Mellerio dits Meller

Mellerio

Création 1613
Siège social Paris
Activité Joaillerie
Site web www.mellerio.fr

Mellerio dits Meller[1] est une maison de joaillerie française, fondée en 1613, et toujours en activité aujourd'hui. Elle donne son nom à la taille Mellerio, une taille à 57 facettes en forme d'ovale dans une ellipse.

Mellerio est installée rue de la Paix, à Paris, et possède des succursales au Luxembourg et au Japon. Elle est membre du Comité Colbert et des Hénokiens, club international composé d'entreprises familiales bicentenaires. La quatorzième génération représentée par François et Olivier Mellerio, dirige à présent l'entreprise familiale.

Historique

Les origines

D'après les archives personnelles de la famille, « pendant la Renaissance, des Mellerio, parmi d'autres colporteurs originaires de Craveggia, quittent leur vallée du nord de l'Italie, le Val Vigezzo, pour venir commercer en France »[3]. La famille arrive en France en 1515, après les guerres d'Italie, pour exercer le métier de fumiste ou de colporteur de l’autre côté des Alpes[4].

Le 10 octobre 1613, les habitants de trois villages du Val Vigezzo - Craveggia, Malesco et Villette - obtiennent de la régente Marie de Médicis, passionnée de diamants et perles précieuses, le privilège d'exercer librement leurs activités de colporteurs sur tout le royaume de France, leur permettant d'exercer leur commerce sans être soumis aux statuts corporatifs : « Le roi permet aux suppliants de porter du cristal taillé, quincaillerie et autre menue marchandise meslée entre la dite ville de Paris et ailleurs partout le royaume »[5],[6].

Un Mellerio figure parmi les trois « consuls » (Jean Mellerio di Craveggia, Jacque Pidò di Villette et Tadini di Malesco) chargés de représenter les intérêts des habitants des trois villages récipiendaires de ces Privilèges. À ce titre, il possède l'une des trois clefs du coffre dans lequel est toujours préservée la copie des Privilèges, à la mairie de Craveggia[7].

Si Mellerio ne figure pas parmi les joailliers ou les orfèvres du Roi, personnages prestigieux et souvent anoblis, ni parmi les orfèvres et joailliers des XVIIe et XVIIIe siècles avant la Révolution française, un acte juridique datant de 1755 fait état du gain de cause de Jacques Mellerio, joaillier, contre les Corporations du Havre en vertu des Privilèges cités plus haut. Ce document est aujourd'hui conservé dans les archives de la Maison Mellerio ainsi qu'aux Archives Nationales. Les archives de la Maison contiennent également un livre de comptes datant de 1776, témoignant de l'activité de joaillier des Mellerio avant la Révolution.

Les archives du Corps des orfèvres de Paris ainsi que les listes des gardes et grands-gardes de Paris ou d'autres villes ne mentionnent aucun membre de cette famille, ses membres n'ayant acquis la nationalité française qu'en 1870 et bénéficiant de l'avantage de pouvoir commercer en France sans être soumis aux lois corporatistes qui régissaient les métiers de joaillier et d'orfèvre.

Le commerce avec la cour

Selon la légende, un Jean-Baptiste Mellerio aurait placé son étal devant le château de Versailles et la reine Marie-Antoinette lui aurait acheté quelques bijoux qu'il présentait dans une marmotte (petit coffre servant à transporter les bijoux et que la famille conserve toujours), ce qui fera connaitre son entreprise en haut lieu[8].

Voici ce qu'en dit l'entreprise : « Le lien privilégié qui unit Mellerio à la plus charmante et la plus majestueuse des reines se tisse en 1777. Cette année-là, Jean-Baptiste Mellerio, petit orfèvre-joaillier italien de douze ans s’est installé avec quelques marchandises devant les grilles du Château de Versailles. La Reine Marie-Antoinette, revenant de sa promenade remarque ce singulier marchand et donne ordre à sa suite d’aller regarder ce qu’il propose. La table est arrangée avec soin et Jean-Baptiste fait valoir ses bijoux avec tant de persuasion que la dame d’honneur est séduite et acquiert quelques pièces. Rapidement, le jeune homme intéresse, se fait connaître, exécute avec promptitude et intelligence les petites commandes qu’on lui passe, et devient bientôt fournisseur de la Reine. »

