Musicologie

La musicologie est une discipline qui étudie les phénomènes en relation avec la musique, dans leur essence (sémiologie musicale, analyse, théorie), leur évolution (histoire des idées et des théories musicales) et dans leur rapport avec l'être humain et la société, domaines plus particulièrement abordés par l'ethnomusicologie et la sociologie de la musique.

En tant qu'interrogation sur la musique, elle est amenée à distinguer l'histoire de la musique de la création musicale. En tant que science, elle convoque plusieurs disciplines (histoire, linguistique, psychologie, sciences humaines et sciences physiques). Ces interrogations reflètent plusieurs des problèmes que pose un regard « scientifique » sur la musique. On peut regrouper ces questions en deux catégories :

  • La première catégorie comprend l'ensemble des leçons que l'on peut aujourd’hui tirer de l'histoire et qui ont abouti aux préoccupations actuelles. Toutes les confluences stylistiques qui jalonnent l'histoire de la musique et toutes les influences qui ont bâti les œuvres de toutes les époques retrouvent une certaine part de concrétisation dans la musique d'aujourd'hui, y compris dans la musique technologique.
  • La seconde catégorie est d'ordre conceptuel, et tend surtout à comparer les statuts de l'œuvre musicale d'hier et de celle d'aujourd'hui, et à analyser toute l'évolution de la musique selon cette optique.

Les leçons de l'histoire

Tout commence avec la découverte qu'il existe une relation entre la longueur d'une corde vibrante et la hauteur du son émis. Soit quatre cordes tendues, la première vaut 1, la deuxième a une longueur représentant les 3/4 de la première, la troisième les 2/3 et la dernière la 1/2. Quand on pince successivement ces cordes, on entend le Do, puis la quarte du Do = le Fa, puis la quinte de Do = le Sol, enfin le Do à l'octave. Le son est mathématique. L'histoire de la musique c'est d'abord l'histoire des notes de musique et c'est Pythagore qui le premier explique l'harmonie des notes par les mathématiques.

Pour comprendre la première catégorie de problèmes, la musicologie suit l’adaptation de la création artistique aux environnements philosophiques, scientifiques et techniques. Par exemple la technique, aujourd’hui, permet de travailler le critère de l’authenticité, si difficile à définir et pourtant si chère à notre culture. Analyser la composition musicale sous l’angle du phénomène historique permet donc de comprendre la place de la musique dans la société. Parce qu’elle est le fruit des hommes qui subissent et tout en même temps font l’histoire, la musique traduit ces crises et ces moments de sérénité dans des valeurs qui possèdent une certaine universalité.

La création contemporaine demeure ainsi le miroir d’une réalité où les conflits et les prises de pouvoir qu’occasionnent les attaques contre la rationalité reflètent les crises actuelles. Les rapports de l’art à l’histoire, riche de sa diversité, ne peuvent s’évaluer ni qualitativement ni quantitativement. Le temps marque une direction, celle qui fonde la « flèche du temps », mais chaque période qui nous rapproche de notre quotidien ne marque pas nécessairement un progrès. Au-delà des hommes et des techniques, les rapports de l’œuvre à l’histoire, en nous reliant à notre passé, peuvent s’évaluer en termes plus inductifs. D’une histoire marquée par des œuvres phares, d’une évolution des schémas et des règles d’écriture, on peut faire ressortir ces éléments essentiels à la vie que sont la liberté de l’individu et la nécessaire soumission à des codes de vie en société. Ainsi, les théories musicales se comprennent moins comme des règles imposées que comme des adaptations.

Conceptualisation

Deuxième catégorie de problèmes, quand le cumul des connaissances scientifiques et l’épanouissement des technologies cybernétiques et informatiques encouragent une recherche sur la définition du vivant et de la communication, la place de l’homme dans la création artistique appelle à une redéfinition du statut de la musique. L’art englobant de plus en plus des « objets esthétiques » à la fois intentionnels et surtout de nature purement humaine (des artefacts), le sujet de l’art, la création musicale, et son objet esthétique, la définition de sa beauté réceptive, viennent à se confondre. Cette ambivalence où les outils sont à la fois dépassement et utilisation du réel amène la musique vers des frontières instables entre constructions de l’intelligence et constructions de l’esprit.

