Méditation

Le terme méditation (du latin meditatio) désigne une pratique mentale ou spirituelle. Elle consiste souvent en une attention portée sur un certain objet de pensée (méditer un principe philosophique par exemple, dans le but d'en approfondir le sens) ou sur soi (dans le but de pratique méditative afin de réaliser son identité spirituelle). La méditation implique généralement que le pratiquant amène son attention de façon centripète sur un seul point de référence[1].

La méditation (bhāvanā en sanskrit et pali) est au cœur de nombreuses pratiques spirituelles ou religieuses comme celles du bouddhisme, de l'hindouisme, du jaïnisme, du sikhisme, du taoïsme, du yoga, de l'islam, du christianisme ainsi que d'autres formes plus récentes de spiritualité.

C'est une pratique visant à produire la paix intérieure, la vacuité de l'esprit, des états de conscience modifiés ou l'apaisement progressif du mental voire une simple relaxation, résultats pouvant être obtenus en se « familiarisant » avec un objet d'observation : qu'il soit extérieur (comme un objet réel ou un symbole) ou intérieur (comme l'esprit ou un concept, voire l'absence de concept, ou bien les sensations).

Étymologie et lexique

Le penseur.

Le terme « méditation » est issu du latin meditatio (dérivé de meditari, « préparation (à un discours, à écrire) », « réflexion », sens très fréquent chez les auteurs chrétiens d'où l'évolution du sens dans la langue religieuse[2].

  1. - 1250 relig. meditatiun « contemplation »[3] ;
  2. - 1380 meditacion « action de réfléchir profondément »[4];
  3. - 1626 méditation « écrit sur un sujet religieux (ou philosophique) »[5].

D'après le TLFi, la méditation, dans un sens commun, est « l'action de penser avec une grande concentration d'esprit pour approfondir sa réflexion[2]. » Par métonymie, c'est la « pensée réfléchie et concentrée sur un sujet particulier[2]. »

Dans un sens religieux c'est un exercice spirituel préparant à la contemplation[6]. La méditation désigne alors un fervent recueillement, synonyme de prière. Par exemple : Votre état d'avancement spirituel m'a paru nécessiter une direction spéciale. Suivez les divers exercices comme vos camarades : voici, en outre, de quoi alimenter vos méditations[7]. Dans une attitude caractérisée par l'application à la réflexion contemplative ; entrer, rester en méditation. Par exemple : Depuis ce matin un grand calme. Passé presque toute la nuit en méditation, en prière. Soudain il m'a semblé que m'entourait, que descendait en moi une sorte de paix lumineuse, pareille à l'imagination qu'enfant je me faisais du Saint-Esprit[8].

Principes généraux

Salle de méditation au Japon.

Les techniques de méditation sont très diverses. Elles peuvent cependant être classées selon leur foyer d'attention : une zone corporelle spécifique ou le déplacement d'une zone à une autre ; une perception précise ; le vide de tout concept ou vacuité ; un objet spécifique pré-sélectionné profane ou religieux ; le nom d'une déité ou d'un concept inspirant la paix (mantra) ; le souffle ; un son ; une incantation ; un kōan ou énigme évoquant des interrogations ; une visualisation ; un exercice mental[9].

Certaines pratiques méditatives, comme celles du yoga ou du tantra, peuvent être rattachées à des religions, d'autres sont indépendantes de tout contexte religieux[10] comme la méditation philosophique[11]. La méditation peut être désignée par d'autres appellations : relaxation ; concentration ; état modifié de conscience ; suspension des processus de la pensée rationnelle et logique ; maintien de l’observation de soi[9].

Dans la méditation dite de « pleine conscience », par exemple, le méditant se repose confortablement et silencieusement, centrant l'attention sur un objet ou un processus : « ... Glissant librement d'une perception à une autre... Aucune pensée, image ou sensation n'est considérée comme une intrusion. Le méditant, avec une attitude vide de tout effort, est invité à explorer l’ici et maintenant. En utilisant l’ouverture panoramique comme point d'ancrage... ce qui ramène le sujet constamment au présent, évitant l'analyse ou l'imagination cognitive concernant le contenu de la conscience, et augmentant tolérance et relaxation du nom secondaire de la pensée processus. »[9].

