Nicolás Maduro

Nicolás Maduro
Illustration.
Nicolás Maduro en 2015.
Fonctions
Président de la République bolivarienne
du Venezuela
En fonction depuis le [N 1]
(5 ans, 8 mois et 20 jours)
Élection 14 avril 2013
Réélection 20 mai 2018
Vice-président Jorge Arreaza
Aristóbulo Istúriz
Tareck El Aissami
Delcy Rodríguez
Prédécesseur Hugo Chávez
Secrétaire général du
Mouvement des non-alignés
En fonction depuis le
(2 ans, 2 mois et 11 jours)
Prédécesseur Hassan Rohani
Président pro tempore de l'Union des nations sud-américaines

(11 mois et 29 jours)
Prédécesseur Tabaré Vázquez
Successeur Mauricio Macri
Vice-président de la République bolivarienne du Venezuela

(4 mois et 23 jours)
Président Hugo Chávez
Prédécesseur Elías Jaua
Successeur Jorge Arreaza
Ministre des Relations extérieures

(6 ans, 5 mois et 8 jours)
Président Hugo Chávez
Prédécesseur Alí Rodríguez Araque
Successeur Elías Jaua
Président de l'Assemblée nationale du Venezuela

(1 an, 7 mois et 1 jour)
Président Hugo Chávez
Prédécesseur Francisco Ameliach
Successeur Cilia Flores
Biographie
Nom de naissance Nicolás Alejandro Maduro
Moros
Date de naissance (56 ans)
Lieu de naissance Caracas (Venezuela)
Nationalité vénézuelienne
Parti politique MBR-200 (jusqu'en 1997)
MVR (1997-2007)
PSUV (depuis 2007)
Conjoint Adriana Guerra Angulo
Cilia Flores
Enfants Nicolás Maduro Guerra
Religion catholicisme

Signature de Nicolás Maduro

Nicolás Maduro Nicolás Maduro
Présidents de l'Assemblée nationale du Venezuela
Vice-présidents de la
République bolivarienne du Venezuela

Présidents de la
République bolivarienne du Venezuela

Président pro tempore de l'Union des nations sud-américaines

Nicolás Maduro Moros, né le à Caracas, est un syndicaliste et homme d'État vénézuélien, président de la République depuis 2013.

Ancien chauffeur de bus puis leader syndical, il est membre du Mouvement Cinquième République (MVR). D'abord député (1999-2000), puis président de l'Assemblée nationale du Venezuela (2005-2006), il est ensuite ministre des Affaires étrangères (2006-2012) puis vice-président de la République (2012-2013). À la suite de la mort du président Hugo Chávez, il devient président de la République par intérim, puis remporte l'élection présidentielle anticipée avec 50,6 % des voix face à Henrique Capriles.

En 2014 et 2017, au cours d'une grave crise économique provoquant notamment des pénuries alimentaires, Nicolás Maduro est confronté à des manifestations meurtrières et à une opposition demandant sa démission. Les élections législatives de 2015 voient l'opposition emporter la majorité à l'Assemblée nationale, ce qui constitue le point de départ d'une grave crise institutionnelle. Il est réélu en 2018 à l'issue d'un scrutin contesté.

Biographie

Origines

Le père de Nicolás Maduro, d'origine juive séfarade, est chef syndicaliste. Cette origine a permis à Chávez, qui le fit ministre des Relations extérieures, de dissiper les tensions avec la communauté juive vénézuélienne[1],[2],[3]. S'il y a pour Nicolás Maduro « une grande diversité de communautés religieuses dans le pays »[1], lui-même fut élevé dans la religion catholique comme 73 % des vénézuéliens. Il a en outre rendu publique son appartenance au mouvement de Sathya Sai Baba, gourou indien qui professait l'unité de toutes les religions[4].

Vie privée et familiale

Nicolás Maduro se marie en 1988 avec Adriana Guerra Angulo, avec qui il a un fils, Nicolás Maduro Guerra. En juillet 2013, il se remarie avec Cilia Flores[5].

Avec sa deuxième épouse, il est un adepte du gourou indien Sathya Sai Baba[6].