De grandes avancées conceptuelles de notre vision de l’organisation du monde se retrouvent alors à la fois dans certains systèmes d’organisation artistique comme dans les systèmes musicaux, et dans les avancées scientifiques. La musicologie se propose de les prendre en charge dans une totalité globalisante qui d'une science à l'autre parcourt les méandres de l'analyse et de la création musicale. L’acoustique musicale, fondement de la création, a, par exemple, progressé au rythme des techniques (spectrographe, électronique), et encore récemment grâce aux ordinateurs qui n’ont eu de cesse de reposer les véritables problèmes de la cognition musicale. Il paraît donc fondamental, pour comprendre l’évolution du langage musical et ses manifestations contemporaines, d’étudier les avancées de la science, parallèlement à l’évolution des concepts utilisés en musique et qui en ont marqué l’histoire.

Avec le développement de ces concepts, la musicologie se subdivise en plusieurs branches : archéologie musicale (initiée par Carl Engel par l'étude en 1864 des instruments assyriens et égyptiens du British Museum), psychologie de la musique, organologie, théorie de la musique occidentale, musicologie et sciences cognitives, musicothérapie ou musicologie comparée (courant fondé par Curt Sachs, Erich von Hornbostel et son assistant Otto Abraham puis développé plus récemment par Alain Daniélou et Jacques Chailley)[1].

Le CNRS en France a créé en 1995 la revue Musique-Images-Instruments sur l’organologie et l’iconographie musicale[2].

Métiers de la musicologie

Article détaillé : Métiers de la musicologie.

Notes et références

  1. Luc Charles-Dominique, « Anthropologie de l'Organologie », cours-conférence à l'Université de Nice Sophia Antipolis, 1er janvier 2011
  2. Revue française d’organologie et d’iconographie musicale

Bibliographie

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En français

  • Pierre Boulez, Penser la musique aujourd’hui, Paris, Gallimard, coll. « Tel », , 9e éd. (1re éd. 1963), 168 p.
  • Pierre Boulez (textes présentés et réunis par Jean-Jacques Nattiez), Points de repère, Paris, Christian Bourgois / Le Seuil, , 573 p.
  • Pierre Boulez (préf. Michel Foucault, textes réunis et présenté par Jean-Jacques Nattiez), Jalons (pour une décennie) : dix ans d’enseignement au Collège de France (1978-1988), Paris, Christian Bourgois, coll. « Musique/Passé/Présent », , 451 p. (ISBN 2267006316, OCLC 906553194)
  • Jacques Chailley, La musique grecque antique, Paris, Belles Lettres, coll. « Collection d'études anciennes », , 219 p. (ISBN 2251325123, OCLC 859640269)
  • Alain Daniélou (préf. Jean-Louis Gabin), Origines et pouvoirs de la musique, Paris/Pondicherry, Éditions Kailash, , 250 p. (ISBN 2-8426-8090-1, OCLC 352936019, notice BnF no FRBNF38988070)
  • Célestin Deliège, Invention musicale et idéologies, Paris, Christian Bourgois, coll. « Musique/Passé/Présent », , 390 p. (ISBN 2-267-00448-8, OCLC 259962707, notice BnF no FRBNF36146627)
  • Eric Emery, Temps et Musique : Dialectique de la durée dans l'art musical, Genève, L’Age d’Homme, coll. « Dialectica », , 696 p. (OCLC 251941833)
  • Michel Imberty, Les écritures du temps : Sémantique psychologique de la musique, Paris, Bordas - Dunod, coll. « Psychismes », , XVI-274 p. (ISBN 2-04-011946-9, ISSN 0335-492X, OCLC 757075221, notice BnF no FRBNF43058151)
  • Vincent d'Indy (livres rédigés par Auguste Sérieyx et Guy de Lioncourt d’après les notes prises à la Schola Cantorum entre 1897-1898 et 1901-1902), Cours de composition musicale, t. I, II & III, Paris, A. Durand et fils, , 3e éd. (OCLC 421916826, notice BnF no FRBNF30634800), p. I. 6—228, II. 6—500 et III. 6—340 lire en ligne : livre I, lire en ligne : livre II partie 1, lire en ligne : livre II partie 2
  • Roman Ingarden (trad. de l'allemand par Dujka Smoje), Qu’est-ce qu’une œuvre musicale ? [« Das Musikwerk »], Paris, Christian Bourgois, coll. « Musique/Passé/Présent », (1re éd. 1962 (de)), 215 p. (ISBN 2-267-00662-6, OCLC 229476075, notice BnF no FRBNF35350561)
  • Vladimir Jankélévitch, La musique et l’ineffable, Paris, Seuil, coll. « Points Essais » (no 772), , 175 p. (ISBN 2757854038, OCLC 911945503)
  • Paul-Gilbert Langevin, Musiciens de France, la génération des grands symphonistes : Lekeu, Magnard, Ropartz, Koechlin, (ainsi que Berlioz, Franck, Duparc, Chausson, Widor, Vierne, Tournemire), La Revue musicale, éditions Richard Masse, Paris, 1979, 207 p.
  • Paul-Gilbert Langevin, Musiciens d'Europe, figures du renouveau ethnoromantique, essai en forme de prélude, variation et fugue (sur Schmidt, Schreker, Zemlinsky, Reger, Perosi, Busoni, Janáček, Goetz, Karłowicz, Nielsen, Ralph Vaughan Williams, Bloch, Martinů, Villa-Lobos, Bruckner), La Revue musicale, Éditions Richard Masse, Paris, 1986, 213 p.
  • François-Bernard Mâche, Musique, mythe, nature ou les dauphins d’Arion, Paris, Klincksieck, coll. « Collection d'esthétique » (no 40), , 2e éd. (1re éd. 1983), 136 p. (OCLC 756977417)
  • Arlette Zenatti (dir.) et M. Castellengo, D. Deutsch, W. Dowling, Psychologie de la musique, Paris, PUF, coll. « Psychologie d'aujourd'hui », , 391 p. (ISBN 2130455883, ISSN 0768-1623, OCLC 123247019, notice BnF no FRBNF35686951, lire en ligne)

