Mireille Balin

Mireille Balin
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Mireille Balin et Fosco Giachetti
dans Les Cadets de l'Alcazar (1940)
Nom de naissance Blanche Mireille Césarine Balin
Naissance
Monte-Carlo, Monaco
Nationalité Flag of France.svg française
Décès (à 59 ans)
Clichy, France
Profession actrice
Films notables

Blanche Balin, dite Mireille Balin, née le [1] à Monte-Carlo, Monaco, morte le à Clichy[2], est une actrice française. Une des actrices les plus belles et les plus prisées du cinéma français des années 1930, elle incarne des rôles de femme fatale pendant un peu plus de dix ans. Dans la vie, elle a des liaisons avec l'acteur Jean Gabin, le chanteur Tino Rossi, puis avec Birl Desbok, un officier de la Wehrmacht pendant l'Occupation, ce qui lui vaut d'être arrêtée à la Libération et met fin à sa carrière. Elle meurt dans l'anonymat et la misère.

Biographie

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Jeunesse

Mireille Balin naît avec deux mois d'avance, le 20 juillet 1909, dans une clinique de Monte-Carlo, à la suite d'un accident de voiture de sa mère[3]. Celle-ci est florentine[4]. Son père, qui est français, est journaliste à La Tribune de Genève.

Il lui fait faire des études secondaires dans un pensionnat pour jeunes filles, à Marseille. Elle y manifeste des dispositions pour les langues étrangères : italien, anglais et allemand. Elle suit aussi des cours de piano et d'équitation. Ses parents s’installent ensuite à Paris, espérant sortir de difficultés financières résultant des catastrophiques opérations boursières paternelles[4].

Contrainte de gagner sa vie, la jeune fille travaille un temps comme vendeuse, puis est recrutée, en 1929, comme secrétaire par le couturier Jean Patou, dont elle devient vite le mannequin vedette haute couture : « Grande, le teint clair contrastant avec sa chevelure et ses yeux en amande, elle avait véritablement un port de reine »[4]. Elle gardera de ce métier « un goût pour les toilettes somptueuses et les parures étincelantes »[5]. Désormais, sa photo est publiée dans des publicités de revues de mode, ce que découvrent avec stupeur ses parents qui pensaient qu'elle était encore simple secrétaire[4].

Carrière

Le cinéaste Maurice Cammage l'aurait découverte en 1932 et lui aurait confié un petit rôle dans Vive la classe !, petit film devenu introuvable et au générique duquel le nom de Mireille Balin est absent. Le réalisateur Jean de Limur la signale à Georg Wilhelm Pabst qui l'engage pour la version française de sa trilogie Don Quichotte, où elle incarne le rôle de Dulcinée aux côtés du célèbre basse russe Fédor Chaliapine. En 1933, pensant que ses débuts au cinéma seront sans lendemain, elle se rend à Nice, pour tenir ce petit rôle, malgré son absence de toute formation artistique. Mais, le film tourné, elle reçoit de nouvelles propositions : sa carrière cinématographique est lancée, elle fait ses adieux aux maisons de couture[4].

La jeune vedette mène dès lors une vie mondaine : on la voit à La Coupole, au Fouquet's, chez Maxim's[3], et aux côtés du jeune boxeur prodige originaire de Tunisie, Victor Young Perez, dit « mâchoire de béton »[6]. Durant cette période, elle fait aussi la rencontre de Raymond Patenôtre, député, ministre et patron de presse.

En 1933, Claude Moulins lui offre un rôle majeur dans Vive la compagnie, film qui obtint un beau succès. La même année, elle s'impose dans Le Sexe faible de Robert Siodmak, aux côtés de Pierre Brasseur, Victor Boucher, Betty Stockfeld et Marguerite Moreno, puis elle apparaît dans Adieu les beaux jours d'André Beucler, auprès des vedettes Brigitte Helm et Jean Gabin. En 1934, dans On a trouvé une femme nue, de Léo Joannon, elle tient le premier rôle, en demoiselle enterrant sa vie de jeune fille qui, abandonnée nue dans la rue, se réfugie malencontreusement chez son futur mari qu'elle ne connaît pas. Début 1935, elle joue la femme bafouée dans Marie des angoisses, de Michel Bernheim, avec Pierre Dux et Françoise Rosay, puis la femme entretenue dans Le Roman d'un spahi, toujours du même cinéaste.

La femme fatale de l'avant-guerre

En 1936, Mireille Balin a une courte liaison avec Jean Gabin. Julien Duvivier lui confie alors le rôle de Gaby dans Pépé le Moko. Sa beauté et sa fraîcheur de Parisienne pimpante tranchent admirablement avec les ruelles étroites et sombres de la casbah d'Alger, minutieusement reconstituées en studio par Duvivier. Dans une scène finale d'anthologie, Pépé, interprété par Jean Gabin, bien que menotté et entouré de policiers, parvient à se suicider d'un coup de couteau dans le ventre, tandis que Gaby embrasse la casbah d'un dernier regard qui ne parvient pas à croiser celui, désespéré, de Pépé. Le film est une grande réussite.

