Media vita in morte sumus

Media vita in morte sumus est à l'origine une antienne grégorienne, composée au IXe siècle, selon la Bibliothèque nationale de France. Il s'agit d'un extrait du Liber hymnorum (884) issu de l'abbaye de Saint-Gall[1].

Elle est traditionnellement, et de nos jours encore hypothétiquement, attribuée à Notker le Bègue, célèbre moine de ce monastère[1]. Toutefois, Dom Jean Claire de Solesmes découvrit une trace importante dans le rite gallican selon laquelle l'origine du chant peut être attribuée à la liturgie byzantine[2].

Texte

Notation de Media vita en grégorien, avec versets.

Texte latin

Media vita in morte sumus ;
quem quærimus adiutorem, nisi te,
Domine ?
qui pro peccatis nostris iuste irasceris.
Sancte Deus, Sancte fortis,
Sancte misericors Salvator,
amaræ morti ne tradas nos.

Texte en français

Au milieu de la vie,
nous sommes dans la mort ;
quel secours chercher, sinon vous,
Seigneur ?
vous qui à bon droit êtes irrité de nos péchés.
Saint Dieu, Saint fort,
Saint Sauveur miséricordieux,
ne nous livrez pas à la mort amère.


Analyse morphologique, notamment pour l'exécution correcte, de l'Académie de chant grégorien : [lire en ligne]

Histoire

Auprès de l'ordre de Prêcheurs, cette antienne est exécutée durant le Carême. Selon une biographie (1323), un jour, la Media vita fit pleurer saint Thomas d'Aquin lors de l'office de complies[jc 1].

Le texte se trouve dans le Liber hymnorum issu de l'abbaye de Saint-Gall (884)[1]. Sa notation complète et en neume aussi se conservait aisément dans ce monastère avec l'antiphonaire de Hartker (copié vers 1000 ; voir ci-dessous). Le texte est attribué à Notker le Bègue[1].

D'ailleurs, depuis le Moyen-Âge, l'antienne Media vita était notamment appréciée et pratiquée auprès de l'ordre des Prêcheurs. Un document témoignait que, lors d'une célébration aux complies de Carême, cette antienne précédant le Nunc dimittis fit pleurer saint Thomas d'Aquin, le moine le plus distingué de cet ordre[jc 1],[3],[2].

C'est la raison pour laquelle Dom Jean Claire auprès de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, musicologue grégorien, étudia intensivement les manuscrits de l'antienne des complies dominicaines de Carême. Après avoir rassemblé de nombreux documents, celui-ci trouva la trace du texte dans un trope introduisant au Trisagion (Sancte Deus, Sancte fortis, Sancte immortalis, miserere nobis[4],[pm 1]) de la liturgie gallicane, avant que Charlemagne n'ordonne le remplacement de ce rite par le rite romain en 789[2].

Fonction liturgique

Au Moyen-Âge en Allemagne, ce chant était celui de la procession, notamment à l'occasion des jours des Rogations[pm 1].

Pour les offices, il s'agit d'un répons en tant qu'antienne au Nunc dimittis de complies pendant le Carême, dans la liturgie dominicaine[3], vraisemblablement à partir du XIIIe siècle[pm 2]. L'ancien rite parisien aussi conservait cette tradition pour la célébration de complies lors du deuxième dimanche de Carême. Mais, il est probable qu'il s'agissait d'un héritage d'ancien rite gallican, origine de cette antienne[2]. La Schola Sainte Cécile auprès de l'église Saint-Eugène rétablit récemment cette pratique pour son calendrier liturgique[5].

Dans un contexte moins liturgique, le chant était parfois exécuté par des religieux afin de lutter contre les infidèles ou ennemis de l'Église (contra malefactores ecclesiæ) ou lors de la condamnation[6].

Antienne grégorienne

La mélodie du trope gallican fut perdue, car l'usage du chant gallican disparut avant que les neumes ne soient inventés.

