Match de football Brésil – Uruguay (1950)

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Brésil - Uruguay
Image illustrative de l’article Match de football Brésil – Uruguay (1950)
L'équipe d'Uruguay posant avant le match.
Contexte
Compétition Coupe du monde 1950
Date
Stade Stade Maracanã
Lieu Rio de Janeiro
Drapeau du Brésil Brésil
Affluence 173 850 spectateurs
Résultat
Drapeau : États-Unis du Brésil Brésil 1 - 2 Drapeau : Uruguay Uruguay
Mi-temps 0 - 0 0

Le match de football Brésil - Uruguay est le match ultime et décisif de la phase de groupe concluant la Coupe du monde de football de 1950.

La rencontre est organisée au Stade Maracanã de Rio de Janeiro au Brésil le 16 juillet 1950. À la différence des autres Coupes du monde, passées et futures, le vainqueur de cette Coupe du monde est déterminé à l'issue d'une phase de groupe opposant quatre équipes, et non d'une finale. Mais le dernier match oppose les deux sélections en tête du groupe, le Brésil et l'Uruguay, séparées d'un seul point. Pour être sacré à domicile, le Brésil ne doit pas perdre.

La victoire de l'Uruguay, malgré l'ouverture du score des Brésiliens, est considérée comme l'une des grandes surprises de l'histoire du football[1]. Le match est connu au Brésil comme le Maracanaço (en français : « Le choc du Maracanã »).

Ce match est encore de nos jours considéré comme un drame pour la nation brésilienne, qui depuis n'évolue plus en blanc mais en jaune et vert[2],[3].

Contexte

L'équipe du Brésil en 1950.

Le tournoi quadrangulaire excluait une finale. La dernière rencontre du groupe, opposant le Brésil et l'Uruguay, seules équipes pouvant encore prétendre à la couronne mondiale, est officieusement considérée comme telle. De ce fait, il s'agit de la première finale du Brésil, et de la dernière finale sans pays européen. Un match nul aurait donné le titre au Brésil.

Uruguay et Brésil s'étaient opposés à trois reprises au mois de mai, deux mois avant la compétition, dans le cadre de la Copa Rio Branco. L'Uruguay l'avait emporté une fois (4-3), le Brésil deux (2-1/1-0); les deux équipes étaient donc équivalentes et contrairement à l'Espagne et à la Suède (largement vaincu par le Brésil), les Uruguayens étaient habitués aux défis des grands stades sud-américains.

Déroulement du match

Le Brésil engage les hostilités avec un tir d’Ademir, le meilleur buteur de cette coupe du monde, à la 3e minute. L’Uruguay contre-attaque immédiatement avec un tir de Pérez, qui est difficilement arrêté par Barbosa à la 10e minute. Les vingts prochaines minutes sont clairement brésiliennes. Les locaux dominent le match, jusqu’à une frappe lointaine de Miguez (meilleur buteur uruguayen de la compétition) qui s’écrase sur le poteau de Barbosa à la 38e minute. Les Brésiliens se crées leur dernière grosse occasion de la première mi-temps, avec une frappe d’Ademir qui finit au-dessus de la transversale à la 41e minute. A la mi-temps, le score est toujours de 0-0, les Brésiliens se sont procuré 17 occasions, tandis que les Uruguayens se sont contentés de bien défendre[4], comme Ghiggia l’expliquera plus tard[5].

Deux minutes après la reprise, les uruguayens cèdent. Zizinho sert Ademir qui centre pour Friaça et les brésiliens marquent le premier but de la rencontre. Le Maracanã est en ébullition : un nul suffisait, mais les brésiliens mènent quand même au score. A la 61e minute, Ademir tente d’obtenir un pénalty par la ruse, après un contact avec un de ses coéquipiers dans la surface de réparation de Roque Máspoli, mais l’arbitre, George Reader, ne se laisse pas berner. Comme une sorte de justice immanente, les brésiliens sont châtiés cinq minutes plus tard, par un but de Schiaffino qui fait douter le Maracanã. Il vient de prouver que les Uruguayens sont eux aussi capables de marquer et donc de gagner. Au lieu de se replier en défense pour conserver un nul qui leur donnerait la victoire, les brésiliens préfèrent repartir à l’assaut des cages de Máspoli à la 70e minute. A la 79e minute, après un une-deux avec Pérez, Ghiggia inscrit le but de la victoire uruguayenne à onze minutes de la fin[6], en trompant Barbosa. Le précédent but avait fait douter le Maracana, celui-ci le ferra taire. L’équipe brésilienne est sonnée et ne parvient pas à revenir au score, en dépit d’une frappe de Chico à la 87e minute et d’un ultime corner à la 89e minute[4].


