Nouvelle-Russie (projet d'État)

Territoire actuel revendiqué par la Nouvelle-Russie.

La Nouvelle-Russie (en russe Новороссия, Novorossia), aussi nommée Union des républiques populaires (Союз народных республик, Soiouz narodnykh respoublik), est un projet de république confédérale non reconnue internationalement qui devait réunir les deux États sécessionnistes de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk et couvrir de ce fait le territoire du Donbass (extrême est de l'Ukraine).

Le , le projet est abandonné[1].

Histoire

Contexte

Articles détaillés : Crise ukrainienne et Guerre du Donbass.
La Nouvelle Russie historique comparée à l'Ukraine actuelle.

Historiquement, la Nouvelle Russie, ou Novorossia, est le nom d'un territoire de l'Empire russe formé en partie à partir du Khanat de Crimée, lequel avait été annexé plusieurs années après que le traité de Küçük Kaynarca avait conclu la guerre russo-turque en 1774. Les Russes immigrèrent rapidement en masse dans la région et bâtirent de grandes villes comme Odessa. La région fut ultérieurement intégrée à la République socialiste soviétique d'Ukraine. À la suite de l'effondrement de l'URSS, le nom de Nouvelle Russie / Novorossia commença à être réutilisé dans des appels à l'indépendance des régions correspondant au territoire historique[2].

En novembre 2013, à la suite de la non-signature d'un traité d'association avec l'Union européenne, l'Ukraine s'engouffre dans une crise majeure opposant pro-européens et pro-russes, laquelle aboutit à la destitution de Viktor Ianoukovytch de son poste de président. Des manifestations hostiles au nouveau gouvernement provisoire de Kiev, pro-européen, se développent alors dans l'est et le sud du pays, régions à forte population russophone. Au cours du mois de février, les oblasts de Donetsk et de Louhansk font sécession et proclament leur indépendance sous le nom de République populaire de Donetsk et de République populaire de Lougansk.

Le nom de Nouvelle Russie rentra rapidement dans l'usage parmi les manifestants anti-Maïdan à la suite de l'« Euromaïdan » avec la création d'un compte Twitter « Novorussiya », lequel a gagné plusieurs milliers de followers lors de son premier week-end[2]. Au milieu de négociations à Genève sur la résolution des troubles grandissants dans le sud et l'est de l'Ukraine, le président russe Vladimir Poutine a noté lors d'une séance de questions-réponses à la télévision que les parties sud et est de l'Ukraine faisaient partie de la Nouvelle Russie et n'avaient été intégrées à l'Ukraine qu'en 1920, insinuant que cette décision était erronée[3].

Référendums du printemps 2014

Des référendums d'indépendance avaient été organisées le 11 mai 2014 dans les villes et les villages des oblasts de Donetsk et Lougansk sous contrôle des Républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk nées le 7 avril 2014 et le 27 avril 2014, en réponse au renversement du président ukrainien Viktor Ianoukovitch par la révolte populaire de Maïdan et à la politique pro-européenne des nouvelles autorités ukrainiennes, selon un processus éprouvé en Moldavie deux décennies auparavant en réponse à la politique pro-roumaine des autorités moldaves de l'époque. Dans une interview donnée en 1994, le chef de la république autoproclamée de Transnistrie, Igor Smirnov, avait déjà déclaré que son entité était « une partie inaliénable des régions méridionales de l’État russe » incluant Odessa, la Crimée, Donetsk et Lougansk à forte population d'origine russe, lesquels faisaient partie selon lui d'un territoire plus vaste, la Nouvelle Russie (Novorossia)[4].

Les journalistes internationaux présents lors de la journée des référendums du 11 mai 2014 déclarèrent que ces votes ne remplissent pas toutes les garanties démocratiques[5] et le président de l'OSCE, Ranko Krivokapic, déclarait qu'ils n'avaient aucune légitimité ayant eu lieu dans « un climat de peur, de violence et d'anarchie qui a éloigné beaucoup de personnes des bureaux de vote[6] ». Les résultats n'ont pour l'heure pas été reconnus internationalement, ni par l'UE[7], ni par les États-Unis[8], ni par la Fédération de Russie[9], ni par aucun État membre de l'Organisation des Nations unies.

Drapeau militaire.
La Nouvelle-Russie, telle qu'elle est envisagée par Pavel Goubarev et par le « Parti de la Nouvelle Russie »: en vert foncé, les oblasts de Donetsk et Lougansk.

L'idéologue et principal artisan de la constitution d'un État de Nouvelle-Russie est l'ukrainien Pavel Goubarev aujourd'hui gouverneur de Donetsk. Selon l'influent intellectuel russe Alexandre Douguine, cet État futur devrait permettre une renaissance de la culture, de l'esprit et de l'identité russe[10]. Dimitri Trénine, du Carnegie Moscow Center, a écrit dès 2003 que certains academics russes discutaient de l'idée d'un État de Nouvelle-Russie / Novorossia pro-russe qui serait formé à partir des régions méridionales de l'Ukraine en réponse aux mouvements vers l'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN[2].

