Mennonisme

Mennonisme
Repères historiques
Fondation 1540, Pays-Bas
Fondateur(s) Menno Simons
Fiche d'identité
Courant religieux Christianisme évangélique
Membres 2,13 millions en 2018
Localisation Monde

Le mennonisme, parfois nommé mennonitisme, est un mouvement chrétien anabaptiste évangélique issu de la Réforme radicale. Le nom provient de l’appellation populaire par laquelle les Néerlandais désignaient les anabaptistes au XVIe siècle, du nom de l'un de leurs dirigeants célèbres, le Néerlandais Menno Simons. Une grande partie de ses membres sont rassemblés dans la Conférence mennonite mondiale.

Histoire

Exécution des mennonites Jan Woutersz van Cuyck et Adriaanken Jans à Dordrecht en 1572. (Gravure de Jan Luyken pour l'édition de 1685 du Miroir des martyrs.)

L’appellation « mennonite » provient de Menno Simons, un prêtre catholique frison qui quitte l'Église catholique en , à la suite de ses doutes concernant les sacrements. Désormais, il accompagne et dirige, spirituellement, surtout les fidèles anabaptistes non-violents[1]. En effet, en , pour la plus grande consternation de Menno Simons, plusieurs centaines d’anabaptistes inspirés par les anabaptistes qui ont pris le contrôle de la ville de Münster, attaquent le monastère d’Oldeklooster, en Frise. Après un court siège, la plupart des moines sont tués ou faits prisonniers. Simons se met au service des anabaptistes, réorganisant graduellement leurs communautés ruinées par la persécution.

En 1540, aux Pays-Bas, Menno Simons publie Fondation de la doctrine chrétienne, un livre théologique sur les croyances et pratiques anabaptistes, traduit en d’autres langues[2]. Cette publication et d'autres de Menno Simons servent de fondations à l’anabaptisme et au mennonisme[3], mais démontre un enracinement dans des croyances plus anciennes, comme celles des vaudois. Les réformes radicales du mennonisme et du baptisme sont à l’origine du développement du mouvement évangélique[4].

En 1544, la régente des Pays-Bas expulse les anabaptistes, mais tolère les mennonites. C'est la première fois que le terme « mennonite » est employé. Les anabaptistes de la vallée du Rhin prennent le nom de mennonites.

Équipe de louange, The Meeting Place à Winnipeg, Canadian Conference of Mennonite Brethren Churches.

En 1693, Jakob Amman, un leader anabaptiste conservateur venu de Berne, se trouve en divergence théologique avec les mennonites de la région de Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, qui trouvent des accommodements avec la société locale[5]. Il déclenche le schisme qui va conduire à créer le mouvement amish.

Bibliothèque du Goshen College à Goshen (Indiana), Mennonite Church USA.

Au XXe siècle, les mennonites sont mis à l'épreuve pour leur pacifisme, cherchant à respecter la doctrine de la non-résistance (refus d'utiliser la force contre tout être humain, par amour du prochain)[6]. Face à la généralisation de la conscription et des guerres mondiales, ils demandent de plus en plus à être exemptés, au lieu de devoir fuir le pays comme par le passé, en faisant pression sur les autorités politiques pour obtenir le droit de faire des services civils.

La Conférence mennonite mondiale est fondée lors de la première Conférence mennonite mondiale à Bâle, en Suisse, en 1925 pour célébrer les 400 ans de l'anabaptisme [7]. En 2018, l'organisation compterait 1,47 million de fidèles rassemblés dans 107 dénominations nationales[8].

Croyances

Les croyances du mouvement sont celles de l'Église de professants[9]. Il s'y ajoute d'autres croyances spécifiques, comme le refus de l'usage d'armes contre les humains, et donc du service militaire. Une minorité d'entre eux refuse également le progrès technologique[10].

Certaines dénominations mennonites ne permettent pas le mariage homosexuel, et d’autres ont adopté des positions neutres laissant le choix aux églises locales de décider[11],[12].

Statistiques

En 2018, le mouvement comptait 2,13 millions de croyants baptisés, répartis dans 86 pays[8]. Les plus grandes dénominations étaient en Éthiopie, au Congo-Kinshasa, aux États-Unis et en Inde[13].

