Manifestations de 2018 au Nicaragua

Manifestations de 2018 au Nicaragua

Les manifestations de 2018 au Nicaragua sont une série de manifestations qui ont eu lieu au Nicaragua à partir du 18 avril 2018, et qui ont pour cause une réforme des retraites du gouvernement.

Cause

Sous le gouvernement de Daniel Ortega, le nombre des bénéficiaires du système de retraite (Institut nicaraguayen de sécurité sociale) a plus que doublé, passant de 420 200 en 2006 à 914 279 en avril 2017. La retraite minimum passe dans le même temps de 1212 cordobas à 4 680 cordobas. Ces mesures ont toutefois aussi eu pour effet d’amplifier la dette de l'Institut. Afin d'élaborer une réforme des retraites destinée à y remédier, une Commission technique est constituée avec le syndicat patronal (le Cosep), les syndicats de travailleurs et le FMI.

Ce dernier suggère de doubler de 750 à 1500 le nombre de semaines de cotisation pour accéder à une pension pleine ; de passer l’âge de la retraite légal de 60 à 65 ans ; et de supprimer les pensions pour les victimes de guerre, les mini-pensions pour les personnes âgées n’ayant pas la totalité des semaines requises de cotisation et le treizième mois versé aux retraités. Si ce projet reçoit l'approbation du Cosep, les syndicats refusent. Finalement, le 16 avril 2018, le gouvernement présente son projet de réforme consistant à augmenter les cotisations versées par les employés (augmentation de 0.75%) et les chefs d'entreprises (augmentation de 2%) tout en diminuant de 5% la pension de retraite[1].

Déroulement

Le 18 avril 2018, des milliers de manifestants descendent dans les rues pour dénoncer cette réforme. Les manifestations adoptent rapidement un caractère violent en s'attaquant aux installations du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, parti au pouvoir), aux commerces et aux supermarchés. La police anti-émeutes intervient violemment pour disperser les groupes d'assaillants. Quatre personnes sont tuées dans ces premiers affrontements, dont un policier tué par un coup de fusil[1].

Le 22 avril, Daniel Ortega abroge les réformes[2] qui ont déclenché les manifestations, les plus importantes de son mandat jusqu'à ce jour, et appelle à la tenue d'un « dialogue national ». Pour autant, les manifestations se poursuivent avec le soutien des partis de droite, du syndicat patronal (le Cosep) et de syndicats étudiants.

Au 23 avril, les manifestations ont déjà causé la mort d'au moins 26 personnes[3]. Le bilan au 25 avril est de 34 morts[4]. L'Union européenne, les États-Unis et le Vatican condamnent l'action de la police nicaraguayenne[4]. Au 4 juin, il y avait au moins 110 morts[5]. Au 14 juin, il y avait 150 morts et 1340 blessés[6]. Au 22 juin, il y avait 212 morts[7].

La violence se concentre particulièrement à Masaya[8] au sud et dans la capitale Managua[5], villes dans lesquelles des groupes de franc-tireurs habillés en civils assistent la police contre les manifestants[5]. Les médecins ayant soigné des manifestants blessés ont retrouvé des balles de snipers dragunov[5] ce qui indiquerait que les francs-tireurs seraient au moins en partie des anciens guérilleros sandinistes ou auraient été formés par eux[5], mais surtout qu'ils tirent pour tuer[5] — 16 manifestants auraient été tués par des snipers embusqués dans le stade de base-ball de Managua[5] et un autre (Carlos Lopez, professeur de 23 ans) aurait été exécuté d'une balle dans le thorax à Masaya aussi par ces francs-tireurs[8]. Au début du mois de juin 2018, les manifestants à Masaya construisent de nombreuses barricades dans les rues et attaquent un commissariat : 5 ou 6 personnes sont tuées dans l'attaque (1 policier et 4 ou 5 manifestants)[8], et plusieurs policiers sont enlevés[8]. Masaya devenant le centre de la contestation, le 19 juin[9] la police et des groupes paramilitaires armés et motorisés envoient des bulldozers détruire les barricades[10]. Les affrontements continuant encore le 22 juin, l’Église envoie des évêques en médiation en espérant résoudre la situation[9].

Les journalistes, dont la plupart dénoncent les violences des paramilitaires au service du gouvernement[6], sont aussi victimes de violence. En début juin, les locaux de Radio Nicaragua sont incendiés[6]. Les journalistes de La Prensa, de Hoy et d’autres quotidiens régionaux sont aussi devenus des cibles[6] : ils sont menacés[6], leurs locaux sont saccagés[6], et leurs livreurs de journaux sont pris pour cibles par des snipers[6], ce qui les force à livrer les journaux de nuits à travers les barricades[6].

L'Église catholique sert de médiatrice entre le gouvernement et l'opposition[11]. Le président Ortega ne veut pas discuter directement avec l'opposition, il a donné une réponse aux évêques nicaraguayens[11], sans dire quel est le contenu de sa réponse, ayant prévu de la révéler au cours d'une réunion de concertation entre le gouvernement et l'opposition le 15 juin[11]. L'Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, une organisation d'opposition qui regroupe des étudiants, des chefs d'entreprises, des paysans, et des représentants de la société civile, organise alors une grève générale de 24h pour la veille, le 14 juin, afin de faire pression sur Ortega avant la réunion, et pour demander la démission du gouvernement[11]. Le blocage des routes du pays désorganiserait l'approvisionnement et pourrait coûter jusqu'à 900 millions de dollars[11]. La grève générale est saluée par l'archevêque de Managua[11]. Le 22 juin, l’Église envoie des évêques spécifiquement pour mettre fin aux violences à Masaya[9].

La répression est organisée par des groupes paramilitaires proches du pouvoir, l'armée étant neutre[12].

Notes et références

  1. a et b « Washington, FMI, patronat, travailleurs, retraités… même combat ? », sur www.medelu.org, .
  2. (es) « Así te contamos el quinto día de las protestas contra las reformas el INSS », La Prensa,‎ (lire en ligne)
  3. (en) The Associated Press, « Thousands protest against Nicaragua government, urge calm », ABC News,‎ april 23, 2018, 9:09 pm et. (lire en ligne)
  4. a et b « Au Nicaragua, six jours de manifestations et de heurts ont fait au moins 34 morts », sur lemonde.fr, (consulté le 26 avril 2018)
  5. a, b, c, d, e, f et g « Nicaragua : des francs-tireurs formés pour tuer, terreur des manifestants », sur lexpress.fr, (consulté le 4 juin 2018)
  6. a, b, c, d, e, f, g et h « A la Une : au Nicaragua, grève générale sur fond de répression meurtrière », sur rfi.fr, (consulté le 14 juin 2018)
  7. « Nicaragua: la répression des opposants a fait 212 morts et plus de 1300 blessés », sur rfi.fr, (consulté le 23 juin 2018)
  8. a, b, c et d « Manifestations anti-Ortega au Nicaragua : au moins 5 morts dans le sud du pays », sur ouest-france.fr, (consulté le 4 juin 2018)
  9. a, b et c « Violences au Nicaragua: les évêques se rendent à Masaya la frondeuse », sur rfi.fr, (consulté le 23 juin 2018)
  10. « Nicaragua: violente répression à Masaya, bastion de l’opposition », sur rfi.fr, (consulté le 23 juin 2018)
  11. a, b, c, d, e et f « Nicaragua: grève nationale de 24 heures avant une reprise du dialogue », sur rfi.fr, (consulté le 14 juin 2018)
  12. Le Point, magazine, « Nicaragua-Venezuela: cinq ressemblances et différences de la crise », sur Le Point (consulté le 25 juillet 2018)