Nyctalope (personnage)

Le Nyctalope
Nom original Léo Sainte-Claire
Sexe Masculin
Activité Aventurier
Directeur du C.I.D.
Pouvoirs spéciaux Nyctalopie
Quasi-immortalité
Équipement futuriste
Famille Jean Sainte-Claire (père);
Christiane Sainte-Claire (sœur adoptive)
Ennemi de Oxus;
Gorillard;
Titania;
Belzébuth

Créé par Jean de La Hire
Première apparition Le Mystère des XV

Le Nyctalope est un personnage de fiction français créé par Jean de la Hire, apparu pour la première fois dans le roman-feuilleton Le Mystère des XV publié dans le journal Le Matin à partir du 23 avril 1911. Il tire son nom de sa vision parfaite en pleine nuit. Ses exploits ont donné lieu à de nombreux romans qui ont connu un grand succès commercial pendant plus de trente ans, avant de sombrer dans l'oubli, notamment en raison de la condamnation de Jean de La Hire pour collaboration. Ce n'est qu'au XXIe siècle que l'on a commencé à redécouvrir le personnage du Nyctalope et la place qui a été la sienne dans la littérature populaire française.

Présentation du personnage

Le Nyctalope – de son vrai nom Léo Sainte-Claire (également orthographié Saint-Clair, Sainclair ou Sinclair selon les romans) est un aventurier et explorateur intrépide[1]. Parfois décrit comme l'un des premiers super-héros[2], le Nyctalope présente plusieurs des attributs communément associé à ce type de personnages, à savoir des capacités « surnaturelles » et un nom de code. Xavier Fournier, auteur d'un livre sur les super-héros dans la culture française, trouve cependant quelque peu abusif de le présenter comme « le premier super-héros français »[3] et souligne que le Nyctalope n'a pas d'identité secrète — « Nyctalope » n'est qu'un surnom, et sa véritable identité est connue de tous — ni de costume distinctif, et n'est pas à proprement parler un justicier, du moins dans les premiers romans[1].

L'Homme qui peut vivre dans l'eau, Illustration de couverture d'Henri Armengol pour une réédition du roman de Jean de la Hire chez Ferenczi & fils en 1921.

Jean de La Hire fait par ailleurs du Nyctalope le fils de Jean Sainte-Clair, le protagoniste d'un autre de ses romans, L'Homme qui peut vivre dans l'eau[1], publié en 1909[4].

Grâce à la technologie très avancée qu'il possède, le Nyctalope ira au cours de sa carrière sur Mars, mais également sur des planètes inconnues comme Rhéa pour y découvrir de nombreuses civilisations fantastiques[1]. Par ailleurs, ses aventures le mènent à être régulièrement confronté à des menaces de nature satanique et ésotérique[5].

Au fil des romans, l'univers du personnage s'étoffe. Dans L'Assassinat du Nyctalope, on apprend que c'est à la suite d'une opération qui lui a sauvé la vie qu'il est devenu nyctalope, et qu'il possède également un cœur artificiel grâce auquel il est virtuellement immortel (ce qui constitue, avec la vision de nuit, un autre « super-pouvoir »). Enfin, il prend la tête du C.I.D. (Comité d'information et de défense), une organisation secrète qui lutte contre le crime[1].

Description physique

« D'une taille un peu au-dessous de la moyenne, mince, mais à la poitrine large, au cou très fort, donnait tout de suite l'impression de la souplesse et de la vigueur. Il devait avoir trente-trois ans au plus. Son visage rasé, carré, aux pommettes saillantes, aux minces lèvres qu'aucune moustache n'ombrageait, au menton brutal, était étrangement éclairé par des yeux extraordinaires. Ils étaient immenses, très largement fendus, et la pupille dilatée, d'un bizarre jaune d'or, entourait d'un large cercle l'iris noir, profond ténébreux et angoissant comme l’œil d'un sphinx. »

— Jean de La Hire, Le Mystère des XV[6].