Jeunesse et carrière

Nicolás Maduro est né à Caracas[7], issu de la classe moyenne d'un quartier populaire du sud de cette ville. Il milite dans la Ligue socialiste (marxiste-léniniste) du lycée au début des années 1970. Selon un de ses amis, il s'est fait expulser de son établissement scolaire en 1977 pour propagande communiste[8].

Dans les années 1980, M. Maduro devient garde du corps des candidats socialistes à la présidence José Vicente Rangel (1983) et David Nieves (1988), mais également de Pablo Milanés[9]. À cette époque, il reçoit une formation à l'école des cadres du Parti communiste cubain destinée à former les futurs révolutionnaires d'Amérique latine. Il reçoit des cours de philosophie marxiste et d'économie politique, il apprend l'histoire de l’Amérique latine, des révolutions mexicaine et cubaine[10],[11].

Après ses études, il est embauché comme conducteur de bus à Caracas, de 1991 à 1998, et devient membre du conseil administratif. C'est en tant que porte-parole des conducteurs qu'il commence à se faire un nom. Dirigeant syndicaliste à partir de 1990, il est l’un des fondateurs du nouveau syndicat du métro de Caracas (Sitrameca) et de la Force bolivarienne des travailleurs avant d’en devenir son coordinateur national. C'est aussi vers ce moment qu'il effectue en parallèle, à Cuba, des études de science politique[12]. La BBC affirme que les Vénézuéliens apprécient l'histoire de son ascension[12].

Du syndicalisme il arrive en politique. De 1994 à 1997 il est membre de la direction du MBR-200 que Chávez avait fondé en 1983, et qui était l'embryon du Mouvement Cinquième République (MVR) qui deviendra le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) à partir de 2007 avec d'autres partis de gauche. Il participe aux émeutes de Caracas en 1989[8].

Il épouse Cilia Flores, procureur générale de la République, avocate de formation, c'est elle qui a organisé la défense de Chávez lorsqu'il a été arrêté à la suite de l'échec de son coup d’État de 1992.

Membre du gouvernement

Nicolás Maduro participe à la fondation du MVR en 1997, avec Hugo Chavez. Il est également corédacteur de la nouvelle constitution bolivarienne et devient député du MVR, en 1999, puis président de l'Assemblée nationale, de 2005 à 2006.

Il est nommé ministre des Affaires étrangères en août 2006 et vice-président de la République le , à la suite de la réélection d'Hugo Chávez à la présidence. Pendant cette période d'absence du président c'est donc Maduro qui a occupé les fonctions administratives et économiques.

À la tête de la diplomatie vénézuélienne, il se fait remarquer en soutenant le régime libyen de Mouammar Kadhafi jusqu'au bout, continuant par ailleurs à appuyer le Syrien Bachar el-Assad, qui combat une rébellion dans son pays. S'adaptant au style incendiaire de Chávez, il traite par exemple le sous-secrétaire d'État américain John Negroponte de « gratte-papier au passé criminel ». Également pragmatique, il accepte en 2010 la main tendue du président colombien Juan Manuel Santos, contre qui il vitupérait pourtant quelques semaines plus tôt[6].

Désigné « dauphin » du président Chavez, il est pour cela critiqué dans l'opposition, notamment par Henrique Capriles : « Nous ne sommes pas une monarchie ». Cette nomination aurait été poussée par Cuba, l'île communiste étant inquiète de la stabilité de son allié vénézuélien une fois que Chavez aurait disparu[6].

Il est présenté comme faisant partie de l'aile modérée du PSUV. Hugo Chávez le décrit comme « un révolutionnaire à part entière », « avec sa main ferme, avec sa vision, avec son cœur d’homme du peuple, avec son talent avec les gens, avec la reconnaissance internationale qu’il s’est acquise, c’est l’un des jeunes dirigeants ayant les meilleures capacités » ainsi que comme « un homme plein d’expérience malgré sa jeunesse »[13].

En avril 2012, il traite l'opposant Henrique Capriles de « gros pédé », puis s'excuse auprès de la communauté homosexuelle[6].

À la suite de l’aggravation de la santé de Hugo Chávez en décembre 2012, il accuse les « ennemis historiques » du Venezuela d'avoir inoculé le cancer de Chávez et assure qu'il le prouvera[14].