En tant qu'antienne grégorienne, de nombreux manuscrits conservent ce chant monodique de la liturgie. Ceux-ci ne remontent essentiellement qu'au XIIe siècle[7]. Toutefois, dans l'antiphonaire de Hartker copié vers 1000, et le meilleur manuscrit d'antiphonaire grégorien, la notation en neume sangallien se trouve dans son intégralité dans le folio 8 [manuscrit en ligne]. On peut donc dire que la version grégorienne est exactement établie.

Manuscrit Saint-Gall 546, sans Sancte ... (vers 1507).

Curieusement, ce monastère possède un manuscrit tardif, manquant de derniers versets Sancte Deus ... [manuscrit en ligne]. Il s'agit cependant d'une collection de tropes et de séquences dont l'usage était différent.

Reprises musicales

Plusieurs chefs-d'œuvre importants de la musique sacrée en polyphonie sont basées sur cette antienne. Notamment Nicolas Gombert la mit en musique. La pièce de John Sheppard sur ce texte en est une élaboration complexe d'une durée de vingt minutes.

Motet

Messe parodie

Voir aussi

Liens externes

Références bibliographiques

  • Jean Claire, L'antienne Media vita dans les premiers manuscrits dominicains[8]
    colloque Aux origines de la liturgie dominicaine : le manuscrit Santa Sabina XIV L 1, p. 215 - 227, Collection de l'École française de Rome n° 327, École française de Rome et CNRS, Rome et Paris, 2004
  1. a et b p. 215 : « mais il a semblé qu'une au moins devait être étudiée en détail dans ce Colloque, en raison du pouvoir peu banal qu'elle possédait de faire pleurer saint Thomas. Les contemporaines témoignent en effet que lorqu'aux complies de Carême, on chantait, avant le Nunc dimittis, l'antienne Media vita, fr. Thomas paraissait absorbé, comme dans un ravissement, et que des larmes coulaient sur son visage. Était-ce à cause du texte seul, était-ce à cause de la mélodie qui, selon le processus qu'il avait décrit dans la Somme, prolongeait en lui la résonance intime du texte, on ne sait. » ainsi que note n° 1, Guillaume de Tocco, Vita S. Thomæ Aquinatis, livre XXIX, ....., Ystoria sancti Thome de Aquino de Guillaume de Tocco (1323) éd. Claire de Brun-Soudavic (Toronto, 1996) p. 155, et note n° 3, Completorii libellus iuxta ritum Sacri Ordinis Prædicatorum, Rome, publication en 1911, p. 55 - 56
  • Alice Tacaille, Les Media vita de Nicolas Gombert (ca. 1550 - 1556) : motet et messe, monodie grégorienne, une intertextualité féconde [extrait en ligne]
  1. p. 22 - 25
  2. a et b p.  22
  3. p.  28 - 30
  • Peter Macardle, The Saint Gall Passion Play : Music and Performance, Rodopi 2007, 460 p. [lire en ligne]
  1. a et b p.  361
  2. p.  359

Notes et références

  1. a, b, c et d http://data.bnf.fr/13977680/media_vita_in_morte_sumus/
  2. a, b, c et d Louis Holtz (Institut de recherche et d'histoire des textes), Introduction des actes du colloque international à Rome, 2 - 4 mars 1995 (colloque Aux origines de la liturgie dominicaine, le manuscrit Santa Sabina XIV L1) p. 3 : « Par ailleurs, Dom Jean Claire étudie en musicologue que l'antienne des complies dominicaines de carême Media vita in morte samus, qui faisait pleurer saint Thomas d'Aquin : la précieuse documentation rassemblée à Solesmes lui permet de montrer que nous avons là un trope introduisant au Trisagion de l'antique liturgique gallicane d'avant Charlemagne ! », consulté en ligne le 8 mai 2016
  3. a et b https://books.google.fr/books?id=YbIUCwAAQBAJ&pg=PT375
  4. https://books.google.fr/books?id=iUVhQ_P0zBYC&pg=PA395
  5. http://www.schola-sainte-cecile.com/2014/03/14/programme-du-second-dimanche-de-careme-7/
  6. (en)https://books.google.fr/books?id=NRC_fLiVUJgC&pg=PA238
  7. http://cantus.uwaterloo.ca/id/003732
  8. http://www.torrossa.com/resources/an/2279216