Mohammed Chaouki Zine

Mohammed Chaouki Zine (محمد شوقي الزين), est philosophe et écrivain algérien, né le 13 mai 1972 à Oran (Algérie). Il s'intéresse depuis plusieurs années à la philosophie occidentale comme le témoigne son ouvrage Herméneutiques et déconstructions (Beyrouth-Casablanca, 2002) et la traduction arabe du livre de Hans-Georg Gadamer La philosophie herméneutique (Alger, 2002 ; nouvelle édition, Alger-Beyrouth, 2006).

Orientation

[réf. souhaitée]

En 2004, il obtient un doctorat en travaillant sur l'œuvre et la pensée du mystique andalou Ibn Arabi intitulé Connaissance et dévoilement chez Ibn Arabi.

Il a notamment étudié la théorie de la connaissance et les étapes de l'éveil de l'homme dans la pensée de cet auteur. Mais ce n'est pas en tant que mystique et théosophe qu'il a abordé sa pensée. Familier des textes de la philosophie occidentale, et des outils méthodologiques des sciences humaines, Il a étudié la pensée d'Ibn Arabi en utilisant ces outils. La pensée d'Ibn Arabi offre des possibilités nouvelles sur la manière de penser l'être. Bien qu'elle soit singulière, cette pensée partage avec les philosophies antérieures (Néoplatonisme, Stoïcisme) des idées d'ordre métaphysique et cosmologique : comme la notion du souffle stoïcien (pneuma) et le nafas (souffle) chez Ibn Arabi, en pensant que le monde a été créé par le souffle divin. L'autre parenté philosophique consiste à penser l'unité de l'être, autrement dit que "Dieu" est unique (la véritable unité qui existe) et la multplicité des êtres n'en est qu'une métaphore ou un reflet. L'intérêt est de chercher les alliances possibles entre ces pensées, si disparates et contradictoires soient-elles (le matérialisme des Stoïciens, l'idéalisme de Platon, le théophanisme d'Ibn Arabi). Il y a bien une unité d'esprit malgré la diversité des tendances philosophiques.

Muhammad Iqbal

[réf. souhaitée]

L'orientation commence avec l'étude de ce poète et philosophe du Pakistan, un admirateur de Rumi, Hallaj et Ibn Arabi. Il lui consacre un mémoire de maîtrise à l'Université d'Oran sur "la méthode philosophique" employée pour lire les textes mystiques et poétiques. Muhammad Iqbal a été le premier philosophe qui a influencé l'auteur.

Ibn Arabi

[réf. souhaitée]

Vient ensuite l'intérêt pour ce mystique andalou et visionnaire de tous les temps d'après Universalis, natif de Murcie en Espagne en 1165, et mort à Damas en Syrie en 1240. L'intérêt était porté sur la notion du voyage (au sens de pérégrination, cheminement initiatique, ascension) et ses implications spirituelles. Puis, en doctorat, la théorie de la connaissance et son rapport avec les modes intuitifs de cognition comme l'inspiration, le dévoilement et la science infuse. La formation philosophique de l'auteur a nécessité une adaptation du texte d'Ibn Arabi au discours philosophique. Ibn Arabi n'est proprement pas un philosophe au sens classique du terme, mais l'usage qu'il faisait du style philosophique a fait de lui le carrefour des idées philosophiques et gnostiques.

Jacques Derrida

[réf. souhaitée]

La première rencontre avec ce philosophe a eu lieu en mars 1998 lors d'une conférence présentée à l'Université d'Aix-en-Provence sur la nature du langage d'après une lettre de Gershom Scholem envoyée à Franz Rosenzweig. Depuis, il n'a pas cessé d'échanger avec le philosophe français des lettres, et des discussions qui se sont poursuivies à Nice dans le cadre d'un Congrès international sur l'avenir de la raison et le devenir des rationalités; et à Paris lors d'une rencontre au Boulevard Raspail en juillet 2002. Jacques Derrida a exercé une influence prépondérante sur l'auteur, et celui-ci a composé des articles sur les alliances possibles entre la pensée de Derrida et celle d'Ibn Arabi, publiés dans de nombreuses revues. Suite à l'hommage rendu au philosophe Jacques Derrida au Bahrein du 10 au 13 août 2009, il a fondé le Forum arabe de la déconstruction pour réunir les auteurs et les écrivains arabes intéressés par le philosophe français.

