Mengistu Haile Mariam

Mengistu Haile Mariam
መንግስቱ ኃይለ ማርያም
Mengistu, en 1986.
Mengistu, en 1986.
Fonctions
Président de la République populaire
démocratique d'Éthiopie

(3 ans, 8 mois et 11 jours)
Premier ministre Fikre Selassie Wogderess
Hailu Yimenu
Tesfaye Dinka
Prédécesseur Lui-même (chef de la junte)
Successeur Tesfaye Gebre Kidan (intérim)
Meles Zenawi
(président du gouvernement de transition)
Président du gouvernement militaire
provisoire de l'Éthiopie socialiste

(chef de l'État)

(10 ans, 7 mois et 7 jours)
Prédécesseur Tafari Benti
Successeur Lui-même (président de la République)
Biographie
Date de naissance (80 ans)
Lieu de naissance Walayata (Éthiopie)
Nationalité éthiopienne
Parti politique Parti des travailleurs d'Éthiopie
Profession Militaire

Mengistu Haile Mariam Mengistu Haile Mariam
Chefs d'État éthiopiens

Mengistu Haile Mariam (ge'ez : መንግስቱ ኃይለ ማርያም), né le 21 mai 1937 à Wolayta en Éthiopie, est un officier éthiopien, lieutenant-colonel, chef de l'État de 1977 à 1991, qualifié de dictateur[1].

Il est à la tête du Derg à partir de juillet 1974[2]. Cette junte militaire prend le pouvoir durant la révolution éthiopienne de 1974 et abolit le système féodal. Elle conserve le pouvoir en réprimant ses oppositions. Après l'instauration d'une démocratie populaire, Menguistu devient chef de l'État.

Après la défaite de l'armée éthiopienne devant le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien en mai 1991, Mengistu se réfugie au Zimbabwe, sous la protection de Robert Mugabe[3]. Il est condamné pour génocide, par contumace à la réclusion à perpétuité, puis, en appel, à mort le 26 mai 2008.

Études

Il est diplômé de l'académie militaire en 1966.

La révolution de 1974

En 1974, l'âge avancé de l'empereur Hailé Selassié Ier, sa mauvaise gestion de la famine dans la province du Wollo, les manifestations des étudiants et des classes moyennes qui demandent des réformes et la crise économique due à l'embargo de l'OPEP sur le pétrole de 1973, ont raison du régime de Hailé Selassie. Mengistu fait partie des officiers qui renversent l’empereur lors d’un coup d’État et installent au pouvoir le Derg, junte militaire révolutionnaire inspirée par le marxisme, qui prend le nom officiel de Gouvernement militaire provisoire de l'Éthiopie socialiste. L'empereur meurt en détention l'année suivante, probablement assassiné sur ordre de Mengistu. Celui-ci est considéré par certaines sources comme plus nationaliste que marxiste[4].

Mengistu devient le dirigeant du Derg dès juillet 1974. En novembre, il fait assassiner le général Aman Andom[5]. Début décembre, les premières bombes explosent à Addis Abeba et des groupes « contre-révolutionnaires » sont réprimés. En décembre 1976, Menguistu semble affaibli avec la nomination de Teferi Bante comme chef de l'État, président du CMAP. Mais le 11 février 1977, à la suite d'une fusillade le 3 février qui cause la mort de ses rivaux, Menguistu accepte la présidence du Derg et de l'État[6]. Sous sa direction, l'Éthiopie s'allie à l'Union soviétique, l'Allemagne de l'Est et d'autres États du Pacte de Varsovie, ainsi qu'à Cuba. Ces pays lui fournissent une assistance économique et militaire.

Mengistu adopte la philosophie marxiste-léniniste au cours des années 1970. Le marxisme était alors très populaire en Afrique et dans une large part du tiers-monde parmi les nationalistes et les révolutionnaires. Au début des années 1980, l'Éthiopie adopte une constitution inspirée de la constitution soviétique et voit la formation du Parti travailleur d'Éthiopie. Le 10 septembre 1987, Mengistu devint un président civil du pays qui prend le nom de République démocratique populaire d'Éthiopie.

