Minguettes

Coucher de soleil depuis les Minguettes
Vue sur les monts du Pilat enneigés depuis les Minguettes
Une barre du quartier des Minguettes

Les Minguettes sont un quartier résidentiel de Vénissieux, dans la banlieue sud de Lyon, constitué en grande partie d'HLM construits dans les années 1960. Il s'agit d'un quartier qui héberge une grande population issue de l'immigration africaine qui bénéfice d'une histoire particulière dans le champ des mouvements populaires. C'est en effet dans ce grand ensemble qu'est née en 1983 « La marche pour l'égalité et contre le racisme », marche plus médiatisée sous le nom réducteur de « Marche des Beurs[1]».

Étymologie

Le nom « Minguettes » provient d'un bourgeois de Lyon, Gallien Minguet, qui y possédait un domaine au XVIIe siècle[2].

Géographie

Le plateau est constitué de moraine glaciaire du Riss récent. Il domine une plaine constituée par la nappe fluvio-glaciaire du Rhône où se trouve le centre de la ville de Vénissieux.

Histoire

Jusqu'à l'urbanisation du plateau, le plateau agricole est couvert de vignes, de fermes isolées et quelques marais.

De 1965 à 1973, 9 200 logements sont construits dans le cadre d'une zone à urbaniser en priorité (ZUP) de 270 hectares, créée par arrêté du 6 janvier 1960. Les architectes-urbanistes sont Eugène Beaudouin, Bornarel et Frank Grimal. Les habitations à loyer modéré constituent 60 % de l'ensemble. Les 40 % restants sont constitués par des petits pavillons, des appartements en accession à la propriété et des logements sociaux[3]. Des équipements accompagnent l'urbanisation de la plus grande ZUP de France qui accueille 25 000 habitants de 40 nationalités : quatre centres sociaux, un hôpital, des lieux de cultes et des établissements scolaires. Dès la fin de la construction, on reconnait l'échec de cette opération d'urbanisme et du projet de modernité attaché à la construction des grands ensembles[5].

En 1981, pendant la nuit du 8 au 9 juillet 1981, puis de manière ponctuelle jusqu'à la fin du mois[6], le quartier est le lieu d'affrontements entre les forces de polices et des groupes du quartier, remarquables par l'apparition du phénomène des voitures brûlées. Des jeunes manifestent leur infortune et leur désespoir, qui plongent leurs racines dans le désœuvrement inhérent au chômage, par quelques violences : vols de voitures, rodéos, cambriolages dans les appartements et saccage des commerces du quartier. Ces émeutes connaissent la première couverture médiatique de grande ampleur qui découvre ce qu'elle appelle avec euphémisme le « malaise des banlieues ». Gaston Defferre, ministre de l'intérieur, préconise une réponse policière ferme pour répondre à ces émeutes urbaines qui sont directement à l'origine des premières mesures de ce qui allait devenir la politique de la ville et du rapport Dubedout[7] en 1983[8].

En 1983, à la suite d'émeutes répondant à des violences policières, Toumi Djaïda (jeune président de l'association SOS Avenir Minguettes, blessé par un policier) et le père Christian Delorme (le « curé des Minguettes ») ont l’idée d’une « longue marche » (« La marche pour l'égalité et contre le racisme » rebaptisée « Marche des beurs »), inspirée de Gandhi et Martin Luther King, qui draina 100 000 personnes à Paris le 3 décembre 1983 et dont une délégation fut reçue à l'Élysée. Ce mouvement sera récupéré peu après par le Parti Socialiste (PS) qui lance en 1984 l'association SOS Racisme avec Harlem Désir et Julien Dray (réduisant ainsi la portée du message politique de la marche)[1]. Cette marche donnera également naissance au Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB, issu notamment des émeutes du début des années 1990, du Comité contre la double peine, et de Convergence).

En 1984, les Minguettes ont servi de décor au quartier des Glycines dans le film de Jean-Loup Hubert, La Smala.

Depuis 1984, le quartier s'est transformé avec la destruction d'une vingtaine de tours[9]. En août 2007, c'est la dernière des tours du quartier Armstrong qui est détruite.

Aujourd'hui, le quartier est en pleine rénovation urbaine avec la destruction des anciens hauts immeubles, au profit d'habitats modernes à taille humaine souvent construits aux normes HQE. Depuis avril 2009, la ligne 4 du tramway de Lyon permet de relier le plateau des Minguettes au 8e arrondissement de Lyon, place Mendès-France. Il va actuellement jusqu'à l'arrêt Gaston Berger, au cœur du campus universitaire de la Doua.

Le quartier abrite un club de football, l'AS Minguettes Vénissieux où a été formé Luis Fernandez. Le club évolue en CFA2.

Démographie - Sociologie

Entre 1990 et 1999, le quartier perd plus de 2 000 habitants[9]. Aujourd'hui, le quartier abrite environ 22 000 habitants. Le chômage touche 40 % des jeunes.

Notes et références

  1. a et b Site de Politis
  2. Journal Expressions no 396, 23/5/2007
  3. Pierre Merlin, Les grands ensembles : des discours utopiques aux "quartiers sensibles", Documentation française, , p. 18.
  4. Article de Libélyon, paru sur Internet le 27 mai 2008
  5. Touzri Abdelfattah, Développement local, acteurs et action collective, Presses universitaires de Louvain, (lire en ligne), p. 56.
  6. Ensemble, refaire la ville, Rapport au Premier Ministre
  7. Joël Roman, La Démocratie des individus, Calmann-Lévy, (lire en ligne), p. 104.
  8. a et b Site de La Croix

Voir aussi

Bibliographie

  • Jacques Attali, Verbatim, 1981-1986, éditions Fayard, 1993
  • Jacques Sandre, Etude démographique et sociologique de la ZUP des Minguettes à Venissieux, Groupe de sociologie urbaine, 1977

Articles connexes