Ali Harb

[réf. souhaitée]

Ce philosophe libanais a, lui aussi, exercé une autorité intellectuelle sur l'auteur. Ce dernier lui a consarcé quelques études qui montrent sa filiation à la pensée d'Ali Harb. Le philosophe libanais est de tempérament critique, comme le montre ses innombrables ouvrages destinés à critiquer les fondements théoriques et philosophiques de nombreux penseurs d'expression arabe comme Mohammed Abed El Jabri et Taha Abdulrahman, ou d'expression française comme Mohammed Arkoun. Le ton kantien (relatif à Kant) de M. El Jabri et de M. Arkoun est mis en cause par le style derridien d'Ali Harb. La critique de la raison (naqd al-'aql) (arabe pour M. El Jabri et islamique pour M. Arkoun) est supplantée par la critique du texte (naqd al-nass) au sens large de structures langagières, sémantiques, sémiologiques et intentionnelles. Il pourrait s'agir d'une textologie qui examine de l'intérieur la valeur historique, philosophique et littéraire des textes établis et transmis jusqu'à aujourd'hui. C'est autour du texte (mystique et philosophique) que la tâche de l'auteur est déployée, dans le sillage d'Ali Harb.

Michel de Certeau

[réf. souhaitée]

Vient ensuite l'admiration de l'auteur pour l'historien et jésuite Michel de Certeau, lui aussi spécialiste de la mystique, notamment la mystique chrétienne. Il s'est basé sur ses nombreuses analyses pour lire et interpréter la pensée mystique d'Ibn Arabi. Michel de Certeau reste, de près, la personnalité la plus influente sur les écrits de l'auteur. Ce dernier a tenté un autre doctorat (inachevé) sur Michel de Certeau, dans le domaine de l'épistémologie des sciences sociales, en lisant son œuvre sociologique l'Invention du quotidien : 1- Arts de faire (Gallimard, coll. folio, 1990) à la lumière des théories contemporaines de l'action : l'interactionnisme symbolique de Goffman, l'ethnométhodologie de Harold Garfinkel, Donald Davidson, Pierre Bourdieu, etc. Mais l'intérêt de l'auteur pour Michel de Certeau reste, sans conteste, les lectures historiques et psychanalytiques du texte mystique que ce dernier a opérées. Son œuvre La fable mystique, XVI et XVIIe siècle (Gallimard, 1982) a été, pour lui, un guide méthodologique pour la lecture de la mystique musulmane, étant donné l'unité intrinsèque qui caractérise l'ensemble des expériences mystiques, par-delà le temps, l'espace, la culture, et l'appartenance religieuse.

Philosophie

[réf. souhaitée]

Il a engagé une discussion laborieuse et fructueuse avec les ténors de la pensée occidentale comme le philosophe Jacques Derrida, dont il fut un ami, et aussi le philosophe libanais Ali Harb avec qui il partage une affinité intellectuelle et méthodologique. Ce dernier a, par exemple, annoncé la fin de l'intellectuel dans son livre Les illusions de l'élite (Beyrouth, 1997). Soucieux de traduire exactement la pensée d'Ali Harb, Mohammed Zine a employé le mot finitude pour décrire les tâches pédagogiques et morales qui incombent à l'intellectuel. Depuis l'introduction du terme finitude dans son approche de l'intellectuel et de la modernité dans son ouvrage Déplacements intellectuels (Alger, 2005), les idées de Mohammed Zine ont fait l'objet de lecture et de commentaire de la part de certains écrivains algériens comme Bachir Mefti.

Modernité et invention de l'événement

[réf. souhaitée]

Ces idées s'interrogent, par exemple, sur la modernité qui reste, aujourd'hui, une question majeure et prépondérante dans les écrits des intellectuels d'expression arabe. Quelle modernité (hadâtha) adopter? Se limite-t-elle au modernisme (tahdîth)? L'auteur a trouvé une formule qui consiste à associer le modernisme à la prise de conscience d'une modernité locale, rendue possible grâce aux efforts de tous, chacun dans son métier. Il appelle cela : "la fabrication de l'événement", jouant sur la racine du mot "modernité" en arabe. Il pense que la modernité (hadâtha) n'est autre que l'élaboration consciente et consciencieuse d'un évènement (hadath), au sens d'un modernisme auquel se rajoute une conscience individuelle et collectuelle de ce qui se fait et se défait dans leurs actions et leurs interactions.