Réformes du Derg

En 1975, une grande réforme agraire est lancée. Les terres sont nationalisés, des coopératives de paysans sont mises sur pied, des terres sont distribuées à ceux qui n’en avaient pas avec une limite de taille par exploitation. La vente et la location de terrains sont par ailleurs interdites. Dans les villes, les grandes industries sont nationalisés mais les transport et la petite manufacture restent privés[7].

Des étudiants et enseignants sont envoyés dans les campagnes pour alphabétiser les habitants («Zamatcha»). Beaucoup y sont victimes des maladies et des bandes armées par les propriétaires terriens, hostiles au nouveau régime. Le taux d'alphabétisation passe de 5% en 1974 à 35% en 1981, ce qui a valu à l’Éthiopie la reconnaissance de l'UNESCO qui lui a décerné son prix en 1980[4].

Mengistu promet de faire de l’Éthiopie un État plurinational : « plus aucune nationalité ne dominera les autres ». Il met en place un Institut des nationalités qui regroupait des géographes, des ethnologues, des économistes afin de mieux appréhender les caractéristiques de chaque ethnie. Les musulmans sont admis comme de véritables Éthiopiens pour la première fois dans l'histoire du pays et trois jours de fêtes musulmanes sont reconnus par l’État. Dans les faits, la majorité des dirigeants du Derg et nouveaux cadres du régime révolutionnaire continuent d’être issus de l'ethnie des Amhara, bien que le régime ait officiellement proclamé la fin du statut "privilégié" de cette ethnie et son égalité avec les autres[7].

Guerre civile, famine et chute du régime

Article détaillé : Terreur rouge (Éthiopie).

À partir de 1976, les répressions sanglantes se succèdent contre les « contre-révolutionnaires » supposés.

La campagne de Mengistu contre les factions opposées au gouvernement débute par un discours prononcé sur la place de la Révolution au cœur d’Addis-Abeba. Il inclut les groupes sécessionnistes érythréens (Front populaire de libération de l'Érythrée et Front de libération de l'Érythrée), et aussi sans oublier le FLA (Front de libération Afar) qui a infligé de lourdes pertes au régime du Derg dans ses techniques de guerillas, en paralysant le corridor Asseb et Addis-Abeba par sa position géo-stratégique[réf. nécessaire]. Il inclut aussi les monarchistes de l’Union démocratique d’Éthiopie, le Front de libération des peuples du Tigré (FLPT) et le Front de libération de la Somalie occidentale (FLSO) dans sa lutte contre le PRPE. En réponse à la guérilla, Mengistu accorde aux forces anti-insurrection le droit de procéder à l’arrestation, à la détention ainsi qu’à l’exécution des insurgés[réf. nécessaire]. Mengistu qualifie les actes de guérilla urbaine menée par les rebelles de Terreur blanche. Le PRPE de son côté dénonce la terreur rouge du régime. Mengistu se brouille ensuite avec l’autre principal groupe marxiste, le Mouvement socialiste pan-éthiopien (MSPE, connu aussi sous le nom de Meison), à l’origine son allié. Il craignait, avec raison, que ses membres témoignent de davantage de loyauté à leur parti et à l’idéologie marxiste qu’au Derg et à lui-même. Comme ceux du PRPE, les militants du MSPE sont souvent emprisonnés. Le Derg propose un statut « d’autonomie » aux contours flous à l’Érythrée, ce que refusent les insurgés qui revendiquent l'indépendance.

En novembre 1976, l’Union démocratique éthiopienne (UDE), parti constitué de tenants de l'ancien régime, parvient à envoyer une armée depuis le Soudan, qui prend Mettema puis Setit et s'approche de Gondar. Elle est finalement repoussée. En 1977, la République de Somalie conquiert l’Ogaden, officiellement pour assister le Front de libération de la Somalie occidentale, et était sur le point de prendre Harrar et Dire Dawa lorsque l’URSS et Cuba, jusqu'alors proches de la Somalie, prennent la défense de l’Éthiopie. Le Derg repousse l’invasion somalienne et inflige des pertes aux sécessionnistes érythréens et au FLPT. À la fin des années 1970, Mengistu était à la tête de la deuxième armée d’Afrique sub-saharienne[réf. nécessaire], incluant des forces navales et aériennes importantes. Son gouvernement fait face à de nombreuses difficultés pendant les années 1980, dont des inondations, de sévères famines (en particulier celle des années 19841985) et des insurrections (en particulier dans la région du Tigré et en Érythrée). Le gouvernement Mengistu tente de camoufler la famine de 1984, au nord du pays, avant de s’en servir pour déplacer de force des milliers de villageois dans les régions du sud. Officiellement pour les sauver de la faim, ou, selon les rebelles, pour vider les zones tenues par la rébellion. Cette relocalisation aurait concernés 100 000 personnes selon certaines estimations[Lesquelles ?]. En 1989, le Front de libération des peuples du Tigré forme avec les indépendantistes érythréens le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (PDRPE), dirigé par le futur Premier ministre Meles Zenawi. En mai 1991, les forces du PDRPE marchent sur Addis-Abeba. Elle prennent la ville en mai, contraignant Menguistu à l'exil.

