Napoléon et l'Église catholique

Pie VII avec le cardinal Caprara, légat pontifical en France. Étude pour Le sacre de Napoléon, par David.

La relation entre Napoléon et l'Église catholique est un aspect important de son règne. Il consolide son pouvoir par sa volonté de soumettre le religieux au pouvoir civil, en particulier par la mise en place d'un concordat, et trouve ainsi un compromis entre la société d'ordre d'Ancien Régime et la période antireligieuse révolutionnaire. Ses relations avec la papauté deviennent très mauvaises, en particulier à cause de sa politique de blocus avec la Grande-Bretagne et de son instrumentalisation de l'Église, ce qui contribue à sa chute.

La Campagne d'Italie: Napoléon face à Pie VI

Le pape Pie VI par Pompeo Batoni, 1775

Napoléon Bonaparte est élevé dans la religion catholique par sa mère, très pieuse. Proche du frère de Robespierre puis des milieux anti-religieux du Directoire, il accepte de réprimer une émeute royaliste en tirant au canon sur le parvis d'une église, mais refuse d'intervenir contre les Chouans. Affecté comme général en Italie pour vaincre l'Autriche en 1796, il est conduit à combattre les troupes papales alliées aux Autrichiens et à occuper Ancône et Loreto, qui sont des terres des États du Pape.

Pie VI demande et obtient la paix au traité de Tolentino le 19 février 1797; mais des tensions révolutionnaires dans ses États le conduisent à condamner des révolutionnaires italiens et français. Des affrontements, le 28 décembre 1798, s'achèvent par la mort du populaire brigadier-général Mathurin-Léonard Duphot, révolutionnaire, membre du corps diplomatique de l'ambassade de Rome que dirige Joseph Bonaparte. En représailles, le général Berthier marche sur Rome, qu'il prend sans résistance le 10 février 1798. Il proclame une république romaine et exige du pape la fin de son pouvoir temporel.

Devant son refus, les Français l’arrêtent et le 20 février, l'escortent de Rome à Sienne, puis jusqu'à la Certosa, à côté de Florence. Il y reste jusqu'à ce que la France déclare la guerre à la Toscane, et est alors déplacé jusqu'à Parme, Plaisance, Turin et Grenoble; escorté par Pedro Gómez marquis du Labrador, il est enfermé dans la citadelle de Valence (Drôme) où il meurt six mois après son arrivée le 29 août 1799 ayant eu le plus long pontificat de l'histoire. Son corps est embaumé mais n'est pas enterré.

Napoléon, qui vient de prendre le pouvoir en France, veut le soutien des catholiques et le règlement de la question religieuse; le clergé français est de fait détruit par la rupture entre Rome et le gouvernement. Napoléon théorise l'influence de la religion comme moyen de contrôler et d'influencer les Français.

Pendant le conclave, le 30 janvier 1800, Napoléon fait enterrer Pie VI en grande pompe, donnant un signe aux catholiques. Le conclave, fort long, débouche sur l'élection de Pie VII, connu comme un partisan du compromis avec la France post-révolutionnaire.

La paix de Lunéville

La papauté avait aussi à se plaindre de la sécularisation de nombreuses terres d'Église dans le Saint-Empire romain germanique après la Paix de Lunéville (1801). En effet, un nombre de princes germaniques avaient perdu des terres compensées par ce traité grâce à la saisie de propriétés ecclésiastiques.

Le Concordat de 1801

Cela permet la négociation du Concordat de 1801. Ce concordat réorganise un lien entre Rome, le clergé français et l'État napoléonien. Ercole Consalvi, le secrétaire d'État du pape, en est le négociateur. La négociation redonne une place officielle à Rome et au catholicisme, mais par la présence des « articles organiques » que Consalvi n'accepte qu'après un long combat, il soumet de fait le clergé à l'État en particulier par le contrôle de la nomination de la hiérarchie épiscopale. Cela rappelle les tendances gallicanes depuis la Pragmatique sanction à Louis XIV.

Relations avec Pie VII et couronnement impérial

La modération de Pie VII est le résultat d'un rapport de force où Napoléon tente successivement la séduction et la menace parfois militaire (d'où la fameuse scène où après avoir tenté de plaire au pape, l'Empereur est traité de comediente par le pape, puis, après des menaces, de tragediente. Malgré l'avis de la curie, Pie VII se déplace pour le couronnement impérial à Paris en 1804. Il refuse les dons promis par l'Empereur à l'Église. Napoléon finit par lui faire offrir une tiare (qui était couverte de pierres issues de la tiare de Pie VI que des militaires français avaient desserties) et un portrait du pape par David. Le peintre immortalise le moment où Joséphine est couronnée Impératrice par l'Empereur, qui vient de se placer lui-même la couronne sur la tête, ne voulant pas que ce soit le pape qui le couronne. Napoléon et Joséphine s'étaient mariés à l'église (ils n'avaient eu qu'un mariage civil) quelques heures avant le couronnement.

