Maison des jeunes et de la culture

MJC Montchapet à Dijon
Façade de la MJC Montchapet à Dijon

Les maisons des jeunes et de la culture, appellation généralement abrégée en MJC, sont des structures associatives, principalement en France. Elles ont pour objectif la responsabilisation et l'autonomie des jeunes citoyens. Elles ont la capacité à les mettre en mouvement et à développer des initiatives nouvelles et innovantes. Elles veulent lier jeunesse et culture dans une perspective d'éducation populaire. Ce sont des lieux de rencontres et de création pour de très nombreux jeunes issus de publics variés qui permettent de se former, d'échanger et de créer.

Historique

Le terme « maison de la jeunesse » (latin : domus juventus) est utilisé dès le Ve siècle, comme à Condat, où l'Église entretenait l'enseignement des sciences, des lettres et des arts[1].

Dès le début du XXe siècle, Catherine Descroix puis André Lefèvre et Marthe Levasseur (responsables Éclaireurs de France comme Léo Lagrange) créent la Maison pour tous dite « La Mouffe » à Paris[2] qui est considérée comme la première MJC[3].

Christian Maurel découpe l'histoire des MJC en quatre périodes :

  • le temps des fondations des MJC : 1907-1947 et 1948-1958
  • l’essor, la maturation, le développement : 1959-1983
  • la transformation des rapports aux collectivités : 1984-2008
  • les MJC dans l’avenir à partir de 2008

En France, la FFMJC (Fédération française des maisons des jeunes et de la culture) est créée en 1948 à l'initiative d'André Philip à la suite de la République des jeunes, mouvement issu de la Résistance de 1944. La République des jeunes s'appuyait elle-même sur les premières structures créées par le gouvernement de Vichy pendant la guerre, qui avait lui-même repris les idées de Léo Lagrange durant le Front populaire.

« Nous voudrions qu'après quelques années une maison d’école au moins dans chaque ville ou village soit devenue une maison de la culture, une maison de la jeune France, un foyer de la nation, de quelque nom qu'on désire la nommer, où les hommes ne cesseront plus d’aller, sûrs d’y trouver un cinéma, des spectacles, une bibliothèque, des journaux, des revues, des livres, de la joie et de la lumière[4]. »

La critique des années 1960

La Fédération française des maisons des jeunes et de la culture subit une critique importante à la fin des années 1960, car le gouvernement de Georges Pompidou la soupçonne d'être trop proche des partis de gauche. Le ministre de la Jeunesse et des Sports nommé en décembre 1965, juste après la mise en ballottage de De Gaulle à la présidentielle, François Missoffe, premier titulaire de cette fonction dans l'histoire[5], est chargé de trouver de nouvelles façons de s'adresser à la jeunesse[6]. Dans ce but, il annonce en , via une campagne médiatique développée en mai- et très controversée, puis lance une grande consultation officielle de la jeunesse, connue sous le nom de « Livre blanc » ou « rapport Missoffe »[6].

L’opposition souhaite mobiliser les organisations de jeunesse et d’éducation populaire en faveur d'un contre-projet, dans le sillage de Pierre Mauroy, qui a participé à une forme de cogestion lorsque Maurice Herzog était secrétaire d'État. De leur côté, les députés de la majorité s'inquiètent de la politisation croissante des jeunes, via la clientèle militante des maisons des jeunes et de la culture (MJC). Cette problématique ayant pris de l'ampleur à l’automne 1967, ces députés réclament, après les élections législatives où la gauche a progressé, une action plus ferme du ministre.

François Missoffe lance alors l'opération Mille clubs de jeunes[7],[8], sans s'imaginer l'usage militant qui en sera rapidement fait[9].

La période d'élaboration du Livre blanc sur la jeunesse s'étend sur deux ans (1966-1967). Dès le printemps 1966, après quelques mois de préparation, François Missoffe annonce une vaste enquête-débat sur la jeunesse,[6].