La fuite au Zimbabwe

A l’arrivée de la rébellion à Addis Abeba en 1991, Mengistu fuit au Zimbabwe et obtient l’asile politique chez son ami Robert Mugabe dont il avait soutenu la guérilla indépendantiste en Rhodésie du Sud dans les années 1970. Il serait également détenteur d'un passeport diplomatique zimbabwéen. Il est logé dans une villa surprotégée du quartier de Gunhill[8]. Pourtant, certaines sources lui prêtent un rôle politique majeure. Selon elles Mengistu aurait contribué à organiser la brutale éradication des bidonvilles de la capitale, Harare, en mai 2006, où vivaient 700 000 personnes[9]. Ces dernières années plusieurs tentatives du gouvernement éthiopien pour faire extrader Mengistu ont échoué.

Le procès pour génocide et la condamnation à mort

Le 12 décembre 2006, c'est au terme de douze années de procédure judiciaire que la justice éthiopienne reconnait Mengistu Haïlé Mariam (absent), coupable de génocide durant les années de « terreur rouge », pour des raisons non seulement ethniques mais aussi politiques, en l'occurrence pour conspiration afin de détruire un groupe politique et tuer des individus en toute impunité par la mise en place de commandos de tueurs dont le but est de « décimer, torturer et détruire des groupes d'opposants au régime ».

Le 28 décembre, Mengistu est condamné, par contumace, à une peine de réclusion à perpétuité[10].

Dès l'annonce de sa condamnation, le Zimbabwe réaffirma que les autorités du pays ne livreraient pas « le camarade Mengistu » à la justice éthiopienne.

Plusieurs anciens hauts responsables éthiopiens, devant répondre de 211 chefs d'inculpation, ont aussi été condamnés à mort par contumace par la Haute Cour fédérale. Tous, à l'exception d'un seul, ont été reconnus coupables de génocide. L'instruction des procès concernant les années postérieures à la terreur rouge, notamment pour les bombardements de villages au napalm et de déplacements forcés de populations paysannes, n'a pas encore abouti.

Le 26 mai 2008, Mengistu Hailé Mariam a été condamné à mort en appel, ainsi que 18 hauts responsables de son régime.

Voir aussi

Notes et références

  1. L'ex-dictateur éthiopien Mengistu reconnu coupable de génocide, Le Monde avec l'AFP, 12 décembre 2006
  2. Lefort [1981], p. 90.
  3. Zimbabwe, un dictateur en cachait un autre, Courrier international, 5 février 2009
  4. a et b « L’Éthiopie de 1982 à 1997 », sur afriquepluriel.ruwenzori.net
  5. Lefort [1981], p. 108.
  6. Lefort [1981], p. 275.
  7. a et b « L’Ethiopie à la croisée des chemins (2/3): la dictature militaire de Mengistu », sur www.investigaction.net (consulté le 8 août 2017)
  8. Article de RFI, Mengistu reconnu coupable de génocide du 12 décembre 06
  9. Article en anglais sur le journal indépendant zimbabwéen ZimOnline
  10. (en) Mengistu is handed life sentence, 11 janvier 2007, BBC News.

Sources

  • «Mengistu Haïlé Mariam, le « Négus rouge », est reconnu coupable de génocide en Éthiopie», article du Monde du .
  • Taffara Deguefé, A tripping stone: Ethiopian Prison Diary, Addis Ababa University Press, Addis Ababa, 2003.
  • (fr) Lefort (René), Ethiopie, la révolution hérétique, Maspéro, Cahiers libres n° 362, Paris, 1981