15h00
Brésil Drapeau : États-Unis du Brésil 1 – 2 Drapeau : Uruguay Uruguay Maracana, Rio de Janeiro
Crystal Clear app kworldclock.png Historique des rencontres (Passe décisiveAdemir) Friaça But inscrit après 47 minutes 47e (0 - 0) But inscrit après 66 minutes 66e Schiaffino (Ghiggia Passe décisive)
But inscrit après 79 minutes 79e Ghiggia (Pérez Passe décisive)
Spectateurs : 173 850
Arbitrage : Drapeau : Angleterre George Reader
Crystal Clear app lphoto.png Photos du match
(Résumé)

Titulaires :
Moaçir
Augusto Capitaine
Juvenal Amarijo
Bauer
Danilo
Bigode
Friaça
Zizinho
Ademir
Jair
Chico

Entraîneur :
Flávio Costa

Finale de la Coupe du monde 1950MoaçirAugustoJuvenal AmarijoBauerDaniloBigodeFriaçaZizinhoAdemirJairChicoRoque MáspoliAugustoEusebio TejeraSchubert GambettaObdulio VarelaVíctor Rodríguez AndradeAlcides GhiggiaJulio PérezOscar MíguezJuan Alberto SchiaffinoRubén Morán

Titulaires :
Roque Máspoli
Matías González
Eusebio Tejera
Schubert Gambetta
Obdulio Varela Capitaine
Víctor Rodríguez Andrade
Alcides Ghiggia
Julio Pérez
Oscar Míguez
Juan Alberto Schiaffino
Rubén Morán

Entraîneur :
Juan López Fontana

Conséquences

L'expression "choc du Maracanã" n'a rien d'hyperbolique. En effet la défaite du Brésil à domicile a des conséquences humaines immédiates, puisqu'elle entraîne une vague de suicides dans tout le pays[4], ainsi que dans le stade, où au moins un supporter se serait donné la mort en se jetant du haut des gradins après le coup de sifflet final[7],[8],[9],[10]. L'angoisse, la désillusion (le Brésil menait au score, et il lui suffisait d'un match nul pour décrocher la coupe) et finalement la déception crée par la rencontre, entraînent aussi une hausse significative d'une nombre d'infarctus du myocarde (3 personnes meurent d'une crise cardiaque rien que dans le stade[7],[8]), faisant ainsi du but de Ghiggia le plus meurtrier de l'histoire du football. Seul le suicide du très populaire président Getúlio Vargas (surnommé le « père des pauvres »), 4 années plus tard, suscitera un tel émoi dans le pays[11].

Ce qu'il faut bien comprendre c'est que personne n'avait considéré la victoire de l'Uruguay comme une hypothèse probable (même si le pays avait remporté par deux fois les JO de football ainsi que la première Coupe du Monde, vingt années auparavant), pas même Jules Rimet (président de la FIFA, 1921-1954 et inventeur de la Coupe du Monde), si bien qu'aucune cérémonie n'était prévu en cas de victoire uruguayenne[3],[4],[6],[12],[13]. Jules Rimet, qui avait prévu un discours en portugais, doit finalement se frayer un chemin dans la foule pour remettre en catimini le trophée au capitaine de la sélection uruguayenne[6],[13] : le numéro 5, Obdulio Varela.

Selon, Marcos Guterman, auteur du livre O Futebol explica o Brasil (en français : « Comment le Football explique le Brésil »), décrira le Maracanaço comme une « tragédie raciale »[13] . Une analyse qui est également partagé par le champion du monde 1970, Paulo César[13]. En effet après la défaite face à la Celeste (composée exclusivement de joueurs blancs), les joueurs noirs servirent de boucs émissaires et furent désignés comme responsables de la défaite, si bien qu'à la coupe du monde 1954, l'équipe du Brésil ne comptait presque plus aucun joueur noir ou métis[13]. Bigode, le défenseur afro-brésilien, était en effet coupable au marquage sur le deuxième but uruguayen. Mais c'est bien le gardien noir Moaçir Barbosa, dont l'anticipation sur le but de Ghiggia été fatale à la Seleçao[14], qui ferra l'objet des plus vives critiques[15]. Celui qui était encore considéré comme le meilleur gardien du monde en activité avant le match, terminera sa vie en paria. Devenu un symbole de malchance, on lui refusera l'accès au camp entraînement de la Seleçao à Teresopolis, alors qu'il était venu pour encourager l'équipe en vue du mondial 1994 qui se déroulera aux Etats-Unis. Pire, alors qu'il avait décidé de se reconvertir en commentateur sportif, le président de la confédération brésilienne Ricardo Teixeira refusa qu'il commente un match à cause de cette finale perdue. Seule la cuisante défaite du Brésil face à l'Allemagne (7-1), au Mineirão de Belo Horizonte en demi-finale de la coupe du monde 2014, suffira à faire oublier le but encaissé par Barbosa[16],[17],[18],[19], lavant par la même occasion l'honneur du portier brésilien. Cependant celui-ni ne sera jamais réhabilité de son vivant, puisque décédé en 2000 des suites d'une insuffisance respiratoire[20]. Il déclara peu avant sa mort : « Au Brésil, la peine maximale est de trente ans, moi, j’ai été condamné à perpétuité. »[11].