Vice-président de la République

Le , peu après l'élection présidentielle vénézuélienne de 2012, il est nommé vice-président de la République par Hugo Chávez, ce qui fait de lui le dauphin du président sortant en cas d'aggravation de son état de santé ou de mort[15].

Président de la République

Succession d’Hugo Chávez par intérim

À la mort d'Hugo Chávez, survenue le , il devient président du Venezuela par intérim et déploie l'armée pour « garantir la paix »[16]. C'est dans ce contexte que Nicolás Maduro expulse deux fonctionnaires de l'ambassade des États-Unis accusés de nourrir une « déstabilisation » du pays[14]. Le 7 mars, il annonce que le corps d'Hugo Chávez sera embaumé, « comme Lénine »[17], projet finalement abandonné quelques jours plus tard[18]. Le , il prête serment comme président de la République par intérim[19]. L'opposition considère qu'il s'agit d'une violation de la Constitution, celle-ci prévoyant que le président de l'Assemblée nationale, Diosdado Cabello, devienne président par intérim en cas de décès du chef de l'État. L'opposition critique également son éventuelle candidature à la présidence, constitutionnellement incompatible avec la fonction de vice-président. Cependant, la Cour suprême a validé cette prise de fonction.

Élection présidentielle de 2013

Maduro est élu président de la République le 14 avril 2013. Il l'emporte avec 50,6 %, soit un score bien inférieur à ce qu'il pouvait espérer au vu de la plupart des sondages. Son adversaire, Henrique Capriles, battu de justesse, dénonce des irrégularités et conteste l'impartialité du Conseil national électoral (CNE). Capriles réclame le recomptage des votes, ce que Maduro accepte, avant que le CNE ne refuse[20]. Deux jours après le scrutin, d'importantes manifestations pour protester contre les résultats officiels ont lieu avec actes de vandalisme et affrontements provoquant neuf morts chez les partisans de Maduro et les policiers[21]. Après ces violences, le CNE accepte finalement de recompter les votes mais assure que ça ne changera « en aucune façon » les résultats[22], Capriles avait porté plainte contre cette élection au Tribunal suprême du Venezuela mais cette dernière a rejeté cette plainte et infligé une amende au candidat défait[23]. Maduro prête serment le 19 avril.

Le , Maduro fait voter par le Parlement le droit de gouverner par décret pendant un an[24], type de gouvernance utilisé par tous les présidents du Venezuela depuis les années 1970, y compris par Hugo Chávez. La principale raison de la gouvernance par décret est l'aggravation de la crise économique. Ainsi, Maduro promet de changer de modèle économique et vaincre la « bourgeoisie parasitaire » qui, selon lui, détiendrait les rênes de l'économie et tenterait sans relâche de déstabiliser le gouvernement dans le cadre d'une « guerre économique ». Il promet aussi de lutter fermement contre la corruption, qu'il nomme « antivaleur du capitalisme ».

Politique économique

Sous sa présidence le Venezuela se trouve sévèrement affecté par la chute brutale des cours du pétrole, qui fournissait au pays l'essentiel de ses revenus. Maduro se donne pour priorité de préserver les réalisations sociales de la « révolution bolivarienne », notamment dans le domaine de la construction de logements[25], et déclare plusieurs hausses successives du salaire minimum afin de limiter l'impact de la crise sur les classes populaires[26]. En revanche, les dépenses militaires sont réduites de 34 % en 2015[27] et la diversification de l'économie ne s'opère que lentement.

Il poursuit et accentue le programme de « communes socialistes » qu'avait proposé Hugo Chávez, visant à développer une forme plus locale et participative de démocratie mais également à doter les communes de moyens économiques plus importants. Certains opposants dénoncent un projet qu'ils estiment inspiré des « Comités de défense de la révolution » cubains[28]. Le chômage au Venezuela descend en décembre 2014 à son plus faible niveau historique avec un taux de 5,5 % selon les données officielles[29].

En 2016, le Venezuela connait sa plus importante sécheresse depuis 40 ans, ce qui perturbe le fonctionnement des centrales hydrauliques et provoque de graves pénuries d'électricité[30]. La même année, le taux d'inflation est estimé entre 300 % par des institutions privées et 720 % par le FMI[31]. Début 2018, le FMI estime l'hyperinflation à 2300 %[32].