Jean Grémillon la choisit alors pour tenir le rôle de la vamp, face à Jean Gabin, dans Gueule d'amour, d'après le roman d’André Beucler, sur un scénario de Charles Spaak. C'est un énorme succès. Mireille Balin enchaîne, en 1937, avec Naples au baiser de feu d'Augusto Genina, aux côtés du chanteur de charme Tino Rossi, de Michel Simon et de Viviane Romance. Ce mélodrame obtient, lui aussi, un immense succès, amplifié par l'idylle du couple vedette dans la réalité[7] : l'actrice, tout auréolée de son succès dans Pépé le Moko, avait rencontré Tino au Carlton de Monaco juste avant le début du tournage de Naples au baiser de feu[8].

Fin 1937, Mireille Balin signe un contrat avec la firme MGM et part pour les États-Unis. Mais, en conflit avec les producteurs américains, elle reprend le bateau pour la France avec son nouveau compagnon, Tino Rossi[9].

La garce au cœur noir sous l'Occupation

De retour à Paris, Mireille Balin tourne dans Menaces, film d'Edmond T. Gréville sorti en 1939, où elle campe une vendeuse de maison de couture aux côtés d'Erich von Stroheim, John Loder et Ginette Leclerc. Le film, interdit et brûlé pendant l'Occupation, sera restauré et distribué à la Libération. Macao, de Jean Delannoy, sera également interdit par l’occupant en juin 1940, du fait de la présence de Von Stroheim, autrichien d'origine, juif et anti-nazi notoire. Il sortira deux années plus tard avec un nouveau titre (L'Enfer du jeu) et amputé des scènes tournées avec Von Stroheim, ce dernier ayant été remplacé par Pierre Renoir.

Début 1940, Mireille Balin est sur les plateaux de Cinecittà pour Les Cadets de l'Alcazar d'Augusto Genina, film médiocre mais résolument pro-franquiste, ce qui comptera dans les sérieux ennuis qu'elle aura à la Libération. Elle participe ensuite, en compagnie de Tino Rossi, à des galas de bienfaisance pour les prisonniers de guerre. En 1941, elle fait avec lui la couverture de la revue Vedettes[10] puis sa liaison avec le chanteur prend fin. Elle officialise cette rupture par une longue confession impudique publiée par la revue Cinémondial : « Il y avait que je n'aimais plus Tino. [...] C'est peut-être que, malgré tous nos efforts, nous formions un peu le couple du veilleur de nuit et de la femme en journée [...]. Depuis déjà longtemps on ne se parlait plus beaucoup [...] Brusquement, c'était devenu un inconnu. »[11].

Alors que d'autres beautés fatales se sont reconverties, sous le régime de Vichy, en femmes au grand cœur, elle persiste à incarner des figures de garces d'une grande noirceur. Dans Fromont jeune et Risler aîné (1941), une adaptation du roman d'Alphonse Daudet, elle joue le rôle d'une intrigante qui sème la désolation autour d'elle avant d'être touchée par le repentir. Dans L'assassin a peur la nuit (1942), de Jean Delannoy, elle est une croqueuse de diamants meurtrière[12]. Elle tourne encore, en 1942, la comédie policière Dernier Atout, de Jacques Becker, face à Raymond Rouleau, Haut le vent, de Jacques de Baroncelli, face à Charles Vanel, La Femme que j'ai le plus aimée, de Robert Vernay, et, en 1943, Malaria, de Jean Gourguet.

Éprise de Birl Desbok, un jeune officier viennois de la Wehrmacht, Mireille Balin subit les foudres de l'épuration[13].

Descente aux enfers

En septembre 1944, arrêtée avec son amant autrichien par les FFI à Beausoleil, près de Monaco, alors que le couple tente de passer en Italie, l'actrice est battue et violée par des FFI ivres, puis incarcérée à Nice, où elle raccommodera des vestes militaires. Birl Desbok semble avoir été sommairement abattu. Mireille Balin est transférée ensuite à Fresnes[14].

Au tribunal, on lui reproche sa liaison, sa participation au tournage du film Les Cadets de l'Alcazar et aux galas artistiques de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Elle est libérée en janvier 1945.