Du succès à l'oubli

Grand succès commercial dans la première moitié du XXe siècle — ses aventures sont alors traduites à l'étranger, notamment en italien et en russe — le Nyctalope se ressent progressivement de l'évolution politique de son auteur. Jean de La Hire est en effet publié dans Le Matin, journal anticommuniste ; dans le feuilleton Gorillard (1932), il fait lutter son héros contre une conspiration russo-chinoise visant à envahir l'Europe, et lui adjoint à cette occasion un ami japonais, Gnô Midang, qui va désormais le seconder. Le Japon impérial est en effet considéré à l'époque comme l'un des remparts contre l'URSS[7].

Sous l'occupation, Jean de La Hire se convertit au pétainisme, puis à la collaboration avec l'Allemagne nazie. Son engagement, qu'il expose ouvertement dans plusieurs essais, ne se ressent pas dans ses œuvres de fiction bien qu'un passage de la nouvelle Rien qu'une nuit (1941) précise que le Nyctalope et Gnô Midang circulent à l'aide d'ausweis (laissez-passer fournis par les Allemands). Malgré le fait que l'occupation allemande — à l'exception de cette allusion — ne soit pas évoquée dans les romans, l'image du héros de Jean de La Hire souffre des positions de son auteur[8].

À la libération, Jean de La Hire est obligé de se cacher ; il est condamné par contumace à dix ans de prison, peine qu'il n'effectuera pas après s'être rendu en 1951. Il meurt cinq ans plus tard, après avoir fait rééditer quelques aventures du Nyctalope, dans des versions largement réécrites. Ses romans ne sont ensuite plus réimprimés pendant longtemps. Les goûts du public en matière de littérature d'évasion ont par ailleurs évolué, ce qui contribue à faire disparaître de la mémoire collective le personnage du Nyctalope[9].

Redécouverte

Plusieurs décennies après la mort de son auteur, le Nyctalope est progressivement redécouvert par les amateurs de littérature populaire. L'éditeur Jean-Marc Lofficier, notamment, fait beaucoup pour la renaissance du personnage : c'est sur ses conseils que le Nyctalope apparaît brièvement — aux côtés d'autres personnages français comme Fantômas ou Arsène Lupin — dans la bande dessinée La Ligue des gentlemen extraordinaires. Lofficier réédite ensuite, chez Rivière Blanche, sa maison d'édition spécialisée dans le réemploi de personnages de la littérature de genre, plusieurs livres mettant en scène le Nyctalope. En 2011, toujours chez Rivière Blanche, Emmanuel Gorlier publie Nyctalope ! L'Univers Extravagant de Jean de La Hire, une sorte d'encyclopédie consacrée à l'univers de l'auteur[10]. En 2012, Rivière Blanche publie La Nuit du Nyctalope, une anthologie de nouvelles mettant en scène le personnage (mêlant des textes de Jean de La Hire et d'auteurs contemporains[11] puis, l'année suivante, Le Retour du Nyctalope, qui comporte une réédition du roman Le Roi de la nuit de Jean de la Hire, auquel Jean-Marc et Randy Lofficier ont écrit une suite inédite se déroulant 80 ans après.

En 2009, Serge Lehman, Fabrice Colin et Gess font du Nyctalope l'un des personnages principaux de leur bande dessinée La Brigade chimérique, éditée chez L'Atalante et dans laquelle de nombreux autres « super-héros européens », issus ou non du patrimoine littéraire, sont mis en scène dans un univers de type steampunk. Le rôle qui est dévolu dans cette série au Nyctalope fait écho à la fois à la dérive de son auteur pendant la guerre (dépeint comme un héros vieillissant, il demeure finalement passif face à la menace qui se profile contre l'Europe) et à l'oubli dans lequel il est ensuite tombé (le personnage se lamente de n'avoir pas un bon « biographe » pour raconter ses aventures et le faire passer à la postérité)[12].