Un carnet de la Patrie

Le carnet de la Patrie est mis en place par Nicolás Maduro le 20 janvier 2017. Il présente d’abord des données de base des citoyens : nom, prénom, numéro de carte d'identité, lieu de résidence. Mais il recueille aussi des informations plus personnelles. Ainsi, il y est précisé l’adhésion à un parti politique ou à des mouvements sociaux. De même, il est renseigné si l'individu bénéficie des programmes sociaux[33],[34]. Les détenteurs du carnet reçoivent un colis mensuel de produits alimentaires à bas prix[35].

Le 31 juillet 2017, la Maison Blanche annonce un « gel » de « tous les avoirs » que possèderait le président du Venezuela aux États-Unis, qualifiant les élections d’ « illégitimes » et le président vénézuélien Nicolas Maduro de « dictateur », le comparant aux dirigeants syrien Bachar al-Assad et nord-coréen Kim Jong-Un[36]. Le 25 août 2017, Washington alourdit les sanctions contre le Venezuela en bloquant son accès aux devises étrangères, dont il a un besoin crucial, le précipitant vers le défaut de paiement. Selon Shannon O'Neil, experte au Council of Foreign Relations, « les sanctions financières mises en place en août sont plus significatives car elles ont mis fin à tout nouvel investissement direct dans le pays »[37]. En décembre 2017, en réaction à la crise et aux sanctions, il annonce la création d'une crypto-monnaie, le petro, dont le cours dépend du pétrole, du gaz, de l'or et du diamant[38].

Alors que le pays compte parmi les plus grandes réserves du pétrole du monde, on y compte des pénuries de carburant. La production de pétrole, de 2,6 millions de barils par jour en 2015, tombe à 1,9 million l'année suivante, le taux le plus bas depuis trente ans. Le tiers de ces revenus sert à rembourser les prêts accordés par les alliés russes et chinois de Nicolas Maduro[39].

La moitié des enfants du pays ne sont plus scolarisés début 2018, notamment à cause de l'insécurité et des cours non assurés à cause des pénuries d'électricité. Le smic mensuel tombe à 15 euros et l'eau courante manque dans certains quartiers. Le pays fait également face à un exil de professeurs, de médecins et d'infirmiers. Ancien pays d'immigration, le Venezuela est devenu un pays d'émigration massive, perdant en quelques années un dixième de sa population[32]. Selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, les demandes d'asile ne cessent de grimper[39].

Entre 2013 et 2018, à cause de la politique économique du gouvernement (contrôle des changes, contrôle des prix, démantèlement de l'appareil productif du pays, expropriations, mise au pas du secteur privé désormais souvent dirigé par des militaires, manque d'investissements, etc.) et de la corruption, 700 milliards d'euros ont disparu des caisses de l'État et le PIB a chuté de 35 %[32].

En août 2018, il annonce la fin de la quasi-gratuité de l'essence, sauf pour les détenteurs du carnet de la Patrie, ainsi que la mise en place d'un impôt sur les grandes fortunes et la multiplication par 34 du salaire minimum[40]. Dans le même temps, quelque 130 personnes sont arrêtées pour « entrave » au plan de relance[41].

Problèmes sanitaires

Depuis la chute des cours du pétrole, les Vénézuéliens subissent une pénurie d’aliments et de médicaments[42] (80 % des médicaments manquent[39]) et les hôpitaux fonctionnent au ralenti. Le marché noir de soins progresse[32].

La mortalité infantile est en augmentation au Venezuela, alors que celle-ci est en régression dans le monde. Une des raisons de cette situation est liée à la malnutrition des mères[43]. Le paludisme avait disparu du territoire vénézuélien il y a 50 ans. Or les cas de paludisme augmentent avec 240 613 personnes infectées. Parmi les 24 États, 13 sont touchés par cette épidémie de paludisme[44]. Selon la Fédération médicale vénézuélienne, les « hôpitaux fonctionnent avec seulement 3 % des médicaments nécessaires »[42] et déclare Nicolas Maduro « coupable d'holocauste sur son propre pays »[32].

