entretien téléphonique entre Béji Caïd Essebsi, Fayez el-Sarraj ainsi que Ghassan Salamé le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Libye, le président tunisien a invité toutes les parties à privilégier l’apaisement et le dialogue et à faire preuve de retenue afin d’épargner des souffrances supplémentaires au peuple libyen[48].

Le 14 avril, le maréchal Haftar se rend en Égypte, où il est reçu au Caire par le président Abdel Fattah al-Sissi[5],[49].

Le camp pro-Haftar rejette tous les appels aux cessez-le-feu et Fayez al-Sarraj refuse quant à lui tout processus politique, tant qu'un cessez-le-feu n'est pas instauré au préalable que les combattants de l'ANL ne se retirent pas sur les lignes qu'ils occupaient avant le début de l'offensive[6]. Les négociations sont alors bloquées[6]. L'ANL cherche alors à légitimer son offensive en la présentant comme une guerre contre le « terrorisme », mais le GNA dément compter dans ses rangs des personnes accusées de terrorisme[6]. Le représentant spécial de l'ONU Ghassan Salamé déclare également le 15 avril que l'offensive d'Haftar « ressemblait davantage à un coup d'Etat qu'à une lutte antiterroriste »[6].

Poursuite des combats

Carte de la progression des forces de l'ANL :

Les forces de l'ANL prennent position à l'ouest et au sud de Tripoli[4]. Leurs unités sont signalées à El Azizia, Janzour, Sabratha et Zaouïa[4].

Le 4 avril, à l'aube, les forces de l'ANL arrivent aux abords de la ville de Gharyan, située à 100 kilomètres au sud de Tripoli[14]. Le général Abdessalem al-Hassi, commandant des opérations militaires de l'ANL dans la région ouest, déclare alors que ses troupes sont entrées sans combat dans la ville[14]. L'AFP affirme cependant que cette information est « démentie en matinée par au moins quatre sources locales »[14]. La ville de Gheriane, située à 65 km à l'ouest de Tripoli, et celle de Sermane, à 60 km à l'est, sont prises le même jour sans combat par les forces pro-Haftar[37].

Le soir du 4 avril, plusieurs dizaines d'hommes de l'ANL avec quinze pick-up prennent sans combattre le contrôle du barrage de sécurité « pont 27 », à 27 kilomètres à l'ouest de Tipoli[14]. L'attaque est menée par les unités 106 et 107, considérées comme faisant partie des troupes d'élite de l'ANL[2],[41]. Pourtant le lendemain, peu avant l'aube, les milices pro-GNA de Zaouïa reprennent ce point au terme d'un court accrochage et font plusieurs dizaines de prisonniers[8],[34]. Le porte-parole de l'ANL, Ahmad al-Mesmari, reconnait que 128 soldats ont été capturés[8]. Le GNA donne pour sa part un bilan de 145 prisonniers et 60 véhicules capturés[9],[29]. Fayez el-Sarraj se rend ensuite personnellement sur place accompagnés de commandants militaires afin d'échanger avec les combattants avant de reprendre la route de Tripoli[8].

Les premiers combats significatifs débutent le 5 avril en fin de journée, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Tripoli, dans les environs de Gasr Ben Ghechir, Soug al-Khamis, al-Saeh et Soug al-Sabt[8],[34],[2]. Les forces de l'ANL tentent alors de prendre le contrôle de l'aéroport international de Tripoli[8]. Selon le GNA, elles parviennent à s'en emparer brièvement avant d'être repoussées[8]. Des combats ont également lieu dans la région d'El Azizia, à environ 50 kilomètres au sud-ouest de Tripoli[8],[34]. L'ANL revendique la prise de la ville d'El Azizia, ainsi que celle de Tarhounah, 90 kilomètres au sud-est de Tripoli, où la milice de la ville, la 7e brigade, fait défection pour rejoindre l'ANL[2],[34],[41].

Le soir du 5 avril, les troupes de l'ANL entrent également dans la ville de Gasr Ben Ghechir, à moins de 30 kilomètres au sud de Tripoli[41],[50].

Le 6 avril, les combats se poursuivent, notamment dans les environs de Wadi Al-Rabii et de Gasr Ben Ghechir[43]. Des frappes aériennes contre les troupes de l'ANL sont signalées : l'ANL rapporte un raid aérien d'un appareil de Misrata à Al-Aziziya qui n'aurait pas fait de victime ; la Force de protection de Tripoli évoque de son côté des « bombardements intensifs » menés par des avions de Tripoli et Misrata, mais ne donne pas de bilan[50],[43].