Le coup d’envoi est donné lors d’Inter Actualité du 13 mai 1966, animé par Étienne Mougeotte, qui devient un « grand débat » radiophonique où le ministre « dialogue » avec plus de 50 jeunes triés sur le volet, sous le contrôle de Roland Dhordain, patron de France Inter (qui l'accompagne juste après pour le fameux Tour de France Inter réalisé en direct par l'ORTF). Entre 3 heures du matin et 22 heures, François Missoffe survole la France en avion et en hélicoptère, afin rencontrer des jeunes[6], filmé par les caméras, de Paris à Saint-Germain-en-Laye en passant par Brest, Bompannes (Landes), Talence (Gironde), Aix-en-Provence, Saint-Rémy-de-Provence et Dijon. La direction de la radio salue alors « un style tout à fait nouveau de voyages ministériels ».

Le résultat des consultations est détaillé lors d'une conférence de novembre 1967, intitulée « Une politique de la jeunesse pour quoi faire ? »,[6] qui est pointée du doigt lors du conseil des ministres du 6 décembre où François Missoffe est « mis en demeure de proposer des actions concrètes ».

Début , une note des renseignements généraux montrant des liens entre le parti communiste et la Fédération des MJC, conduit Georges Pompidou à demander à François Missoffe d'accélérer le projet de substitution des clubs de jeunes aux maisons des jeunes et de la culture[11], qui n'aura qu'une ampleur relative.

Organisation et importance

Il existe deux fédérations nationales qui regroupent une partie des MJC de France :

  • la Confédération des maisons des jeunes et de la culture (CMJCF)[12] est constituée de 900 associations regroupées en fédérations régionales ;
  • la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture (FFMJC)[13] regroupe 560 MJC.

50 % d’entre elles, environ, sont situées en milieu rural, l'autre moitié étant située en zone urbaine ou périurbaine.

Ces MJC regroupent près de 500 000 jeunes et environ 20 000 bénévoles participent à l’administration ou à l’animation des associations.

Ces structures associatives, souvent liées par des conventions pluriannuelles d'objectifs et de moyens aux collectivités territoriales, existent essentiellement en France métropolitaine, dans les DOM et dans certains pays francophones. Elles sont, en France, rattachées au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Autres structures

Il existe d'autres structures d'animation de la jeunesse telles que le Refedd[14], le Warn, le mouvement français Zéro déchet[15], Youth ID[16], Colibri Jeunesse…

Notes et références

  1. Paul Guérin, Les Petits Bollandistes, t. I, p. 44.
  2. Histoire de la Maison pour tous, rue Mouffetard.
  3. Le temps des fondations des MJC, 1907-1947 et 1948-1958.
  4. Direction des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, circulaire du 13 novembre 1944.
  5. Maurice Herzog, auquel il succède, n’était que secrétaire d'État.
  6. a b c d et e « Un ministre et les jeunes : François Missoffe, 1966-1968 », par Laurent Besse, dans la revue Politique, culture, société, n° 4, janvier-avril 2008.
  7. Article de Yves Agnès, dans Le Monde du 12 septembre 1972.
  8. Un exemple de bâtiment encore existant de ces Mille clubs de jeunes est le club des Espérances à d'Ermont (Val-d'Oise).
  9. Usage décrit par journaliste de L'Express Ivan Levaï dans un article commandé pour mars 1968 mais que sa directrice, Colette Gouvion, décide de publier plus tard, selon l'autobiographie du journaliste Une minute pour conclure, publiée en 2018.
  10. Les MJC : de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes, 1959-1981 par Laurent Besse, Presses universitaires de Rennes, 2008.
  11. Site officiel de la CMJCF.
  12. Site officiel de la FFMJC.
  13. « REFEDD - Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable », sur REFEDD - RÉseau Français des Étudiants pour le Développement Durable (consulté le 13 février 2017).
  14. « Zero Waste France », sur zerowastefrance.org (consulté le 21 février 2017).
  15. (en-GB) « Youth ID | An intergenerational, positive and unifying youth project », sur youthid.net (consulté le 21 février 2017).

Voir aussi

Bibliographie

  • Laurent Besse, Les Maisons des jeunes et de la culture, 1959-1981, de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes, PUR, 2008 (ISBN 978-2-7535-0541-4)
  • Nathalie Boulbès, MJC, un demi-siècle d'histoire, INJEP, 2003
  • Christian Maurel, « Les MJC en France depuis la Libération. Genèse et enjeux », thèse de sociologie, EHESS, 1992
  • A. George et J. Pierson, Des taudis au palais. Histoire d'une M.J.C. de Nancy, éditions MJC Saint Epvre, 2007

Articles connexes

Liens externes