Miron Cristea

Miron Cristea
Miron Cristea
Image illustrative de l'article Miron Cristea
Fonctions
Présidents du Conseil des ministres

(1 an et 24 jours)
Prédécesseur Octavian Goga
Successeur Armand Călinescu
Biographie
Nom de naissance Elie Cristea
Date de naissance
Lieu de naissance Toplița (Autriche-Hongrie)
Date de décès (à 70 ans)
Lieu de décès Cannes (France)
Nationalité roumaine
Liste des Premiers ministres roumains

Miron Cristea (né Elie Cristea le à Toplița en Transylvanie, alors austro-hongroise et mort le à Cannes en France) est un théologien, prélat, patriarche de l'Église orthodoxe et homme politique roumain.

Jeunesse

Né dans une famille de paysans pauvres au milieu d'une grande fratrie, il est distingué par ses professeurs et envoyé au Collège saxon de Bistrița (1879-1883), puis au Lycée de cette ville qu'il quitte plusieurs fois pour travailler comme pigiste dans plusieurs hebdomadaires et mensuels, en raison de maladies dans sa famille, mais aussi parce qu'il est renvoyé pour indiscipline et écarts de conduite : il est bachelier à 22 ans, en 1890. Doué en langues, il pratique couramment le roumain, le latin, le grec, le magyar, l'allemand et le français. Après cette période où il est notoirement rabelaisien, il décide de « s'occuper du salut des âmes », et devient instituteur à l'école primaire d'Orăștie et journaliste au périodique Telegraful Român. Il entame aussi de brillantes études de théologie orthodoxe à Sibiu et, « un repenti valant cent justes » obtient une bourse pour la faculté de lettres et philosophie de l'Université de Budapest (1891-1895), où il obtient le son doctorat en philologie avec un sujet sur le poète Mihai Eminescu.

Carrière

De retour en Transylvanie, Élie Cristea est engagé comme secrétaire laïc de l'archevêché orthodoxe de Sibiu (1895-1902), où il gravit rapidement les échelons pour devenir intendant et conseiller juridique, administratif et logistique de l'archevêque (1902-1909). Il pilote notamment le chantier de la basilique orthodoxe de Sibiu. Mais surtout, il est ordonné prêtre et constitué moine le . Il continue néanmoins son activité journalistique et s'engage en politique dans le parti national des Roumains de Transylvanie aux côtés de Iuliu Maniu, participant à ce titre au congrès du 1-er décembre 1918 à Alba-Iulia, qui vote l'union de la Transylvanie, du Banat, du Partium et de la Marmatie à la Roumanie, consacrée deux ans plus tard par le Traité de Trianon.

Durant la démocratie parlementaire roumaine (1921-1938), il est proche du Parti paysan d'Ion Mihalache et sera député de ce parti, qui représente les masses rurales pauvres, réclamant un accès privilégié à l'« ascenseur social » du libéralisme. À ce titre, il se montre favorable à l'idée d'un « numérus clausus » dans les filières universitaires et la fonction publique, ce qui sera vu « a posteriori » comme de l'antisémitisme, car ces dispositions lèsent les minorités nationales (et en particulier les Juifs) dont les niveaux économique et d'instruction sont, sauf chez les Roms, globalement plus élevés que ceux des Roumains, en raison de la longue domination des empires austro-hongrois, russe et turc sur les pays roumains.

Pendant cette période, Cristea est élu métropolite-primat de Roumanie en 1919, est initié franc-maçon en 1922 et sacré Patriarche de l'Église orthodoxe roumaine le 1er novembre 1925 ; il est élu sénateur en 1926, voyage beaucoup y compris à l'étranger, fonde de nombreux établissements scolaires, fondations sociales, foyers, dispensaires et séminaires, et acquiert un statut d'arbitre de la nation bien qu'il manie, lui aussi, beaucoup d'argent, la rhétorique nationaliste voire xénophobe, et le clientélisme politique. En 1927, alors que le roi Charles II doit renoncer au trône et s'exiler en raison des trop nombreux scandales financiers et de mœurs où il est impliqué, Cristea est nommé régent du royaume pendant la minorité du prince-héritier Michel.

Au bout de 17 ans de parlementarisme chaotique ponctué de crises ministérielles fréquentes et menacé par les attentats et les assassinats des fascistes et des communistes sur fond de crise économique mondiale, Cristea ne croit plus aux vertus de la démocratie et du libéralisme, et le proclame. Début 1938, la démocratie parlementaire s'effondre en Roumanie et le gouvernement xénophobe d'Octavian Goga retire leur citoyenneté à 225.222 (36,50%) d'entre les Juifs roumains, les rendant apatrides sous prétexte qu'ils n'étaient pas roumanophones, ce qui les prive de leurs droits civiques et du droit à la propriété foncière ; Cristea ne réagit pas et participe, le , au coup d'état qui met en place la « dictature carliste » lors du retour de Charles II.

Cette dictature combat par les armes tant les fascistes de la Garde de fer, que les communistes d'ailleurs clandestins : un climat de guerre civile règne dans le pays. Mais elle n'abolit pas le décret Goga. C'est dans ces circonstances que Cristea devient président du Conseil des ministres du Royaume de Roumanie. Bien qu'ayant été initié, il rompt avec la maçonnerie et participe à son interdiction ainsi qu'à la suspension des partis politiques, dont le sien. Toutefois, il condamne la violence « d'où qu'elle vienne et quel qu'en soit le prétexte ; la vengeance n'est pas la justice », se rappelle-t-il.

Il n'en donne pas moins aux médias et à l'opinion l'image d'un opportuniste suivant sans scrupules les tendances politiques de son époque, mégalomane de surcroît, puisqu'en pleine crise politique et économique, il promeut le projet d'une pharaonique « Cathédrale de la Rédemption de la nation » dans le centre de la capitale Bucarest. La maladie et la mort à Cannes l'empêchent de se compromettre davantage[1].

Sources

  1. Sources : Antonie Plămădeală : Le Métropolite de Transylvanie Miron Cristea, Sibiu 1988, p. 44-69 ; Mircea Păcurariu : Dictionnaire des théologiens roumains, éd. Univers Enciclopedic, Bucarest, 1996 ; Florin Țurcanu : Mircea Eliade, prisonnier de l'histoire, éd. Humanitas, Bucarest 2003 ; Nicolae C. Nicolescu : Encyclopédie des chefs d'état roumains (1862-2006), éd. Meronia, Bucarest 2006 ; Histoire des juifs en Roumanie (1919-1940), p. 14 et William Oldson : Alibi for prejudice : eastern orthodoxy, the Holocaust, and Romanian nationalism in East European Quarterly, 36:3, 2002, pp. 303-304.