Marc-Antoine Jullien de Paris

Marc-Antoine Jullien de Paris
(vers 1803).

Marc-Antoine Jullien, dit Jullien fils ou Jullien de Paris[1], est un révolutionnaire et homme de lettres français, né le à Paris où il est mort le .

Biographie

Origines familiales et jeunesse

Fils de Marc-Antoine Jullien, député de la Drôme à la Convention, et de Rosalie Ducrolay, fille d'un négociant de Pontoise, nommée "Madame Jullien", il entre au collège de Navarre en 1785 mais ses études sont bouleversées par le début de la Révolution.

La Révolution française

Encouragé par sa mère, patriote ardente, il s'essaye au journalisme, collaborant dès 1790 au Journal du soir. L'année suivante, il s'affilie au club des Jacobins, où il s'oppose à la guerre.

Au printemps 1792, il est envoyé en mission à Londres par Condorcet, alors président du comité diplomatique de l'Assemblée législative. En tant qu'élève-diplomate, il devient l'intermédiaire officieux entre les libéraux anglais et les dirigeants du parti girondin, rencontrant Talleyrand et lord Stanhope, chef de l'opposition à Pitt.

De retour en France à l'automne, il est nommé aide-commissaire puis commissaire des guerres à l'armée des Pyrénées en . Par la suite, il est muté à Tarbes, avant d'être réformé « par défaut d'âge ». Réintégré le 16 avril, il rejoint l'armée des Pyrénées, avant d'être rappelé à Paris le 4 août.

Devenu un proche de Robespierre, il est envoyé en mission par le Comité de salut public dans les ports du littoral atlantique le . Chargé d'assurer la surveillance de la situation militaire et la propagande jacobine, il envoie des rapports sur l'esprit public. À Nantes, il dénonce Carrier dans une lettre à Robespierre, le . Puis, à Bordeaux, il s'oppose à Tallien et à sa maîtresse, Thérésa Cabarrus. Rappelé à Paris, il est nommé adjoint à la Commission exécutive de l'instruction publique. De retour à Bordeaux le 18 mai, il épure la municipalité et le club, tout en assurant la chasse aux députés girondins cachés.

Marc-Antoine Jullien se voit déjà un grand personnage de la Révolution mais Robespierre est guillotiné le 9 thermidor an II (). Destitué, il est arrêté le 10 août et envoyé à la maison de santé de Notre-Dame-des-Champs. Il témoigne lors du procès de Carrier[2], renie Robespierre dans des mémoires justificatifs et, avec l'appui de son père, recouvre la liberté le , dix jours après l'échec de l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV.

Membre fondateur du club du Panthéon, il crée L'Orateur plébéien avec Ève Demaillot et Jean-Jacques Leuliette, une feuille démocrate modérée. Le , Merlin de Douai le fait entrer au ministère de la Police, où il devient responsable des radiations de la liste des émigrés. Suspect de sympathies babouvistes, il doit se cacher après la découverte de la conjuration des Égaux en , attendant octobre pour réapparaître au grand jour. Malgré des relations cordiales avec les conjurés, Jullien se désolidarisa très vite, du fait d'une antinomie idéologique avec ces derniers ; Il est fidèle au constitutionnalisme néojacobin[3].

Il rejoint alors l'armée d'Italie, où il devient le rédacteur du Courrier de l'armée d'Italie d'août à . Puis il suit le général Bonaparte dans l'expédition d'Égypte en , mais, pour raisons de santé, rentre en France avec Louis Bonaparte.

Après son rétablissement, il se met au service du général Championnet, dont il devient le conseiller le . Initiateur de la République parthénopéenne, il est nommé secrétaire général du gouvernement provisoire par Championnet le . Toutefois, le Directoire indisposé par ses tendances jacobines le rappelle. Il est arrêté le 24 février. Déféré au tribunal militaire le 12 mars, il est libéré par le coup d'État du 30 prairial an VII (18 juin 1799).

Le Consulat et l'Empire

Accueillant avec satisfaction le coup d'État du 18 brumaire, il propose à Bonaparte un plan d'unification des États italiens en . Toutefois, comme il s'indigne des proscriptions antijacobines consécutives à l'attentat de la rue Saint-Nicaise, le , il est relégué dans des fonctions d'intendant militaire à Paris. Il obtient cependant la croix de la Légion d'honneur en 1803.