Depuis 2014, l'État ne communique plus de statistique sur le sujet. En mai 2017, la ministre de la Santé Antonieta Caporale reconnaît une augmentation de 30,12 %, entre 2015 et 2016 de la mortalité infantile[42]. Nicolas Maduro la renvoie[32] et la remplace[44]. C’est le huitième ministre de la Santé nommé par Nicolas Maduro depuis 2013[45].

Entre 2017 et 2018, les Venezuéliens ont perdu 8 kilos en moyenne. Les citoyens qui possèdent un « carnet de la patrie » (adhérent donc aux valeurs du régime) reçoivent une fois par mois des produits de base du CLAP (Comité local d'approvisionnement et de production). Lors des élections municipales de décembre 2017, les électeurs votant pour le parti au pouvoir voyaient leur carnet coché afin de recevoir des rations[32].

Crise sécuritaire

Caracas est devenue la ville la plus dangereuse du monde, un Vénézuélien y étant tué toutes les 19 minutes. Les enlèvements, agressions et braquages sont monnaie courantes, les classes aisées vivant dans des lotissements sécurisés et sortant en véhicule blindé. Les cambriolages visent notamment des produits alimentaires, la police étant parfois impliquée dans ces vols[32]. Le pays devient par ailleurs la plaque tournante du trafic de drogue latino-américain, autour notamment de la cocaïne[39].

Début 2018, le pays compte 12 000 détenus politiques, dont des enfants[32].

Contestation politique

Manifestation du 19 avril 2017.

En 2014, il est contesté à l'occasion de grandes manifestations consécutives à la défaite de la coalition d'opposition lors des municipales de décembre 2013. Leopoldo López, l'un des meneurs du mouvement de contestation, est accusé de responsabilité dans la mort d'une quarantaine de personnes dans ces manifestations et arrêté. Le 19 février 2015, Antonio Ledezma, maire de Caracas depuis 2008, est arrêté, accusé de complot contre Nicolas Maduro[46].

Le , le Parlement vote une réintroduction des pleins pouvoirs pour une durée d'un an[47]. Il décrète l'état d'urgence économique le [48], puis le prolonge le [49] et le 13 juillet[50].

Les élections législatives de 2015 sont une défaite pour le PSUV au pouvoir, une première depuis 1999 et l'investiture de son prédécesseur, Hugo Chávez[51]. La coalition d'opposition, la Table de l'unité démocratique (MUD), remporte en effet 109 sièges, contre 55 pour le PSUV. Depuis la victoire de l'opposition aux élections législatives de 2015, le Conseil national électoral (CNE), dont la grande majorité des membres est chaviste, s'emploie à empêcher la tenue d'un référendum révocatoire, tandis que les élections régionales de 2016 ont été reportées sine die[52].

En avril 2016, la MUD dépose une pétition de deux millions de signatures, dont 600 000 seront cependant rejetées après vérification par les autorités électorales, en faveur d'un référendum pour le révoquer de sa fonction présidentielle[53]. Le 25 octobre 2016, le Parlement, où l'opposition vote depuis 2015 en faveur d'un procès en destitution à l'encontre du président Maduro. Ce dernier dénonce alors un « coup d'État parlementaire », la révocation du président par le Parlement n'étant pas prévue par la constitution, même s'il existe une procédure pour manquements au devoir de sa charge[54]. En avril 2017, le Tribunal suprême retire tout pouvoir au Parlement[55].

Le , l'opposition organise une grève générale afin d'obtenir le départ de Nicolas Maduro[56]. En décembre, elle se retire du dialogue amorcé par l’entremise de l'Unasur et du Vatican pour trouver un accord de résolution de la crise politique[57]. Début janvier 2017, Julio Borges, nouveau président de l'Assemblée nationale du Venezuela, en appelle à l'armée « face à un gouvernement passé de l'autoritarisme à la dictature »[58]. Ce même mois, le Parlement se déclare en « rébellion totale »[59].

