Maroc portugais

Le Maroc portugais est le nom donné à la partie du Maroc occupée militairement par le Portugal depuis le 15 août 1415, à la prise de Ceuta par Jean Ier, jusqu'au 11 mars 1769, quand Diniz de Mello e Castro, dernier gouverneur et capitaine-général de Mazagan, rend au Maroc cette dernière place portugaise sur le sol marocain, sur ordre du Premier ministre, Marquis de Pombal. Mazagan était à cette époque assiégée par le sultan du Maroc, et son abandon permit la signature du tout premier traité de paix luso-marocain, cette même année. La plupart des habitants de la ville furent transférés aux frais de l'État en Amazonie, brésilienne, où les colons reçurent argent, terres, maisons, pour fonder la Nouvelle Mazagan, actuellement simplement Mazagão, en Amapá.

Géographie

Le territoire du Maroc portugais commençait à Boujdour (Sahara occidental) comprenant ainsi les villes de Agadir (Santa Cruz do Cabo de Gué, en portugais), Essaouira, Casablanca (Anfa en portugais), Safi, El Jadida (Mazagan en portugais), Kénitra et suivait toute la côte atlantique marocaine jusqu'à Ceuta, où il contrôlait la navigation, le passage et les accès de la Méditerranée, au détroit de Gibraltar.

L'Algarve d'au-delà de la mer

Carte des possessions portugaises au Maroc

Le Maroc portugais était considéré par les Lusitaniens comme l'Algarve d'au-delà, le début du royaume des Algarves d'Outre-Mer, en portugais. En effet, les rois du Portugal portaient le titre de roi de Portugal et des Algarves, en deçà et au-delà des mers en Afrique (titre officiel complet de : roi de Portugal et des Algarves, en deçà et au-delà des mers en Afrique, Seigneur de Guinée (pour toute l'Afrique au sud du Maroc), de la conquête, navigation et commerce de l'Éthiopie (toute l'Afrique Orientale), Arabie, Perse et Inde). Pourtant, si l'Algarve d'au-delà était le Maroc portugais, les Algarves d'au-delà, au pluriel, sur leur titre, ne finissaient pas au Maroc portugais, puisque Al Gharb veut dire l'Occident, en langue arabe, et donc le nom Algarves au pluriel désignait génériquement toute la côte africaine et le reste de l'Empire portugais, jusqu'à Macao, sauf le Brésil, dont ils ne se feront princes, puis rois et empereurs, qu'à partir du XVIIIe siècle.

Le Maroc était donc le deuxième Algarve portugais, l'Algarve (au singulier) d'au-delà des mers. Il faisait face géographiquement au royaume d'Algarve européen, l'Algarve d'en deçà des mers, auquel il était fortement attaché économiquement et militairement, puisque se faisant face. Les îles de Madère, des Açores et du Cap-Vert complétaient, de par leur proximité, le triangle atlantique naval, économique et militaire portugais.

Ceuta, porte de la Méditerranéenne

Drapeau municipal de Ceuta, le même que celui de Lisbonne, avec les armes du royaume de Portugal superposées comme signe de sa valeur de joyau de la couronne, et de la faveur royale

La conquête surprise navale de Ceuta, par débarquement, le jour de l'Assomption, fut fêtée triomphalement en toute l'Europe chevaleresque comme la prouesse de leur temps, étant la première ville islamique à être conquise depuis l'échec des croisades, et la première que la Reconquête péninsulaire prenait hors du continent européen, sur la terre de ses envahisseurs même, afin de barrer en mer comme sur terre l'avancée corsaire musulmane de la Méditerranée sur l'Atlantique. Le pape y établit le premier évêché européen d'outre-mer.

La conquête de Ceuta fut aussi une grande et riche entreprise de chevalerie, que Jean Ier, l'ancien grand-maître de chevalerie de l'Ordre d'Aviz, le roi de Bonne mémoire, voulut offrir à ses trois fils aînés, qui se sont armés eux-mêmes chevaliers sur le champ de bataille lors de la conquête de la ville. Le plan de conquête avait été élaboré par eux. Ils étaient Duarte Ier, roi de Portugal - ou Édouard Ier, l'Infant Pierre, duc de Coimbra, futur régent de Portugal, dit le Prince des Sept Parties du Monde, et l'Infant Henri, duc de Viseu, dit Le Navigateur.

Pour tout ce patrimoine d'honneur chevaleresque et militaire, Ceuta, qui demeurera la ville la plus importante du Maroc portugais, suivie de Tanger, reçoit les armoiries et les privilèges de la ville de Lisbonne, et sa mosquée, convertie en première cathédrale de l'expansion maritime coloniale, sous le titre de Santa Maria de África (Sainte Marie d'Afrique) aura longtemps juridiction ecclésiastique chrétienne autour de la planète, pour tous territoires à conquérir et découvrir hors d'Europe, jusqu'à l'établissement du patriarcat primatial d'Orient, à Goa, capitale de l'Inde portugaise depuis le XVIe siècle.

Mazagan, patrimoine de l'Humanité

La majestueuse citerne du château portugais, à Mazagan : sa noble architecture souterraine comporte assez d'eau pour toute une ville souvent assiégée et assoiffée, dans le passé

Le Maroc portugais, ayant vécu une existence de guerre permanente, la présence portugaise s'y voit encore aujourd'hui dans les grandes et majestueuses forteresses où se cachaient ses villes principales, à l'abri de grosses murailles. Les fortifications portugaises de Mazagan ont été classées patrimoine de l'Humanité en 2004 par l'UNESCO. De cet ensemble monumental de l'actuelle ville d'El Jadida fait part l'église d'Assomption (igreja da Assunção), en style manuélin. Ce patrimoine est un croisement renouvelé entre le Portugal et son voisin, entre les cultures portugaise et marocaine transplanté du Portugal au Maroc, après la sortie des maures, ancien nom des berbères marocains, du territoire portugais, au milieu du XIIIe siècle, avec la fin de la Reconquête portugaise. Cela tant dans l'architecture civile et militaire, comme dans les technologies développées, et aussi sur l'urbanisme rationnel précoce que le Portugal y a pratiqué a titre d'essai pour ensuite l'exporter vers les autres parties de son empire grandissant.