Devenu suspect aux yeux de l'Empereur après une visite à Madame de Staël à Chaumont-sur-Loire, il est envoyé dans le royaume d'Italie en 1810 ; passant par Yverdon, il fait la connaissance du pédagogue suisse Johann Heinrich Pestalozzi.

En 1813, son opposition à l'Empire lui vaut d'être interné.

La Restauration et la monarchie de Juillet

Marc-Antoine Jullien de Paris en 1827.

Libéré lors de la Première Restauration, il publie plusieurs journaux d'opposition entre 1815 et 1817 et se fait une réputation de pédagogue.

Correspondant de Pestalozzi, auprès duquel il envoie ses trois premiers fils, à Yverdon, il devient l'un des promoteurs du système de l'enseignement mutuel.

Après sa mort, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (11e division)[4].

Famille

En 1801, il épouse Sophie-Juvence Nioche, avec laquelle il a six enfants dont

Œuvres

Marc-Antoine Jullien de Paris, fondateur-directeur de la Revue encyclopédique, gravure (1841).
  • Opinion de Marc-Antoine Jullien sur le jugement de Louis XVI, 1792, 4 p.
  • Rapport des opérations faites à Vannes (avec Pierre-Louis Prieur), 1793
  • Marc-Antoine Jullien aux représentans du peuple composant le Comité de Salut public: rapport de ma mission à Bordeaux : Paris, ce 24 thermidor an 9 second de la République française, 1794
  • Essai sur l'emploi du tems; ou, Méthode qui a pour objet de bien régler sa vie, premier moyen d'être heureux; destinée spécialement à l'usage des jeunes gens de 15 à 25 ans, 1810
  • Esprit de la méthode d'éducation de Pestalozzi, suivie et pratiquée dans l'Institut d'Éducation d'Yverdun, en Suisse, 1812
  • Quelques fragmens extraits du porte-feuille politique de Buonaparte ou mémoires sur les intérêts politiques de l'Italie et sur ceux de la France, 1814, 52 p.
  • Quelques réflexions sur l'esprit qui doit inspirer les écrivains politiques, amis de la patrie et du roi, et diriger les membres des collèges électoraux dans le choix des nouveaux députés. (Douze août 1815), 1815, 14 p.
  • Esquisse et vues préliminaires d'un ouvrage sur l'éducation comparée, et séries de questions sur l'éducation, 1817, 56 p.
  • Esquisse d'un essai sur la philosophie des sciences, contenant un nouveau projet d'une division générale des connoissances humaines;: contenant un nouveau projet d'une division générale des connoissances humaines, 1819
  • Tableau synoptique des connoissances humaines, d'après une nouvelle méthode de classification, 1819
  • Coup d'œil sur les progrès des connaissances humaines, en 1824, 1824, 21 p.
  • La France en 1825 ou mes regrets et mes espérances: discours en vers, 1825, 151 p.
  • Épître à Mr. Vandernat, ancien ministre de la République Batave, retiré dans une solitude philosophique auprès d'Arnhem, 1826
  • Notice biographique sur Marc-Antoine Jullien : précédée d'un coup d'œil sur la situation politique et les besoins de la France et suivie de documents inédits, de lettres et de pièces jutificatives, 1831, 73 p.
  • Lettre a la nation Anglaise, sur l'union des peuples et la civilisation comparée, sur l'instrument économique du tems, appelé biomètre, ou montre morale suivie de quelques poésies, et d'un discours en vers sur les principaux savans, littérateurs, poëtes et artistes, qu'a produits la Grande-Bretagne, 1833, 50 p.
  • Essai général d'éducation physique, morale et intellectuelle. Suivi d'un plan d'éducation pratique pour l'enfance, l'adolescence et la jeunesse, ou recherches sur les principes d'une éducation perfectionnée..., 1835, 494 p.
  • Exposé de la méthode d'éducation de Pestalozzi, telle qu'elle a été pratiquée sous sa direction pendant dix années de 1806 à 1816 dans l'institut d'Yverdun, en Suisse, 1842
  • Le congrès scientifique d'Italie: Réuni à Milan, le 12 septembre 1844, 1844
  • À l'Angleterre savante et littéraire..., 1845
  • Une mission en Vendée, 1793, notes [by M. A. Jullien] recueillies par É. Lockroy, 1893

Voir aussi

Archives

Les papiers personnels des familles Jullien de la Drôme et Jullien de Paris sont conservés aux Archives nationales sous la cote 39AP[5].