Europe

En Europe, outre les Pays-Bas où ce mouvement est né, les mennonites sont nombreux dans le Bassin de la Vistule (60 % de la Pologne et toute sa partie orientale). Ils contrôlent la culture et le négoce du blé dans le delta de la Vistule, avec de gros volumes qu'ils expédient par le port de Dantzig. Dès 1765, certains ont émigré vers d'autres provinces du royaume de Prusse, surtout vers Neumark[14], et dès 1764, Catherine II de Russie leur avait offert son aide, promettant une grande autonomie à condition de ne pas convertir à leur foi les paysans orthodoxes. Ils subissent des persécutions politiques et religieuses lorsque la région est reprise aux Polonais par les Prussiens en 1772[15] : c'est le Premier partage de la Pologne. En s'emparant du nord-ouest de la Pologne, la Prusse l'a coupée de la mer et s'empare de plus de 80 % de la population et du commerce extérieur de "La République des deux Nations", ce qui va lui permettre la perception d'énormes droits de douane, accélérant la chute inévitable de la confédération polono-lituanienne. Pour décourager les mennonites et récupérer leur terres, la Prusse prend des mesures contre leur religion, par exemple en 1774, ils n'ont plus le droit d'acheter des terres, sauf à un autre mennonite, ce qui met en difficulté tous ceux qui n'en ont pas encore[15]. Ils doivent verser 5000 thalers par an pour rester exemptés de service militaire[15] et leurs enfants de mariages mixtes doivent obligatoirement prendre une religion non-mennonite[15].

L'Empire russe accueillit à partir de 1789 des communautés mennonites venant de Prusse orientale, et qui furent installées dans les vallées de la Molotchna, du Dniepr et de la Volga nouvellement conquis aux Turcs ou dans le Caucase en cours de conquête[16].

L’Association des églises évangéliques mennonites de France a ses origines dans deux organisations, l’Association des églises mennonites de France fondée en 1925 et les Églises mennonites de langue française, fondée en 1928 qui ont fusionné en 1980 [17]. Selon un recensement de la dénomination, en 2020, elle aurait 31 églises et 2,100 membres [18].

Amérique du Nord

En 1683, des migrants Allemands ont établi le premier établissement mennonite permanent en Amérique à Germantown, en Pennsylvanie, aux États-unis[19].

Des mennonites de Pennsylvanie s’établissent en Ontario entre 1786 et 1825[20]. En 1810, la Mennonite Conference of Ontario est fondée[21]. En 2002, la General Conference Mennonite Church, la Mennonite Church et la Conference of Mennonites in Canada fusionnent pour devenir la Mennonite Church Canada[22]. Selon un recensement de la Conférence mennonite mondiale publié en 2008, elle aurait 221 églises et 32,000 membres [23].

Un groupe de mennonites de Russie, issus de communautés allemandes de Volga ou d'Ukraine, comme ceux des colonies mennonites du Terek, quitte la Russie entre 1874 et 1880 et émigre au Manitoba[24].

Jean Holdeman et d’autres Mennonites ont fondé l’Église de Dieu en Christ, mennonite en Ohio en 1859[25].

Amérique latine

Des mennonites au Belize.

Les principales communautés de mennonites en Amérique du Sud sont situées au Mexique, au Paraguay et en Bolivie[26].

La première colonie de la région est fondée en 1926 au Paraguay[27].

Dans les années 1930, plusieurs convois déportés en Sibérie orientale ont réussi à fuir par la Chine, et via Suez et la France, rejoindre l'Amérique du Sud (Paraguay, Uruguay).

Des mennonites ont été appelés par le Paraguay à la suite de la guerre du Chaco, pour coloniser des terres à la frontière bolivienne, où ils sont plusieurs dizaines de milliers.

Ces communautés ne suivent pas exactement les mêmes coutumes que celles des mennonites mexicains puisqu'elles autorisent le baptême afin de pouvoir devenir pasteur de l'église commune. Ces communautés parlent le Plautdietsch.

On retrouve également des communautés mennonites au Mexique, au Belize et en Uruguay.

Les mennonites estiment comme qualités primordiales la sobriété et la tempérance, la non-violence et l'hospitalité. À mesure de leur croissance économique, une partie de ces communautés s'accommode de quelques progrès, de l'électricité à l'essence, notamment pour les travaux les plus durs.