Méditation philosophique

Selon Xavier Pavie, « fondée sur diverses techniques, la méditation fait partie des célèbres exercices spirituels mis en œuvre par les Anciens dont l'enjeu est l'amélioration et la transformation de soi. Loin d'être le moment d'un recueillement, la méditation dans la philosophie recouvre une pluralité d'activités comme le bilan de soi, la préméditation des maux, etc. Elle se pratique à l'occasion d'un dialogue avec autrui, d'une promenade méditative ou encore d'une certaine pratique de l'écriture »[11].

Méditation religieuse ou mystique

Hindouisme

Article détaillé : Méditation hindoue.
Une méditation collective au Sri Lanka

Il y a plusieurs types de méditation dans l'hindouisme et dans la philosophie indienne :

  • Dans le Védanta, le Jñâna-Yoga a pour méthode principale l’investigation du Soi (âtma vichâra), qui retourne à la source des pensées jusqu'à la réalité transcendantale[12].
  • Dans le Yoga, la méditation relève du Raja yoga qui fait référence au Yoga-Sûtra[13],[14] de Patañjali (IIe s. av. J.-C. ?) ; la méditation (dhyâna) est une pratique spirituelle pour résorber les fluctuations de l'esprit (vritti)[15]. L'étape de la méditation profonde dans le yoga, est l'avant dernière des « huit membres » appelés l'ashtânga-yoga ; elle se place après la concentration (dhâranâ, fixation de l'esprit sur un seul point) et avant la contemplation (samâdhi, état d'union avec le Dieu personnel ou d'absorption dans l'Absolu) mais aussi par le biais des chakra ; la visualisation d'une forme, d'une image ; la dévotion à une déité (Bhakti-Yoga) ; la production de son par la répétition d’un mantra (Japa yoga).
  • Le (Hatha-Yoga) qui ne fait pas partie des quatre yogas traditionnels est une pratique physique harmonisant le (Ha) signifiant le Soleil aussi dénommé comme le masculin et le (Tha) la lune ou le féminin sert à tranquilliser le corps physique et permet ainsi d'accéder plus facilement à l'état méditatif ouvrant l'axe de l'Esprit vers la matière.
  • La kundalinî est une technique de visualisation qui depuis son origine a pour but de faire descendre l'énergie spirituelle du Soi jusqu'au chakra racine (Muladhara) afin de la faire ensuite remonter par des centres d'énergie.
  • Méditation avec support : il existe de nombreuses propositions de méditation avec support[16] :
    • observer la lumière d'une bougie et l'imaginer yeux fermés : il s'agit de trataka issu du kriya yoga[17] ;
    • écouter le son dans l'oreille interne (nâda) ;
    • parcourir l'intérieur du corps par la sensation afin d'obtenir un état de relaxation ;
    • rester dans une posture avec une position de main codifiée (mudrâ).
  • Méditation sans support : pour que l'esprit parvienne au calme et au détachement des désirs du monde et cesse de vagabonder ; il s'agit alors, selon cette méthode, d'être présent et de rester conscient et disponible à l'épanouissement spontané du silence.

Bahaïsme

Bien que le fondateur de la foi bahá'íe n'ait jamais indiqué aucune forme particulière de méditation, certaines pratiques sont méditatives : La méditation est la clé pour ouvrir les portes des mystères à votre esprit. L'homme s'abstrait lui-même, dans cet état il se retire de tous les objets extérieurs ; il est immergé dans l'océan de la vie spirituelle et peut dévoiler les secrets des choses en elles-mêmes[18]. Une d'entre elles est le dhikr, la répétition quotidienne de : Dieu est le plus glorieux, en arabe : الله ابهى[19].

Bouddhisme

Article détaillé : Méditation bouddhique.

La méditation est une pratique centrale du bouddhisme, son but ultime est l'atteinte du nirvāṇa. Le mot le plus proche pour « méditation » dans les langues classiques du bouddhisme est bhāvanā, qui signifie « développement mental ».

Gautama Bouddha en méditation.

Le Bouddha historique a obtenu son éveil spirituel en méditant sous « l'arbre de la Bodhi ».