D'autres joueurs de la "finale" de 1950, comme Juvenal, Bigode, Chico et le capitaine Augusto, mirent fin à leur carrière internationale immédiatement après le défaite. Seuls le latéral gauche Nílton Santos et le gardien remplaçant Castilho firent à la fois partie de l'équipe perdante de 1950 et des équipes victorieuses de 1958 et 1962. Il faut cependant rappeler que, bien que membres de l'équipe, ils ne prirent part à aucun match de la coupe du monde 1950.

Traumatisée, l'équipe du Brésil ne disputa aucun match pendant deux ans, et ne refoula la pelouse du Maracanã qu'en 1954.

Sources

Le Maracanã en 1950, et ses 199 854 places de capacité.
  1. (en) Football's 20 Greatest Upsets, Soccerphile
  2. « La Seleçao jouera-t-elle encore en jaune après Brésil-Allemagne ? », sur Direct Matin.fr, (consulté le 7 février 2015)
  3. a et b Allison Devillers, « L’anecdote (presque) oubliée : l’histoire du maillot du Brésil », sur footballstories.konbini.com (consulté le 2 septembre 2018)
  4. a, b, c et d Maracanaço « Le choc du Maracanã » - L'Équipe
  5. (es) « Yo hice un gol en una final de la Copa del Mundo Alcides Ghiggia.flv », sur www.youtube.com (consulté le 2 septembre 2018)
  6. a, b et c « Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 1950 - Matches - Uruguay-Brésil - FIFA.com », sur fr.fifa.com (consulté le 2 septembre 2018)
  7. a et b “Le Maracanazo: une tragédie brésilienne et le Mondial de 1950,” Écrit par Matthew Schorr (2013), World Cup 2014, Soccer Politics Blog, Duke University, http://sites.duke.edu/wcwp/world-cup-2014/world-cup-2014-fan-guide/francophone-version/le-mondiale-en-1950-une-tragedie-bresilienne/ (accessed on (02/09/2018)).
  8. a et b Christian Boveda, « 10 stades de foot mythiques », sur blog.esl.fr, (consulté le 2 septembre 2018)
  9. "Become an instant expert... on Brazilian football" - BBC.
  10. "World Cup: 25 stunning moments: Uruguay's 1950 triumph v Brazil" - The Guardian.
  11. a et b Nicolas Bourcier, « Maracana, le stade maudit », sur lemonde.fr, (consulté le 2 septembre 2018)
  12. Nicolas Cougot, « 16 juillet 1950 : L'Uruguay endeuille le Brésil », sur lucarne-opposee.fr, (consulté le 2 septembre 2018)
  13. a, b, c, d et e « La Veritable Histoire Des Coupes Du Monde DOC FRENCH », sur www.youtube.com, France 3, (consulté le 2 septembre 2018)
  14. « Barbosa, grandeur et décadence d'une icône », sur fr.fifa.com, (consulté le 2 septembre 2018)
  15. Laurent Vergne, « Pour le Maracanazo, Moacir Barbosa a pris perpétuité », (consulté le 11 juin 2014)
  16. Folha de São Paulo:Foi mais vergonhoso que 50, diz casal formado no Maracanazo. Publié le 9 juillet 2014
  17. Jornal Folha do Sul: A redenção de Barbosa 64 anos depois. Publié le 16 juillet 2014
  18. Globo Esporte: Filha de Barbosa lembra goleiro e diz: "Ele não passou essa vergonha". Publié le 9 juillet 2014
  19. (pt) Diego Garcia, « Do Maracanazo à maior humilhação da história: filha de Barbosa, enfim, enterra maldição de 1950 », (consulté le 2 septembre 2018)
  20. sportv.globo.com: Homenagens marcam enterro de Barbosa em Praia Grande Publié le 8 avril 2000

Voir aussi

Article connexe

Lien externe