Migration de remplacement

En démographie, la migration de remplacement est la migration nécessaire dans une société pour atteindre un objectif (démographie, économique ou social) précis[1]. Généralement, les études utilisant ce concept ont notamment pour objectif d'éviter le déclin de la population totale et le déclin de la population en âge de travailler. Les projections calculant la migration de remplacement sont avant tout des exercices démographiques et théoriques et non des prévisions ou des recommandations.

Le concept de la migration de remplacement peut varier, selon l'étude et selon le contexte dans lequel elle s'applique. Il peut s'agir d'un nombre d'immigrants annuels bruts[2], d'un solde migratoire net[3], d'un nombre additionnel d'immigrants par rapport à un scénario de référence[4], etc.

Types de migration de remplacement

La migration de remplacement peut prendre plusieurs formes, car plusieurs scénarios de projections démographiques peuvent atteindre un même objectif. Deux formes prédominent néanmoins: la migration de remplacement minimale et la migration de remplacement constante.

Migration de remplacement minimale

La migration de remplacement minimale constitue à une migration minimale sans surplus pour l'atteinte de l'objectif choisi. Cette forme de migration de remplacement peut donc connaître de grandes fluctuations entre les périodes. Son calcul dépendra évidemment de l'objectif choisi. Par exemple, Marois (2008) calcule le nombre d'immigrants bruts nécessaire pour éviter le déclin de la population du Québec. La formule est alors la suivante:

Où:

  • R'(t) = Migration de remplacement évitant le déclin de la population à l'année t
  • A(t) = taux de rétention des immigrants arrivés l’année t, défini par (1 ‒ taux de départ instantané du modèle)
  • ∆P(t,t+1) = variation de la population totale dans l’intervalle de temps t, t+1

Migration de remplacement constante

La migration de remplacement constante ne fluctue pas et demeure la même tout au long de la projection. Il s'agira, par exemple, d'une projection prévoyant une migration de X tout au long de l'horizon temporel

Résultats

Les résultats bruts de la migration de remplacement ne sont pas nécessairement comparables, car ils dépendent du type de migration de remplacement utilisé par l'auteur. Néanmoins, de grandes conclusions sont récurrentes pour les objectifs démographiques:

  • La migration de remplacement atteint des niveaux irréalisables dans la pratique pour annuler le vieillissement de la population, pour maintenir les rapports de dépendance ou pour influencer significativement la structure par âge d'une région.
  • Pour les régions ayant une fécondité relativement élevée, la migration de remplacement évitant le déclin de la population totale ou de celle en âge de travailler n'est pas extrêmement élevée. Par contre, pour les régions à très faible fécondité, la migration de remplacement est très haute et parfois irréalisable.
  • Le niveau de fécondité est un facteur beaucoup plus déterminant que l’immigration sur le vieillissement et la structure par âge.
  • L’immigration joue essentiellement sur les effectifs, sans modifier substantiellement la structure.

Exemples de résultats

2017-fr.wp-orange-source.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (avril 2018)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Migration de remplacement pour éviter le déclin de la population totale (moyenne annuelle[Quand ?]):

  • Allemagne: 340 000 (solde net)
  • Canada: 76 000 (nb. d'immigrants)
  • États-Unis: 130 000 (solde net)
  • Europe: 1 900 000 (solde net)
  • Japon: 340 000 (solde net)
  • Québec: 40 000 (nb. d'immigrants)
  • Russie: 500 000 (solde net)
  • Slovénie: 6 000 (immigrants de plus par rapport au scénario de référence)

Migration de remplacement pour éviter le déclin de la population en âge de travailler (moyenne annuelle[Quand ?])

  • Allemagne: 490 000 (solde net)
  • Canada: 165 000 (nb. d'immigrants)
  • États-Unis: 360 000 (solde net)
  • Europe: 3 230 000 (solde net)
  • Japon: 650 000 (solde net)
  • Québec: 70 000 (nb. d'immigrants)
  • Russie: 715 000 (solde net)
  • Slovénie: 240 000 (immigrants de plus par rapport au scénario de référence)

Critique

La migration de remplacement telle que présentée par la Division de la population des Nations Unies en 2000 est largement perçue comme une façon irréaliste de lutter contre le vieillissement de la population[5],[6]. La migration de remplacement ne peut que retarder temporairement le vieillissement et le déclin de la population. Ces questions sont finalement mieux résolue par des changements des politiques de retraite[7].