Collectifs et articles

  • Jean-Pierre Armengaud et Damien Ehrhardt (sous la direction de), Vers une musicologie de l'interprétation, Paris, L'Harmattan, coll. « Les Cahiers Arts & Sciences de l'Art » (no 3), , 192 p. (ISBN 2296122086, OCLC 707192944)
  • (en + fr) Friedrich Blume, « Musical scholarship today », dans Barry S. Brook, Edward O.D. Downes et Sherman van Solkema (sous la dir. de), Perspectives in musicology : inaugural lectures of the Ph. D. program in music at the City University of New York, New York, W.W. Norton & Company, (ISBN 0-393-00784-7, OCLC 164766333, lire en ligne [PDF]), p. 15–31
  • Hugues Dufourt, Joël-Marie Fauquet et François Hurard (collectif sous la direction de), L’esprit de la musique : essais d’esthétique et de philosophie, Paris, Klincksieck, coll. « Domaine musicologique » (no 10), , 401 p. (ISBN 2252028173, OCLC 243771943)
  • Jean-Jacques Nattiez (dir.), Musiques : une encyclopédie pour le XXIe siècle, Actes Sud 2003-2007 (OCLC 859103725)
    Ouvrage (en cinq tomes), qui met l'accent sur des analyses pluridisciplinaires et novatrices
    1. Musiques du XXe siècle
    2. Les savoirs musicaux
    3. Musiques et cultures
    4. Histoires des musiques européennes
    5. L'unité et la musique

Allemand et anglais

  • (de) Carl Dahlhaus puis Danhauser (dir.), Neues Handbuch der Musikwissenschaft, 1980-1995, sept volumes, Laaber
  • (de) Ludwig Finscher (dir.) pour la dernière édition, Die Musik in Geschichte und Gegenwart, Bärenreiter-Verlag, Kassel et J.B. Metzler-Verlag, Stuttgart, 1994-2007, vingt-sept volumes dont dix-sept de biographies de compositeurs et interprètes
  • (en) Stanley Sadie (dir.), The New Grove Dictionary of Music and Musicians, Londres, Macmillan, seconde édition, 29 vols. 2001, 25000 p. (ISBN 9780195170672, lire en ligne)

Articles connexes

Liens externes

  • Société française de musicologie, avec nombreux liens
  • Portail Musicologie.org
  • Sources arabes sur la Musique
  • IReMus, Institut de Recherche en Musicologie (Les anciennes équipes «Observatoire musical français» (OMF) et «Patrimoines et Langages Musicaux» (PLM) de l'Université Paris-Sorbonne sont intégrées à l'Institut de Recherche en Musicologie, IReMus.)