Le 7 avril, l'ANL réplique en menant à son tour ses premiers raids aériens dans la région de Tripoli[51],[52]. Ces frappes sont menées contre des hangars de véhicules militaires près de l'aéroport international[53]. L'aviation GNA mène ensuite un raid sur l'aéroport de Wattyia, à l'ouest de Tripoli, où sont basés les avions des forces d'Haftar[53]. Après un pause nocturne, les combats reprennent au sud de la capitale, en particulier à Wadi Rabi et près de l'aéroport[31]. Le même jour, le nouveau porte-parole du GNA, le colonel Mohamad Gnounou, proclame le début d'une « contre-offensive » baptisée « Volcan de la colère » pour « purger toutes les villes » des « forces illégitimes »[31],[52].

Le 8 avril, les combats se poursuivent dans la banlieue sud de la capitale[54],[53],[55]. Des combattants de l'ANL auraient pénétré dans le quartier de Khalat Fourjan, à une dizaine de kilomètres du centre-ville[53]. Les forces du GNA tiennent toujours l'aéroport international de Tripoli, cependant l'aéroport de Mitiga, le seul fonctionnel à Tripoli, est touché par une frappe aérienne de l'ANL[54],[56],[55],[47]. Elle ne fait pas de victime mais une des pistes d’atterrissage est endommagée et les vols sont suspendus par l'Autorité de l'aviation civile[54],[56]. L'ANL revendique le raid et affirme avoir visé un avion militaire MiG-23 et un hélicoptère[47].

Le 9 avril, les combats et les bombardements aériens se poursuivent à Gasr Ben Ghachir et Wadi Rabi, mais aucun camp ne prend véritablement l'avantage[47]. Selon le GNA, des frappes aériennes sont également menées contre les lignes d'approvisionnement de l'ANL jusque dans le centre du pays[47]. Le 10 avril, après de violents combats, l'ANL revendique la prise de la caserne du 4e bataillon à El Azizia[57]. Celle-ci change de mains à plusieurs reprises[28]. Les 12 et 13 avril, le GNA affirme avoir mené 21 frappes aériennes contre l'ANL[28]. Le 12 avril, un avion de l'ANL bombarde pour sa part un camp d'une milice du GNA à Zouara[58].

Dans les jours qui suivent, les combats se concentrent au sud de Tripoli, dans les secteurs d'El Azizia, d'Ain Zara, d'al-Swani, de Gasr Ben Ghachir et de l'aéroport international[57],[28],[59]. Les deux camps affirment avancer sur tous les fonts mais aucun ne semble alors prendre l'avantage[28].

Le 14 avril, le GNA affirme que ses forces ont abattu un avion de chasse de l'ANL[60]. Une source de l'AFP au sein de l'ANL confirme la perte d'un MiG-23, mais l'attribue à une « panne technique » et affirme que le pilote a pu s'éjecter et à été secouru[60].

Le soir du 16 avril, des roquettes s'abattent dans le centre-ville et des quartiers du sud de Tripoli, faisant six morts et 35 blessés[6].

Pertes

Le 5 avril, le porte-parole de l'ANL, Ahmad al-Mesmari reconnait cinq morts et 128 prisonniers au cours des combats livrés depuis la veille[8]. Le lendemain, l'ANL reconnait 14 morts dans ses rangs[31]. Le bilan passe ensuite à 28 morts et 92 blessés le 10 avril[7].

Le 8 avril, le ministère de la Santé du Gouvernement d'union nationale annonce de son côté un bilan d'au moins 35 morts et environ 40 blessés, combattants et civils, depuis le début de l'offensive[61].

Le 17 avril, l'OMS recense 189 morts et 816 blessé depuis le début de l'offensive[6]. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU fait état de 18 000 personnes déplacées[6]. Parmi les victimes figurent au moins neuf civils tués, dont trois médecins et un conducteur d'ambulance, et 22 blessés[5].

Conséquences

En avril, l'AFP indique que « Le maréchal Haftar et son ANL qui tablaient sur une victoire rapide "sans combats" en nouant des alliances avec des factions de la Tripolitaine semblent surpris par la mobilisation pro-GNA »[31]. Haftar aurait espéré le ralliement rapide de plusieurs milices du GNA[31].