En 2013, Serge Lehman et Gess font à nouveau apparaître le Nyctalope en tant que personnage secondaire dans la bande dessinée, L'Homme truqué, une libre adaptation de la nouvelle éponyme de Maurice Renard. Deux ans plus tard, les deux auteurs lui consacrent sa propre série, publiée chez Delcourt et conçue comme un spin-off de La Brigade chimérique. En raison d'un désaccord avec les héritiers de Jean de La Hire, les auteurs ont cependant dû changer le titre de la série et le nom du protagoniste, devenus L'Œil de la Nuit[13].

Œuvres faisant intervenir le Nyctalope

Par Jean de La Hire

  1. Le Mystère des XV (1911)
  2. Lucifer (1921-1922)
  3. L'Amazone du mont Everest (1925)
  4. La Captive du démon (1927)
  5. Titania (1929)
  6. Belzébuth (1930)
  7. Gorillard (1932)
  8. Les Mystères de Lyon (1933)
  9. L'Assassinat du Nyctalope (1933)
  10. Le Sphinx du Maroc (1934)
  11. La Croisière du Nyctalope (1936)
  12. Le Mystère de la croix du sang (1941)
  13. L'Enfant perdu (1942)
  14. Le Roi de la nuit (1943)
  15. Rien qu'une nuit (1944)
  16. La Sorcière nue (1954)
  17. L'Énigme du squelette (1955)

Par d'autres auteurs

  1. La Brigade chimérique, bande dessinée de Serge Lehman, Fabrice Colin et Gess, L'Atalante, 2009-2010 (6 albums)
  2. Les Compagnons de l'Ombre 5, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche - Noire, 2009 (divers auteurs)
  3. Les Compagnons de l'Ombre 8, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche - Noire, 2011
  4. La Nuit du Nyctalope, Rivière blanche, 2012 (comprend des textes de Jean de La Hire et de divers auteurs)
  5. Les Compagnons de l'Ombre 11, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche - Noire, 2013
  6. Les Compagnons de l'Ombre 12, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche - Noire, 2013
  7. Les Compagnons de l'Ombre 14, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche - Noire, 2014
  8. Les Compagnons de l'Ombre 15, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche - Noire, 2014
  9. Les Compagnons de l'Ombre 16, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche - Noire, 2015
  10. L'Œil de la Nuit, bande dessinée de Serge Lehman et Gess, Delcourt, 2015-2016 (3 albums)

Références

  1. a b c d et e Fournier 2014, p. 86.
  2. Michel Fabréguet, Danièle Henky, Grandes figures du passé et héros référents dans les représentations de l'Europe contemporaine, L'Harmattan, 2012, page 24
  3. Fournier 2014, p. 217.
  4. Fournier 2014, p. 81.
  5. Maryse Vuillermet, « Les mystères de Lyon », dans Clergés et cultures populaires (dir. Brigitte Le Juez), Publications de l'Université de Saint-Étienne, Saint-Étienne, 2004, p. 111.
  6. Jean de la Hire, Le Mystère des XV, dans Le Matin, 29 avril 1911, p. 4.
  7. Fournier 2014, p. 98.
  8. Fournier 2014, p. 111-112.
  9. Fournier 2014, p. 125.
  10. Fournier 2014, p. 217-218.
  11. Nyctalope !, critique sur le site Sur l'autre face du monde
  12. Fournier 2014, p. 221-222.
  13. Le Nyctalope sort de l'ombre : Entretien avec Serge Lehman et Gess, BDGest.com, 6 juillet 2015

Voir aussi

Bibliographie

  • Emmanuel Gorlier, Nyctalope ! L'Univers Extravagant de Jean de La Hire, Black Coat Press, coll. « Rivière Blanche », , 171 p. (ISBN 978-1-61227-016-6).
  • Xavier Fournier, Super-héros : une histoire française, Paris, Huginn & Muninn, , 240 p. (ISBN 978-2-36480-127-1, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Jean-Guillaume Lanuque, « Jean de la Hire : le patriotisme anticommuniste d'un imaginaire surhumain », Dissidences, no 5,‎ (lire en ligne).

Liens externes