Masque chirurgical

Un masque chirurgical.
Chirurgien et assistants au bloc opératoire portant des masques chirurgicaux afin de ne pas contaminer le champ opératoire stérile.
Shadogramme montrant l'écoulement d'air lors d'un éternuement lorsque différente mesures barrières sont prises : usage de la main, d'un mouchoir ou d'un masque.
Personnes portant des masques chirurgicaux à Hong Kong, lors de l'épidémie de coronavirus de 2019-2020.

Un masque chirurgical (aussi nommé masque d'hygiène ou masque à trois plis) est un masque porté par les professionnels de la santé durant une intervention chirurgicale destiné à empêcher les germes présents dans leurs voies respiratoires de sortir et de contaminer le champ opératoire stérile. Ce sont des équipements de protection individuelle (EPI).

Il est parfois utilisé pour se protéger contre d'éventuelles infections ou contre la pollution atmosphérique bien qu'il ne soit pas adapté pour cela. Un masque chirurgical n'est pas conçu pour protéger le porteur contre l'inhalation de bactéries ou de particules virales en suspension dans l'air. D'autres types de masques offrent une meilleure protection pour l'utilisateur à l'instar des masques de protection FFP.

En revanche, lorsqu'il est bien porté, son efficacité pour contenir la dispersion de gouttelettes lors d'un éternuement est plutôt bonne (voir la vidéo ci-contre), et il permet donc de limiter la transmission des virus aéroportés (grippe, coronavirus…) par des personnes infectées. Dans les contextes, pays ou régions de faible couverture vaccinale des professionnels de santé ou des patients, ou d’efficacité variable du vaccin, le port du masque chirurgical est l'un des moyens de prévenir ou diminuer la propagation de ce type d'épidémie. Son efficacité a pu être démontrée dans les espaces clos (à l'intérieur des bâtiments)[1], par exemple le port généralisé (patients, personnels, visiteurs) du masques chirurgicaux à l’hôpital permet de diminuer significativement le risque de grippe nosocomiale[2], mais en espace ouvert (à l'extérieur) son intérêt est faible[3].

Description

Les masques dits « de soins » sont des masques chirurgicaux simplifiés, peu étanches et peu coûteux. Ils sont notamment utilisés dans les grandes villes d'Asie de l'Est et du Sud-Est pour limiter l'inhalation de polluants atmosphériques, ou celui de la contamination par des virus comme ceux de la grippe ou du coronavirus.

Ils sont ainsi largement utilisés en Chine, à Hong Kong, au Vietnam, ou encore à Toronto lors des épidémies de SARS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003, à Mexico lors de l'épidémie de grippe A (H1N1) en 2009 et dans de nombreux pays lors de la pandémie de maladie à coronavirus de 2019-2020. En cas de pénurie comme en France, ils sont avant tout recommandés aux personnel soignant et aux personnes présentant des symptômes (toux et fièvre).

Histoire

À priori l’usage de masque par les hommes primitifs ayant des affinités relevant des soins curatifs remonte à la préhistoire. Dans la grotte des Trois-Frères en Ariège on peut encore admirer un dessin datant de 17 000 à 20 000 ans représentant un médecin ou sorcier, le visage recouvert d’un masque toutefois probablement indépendamment de toute considération infectieuse mais peut être pragmatiquement éprouvé par observation.

L’émergence d'infections touchant l’espèce humaine est documentée à partir du Néolithique, soit environ 10 000 à 15 000 ans époque de la sédentarisation et de la naissance de l'agriculture[4].

Bonnes pratiques de pose et d'élimination

Le masque chirurgical doit être aussi bien ajusté que possible au visage en couvrant la bouche et le nez. Les liens de maintien doivent donc être suffisamment serrés et une barbe épaisse n'est pas recommandée. Si les liens sont des élastiques à passer derrière les oreilles ils peuvent être raccourcis par un nœud pour les jeunes enfants, mais des masques pédiatriques, adaptés à leur morphologie, sont recommandés. Pour assurer au mieux le contact du masque avec le visage, une languette métallique permet d'ajuster le haut du masque à l'arête du nez[5]. En général, les masques chirurgicaux ont deux faces, l'une blanche, contenant un filtre, et l'autre bleue, ne contenant pas de filtre. La face blanche est donc mise en direction de la source de contamination, et donc en général vers la bouche et le nez du porteur, que ce soit en chirurgie ou pour éviter de transmettre un virus par le biais de gouttelettes aéroportées.

En contexte d'épidémie, s'il est utilisé pour se protéger de maladies infectieuses, il ne sera efficace qu'en combinaison avec un lavage des mains fréquent et efficace. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande[5] : de bien se laver les mains avec de le poser, de ne pas toucher le masque durant son utilisation (ou se nettoyer les mains sans attendre) et de changer de masque quand il est humide.

Il doit être retiré en le prenant par les liens à l'arrière, sans toucher l'avant du masque, puis jeté dans un bac fermé approprié avant un nouveau lavage des mains[5].