Le , la Cour suprême (qui serait totalement alignée politiquement sur le pouvoir chaviste, selon Patrick Bèle du Figaro[52]) s'octroie le pouvoir législatif[60] à la suite du refus persistant de l'Assemblée nationale d'exclure trois députés dont l'élection serait frauduleuse[61]. Le gouvernement a par ailleurs arrêté de payer les frais de fonctionnement de l'Assemblée et de payer les députés[52]. Le président de l'Assemblée nationale, Julio Borges, dénonce alors un « coup d'État »[62]. Le 31 mars, Luisa Ortega, à la tête du parquet national, conteste également la décision[63]. Cela fait également l'objet d'un tollé auprès d'une partie de la communauté internationale[64]. Le , le Tribunal suprême de justice annule les deux décrets, tandis que l'opposition appelle à de nouvelles manifestations[65]. L'Assemblée nationale initie ensuite une procédure de destitution contre les juges de la Cour suprême[66].

Mi-avril, les manifestations s'étendent aux quartiers pauvres de Caracas ; 24 manifestants et policiers sont tués[67],[68]. En mai, dans un contexte de pénuries alimentaires et de médicaments, les manifestations se poursuivent menées principalement par le parti centriste Voluntad popular, alors que le pouvoir durcit la répression[69][70]. Un rapport de l'Observatoire vénézuélien note que le pays est devenu le deuxième le plus violent au monde après le Salvador, entre enlèvements et séquestrations, ainsi que des vols et cambriolages qui répondent à la pénurie[71]. Les manifestations contre le gouvernement restent néanmoins essentiellement circonscrites aux quartiers aisés de Caracas et aux municipalités historiquement acquises à l'opposition conservatrice[70]. Alors que les manifestations ont fait 43 morts, Nicolás Maduro décide d'envoyer l'armée dans l'État de Tachira où des commerces ont été détruits et deux commissariats attaqués.

Le 1er mai 2017, Nicolás Maduro annonce sa volonté de convoquer une assemblée constituante afin de réécrire la Constitution de 1999. Les 500 membres de cette assemblée doivent être désignés par moitié par des mouvements sociaux chavistes et par moitié par un vote où les partis politiques ne peuvent pas présenter de candidats. Le projet aurait comme objectif de contourner les leaders de l'opposition, hostiles aux négociations avec le gouvernement[72],[73]. Les quelques chavistes critiquant le processus se voient qualifier de « traitres » par Maduro[74],[75].

Luisa Ortega Diaz, procureur général du Venezuela de 2007 à 2017.

Le 24 mai, Luisa Ortega Díaz, une chaviste historique, procureur général du Venezuela depuis 2007, reconduite jusqu'en 2021, exprime son opposition au gouvernement de Nicolás Maduro. Elle considère que « des groupes armés ne doivent pas attaquer des manifestations pacifiques » et précise que des investigations sont en cours à l'égard de ces groupes paramilitaires qui contrôlent les quartiers populaires. Par ailleurs, elle estime que la convocation d’une Assemblée constituante « aggraverait la crise ». Enfin, elle dénonce le recours aux tribunaux militaires à l'encontre des civils arrêtés lors des manifestations[76],[77]. Destituée de son poste de procureur général de la République par l'Assemblée constituante[78], elle quitte le pays, dénonçant la « persécution » dont elle ferait l'objet de la part du pouvoir[79].

L'opposition dénonce le système envisagé pour désigner les membres de la future assemblée constituante[74] et organise le 16 juillet une consultation pour s'opposer à cette constituante : ce scrutin symbolique réunit 7,6 millions de votes (sur 19 millions d'électeurs). Le président Maduro considère ce scrutin comme n'ayant aucune valeur légale ni contraignante[55].

Les élections de l'Assemblée constituante se tiennent le 30 juillet et réunissent, selon les autorités, 41,5 % de participation (huit millions de votants), beaucoup moins selon l'opposition[80], qui avait appelé au boycott du scrutin[81]. Le 8 août, douze pays d'Amérique (Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Mexique, Panama, Paraguay et Pérou) condamnent une « rupture de l'ordre démocratique » au Venezuela et refusent de reconnaître l'Assemblée constituante[82]. De son côté, l’ONU condamne de nouveau un « usage excessif de la force », accusant les forces de sécurité vénézuéliennes d’avoir causé la mort d’au moins 73 manifestants antigouvernementaux et des groupes armés pro gouvernementaux circulant à moto avec des armes à feu d'en avoir tué une trentaine d'autres[83]. Pour Le Monde, « avec le coup de force mené par une Constituante chaviste contre l’Assemblée nationale, Nicolas Maduro parachève son contrôle du pays. […] Le Venezuela s’enfonce dans la dictature »[84].