Le bouddhisme s'étendant sur une période du Ve siècle av. J.-C. à nos jours, sur une large zone géographique, il existe plusieurs formes de bouddhisme comme le bouddhisme hīnayāna, mahāyāna ou vajrayāna, celles-ci ayant différentes pratiques méditatives.

La plupart des formes de bouddhisme distinguent deux classes de pratique en matière de méditation pour atteindre l'illumination :

  • samatha en pali, chiné en tibétain : l'objectif est de développer la tranquillité de l'esprit ;
  • vipassana en pali, lhaktong en tibétain : l'objectif est de développer la perspicacité et la sagesse en voyant la vraie nature de la réalité.

Le bouddhisme est une tradition religieuse vieille de plusieurs millénaires et riche de nombreux courants différents les uns des autres : la méditation n'en est qu'un élément, à l'importance très variable suivant les écoles, contrairement à l'image biaisée qui en est souvent perçue en Occident. Ainsi, pour la plupart des traditions bouddhiques, l'étude des textes sacrés a plus de valeur que la seule méditation pour accomplir une profonde transformation personnelle[20]. La méditation peut également nécessiter un apprentissage conceptuel préalable avant d'être utilisée avec profit. Par exemple, « la tradition indo-tibétaine accorde une grande importance à l’étude de la philosophie : les moines peuvent parfois consacrer de très nombreuses années à étudier auprès d’un enseignant ou dans une université bouddhique (shedra ) avant d’être introduit plus sérieusement aux pratiques de méditation[21]. » La tradition zen, en revanche, surtout sous la forme qui a été largement diffusée en Occident dans la deuxième moitié du XXe siècle se focalise sur l'assise silencieuse (zazen)[22]. De manière générale, on peut constater que les pratiques de méditation ont été adaptées et transformées pour répondre au contexte culturel occidental, avec la création par exemple d'exercices méditatifs « laïcisés » tels que la pleine conscience ou la méditation vipassana[21].

Christianisme

Méditation de Saint François par Francisco de Zurbarán.

Il existe plusieurs conceptions de la méditation dans le christianisme.

Chez les moines orthodoxes l'hésychasme ou « prière du cœur » est une prière silencieuse invoquant le nom de Jésus au rythme de la respiration. Par son rapport au corps, il est l'équivalent chrétien de certaines techniques de méditations orientales[23].

L'oraison silencieuse est la pratique de l'Ordre du Carmel.

Les Exercices spirituels sont un ensemble d'exercices de méditation et de prière développés et mis en forme par Ignace de Loyola. L'expression « Exercices spirituels » est en même temps le titre d'un ouvrage rédigé par Loyola pour l'usage des pratiquants. Il est considéré par certains comme son chef-d'œuvre spirituel.

La lectio divina est une expression latine qui signifie lecture des textes divins, spirituels, ou des Saintes Écritures, et qui représente une méthode de prière et de lecture des Écritures. L'oraison de simple présence, très pratiquée au XVIIe siècle dans les milieux marqués par la lecture des mystiques rhéno-flamands est une forme d'assise silencieuse chrétienne dans laquelle la prière se résume à se tenir en présence de Dieu.

Le rosaire est une dévotion pour la méditation des mystères de Jésus et Marie. Selon Jean-Paul II : « Le Rosaire se situe dans la meilleure et dans la plus pure tradition de la contemplation chrétienne. Développé en Occident, il est une prière typiquement méditative »[24].

La méditation chrétienne que l’on appelle aussi prière contemplative, est la prière du silence, lieu où le contact direct avec le Christ peut se réaliser, une fois que l’activité incessante du mental s’est arrêtée grâce à un mot de prière répété sans cesse. Elle a été enseignée par le moine bénédictin John Main (1926-1982). Elle est pratiquée individuellement mais également en petites communautés une fois par semaine, ce qui a donné naissance à la Communauté Mondiale pour la Méditation Chrétienne.