Première entreprise officielle en 1796

La première « Maison Mellerio » dont on peut identifier les traces a été fondée en 1796, après la Révolution française qui avait créé le vide dans l'ancien corps privilégié des orfèvres parisiens, dont beaucoup avaient également fait faillite à la fin de l'Ancien Régime[9]. Jean-Baptiste Meller, ancien colporteur[10], s’installe alors rue Vivienne à Paris, à l’enseigne « Mellerio – Meller à la Couronne de Fer ».
L'historien de l'orfèvrerie Jacqueline Viruega[11] donne aux Mellerio un parcours historique différent : « François Mellerio (1772-1843), venu en France en 1784, reste à Paris sous la Révolution, s’engage dans l'armée républicaine, est en 1796 commis chez un bijoutier milanais. En 1801, il ouvre rue du Coq-Saint-Honoré une maison modeste mais qui réussit bien. Présenté à Joséphine, il fait des affaires avec les bonapartistes et devient le fournisseur de l’impératrice. En 1815, il s’installe avec son frère Jean-Jacques Mellerio au 22, rue de la Paix, sous la raison sociale Mellerio dits Meller frères ».

L'expansion au XIXe siècle

Œuvre de Maurice Denis, La famille Mellerio , 1897, Musée d'Orsay.

Dès le XIXe siècle, cette entreprise nouvelle, devient le fournisseur des rois et des reines de France et d'autres têtes couronnées d'Europe. Au XIXe siècle, elle s'installe durablement comme un des grands artisans joaillers d'Europe. Elle travaille pour Napoléon Ier, l'impératrice Joséphine, et les sœurs de l'empereur, Pauline Borghèse et Caroline Murat.

En 1815, sous le Premier Empire, elle s'installe au 9, rue de la Paix, à Paris, lors du creusement de la rue, prolongé par la place Vendôme.

Elle crée notamment à cette époque de nombreux objets liturgiques, dont la couronne de l'archange Michel (des fac-similé de la couronne sont dans la maison du Pèlerin de Saint-Michel)[12] ou celle des statues de Lisieux, de Notre-Dame de Fourvière, de Notre-Dame de Lourdes ou du Sacré-Cœur[13].

Sous le Second Empire, elle fournit notamment l'impératrice Eugénie et la princesse Mathilde[14].

Aux XXe siècle et XXIe siècle

En 1935, Charles Mellerio réalise les chandeliers du maître-autel et le tabernacle de l'église Saint-Odile de Paris[15]. Ce dernier représente le visage du Christ[16].

Depuis 1956, Mellerio fabrique le Ballon d'or.

En 1981, elle crée la Coupe des Mousquetaires qui remplace les coupes plus classiques attribuées aux vainqueurs de Roland-Garros[17].

En 2010, elle s’est restructurée en une holding familiale dirigée aujourd'hui par Laurent Mellerio qui représente la quatorzième génération des Mellerio depuis 1613. Elle est membre du Comité Colbert[18].

Les poinçons anciens

  • Poinçons sous Louis XIV[19] :…
  • Poinçons sous Louis XV :…
  • Poinçons sous Louis XVI et Marie-Antoinette :….
  • Il n'existe pas de poinçons de Mellerio a ces époques et le ministere de la Culture n'en enregistre pas dans la base des poinçons français[20].

Les dirigeants de l'entreprise familiale

  • Jean-Baptiste Mellerio (1765-1850)
  • François Mellerio (1772-1843)
  • Jean-François Mellerio (1815-1896)
  • Raphaël Mellerio
  • Charles Mellerio (1879–1978), Bernard Mellerio et Maurice Mellerio
  • Emile Mellerio (1910-1967) et Hubert Mellerio
  • François Mellerio (1943-) et Olivier Mellerio (1945-)
  • Laurent Mellerio (1959-)