Le 9 septembre 2018, The New York Times révèle que l'administration Trump aurait rencontré en 2017 des militaires rebelles pour les aider à renverser le régime de Maduro, mais les autorités américaines auraient finalement abandonné le projet[85].

En 2017, l'opposition à Nicolas Maduro reçoit du Parlement européen le prix Sakharov, qui honore les personnes ou les organisations qui ont consacré leur existence à la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales[39].

Élections locales de 2017

Le , à l'inverse de ce que prédisaient les sondages[86], le GPP de Maduro obtient 17 États, contre 5 pour la MUD, lors d'élections régionales dont la régularité est contestée par l'opposition[87].

Le , le GPP remporte les élections municipales, celles-ci ayant été boycottées par la MUD[88].

Élection présidentielle de 2018

Cote de popularité de Nicolás Maduro (institut Datanálisis).
Nicolás Maduro en 2017.

Le , son vice-président, Tareck El Aissami, annonce que Nicolás Maduro est candidat à l'élection présidentielle vénézuélienne de 2018[89]. Le , le Parti socialiste unifié du Venezuela l'investit candidat[90]. Nicolás Maduro lance alors un nouveau mouvement politique, baptisé Somos Venezuela[91], et dépose sa candidature le 27 du même mois[92].

Le Conseil électoral fixe l'élection présidentielle au [93]. Cette décision est faite hors de tout cadre constitutionnel, ce qui empêche l'opposition d'organiser une primaire et l'amène à renoncer à présenter un candidat[94]. Le , le scrutin est reporté au [95].

Nicolás Maduro indique que les partis d'opposition qui ont boycotté les élections municipales de 2017 ne pourront pas présenter de candidats à l'élection présidentielle[96]. Durant la campagne, le président sortant promet des « récompenses » pour ceux qui iront voter[97]. Dans ce contexte, son parti enregistre de nouvelles adhésions alors que le gouvernement distribue de la nourriture à prix subventionnés dans les quartiers populaires[98].

Nicolás Maduro remporte 67,8 % des voix contre 21,0 % à son principal adversaire, Henri Falcón, qui rejette le processus électoral et dénonce des irrégularités[99]. Le taux de participation est de 46,1 % selon les résultats officiels[100] alors qu’en 2013 la participation s'élevait à 79,7 %[101]. Une source du CNE a pour sa part affirmé qu'à la clôture des bureaux de vote, le taux de participation était de 32,3 %[102]. Dans les deux cas, il s'agit du plus faible taux de participation de l'histoire du pays pour une élection présidentielle[103]. Selon Alain Musset, directeur de recherches à l'École des hautes études en sciences sociales, « il reste autour de [Maduro] une bourgeoisie bolivarienne qui a profité du régime et des gens qui croient encore à la révolution » et à qui Maduro affirme que la crise actuelle est orchestrée « par les États-Unis », qui soutiendraient un « sabotage économique des anciennes classes dirigeantes »[104]. Le 24 mai 2018, Nicolás Maduro prête serment pour un deuxième mandat devant l'Assemblée nationale constituante[105]. Son second mandat doit débuter le 10 janvier 2019[105].

Le 22 mai 2018, il annonce l'expulsion du chargé d'affaire des États-Unis[106].

Attaque aux drones

Le , Nicolás Maduro se dit victime d'un attentat lors d'une parade militaire organisée à l'occasion du 81e anniversaire de la création de la garde nationale bolivarienne. Selon les autorités vénézuéliennes, cette tentative d’assassinat a été menée à l’aide de deux drones chargés d'explosifs, et a blessé sept militaires[107],[108].