Les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk couvrent approximativement et respectivement la moitié des oblasts ukrainiens de Donetsk et de Lougansk : leur union a été proclamée le 22 mai 2014 et des accords ont été signés le 24 mai entre les dirigeants des deux entités[11],[12]. Le nouvel État, au statut incertain, est alors désigné sous le nom d’État fédéral de Nouvelle-Russie / Novorossia (en russe : Федеративное государство Новороссия, Federativnoïe Gosoudarstvo Novorossia) ou de République de Nouvelle-Russie / Novorossia[13] (simplement Nouvelle-Russie en nom court). Cette unification dans la sécession a notamment été organisée par la milice populaire du Donbass.

Le 24 juin, les dirigeants des « Soviets suprêmes » des républiques de Donetsk et de Louhansk déclarent la fusion officielle de leurs entités en une seule, portant le nom d’Union des Républiques populaires[14]. Le 15 juillet, le Conseil suprême de l'Union promulgue sa constitution[15].

Comme la Transnistrie, la Nouvelle-Russie n'est pas reconnue par la Russie qui incline plutôt vers une fédéralisation de l'Ukraine (comme de la Moldavie) que vers une partition (de toute façon refusée par le président ukrainien Porochenko). La Russie considère que son annexion de la République autonome de Crimée est un cas différent, justifié, selon Moscou, par l'homogénéité de sa population et par la présence de la flotte russe à Sébastopol, incompatible avec l'intégration éventuelle de l'Ukraine à l'OTAN.

Formation

Territoire sous contrôle effectif (rouge) ou disputé (orangé) des forces de la Nouvelle-Russie en octobre 2014.

Le Parti de la Nouvelle Russie, fondé le 13 mai 2014 à Donetsk, en Ukraine[16], déclara lors de son premier congrès le 22 mai 2014 la formation d'un nouvel État autoproclamé appelé Novorossia, ou Nouvelle-Russie en français, d'après la région éponyme historiquement partie de l'Empire russe. Parmi les participants au congrès se trouvaient les officiels séparatistes ukrainiens russophones de la République populaire de Donetsk et de la Milice populaire du Donbass ainsi que le leader de la République de Donetsk Denis Pouchiline, le gouverneur de Donetsk Pavel Goubarev, l'écrivain Alexandre Prokhanov[17], le politologue et chef du Parti de l'Eurasie  Alexandre Douguine et Valery Korovine[18]. Selon Douguine, l'État aurait pour capitale la ville de Donetsk, le christianisme orthodoxe russe aurait le « statut spécial » de religion officielle de l'État et la nouvelle entité nationaliserait de grandes industries[11]. Selon Goubarev, l'État inclurait également les oblasts de Kharkov, Kherson, Dniepropetrovsk, Nikolaïev, Odessa et Zaporijia, dont les principales villes ne sont pas sous le contrôle des séparatistes[19],[20]. Deux jours plus tard, le 24 mai, le « Premier ministre » autodésigné de Donetsk, Alexandre Borodaï, et le « chef de la République » de Lougansk, Alexeï Koriakine, ont signé un document à huis clos formalisant leur fusion dans la nouvelle confédération[21],[11].

Gel

En mai 2015, Alexander Kofman, ministre des affaires étrangères de la République populaire de Donetsk, indique lui-même que le projet est gelé. Il mentionne le manque de personnalités politiques pour soutenir celui-ci, et déclare aussi ne pas vouloir l'imposer au villes de Kharkiv, Zaporijia et Odessa[22]. Le projet n'était plus soutenu par Moscou, qui demande que les territoires contrôlés par les rebelles restent une partie de l'Ukraine[22].

Territoire et revendications

  •      Oblasts partiellement sous contrôle de la Nouvelle-Russie
  •      Oblasts revendiqués par la Nouvelle-Russie
  •      La Crimée, annexée par la Russie.

Le territoire faisant, selon son droit propre, partie actuellement de la Nouvelle-Russie est celui de ses républiques constitutives : la République populaire de Donetsk, sur le territoire de l'oblast de Donetsk, et la République populaire de Lougansk, sur le territoire de l'oblast de Louhansk. La Nouvelle-Russie couvre ainsi théoriquement le Donbass ukrainien, partie la plus orientale de l'Ukraine, même si en pratique elle n'en contrôle qu'une fraction. L’union a des frontières avec l'Ukraine à l'ouest, la Russie au nord et à l'est, et, en principe, une ouverture sur la mer d'Azov au sud.