Une migration accrue pourrait réduire le ratio population active / personnes âgées dépendantes, qui devrait augmenter considérablement au cours des prochaines décennies[5]. Cependant, le nombre de migrants nécessaire pour contrer efficacement le vieillissement des économies industrialisées est hautement irréaliste[8].

La migration de remplacement est également considérée comme ayant un impact négatif sur l'environnement[7].

La migration de remplacement serait plus utile en tant qu'outil analytique ou hypothétique[5].

Bibliographie

  • Bijak, Jakub et al., 2005, « Replacement Migration Revisited: Migratory Flows, Population and Labour Force in Europe, 2002–2052 », dans UN ECE Work Session on Demographic Projections, Vienne, 21-23 septembre 2005, 37 p., http://circa.europa.eu/irc/dsis/jointestatunece/info/data/paper_Bijak.pdf
  • Marois, Guillaume, 2007, « Démystification de l’impact de l’immigration sur la démographie québécoise : des résultats surprenants », Mémoire déposé lors de la Consultation publique en vue de la planification triennale des niveaux d’immigration pour la période 2008-2010, Commission de la culture, Gouvernement du Québec, 15 p., http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf
  • Marois, Guillaume, 2008, « La « migration de remplacement » : un exercice méthodologique en rapport aux enjeux démographiques du Québec », Cahier québécois de démographie, vol. 37, n° 2, 2008, p. 237-261, http://www.erudit.org/revue/cqd/2008/v37/n2/038132ar.pdf
  • Statistique Canada, 2002, « La fécondité des immigrantes et de leurs filles au Canada », Rapport sur l’état de la population du Canada, rédigé par Alain Bélanger et Stéphane Gilbert, Ottawa, Ontario, Canada, Statistique Canada, pp. 135-161, http://www.osfi-bsif.gc.ca/app/DocRepository/1/fra/bac/pdf/2006_09_22_belanger_f.pdf
  • United Nations, 2000, Replacement Migration, UN Population Division, New York, États-Unis, 143 p., http://www.un.org/esa/population/publications/migration/execsumFrench.pdf

Notes et références

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Replacement migration » (voir la liste des auteurs).
  1. http://www.erudit.org/revue/cqd/2008/v37/n2/038132ar.pdf
  2. http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf
  3. http://www.un.org/esa/population/publications/migration/execsumFrench.pdf
  4. http://circa.europa.eu/irc/dsis/jointestatunece/info/data/paper_Bijak.pdf
  5. a, b et c (en) Peter McDonald et Rebecca Kippen, « Labor Supply Prospects in 16 Developed Countries, 2000–2050 », Population and Development Review, vol. 27, no 1,‎ , p. 1–32 (ISSN 1728-4457, DOI 10.1111/j.1728-4457.2001.00001.x, lire en ligne)
  6. (en) D. A. Coleman, « Replacement migration, or why everyone is going to have to live in Korea: a fable for our times from the United Nations », Philosophical Transactions of the Royal Society of London B: Biological Sciences, vol. 357, no 1420,‎ , p. 583–598 (ISSN 0962-8436 et 1471-2970, PMID 12028794, DOI 10.1098/rstb.2001.1034, lire en ligne)
  7. a et b (en) Frederick A. B. Meyerson, « Replacement Migration: A Questionable Tactic for Delaying the Inevitable Effects of Fertility Transition », Population and Environment, vol. 22, no 4,‎ , p. 401–409 (ISSN 0199-0039 et 1573-7810, DOI 10.1023/A:1006749722702, lire en ligne)
  8. (en) John Bongaarts, « Population Aging and the Rising Cost of Public Pensions », Population and Development Review, vol. 30, no 1,‎ , p. 1–23 (ISSN 1728-4457, DOI 10.1111/j.1728-4457.2004.00001.x, lire en ligne)