Notes et références

  1. Mark Juergensmeyer, Wade Clark Roof, Encyclopedia of Global Religion, Volume 1, SAGE, USA, 2012, p. 129
  2. Ed Hindson, Dan Mitchell, The Popular Encyclopedia of Church History, Harvest House Publishers, USA, 2013, p. 306
  3. George Thomas Kurian, James D. Smith III, The Encyclopedia of Christian Literature, Volume 2, Scarecrow Press, USA, 2010, p. 565
  4. Olivier Favre, Les églises évangéliques de Suisse: origines et identités, Labor et Fides, Suisse, 2006, p. 65
  5. Donald B. Kraybill, Concise Encyclopedia of Amish, Brethren, Hutterites, and Mennonites, JHU Press, USA, 2010, p. 13
  6. Leo Driedger, Mennonites in the Global Village, University of Toronto Press, Canada, 2000, p. 210, 217
  7. J. Gordon Melton, Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, USA, 2010, p. 1859
  8. a et b « Carte & Statistiques », sur Mennonite World Conference (consulté le 5 décembre 2020).
  9. Donald B. Kraybill, Concise Encyclopedia of Amish, Brethren, Hutterites, and Mennonites, JHU Press, USA, 2010, p. 25
  10. George Thomas Kurian, Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the United States, Volume 5, Rowman & Littlefield, USA, 2016, p. 1674-1675
  11. Tim Huber, Illinois pastors allowed to officiate same-sex marriages, themennonite.org, USA, 9 mars 2020
  12. Dan Dyck et Dick Benner, Delegates vote to allow space for differences, canadianmennonite.org, Canada, 20 juillet 2016
  13. Rich Preheim, History: How Congo became a Mennonite stronghold, anabaptistworld.org, USA, 30 septembre 2019
  14. "Les migrations des Huttérites d'Ahxanderwohl" par Frederick-A. Norwood, dans les Annales de Démographie Historique, en 1971
  15. a b c et d "A COMPARISON OF THE MENNONITE AND DOUKHOBOR EMIGRATIONS FROM RUSSIA TO CANADA, 1870-1920", par Robert J. Sawatzky, Université de Dalhousie
  16. William Schroeder, Mennonite Historical Atlas, Kindred Productions, Canada, 1996, p. 117
  17. Cornelius J. Dyck, An introduction to Mennonite history: a popular history of the Anabaptists and the Mennonites, Herald Press, USA, 1981, p. 393
  18. Association des églises évangéliques mennonites de France, QUI SOMMES NOUS ?, menno.fr, France, consulté le 4 juin 2020
  19. Michael C. LeMay, Transforming America: Perspectives on U.S. Immigration [3 volumes]: Perspectives on U.S. Immigration, ABC-CLIO, USA, 2012, p. 207
  20. Frank H. Epp, T. D. Regehr, Mennonites in Canada: 1939-1970 : a people transformed, University of Toronto Press, Canada, 1974, p.
  21. Cornelius J. Dyck, An introduction to Mennonite history: a popular history of the Anabaptists and the Mennonites, Herald Press, USA, 1981, p. 196
  22. Donald B. Kraybill, Concise Encyclopedia of Amish, Brethren, Hutterites, and Mennonites, JHU Press, USA, 2010, p. 134
  23. Mennonite Church Canada, A brief history of Mennonites in Canada, mennonitechurch.ca, Canada, consulté le 5 décembre 2020
  24. (en) Frank H. Epp, T. D. Regehr, Mennonites in Canada: 1939-1970 : A People Transformed, University of Toronto Press, Canada, 1974, p. 419.
  25. Donald B. Kraybill, Concise Encyclopedia of Amish, Brethren, Hutterites, and Mennonites, JHU Press, USA, 2010, p. 47
  26. (en) Leo Driedger, Mennonites in the Global Village, University of Toronto Press, Canada, 2000, p. 10.
  27. William Schroeder, Mennonite Historical Atlas, Kindred Productions, Canada, 1996, p. 93

Voir aussi

Bibliographie

  • René Epp, Marc Lienhard et Freddy Raphaël, Catholiques, protestants, juifs en Alsace, Édition Alsatia, 1992 (ISBN 2-70-320199-0)
  • Scott Longfellow, Faire de nécessité vertu, de la colonie Fernheim à l'ethnie mennonite : processus d'acculturation et reconstruction identitaire des mennonites dans le Chaco paraguayen, Mémoire de fin d'études, Science-Po Rennes, 2007
  • (de) Priska Sommerhalder, Begegnungen mit den Old-Order-Mennoniten in Waterloo-County, Ontario, Kanada, , à compte d'auteur. Ressources : librairie Wortreich-Glarus (www.wortreich-glarus.ch) et P. Sommerhalder (www.ps-english.ch).
  • Dominique Toursel-Harster, Jean-Pierre Beck, Guy Bronner, Dictionnaire des monuments historiques d’Alsace, Strasbourg, La Nuée Bleue, , 663 p. (ISBN 978-2-7165-0250-4)
    La Broque Cimetière mennonite et ancienne ferme mennonite protégés au titre de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques (éléments inscrits à l’inventaire supplémentaire par arrêté du 21 décembre 1984 :pp. 73-74

Filmographie

  • Le Pays des hommes modestes, documentaire de Benoît d'Humières et Philippe Coudrin, 2002 Hibou Production
  • Lumière silencieuse, film de fiction de Carlos Reygadas, 2007
  • The Dirty Ones, court-métrage de Harmony Korine, 2009

Articles connexes

Liens externes