Sa vie, sa carrière et sa santé sont brisées. Ses anciennes relations l'évitent. Le public se détourne d'elle également. Malgré une ultime tentative avec La Dernière Chevauchée de Léon Mathot, Mireille Balin tombe dans l’oubli et se retire sur la Côte d'Azur. Dans un dénuement complet, marquée physiquement par la maladie (méningite, typhus) et l'alcoolisme, elle revient à Paris en 1957. Prise en charge par l'association chargée d'aider les anciens artistes dans le besoin, La roue tourne, fondée par Paul Azaïs et sa compagne Janalla Jarnach, elle meurt à 59 ans le 9 novembre 1968, à 5 h 30 du matin, à l'hôpital Beaujon de Clichy-la-Garenne, dans l'anonymat et la pauvreté[15].

L'association lui évite l'inhumation dans la fosse commune ; elle repose au cimetière de Saint-Ouen dans la division 31, partageant plus tard son caveau avec Jean Tissier, autre comédien mort dans la misère. Aucune personnalité du cinéma français à l'exception de Jean Delannoy n'assista à son enterrement. Fernandel, président d'honneur de l'association La roue tourne, et Tino Rossi, son ancien amant et compagnon, contribueront en grande partie à payer l'enterrement, ainsi que le caveau.

Au fond de la misère et de l'oubli où elle était tombée, Mireille Balin n'éprouvait aucun regret : « Ça ne fait rien. Si je devais recommencer ma vie, je n'en voudrais pas d'autre »[9].

Vie privée

On lui connaît au moins cinq liaisons :

  1. Le boxeur poids mouche franco-tunisien Victor Younki, dit Young Perez, plus jeune champion du monde, né le 18 octobre 1911 dans le quartier juif de La Hara à Tunis, arrêté le 21 septembre 1943 à Paris par la Milice, interné à Drancy, déporté à Auschwitz puis tué lors de l'évacuation du camp[17].
  2. Raymond Patenôtre, député, ministre et patron de presse.
  3. Jean Gabin. Si leur relation fut éphémère, leur duo dans Gueule d'amour et Pépé le Moko est passé à la postérité.
  4. Tino Rossi, chanteur le plus apprécié de l'époque, lequel devint son compagnon puis son mari. Ils se quittèrent en septembre 1941.
  5. Birl Desbok, officier dans la Wehrmacht, dernier compagnon[13].

Postérité

Depuis, des historiens comme Pierre Milza et Marc Ferro ont réhabilité Mireille Balin, qui fut sans doute l'une des victimes de l'« épuration féroce », au même titre que les femmes tondues, étant simplement actrice, connaissant l'amour avec un militaire autrichien.

Filmographie

Références

  1. Extrait de naissance n° 219/1909
  2. Extrait de décès n° 2095/1968
  3. a et b Fiche du site Les gens du cinéma.
  4. a b c d et e Michel Azzopardi, Le temps des vamps : 1915-1965 : cinquante ans de sex-appeal, L'Harmattan, 1997, 484 pages, chap. 4 (« Splendeur et misère d'un mannequin nommé Mireille Balin »), pp. 43 et suivantes.
  5. Patrick Buisson, 1940-1945 Années érotiques : De la Grande Prostituée à la revanche des mâles, Albin Michel, 2009, 528 pages, n. p. (livre électronique Google).
  6. Philippe Assoulen, Les champions juifs dans l'Histoire, Éditions Imago, 2009, 192 p., n. p. (livre électronique Google).
  7. Collectif, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber, Béatrice Didier, Le Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, 5022 pages, n. p. (rubrique « Balin, Mireille »).
  8. « Mireille Balin, la terrible vamp avait cédé à son charme corse », dans Paris-match, nos  1793-1805, 1983, p. 30.
  9. a et b Françoise Giroud, « Une femme fatale », L'Express, Éditorial, 18 novembre 1968.
  10. Alan Riding, Et la fête continue : la vie culturelle à Paris sous l'Occupation, edi8, 2002, 44 p., n. p. : « Mireille Balin, qui fit en 1941 la couverture de Vedettes avec son amant, le populaire Tino Rossi. »
  11. Patrick Buisson, 1940-1945 Années érotiques : de la Grande Prostituée à la revanche des mâles, Albin Michel, 2009, 528 p., n. p.
  12. Patrick Buisson, op. cit., n. p.
  13. a et b Bernard Gensane, « Et si Mireille Balin avait été un homme ? », sur legrandsoir.info, 9 janvier 2011.
  14. François-Guillaume Lorrain, « Pas de pitié pour les vamps », sur lepoint.fr, 5 août 2004.
  15. Acte de décès No 2095/1968.
  16. Philippe Assoulen, op. cit..

Voir aussi

Bibliographie

  • Daniel Arsand, Mireille Balin ou la beauté foudroyée, Lyon, La Manufacture, 1989, 264 p. (ISBN 9782737701498)
  • La bande dessinée À l'ombre de la gloire (Futuropolis 2012), récit de Denis Lapière illustré par Aude Samama qui s'inspire des vies de Young Perez et de Mireille Balin.

Liens externes

Sites personnels consacrés à l'artiste

  • Mireille Balin • Femme Fatale