Les efforts diplomatiques du cardinal Fesch n'empêchent pas la brouille

Napoléon choisit son oncle, le cardinal Joseph Fesch, pour remplacer le vieil ambassadeur à Rome François Cacault. Châteaubriand est son collaborateur, mais assez rapidement s'écarte de ses points de vue. C'est Fesch qui est chargé en 1804 par Napoléon de s'assurer de la présence du pape à son couronnement, ce qui est difficile, quelques mois après l'exécution du duc d'Enghien et les réticences de tous ordres de la curie et du pape. Cette réussite lui vaut des honneurs importants (le Grand Cordon de la Légion d'honneur), un siège au sénat et en 1806 le poste de coadjuteur et successeur de Karl von Dalberg, prince-évêque de Regensburg,

Toutefois, après 1806, les relations se tendent sur de nombreux sujets politiques et religieux, malgré les efforts de Fesch pour les concilier. Napoléon est de plus en plus ferme dans ses exigences, et Pie VII de moins en moins enclin à composer lorsque les intérêts de l'Église ou sa discipline lui semblent menacés. L'Empereur est agacé par l'esprit conciliant de Fesch, qui fait le plus d'efforts possible pour concilier la soumission le spirituel et sa soumission au pouvoir civil. Il est finalement rappelé.

L'archevêque de Paris

Napoléon nomme Jean-Baptiste de Belloy évêque de la capitale. Malgré son âge élevé, il réorganise avec énergie son diocèse, le dotant d'un clergé capable et assurant lui-même les visites pastorales. Cela lui vaut la satisfaction de Napoléon qui plaide pour sa création comme cardinal, que Pie VII décide lors d'un consistoire qui se tient à Paris le premier février 1805.

Les États du pape

La non-application du blocus par les États du Pape dégrade rapidement les relations entre l'Église et Napoléon. Le 3 février 1808, la division du général Miollis occupe Rome, et le mois suivant, le royaume d'Italie — dont Napoléon est souverain — annexe les possessions pontificales d'Ancône, Macerata, Fermo, et Urbino. Les relations diplomatiques sont brisées.

Le 17 mai 1809 Napoléon, depuis Schönbrun, donne deux décrets qui reprochent au pape le mauvais usage de la donation de Charlemagne, son « auguste prédécesseur », et annexe à l'Empire français les territoires que le pape détenait encore. Miollis les organise avec un conseil extraordinaire. Le Pape reçoit un dédommagement de deux millions de francs annuels[1],[2]. Le 10 juin, le drapeau pontifical qui flottait sur le château Saint-Ange est amené[1].

Excommunication de Napoléon et emprisonnement de Pie VII

Le pape excommunie Napoléon, et un des officiers de Napoléon, l'ambitieux lieutenant Radet, prend l'initiative d'enlever le pape sur la chambre duquel les canons français pointaient. Pie VII reste prisonnier, malade, déplacé et le plus souvent interné à Savone. Par de nombreux moyens, Napoléon cherche à faire pression sur lui pour obtenir sa renonciation au pouvoir temporel et un nouveau concordat.

Le monument à Pie VII dans la basilique Saint-Pierre

Le pape, mis en résidence surveillée six ans, ne retourne à Rome que le 24 mai 1814, après sa libération par des troupes de la Coalition au moment de la défaite de Napoléon.

Congrès de Vienne

Au Congrès de Vienne (1814–1815), les États pontificaux sont largement rétablis, les Jésuites rétablis; l'Index et l'Inquisition restaurés.

Pie VII intervient pour que Napoléon soit mieux traité à Sainte-Hélène. Il justifie ce vœux en disant qu'« il ne peut plus être un danger pour qui que ce soit. Nous ne voudrions pas qu'il devienne une cause de remords ». Il offre le refuge à des membres de la famille Bonaparte, sa mère Laetitzia et ses frères Lucien et Louis, qui sont protégés par son oncle, le cardinal Fesch.

Références

  1. a et b « Napoleon I (Bonaparte) », Catholic Encyclopedia
  2. John Holland Rose, The Life of Napoleon I, Including New Materials from the British Official Records