Néanmoins, selon Pavel Goubarev, la Nouvelle-Russie envisage de réunir non seulement les régions de Donetsk et de Louhansk mais aussi les actuels oblasts ukrainiens de Kharkiv (cf. RP de Kharkov), de Kherson, d'Odessa, de Nikolaïev, de Zaporojie et de Dniepropetrovsk, voire la République moldave du Dniestr sécessionniste de la Moldavie[23].

Réactions internationales

  • Après leur formation, le gouvernement de Kiev a qualifié les deux nouvelles républiques populaires d’« organisations terroristes »[24].
  • En août 2014, la Serbie accueille une représentation officielle de la république populaire de Donetsk[25].

Reconnaissance internationale

Les républiques qui font partie de la Nouvelle-Russie (République populaire de Donetsk et République populaire de Lougansk) ont été reconnus par l'Ossétie du Sud en juin 2014[26],[27].

Hymne

Article détaillé : Hymne de la Nouvelle-Russie.

La Nouvelle-Russie a possédé durant son existence un hymne, reprenant la mélodie de l'hymne de la République socialiste soviétique d'Ukraine mais avec des paroles différentes.

Notes et références

  1. http://uatoday.tv/politics/russian-backed-novorossiya-breakaway-movement-collapses-428372.html
  2. a, b et c Linda Kinstler, « Protesters in Eastern Ukraine Are Chanting "New Russia," an Old Term That's Back in Vogue », New Republic,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Amelia Gentleman, « Putin asserts right to use force in east Ukraine », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Zbigniew Brzezinski, Paige Sullivan et Center for Strategic and International Studies, Russia and the Commonwealth of Independent States: Documents, Data, and Analysis, M.E. Sharpe, (ISBN 1563246376, lire en ligne), p. 639.
  5. « Le référendum à l'Est de l'Ukraine est une « farce criminelle », selon Kiev », sur lemonde.fr, (consulté le 31 juillet 2015)
  6. (en) « OSCE PA President calls for cancellation of “absurd” referendums in eastern Ukraine », sur OSCE, (consulté le 31 juillet 2015)
  7. « Ukraine: l'UE ne reconnait pas le référendum », sur i24news.tv, (consulté le 1er août 2015)
  8. « UKRAINE. La « République de Donetsk » réclame son rattachement à la Russie », sur nouvelobs.com, (consulté le 1er août 2015)
  9. « Le Kremlin évite tout triomphalisme après le référendum dans l'est de l'Ukraine », sur lefigaro.fr, (consulté le 1er août 2015)
  10. Who Will Be the President of Novorossiya?
    « Donetsk, Luhansk, and Kharkov republics will be a holy place for renaissance of Russian culture, Russian spirit, Russian identity. »
  11. a, b et c Mat Babiak, « Welcome to New Russia », Ukrainian Policy,‎ (lire en ligne)
  12. « Donetsk, Lugansk People's Republics unite in Novorossiya », Voice of Russia,‎ (lire en ligne)
  13. http://french.ruvr.ru/news/2014_05_24/Ukraine-Donetsk-et-Lougansk-forment-un-nouvel-Etat-6923/
  14. « Ukraine's Luhansk, Donetsk Republics Ratify Union of People's Republics Constitution », Sputnik,‎ (lire en ligne)
  15. [1]
  16. (en) « Donetsk announces creation of Novorossiya Party », Kyiv Post,‎ (lire en ligne)
  17. (en) Cathy Young, « Fascism Comes to Ukraine - From Russia », Real Clear Politics,‎ (lire en ligne)
  18. (ru) « Состоялся учредительный съезд ОПД "Партия Новороссия" », Novorossiya,‎ (lire en ligne)
  19. (uk) « У Донецьку створили партію "Новоросія" », Ukrayinska Pravda,‎ (lire en ligne)
  20. (en) « Ukraine crisis timeline », BBC News,‎ (lire en ligne)
  21. (ru) « СМИ: Террористы из "ДНР" и "ЛНР" объединились », UNIAN,‎ (lire en ligne)
  22. a et b (en) « Death of Novorossia: Why Kremlin Abandoned Ukraine Separatist Project », sur themoscowtimes.com, (consulté le 26 août 2015)
  23. (ru) « Брифинг Павла Губарева на съезде народных представителей регионов », Novorossiya,‎ (lire en ligne)
  24. http://www.bbc.com/news/magazine-27743090
  25. (ru) « В Сербии открылось представительство ДНР »,‎ .
  26. (en) « South Ossetia Recognizes 'Luhansk People's Republic' », Radio Free Europe, (consulté le 10 décembre 2014)
  27. (en) « South Ossetia recognizes Donetsk People's Republic », Kyiv Post, (consulté le 10 décembre 2014)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • Sites officiels de la Nouvelle Russie : .su, .org, .today, .info, .com, novorosinform.org
  • « Site officiel de la République populaire de Lougansk »(Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?) (consulté le 11 juin 2017)