Islam

Il existe deux conceptions de la méditation dans l'islam. La première est issue du Coran, l’autre est celle développée par les Soufis. La première est appelée taffakur, c’est-à-dire la réflexion sur les sourates du Coran ou la contemplation de la création d’Allah (Méditez sur la création d'Allah et ne méditez pas sur Allah car vous ne l'apprécierez pas à sa juste valeur. (Ibn’ Abbas)). La seconde est une pratique mystique du soufisme appelée Mouraqaba[25].

Jaïnisme

Méditation Jaïne.
Article détaillé : Méditation jaïne.

La méditation jaïne prend à l'heure actuelle plusieurs formes. Elle se pratique dans la position du lotus mais d'autres postures sont également possibles. Elle permet de brûler du karma afin d'atteindre plus rapidement l'éveil[26]. Elle fait partie des devoirs du moine-ascète, et des tapas c'est-à-dire des devoirs d'austérités des laïcs.

Judaïsme

Article principal: méditation hébraïque (en)

Bien que d'une nature un peu différente des méditations orientales, il existe une méditation hébraïque (en) transmise de maître à disciple. Issue de la mystique juive, le hassidisme, elle est fondée sur une interprétation des textes par laquelle la transformation intérieure serait parallèle à la découverte de nouveaux sens. Cette approche du texte pourrait conduire à se retirer en soi, Tsimtsoum[27].

Dans Le Juif dans le Lotus, ouvrage écrit par Rodger Kamenetz à la suite de la rencontre en 1990 à Dharamsala en Inde, de rabbins américains et du dalaï-lama, ce dernier fait part de son souhait d’en savoir plus sur la méditation hébraïque[28].

Sikhisme

Il est dit qu’un Sikh devrait se lever trois heures avant l'aube, prendre un bain et concentrer ses pensées sur l'Être immortel et répéter le nom Waheguru (un nom de dieu, le maître suprême). Cette pratique précède la récitation des écritures[29]. Naam Japna et Simran sont deux des méditations sikhes les plus courantes : la première invite à chanter des hymnes, la deuxième à réciter des mantras, des prières avec un chapelet indien : une Mâlâ. Ces deux méditations du sikhisme peuvent être réalisées en communauté ou individuellement. Naam est aussi une mantra sikhe, au même titre que la Mul Mantra. Ces méditations où l'esprit est tourné vers dieu ont pour but de stopper l'ego démoniaque et cupide du croyant au profit de pensées orientées vers l'Entité suprême ou au moins l'autre[30].

Taoïsme

Article détaillé : Méditation taoïste.

Il existe différentes formes de méditations dans le taoïsme qui peuvent varier en fonctions des auteurs et des écoles.

Recherches scientifiques

Approche des neurosciences

La bibliographie américaine de l’Institute of Noetic Sciences sur la méditation, comporte en 2018 plus de 6000 références[31] dont la majorité est anglo-saxonne. Il convient de mettre méditation au pluriel et parler de méditations, car il y a par exemple près de 40 écoles de yoga dont les pratiques diffèrent entre elles et aussi selon le niveau débutant ou avancé des méditants, comme encore la méditation zazen, ou les méditations religieuses, et plus récemment la méditation de pleine conscience qui se veut laïque.

Grand alpha EEG de Taisen Deshimaru en zazen

Les premiers articles en France datent des années 1970, dont ceux du chercheur Pierre Etevenon[32],[33] et collaborateurs qui étudient en électroencéphalographie quantitative les effets sur l'EEG de la posture de méditation zazen en enregistrant Taisen Deshimaru. Ils confirment les premiers articles japonais[34],[35]qui montrent un rythme alpha ralenti en fréquence, de grande amplitude, stable dans le temps et d'activité hypovariable ; ce qui est précisé ensuite par une analyse spectrale ou l'activité alpha présente un pic étroit de résonance. Pour Pierre Etevenon[36] la méditation est un état modifié de conscience qui est différent des états pathologiques et aussi des états naturels de veille et de sommeil[37]. En 1973 J-P. Banquet[38]étudie encore par électroencéphalographie quantitative les effets sur l'EEG de la pratique des mantras pendant la méditation transcendentale.