L'OMS souligne que, s'il est mal utilisé, le masque devient un nid de germes et pose plus de problème qu'il n'en résout[5], et dans tous les cas les gestes barrière restent indispensables.

Acceptabilité et efficacité en période d’épidémie

France

En France, le port du masque chirurgical en contexte d'épidémie n'est pas spontané ni traditionnel[6].

En 2017, deux services-pilotes (maladies infectieuses, unité post-urgence) du centre hospitalier de Chambéry ont systématiquement imposé le port d'un masque chirurgical, tant pour les visiteurs que pour les soignants et les malades (dès qu'ils circulaient dans les espaces communs du service) et ce, durant toute une épidémie de grippe (du 19 décembre 2016 au 10 février 2017)[6].

Lors de cette expérience, « aucun cas de grippe nosocomiale n’est survenu dans les deux services concernés, alors que 35 ont été recensés dans les autres services » de médecine chirurgie obstétrique (MCO) de cet établissement de 780 lits[6].

Cette mesure est apparue « comprise, acceptée et suivie par les soignants, les visiteurs et les patients, d’autant qu’elle semble finalement peu contraignante »[6]. Du côté des professionnels de santé, les agents non-vaccinés se sont sentis plus en sécurité et estiment ainsi mieux protéger les patients[2]. Bien que le masque protège aussi d’autres virus (virus respiratoire syncytial par exemple), et que le vaccin antigrippal ne soit pas efficace dans tous les cas, les personnels vaccinés se sont montrés plus mitigés sur l’intérêt de devoir le porter en période d'épidémie grippale[2].

Japon

En 2014, quatre milliards de masques ont été produits ou importés au Japon, pour un chiffre d'affaires de 23 milliards de yens[7]. La demande continue depuis d'augmenter, avec les nouveaux masques jetables et une diversification des usages. Ils sont utilisés contre les virus ou bactéries, mais aussi le pollen (pollinose) et la pollution, ou pour réchauffer son visage pendant l'hiver[8]. Selon Naoya Fujita, directeur de l'Association japonaise des industries de l'hygiène, « la volonté de se protéger des maladies fait partie intégrante de la psyché japonaise. Ce sentiment est plus fort que la gêne occasionnée par le port d'un masque en public. Au Japon, la politesse exige de tout faire pour éviter de contaminer les autres lorsque l'on souffre d'un rhume »[8].

Le port de masques se serait répandu quand l'industrialisation du pays a augmenté la pollution de l'air au début du XXe siècle (ère Meiji). Il se serait généralisé lors de la pandémie de grippe de 1918 et après le tremblement de terre de Kantō de 1923 qui avait provoqué une crise sanitaire[8].

Notes et références

  1. Tom Jefferson, Ruth Foxlee, Chris Del Mar et Liz Dooley, « Physical interventions to interrupt or reduce the spread of respiratory viruses: systematic review », BMJ, vol. 336, no 7635,‎ , p. 77–80 (ISSN 0959-8138 et 1468-5833, DOI 10.1136/bmj.39393.510347.be, lire en ligne, consulté le 20 mars 2020)
  2. a b et c M. Touzet, C. Berrier, M. Deschamps, D. Gorse, O. Lesen, C. Aumeran & M.Vidal, Ressenti du port du masque systématique par les professionnels de santé non vaccinés pendant la période épidémique grippale ; Médecine et Maladies Infectieuses ; Volume 47, Issue 4, Supplement, June 2017, Pages S153-S154 (résumé)
  3. « OMS | Conseils relatifs au port du masque dans les espaces collectifs en cas de flambée de grippe A(H1N1) », sur WHO (consulté le 20 mars 2020)
  4. Bertrand Hervé, « Évaluation des connaissances, pratiques, opinions et attentes des médecins généralistes concernant l'usage des appareils de protection respiratoire au cabinet médical, dans le cadre de la prévention de la transmission croisée des infections respiratoires », thèse pour le diplôme d'état de docteur en médecine, Université de Poitiers, le 8 février 2018 [PDF]
  5. a b c et d (en) « When and how to use masks », sur www.who.int (consulté le 15 mars 2020)
  6. a b c et d Rudelle, E., Forget, V., Gros, S., Grimaud, L., Covarel, S., Trébuchet, A., ... & Forestier, E. (2017) Porter un masque chirurgical (MC) en permanence pour se protéger contre la grippe : est-ce acceptable ?, Médecine et maladies infectieuses, 47(4), S153. (résumé)
  7. Pourquoi tant de Japonais portent des masques sanitaires, Nippon.com, le 24 janvier 2016
  8. a b et c Kimiko de Freytas-Tamura, « Porter un masque, une habitude qui n'est pas née avec la grippe porcine au Japon », sur Aujourd'hui le Japon, AFP, (consulté le 8 mai 2009)

Bibliographie

  • C. Rabaud, L. Simon, M. Naja, M.F. Blech, P. Hartemann, « Quel masque ? Pour quel usage ? », Hygiènes, 1998, vol. VI, no 2.