Article connexe

Annexes

Notes et références

  1. Francisation du nom au XVIIIe siècle.
  2. Le site web de l'entreprise de septembre 2009 indique : « C’est du Brouillard des Comptes qu’émerge l’incroyable histoire des Mellerio, joailliers depuis 1515]
  3. Jean Watin-Augouard, Marques de luxe françaises, Eyrolles, , p. 246
  4. « Émilie Mellerio, la passion en héritage. Depuis quatre siècles, sa famille préside aux destinées du plus vieux joaillier du monde. À 30 ans, elle vient de rejoindre la maison. », dans, Point de vue-Images du monde, 2007, no 3. Voir encore d'autres articles de cette revue.
  5. Henri Vever, La bijouterie française au XIXe siècle (1800-1900), H. Floury, , p. 232
  6. (it) Anita Azzari, L'emigrazione vigezzina, C. Antonioli, , p. 25
  7. Albane Piot, « Histoire du joaillier des reines, de la culture et du sport », sur expertissim.com, (consulté en page plus en ligne, mais consultable sur https://archive.is/soai7)
  8. Alfred Détrez, "Aristocrates et joailliers sous l'ancien régime", dans La Revue (ancienne Revue des Revues), volume 78, Paris, 1908. Cet article se consacre particulièrement à la cessation d'activité de nombreuses grandes maisons de joaillerie parisiennes à la fin du XVIIIe siècle.
  9. C'est lui qui ayant placé son étal devant le château de Versailles s'est vu acheter par la reine Marie-Antoinette quelques bijoux, ce qui fera connaitre son entreprise en haut lieu...
  10. Jacqueline Viruega, La bijouterie parisienne : du Second Empire à la Première guerre mondiale, Paris, L'Harmattan, 2004, p. 382.
  11. Mémoire du site culture.gouv.fr
  12. Chantal Bouchon, Ces églises du dix-neuvième siècle, Encrage, , p. 214
  13. Bénédicte Burguet, « Bijoux de pouvoir », Vanity Fair no 42, décembre 2016 - janvier 2017, pages 148-151.
  14. Mgr Rechain (ancien curé de saint Odile), Valérie Gaudard (chargée d'études à la conservation des Monuments historiques d'Ile-de-France), Claude Birenbaum et Madeleine Foisil, Église Sainte Odile : Histoire Art Spiritualité, Paris 17ème, , 127 p. (ISBN 295269340-4)
  15. « Le chœur – SainteOdile.fr », sur www.sainteodile.fr (consulté le 11 décembre 2017)
  16. Patrice Dominguez, La fabuleuse histoire de Roland-Garros, Plon, , p. 156
  17. Liste des membres sur le site du Comité Colbert.
  18. Aucun poinçon mentionné dans : Émilie Bérard et Marie-Émilie Vaxelaire, "Mellerio fastueux joaillier de l'Art nouveau", dans: L'Estampille - L'Objet d'art, Paris, no 452, décembre 2009, p. 73, selon qui : « Sous le règne de Louis XIV, ils commencèrent à s'imposer dans le monde de la joaillerie et se spécialisèrent dans les produits de luxe ».
  19. Base mistral
  • Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Mellerio » (voir la liste des auteurs)

Bibliographie

  • Jacqueline Viruega, La Bijouterie parisienne : du Second Empire à la Première Guerre mondiale, Paris, L'Harmattan, 2004.
  • Marie-Émilie Vaxelaire (1979-…), Mellerio dits Meller, histoire d’une maison de joaillerie parisienne au XIXe siècle, Université Paris IV - Sorbonne, 2009, sous la direction du professeur Bruno Foucart.
  • Marie-Émilie Vaxelaire, « La maison Mellerio, l’art séculaire de la joaillerie », dans L'Estampille - L'Objet d'artno 431, janvier 2008, p. 40.
  • Marie-Émilie Vaxelaire, « Les bijoux Second Empire de Mellerio », dans Connaissance des artsno 657, février 2008, p. 94
  • Émilie Bérard et Marie-Émilie Vaxelaire, « Mellerio fastueux joaillier de l'Art nouveau », dans L'Estampille - L'Objet d'art, Paris, no 452, décembre 2009, p. 73 : « Sous le règne de Louis XIV, ils commencèrent à s'imposer dans le monde de la joaillerie et se spécialisèrent dans les produits de luxe ».
  • Marie-Émilie Vaxelaire, Mellerio dit Meller, histoire d’une maison de joaillerie parisienne au XIXe siècle, Université Paris IV - Sorbonne, 2007, sous la direction du professeur Bruno FOUCART.
  • Henri Vever, La bijouterie française au XIXe siècle (1800-1900), 1906, p. 236
  • Almanach des 25000 adresses des principaux habitans de Paris, 1835, p. 396: Mellerio dit Meller père et fils, bijoutiers, brevetés de SM la reine, r. de la Paix. 22.... Mellerio-Meller, r. Richer.
  • Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury Journal intime de Cuvillier-Fleury, 1900, p. 209.
  • Émile Bérard et Marie-Émilie Vaxelaire, "Mellerio fastueux joaillier de l'Art nouveau", dans: L'Estampille - L'Objet d'art, Paris, no 452, décembre 2009, p. 73: « Sous le règne de Louis XIV, ils commencèrent à s'imposer dans le monde de la joaillerie et se spécialisèrent dans les produits de luxe ».
  • Vincent Meylan, Mellerio dit Meller, joaillier des reines, Telemaque, 2013 (ISBN 978-2-7533-0197-9)

Liens externes