Bibliographie

  • Edme-Bonaventure Courtois, Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc., supprimés ou omis par Courtois, précédés du rapport de ce député à la Convention nationale, Baudoin, , 3 vols.
  • Notice biographique sur Marc Antoine Jullien, de Paris, précédée d'un coup d'œil sur la situation politique et les besoins de la France, et suivie de documents inédits, de lettres et de pièces justificatives, Paris, Sédillot, , 73 p..
  • Philippe Le Bas, France, dictionnaire encyclopédique, Paris, Firmin Didot frères, 1843, tome 9, p. 757-758 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, 7 tomes, Paris, Chamerot, 1847-1853 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ferdinand Hoefer, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Paris, Firmin Didot frères, 1858, tome 27, p. 225-231 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention nationale, Paris, Imprimerie nationale, 1891-1958, 7 tomes en 8 volumes, tome 4, p. 210-214 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lacape Henri, Notice sur Marc-Antoine Jullien (de Paris), Bordeaux, imprimerie Taffard, , 124 p..
  • Helmut Goetz (trad. Claude Cuénot), Marc-Antoine Jullien de Paris (1775-1848), l’évolution spirituelle d'un révolutionnaire : contribution à l'histoire de précurseurs des organisations internationales du XXe siècle [« Marc-Antoine Jullien de Paris, 1775-1848, der geistige Werdegangeines Revolutionärs, ein Beitrag zur Geschichte der Vorlaüfer internationaler Organisationen des 20. Jahrhunderts »], Publication de l'Institut pédagogique national, , 269 p. (présentation en ligne).
  • Pierre Gascar, L'Ombre de Robespierre, Paris, Gallimard, , 325 p. (ISBN 2-07-028620-7, présentation en ligne).
  • François Wartelle, « Jullien Marc-Antoine, dit Jullien de Paris », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, Presses universitaires de France, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, p. 609-610) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacqueline Gautherin, « Marc-Antoine Jullien de Paris (1775-1848) », Perspectives: Revue trimestrielle d'éducation comparée, vol. XXIII, no 3-4,‎ , p. 783-798 (lire en ligne).
  • Pierre de Vargas, « L'héritage de Marc-Antoine Jullien, de Paris à Moscou », Annales historiques de la Révolution française, no 301,‎ , p. 409-431 (lire en ligne).
  • Varoujean Pogossian, « Marc-Antoine Jullien et les Élections de l'an VI », Annales historiques de la Révolution française, no 308,‎ , p. 305-320 (lire en ligne).
  • Eugenio di Rienzo, « Néo-jacobinisme et question italienne à travers les manuscrits de Marc-Antoine Jullien de Paris (1796-1801) », Annales historiques de la Révolution française, no 313,‎ , p. 493-514 (lire en ligne).
  • (it) Eugenio Di Rienzo, Marc-Antoine Jullien de Paris (1789-1848) : una Biografia Politica, Naples, Guida, coll. « Storici e storia » (no 3), , 346 p. (ISBN 88-7188-399-3, présentation en ligne).
  • Marcel-Vincent Postic, Carrier et la Terreur à Nantes, Paris, L'Harmattan, , 302 p. (ISBN 2-7475-0171-X)
  • Marie-Claude Delieuvin (préf. Claude Lelièvre), Marc-Antoine Jullien de Paris (1775-1848) : théoriser et organiser l'éducation, Paris, L'Harmattan, , 380 p. (ISBN 2-7475-5033-8, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Pierre Serna, La République des girouettes (1789-1815 et au-delà), une anomalie politique de l'extrême centre, Paris, Champ Vallon, , 570 p. (ISBN 2876734133), p. 276-284
  • Annie Duprat, Les affaires d'état sont mes affaires de cœur : lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, Paris, Editions Belin, (ISBN 2876734133)

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Bibliothèque nationale de la Diète • Bibliothèque nationale d’Espagne • Base Léonore • Bibliothèque royale des Pays-Bas • WorldCat
  • Œuvres de Marc-Antoine Jullien disponible sur Gallica
  • Biographie de Jullien fils

Notes et références

  1. En référence à son père surnommé Jullien de la Drôme
  2. Philippe Buchez, Prosper-Charles Roux, Histoire parlementaire de la révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, Paris, Paulin, 1837, tome 33, p. 195-197
  3. Michèle Benaiteau, « Marc‑Antoine Jullien de Paris (1789‑1848). Une biographie politique. », Annales historiques de la Révolution française, no 323,‎ , p. 153–155 (ISSN 0003-4436, lire en ligne)
  4. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 438
  5. Archives nationales