Selon le politologue Wolfram Lacher, chercheur à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité : « Cette guerre n’était pas le scénario privilégié par Khalifa Haftar. Son plan initial était de faire entrer des troupes en petit nombre à Tripoli avant que ses adversaires n’aient le temps de réagir, et d’entraîner la défection et le ralliement à son camp de groupes armés locaux et de responsables sécuritaires. La responsabilité de l’engagement des hostilités dans les zones densément peuplées serait ainsi revenue à ses adversaires. La pression locale et internationale les aurait alors contraints au cessez-le-feu et Khalifa Haftar aurait pu se servir de sa position nouvellement acquise à Tripoli comme d’un tremplin, la transformant en pouvoir politique à l’occasion d’une conférence nationale prévue mi-avril, sous l’égide de l’ONU. Ce plan a toutefois échoué dès le premier jour de l’opération. L’attaque de Khalifa Haftar n’a pas eu l’effet escompté de diviser les groupes armés dans l’ouest de la Libye, mais les a au contraire unis contre lui. Haftar n’a pas su comprendre les motivations des milices, et a surestimé leur opportunisme. Il n’a désormais plus d’autre choix que de jouer le tout pour le tout à Tripoli, car une défaite serait désastreuse pour lui »[62].

Références

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  20. Frédéric Bobin et Marc Semo, Libye : la France critiquée pour son rôle ambigu dans la crise actuelle, Le Monde, 12 avril 2019.
  21. François d’Alançon, Libye : la dynamique Haftar s’amplifie, La Croix, 14 février 2019.
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  40. a et b Libye : l’ONU espère qu’une « confrontation sanglante » pourra être évitée, Le Monde avec AFP et Reuters, 5 avril 2019.
  41. a b c et d Libye: la communauté internationale demande à Haftar de stopper son offensive, RFI, 5 avril 2019.
  42. a et b ONU: la Russie bloque une déclaration visant les forces de Haftar, AFP, 8 avril 2019.
  43. a b et c Libye : des combats au sud de Tripoli font craindre un nouvel embrasement, Le Monde avec AFP, 6 avril 2019.
  44. Marine Pennetier et Julie Carriat, "Harmonie" au G7 de Dinard dominé par la crise en Libye, Reuters, 6 avril 2019.
  45. Libye : Washington veut "l'arrêt immédiat" de l'offensive de Haftar, Europe 1 avec AFP, 8 avril 2019.
  46. Libye: le Kremlin appelle «toutes les parties» à la retenue, Le Figaro avec AFP, 8 avril 2019.
  47. a b c d et e L'ONU reporte une conférence interlibyenne en raison des violents combats, AFP, 9 avril 2019.
  48. https://www.espacemanager.com/entretien-telephonique-de-beji-caid-essebsi-avec-fayez-al-sarraj-et-ghassen-salame.html, espacemanger, 10 avril 2019
  49. Libye: le président égyptien Sissi reçoit le maréchal Haftar, Le Figaro avec Reuters, 14 avril 2019.
  50. a et b Libye: l’ONU maintient la date de la conférence nationale, RFI, 6 avril 2019.
  51. Libye: premiers bombardements aériens autour de Tripoli, RFI, 7 avril 2019.
  52. a et b Raid aérien, "contre-offensive": l'escalade se poursuit en Libye, AFP, 7 avril 2019.
  53. a b c et d Libye: les armes prennent le pas sur les discussions, RFI, 8 avril 2019.
  54. a b et c En Libye, vols suspendus à Tripoli, cible d'une offensive de Haftar, AFP, 8 avril 2019.
  55. a et b Libye: raid aérien contre l’aéroport à Tripoli imputé à Haftar, RFI, 8 avril 2019.
  56. a et b En Libye, une frappe aérienne a touché le seul aéroport fonctionnel de Tripoli, Le Monde avec AFP, 8 avril 2019.
  57. a et b Libye: les combats s'intensifient autour de Tripoli avant une réunion à l'ONU, AFP, 10 avril 2019.
  58. Un avion des forces pro-Haftar frappe un camp militaire dans l'ouest de la Libye, France 24, 12 avril 2019.
  59. François d’Alançon, En Libye, le maréchal Haftar marche sur Tripoli, La Croix, 14 avril 2019.
  60. a et b Libye: un avion de chasse des pro-Haftar «abattu» près de Tripoli, Le Figaro avec AFP, 14 avril 2019.
  61. Libye: 35 morts depuis le début de l'offensive de Haftar, selon Tripoli, AFP, 8 avril 2019.
  62. Wolfram Lacher, Bataille de Tripoli : la méprise de Khalifa Haftar, Le Monde, 17 avril 2019

Voir aussi

Analyses

Vidéographie

  • [vidéo] Libye : Les combats se rapprochent de Tripoli, France 24, 5 avril 2019.
  • [vidéo] Un avion des forces pro-Haftar frappe un camp militaire dans l'ouest de la Libye, France 24, 12 avril 2019.
  • [vidéo] En Libye, le parlement de l’est promet la poursuite de l’offensive sur Tripoli, France 24, 15 avril 2019.