L'intellectuel : une figure singulière

[réf. souhaitée]

Contrairement aux débats lancés dans les milieux intellectuels arabes sur le rôle de l'intellectuel, l'auteur a préféré emboiter le pas au philosophe libanais Ali Harb qui a été le premier à dénoncer les illusions de l'élite. L'intellectuel n'est pas une figure universelle qui se veut le garant du capital symbolique ou le gardien des valeurs. Il n'est qu'une figure singulière et un acteur social comme les autres, ayant son métier, ses attentes, ses exploits, mais aussi ses déboires, ses échecs et ses limites. Tandis que les autres érigent l'intellectuel dans une position quasi supérieure à ce qu'on pourrait nommer "la masse" (l'homme ordinaire), l'auteur fait descendre l'intellectuel de son piédestal, et lui assigne un rôle professionnel, loin des combats politiques qui, dans l'aire géographique et culturel arabe, n'a généré que désillusion et trahison. Le rôle professionnel (artistique de surcroît) pourrait rectifier l'image "désastreuse" que l'intellectuel auprès de la "masse" (la majorité acquise au discours officiel, ou aux tentations populistes et traditionalistes), et de la "place" (le pouvoir politique) si on emploie deux termes de Michel de Certeau auquel Mohammed Zine voue une admiration affichée.

Identité et altérité

[réf. souhaitée]

C'est la question cruciale aux confins du choc des cultures. Qu'est-ce qui définit l'identité? N'est-elle pas une "altérité" aux yeux d'une autre "identité"? Et l'altérité n'est-elle pas une "identité" ayant ses cadres de référence et ses principes d'intellection et d'action. L'auteur tente de rapporter des éléments de réponse en se basant sur des lectures aussi diverses que studieuses de plusieurs philosophes comme Gadamer, Hegel, Kant, Francis Fukuyama, et en se basant sur les interprétations de nombreux penseurs arabes et musulmans : El Jabri, Arkoun, Jalal al-Azm, Ali Harb, etc. Son article l'Islam et l'Occident (en français et en arabe), traduit en serbo-croate Islam i Zapad s'applique à définir les défaillances de part et d'autre dans la perception de l'autre et de l'altérité, une perception qui reste prisonnière des représentations narcissiques, sans élever au rang des contacts concrets. Il s'agit, pour l'auteur, plus d'une aperception (qui comporte le jugement négatif et la défiance) qu'une perception directe qui saisit l'autre dans sa singularité et son cadre de référence (historique, anthropologique, culturel..). La thématique de l'identité et de l'altérité est l'une des plus complexes dans la mesure où elle reflèle le rapport insondable que chacun puisse entretenir avec les autres.

Publications

  • [Ar] Herméneutiques et déconstructions (I) : figures de la pensée occidentale contemporaine (Beyrouth-Casablanca, 2002, 255 p.)
  • [Ar] Herméneutiques et déconstructions (II) : (archi)tectoniques critiques dans la philosophie occidentale (Alger-Beyrouth, 2008, 328 p.)
  • [Fr] Identités et altérités (Alger, 2002, 303 p.)
  • [Ar] Politiques de la raison (Oran, 2005, 258 p.)
  • [Ar] Déplacements intellectuels : la modernité et l'intellectuel (Alger, 2005, 129 p. - 2e édition : Alger-Beyrouth, 2008, 140 p.)
  • [Ar] La philosophique herméneutique (Alger-Beyrouth, 2e éd., 2006, 192 p. : traduction arabe du livre de Hans-Georg Gadamer)
  • [Fr] Le discours des fins ultimes : la mondialisation et l'identité culturelle (traduction française du livre de Ali Harb) (à paraître, 240 p.)
  • [Fr] Ibn 'Arabî : gnoséologie et manifestation de l'être (à paraître, 455 p.)

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