Nicolás Maduro considère que « l'ultra-droite vénézuélienne alliée avec l'ultra-droite colombienne de Juan Manuel Santos » est responsable de l’attentat ; le président colombien affirme que cette accusation est sans fondement[109],[110]. L’exécutif vénézuélien souligne également la responsabilité de militants présents aux États-Unis et en appelle à Donald Trump[111][112]. L'attaque est ensuite revendiquée par un groupuscule jusque-là inconnu, le Mouvement national des soldats en chemise, tandis qu'une journaliste d'opposition installée aux États-Unis relaye un communiqué de revendication disant « Nous ne pouvons pas tolérer que la population soit affamée, que les malades n'aient pas de médicaments, que la monnaie n'ait plus de valeur, que le système éducatif n'enseigne plus rien et ne fasse qu'endoctriner avec le communisme »[113],[108]. Le 5 août 2018, six personnes, dont un individu se faisant appeler « capitaine Juan Caguaripano », responsable d'une attaque d'une base militaire le 6 août 2017, sont arrêtées par les autorités du Venezuela[114]. Salvatore Lucchese, ancien responsable policier et ancien membre de la direction du parti Voluntad popular se décrivant comme un « soldat de la résistance vénézuélienne », revendique depuis Bogotá sa participation aux attentats[115],[116].

Plusieurs médias occidentaux se montrent prudents sur la réalité de l’attentat[117]. Le journaliste indépendant François-Xavier Freland affirme que « les journaux et les chaînes de télévision [du Venezuela] ont été repris en main par le pouvoir » et qu' « il n’y a pas d’observateur sur place qui puisse vraiment vérifier s’il y a eu réellement une tentative d’attentat contre Maduro »[111],[118].

L'incident mène à une intensification de la répression par le régime bolivarien[119]. Le 7 août, le pouvoir vénézuélien annonce des poursuites judiciaires contre plusieurs députés de l'opposition, dont l'ancien président de l'Assemblée nationale Julio Borges, en exil à Bogota[120]. Le 8 août au soir, le Tribunal suprême de justice ordonne l'arrestation de Borges[121]. Le député Juan Requesens, membre de Primero Justicia, est également arrêté[122]. Dans le même temps, l'Assemblée nationale constituante lève l'immunité de deux députés pour qu'ils puissent être jugés[123]. Selon le procureur général Tarek William Saab, 19 personnes ont participé directement à l'attaque depuis Chinácota, en Colombie, pour 50 millions de dollars, tandis que Rayder Ruso Márquez et le colonel Oswaldo Valentín García, ancien militaire exilé en Colombie, sont les financiers du groupe, tout comme Osman Delgado Tabosky, exilé aux États-Unis[124].

Le 10 août, dans une vidéo diffusée par les autorités, Requesens affirme avoir été contacté par Borges pour aider Juan Monasterios, ancien militaire lui-même arrêté et ayant reconnu avoir participé à l'attaque, à se rendre en Colombie[125]. Le 14 août, Saab annonce l'arrestation la veille du général Alejandro Pérez Gamez, membre de la garde bolivarienne, ainsi que du colonel Pedro Javier Zambrano Hernández[126]. Le 15 août, les autorités judiciaires demandent l'aide du Pérou pour arrêter José Yaguas Monje et Alberto Escalona, qu'ils pensent avoir fui dans ce pays[127].

Polémiques et controverses

Accusations de corruption

Pour Luisa Ortega Díaz, alors procureur général, le président Nicolás Maduro a reçu 35 millions de dollars de la société Odebrecht et d'autres entreprises dans le cadre de l'Opération Lava Jato[128]. Des publicitaires brésiliens reconnaissent avoir reçu des millions de dollars de pots-de-vin de Nicolas Maduro. Ainsi il aurait financé la campagne présidentielle d'Hugo Chavez en 2012[129],[130]. L'opposant Henrique Capriles, lui-même condamné dans le scandale Petrobras, considère que la société Odebrecht « était la cagnotte de Chávez, qui lui a attribué, sans appel d’offres, tous les grands chantiers du Venezuela »[131],[132].

Le , après avoir été « suspendu » de ses fonctions par des magistrats d'opposition en mai 2018 depuis Miami, Maduro est « condamné » en Colombie à 18 ans de prison et d'inéligibilité, assortis de 35 et 25 millions de dollars par un tribunal suprême de justice parallèle et nommé par l'Assemblée nationale, pour corruption et blanchiment d'argent[133].

Notes et références

Notes

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Voir aussi