Du 8 au 10 novembre 2005, le « Mind and Life Institute » a organisé à Washington, aux États-Unis, une rencontre entre le dalaï-lama, des chercheurs et d’autres personnalités du monde spirituel pour discuter des bases scientifiques et des applications cliniques de la méditation. Ces trois journées se déroulaient avant l’ouverture du Congrès annuel de la « Society for Neuroscience » où le dalaï-lama était invité à prendre la parole[39].

Antoine Lutz, chercheur à l'Inserm a participé à plusieurs expériences menées en France et aux États-Unis. En 2014, il s'exprimait dans Le Point concernant les résultats de ces recherches : « nous avons constaté l'amélioration de certaines fonctions cérébrales. Plusieurs études, dont certaines menées par l'équipe de Richard Davidson, à Madison, dans le Wisconsin, dont j'ai aussi fait partie, ont montré qu'un entraînement soutenu à la méditation de "pleine conscience" accroît les capacités à maintenir son attention sur un objet sans être distrait. Une autre montre que la pratique de la compassion chez des méditants très avancés augmente la synchronisation des ondes cérébrales entre des parties très éloignées du cerveau »[40]. Selon lui, « certains neuroscientifiques y voient un modèle prometteur pour explorer la neuroplasticité du cerveau »[40].

Effets sur la santé

Certains promoteurs des pratiques de méditation ont choisi d'en démontrer l'intérêt dans le domaine de la santé par le biais de recherches scientifiques de qualités inégales. Un écueil possible est d'utiliser des résultats scientifiques pour faire la promotion d'une pratique de méditation en particulier.

Certains psychothérapeutes ou scientifiques tels que Jon Kabat-Zinn s'intéressent à la méditation, dans ces applications psychothérapeutiques éventuelles comme : la MBSR (réduction du stress par la pleine conscience) ou la MBCT (thérapie cognitive par la pleine conscience). La psychothérapie cognitivo-comportementale propose ainsi aux personnes souffrant de ruminations mentales, de stress ou d'anxiété[41], par exemple lors d'une dépression, une forme de méditation qui se rapproche du Zen, mais dont les éléments typiques d'une spiritualité ont été supprimés, cette technique favoriserait la diminution de ces troubles et augmenterait le « bien-être », l'humeur, la « capacité à faire face », l'implication du patient dans sa thérapie et améliorerait le sommeil. La MBCT réduit en outre le risque de rechute dépressive[42]. Une méta-étude publiée en 2014 dans le JAMA Internal Medicine  concernant des programmes thérapeutiques de méditation mindfulness a montré des effets faibles à modérés sur le stress psychologique (anxiété, dépression, douleur) mais aucun effet significatif sur plusieurs aspects tels que l'humeur, l'attention, et le sommeil[43]. Une étude de l'université d'Oxford publiée en avril 2015 par The Lancet démontre qu'une thérapie basée sur la méditation pleine conscience est une alternative aussi efficace qu'un traitement par antidépresseurs dans la prévention de rechute dépressive[44],[45].

Certaines études isolées montreraient également une efficacité de la méditation comme complément d'un traitement médical classique dans la guérison de certaines maladies : diminution des douleurs chroniques[46], amélioration des défenses immunitaires et des effets du traitement thérapeutique classique dans les cas de cancer[47], de troubles gastriques et intestinaux ou même de fibromyalgie[48] et de sida[49].

Certaines études médicales ont été mises en place afin de déterminer si certaines pratiques méditatives pouvaient être associées à la psychothérapie. Dans la plupart des cas, les conclusions étaient positives, sous condition d'un encadrement strict et que les objectifs de la thérapie soient en accord avec les effets de la méditation proposée[50][réf. insuffisante].

Effets sur le comportement prosocial

Des études sont parfois lancées par des promoteurs de la méditation dans le but d'en démontrer toutes sortes d'effets bénéfiques sur l'esprit et la santé[51]. La plupart d'entre elles ont porté sur les effets psychologiques et physiques de la méditation au niveau individuel, tout en abordant le parallèle avec des effets collectifs, et avec un intérêt tout particulier sur le comportement prosocial[52] (la compassion, l'empathie, l'agressivité, la connexion sociale et les préjugés), et sont abondamment relayées dans les médias spécialisés et les réseaux sociaux[51]. Cependant, une équipe de chercheurs a publié en février 2018 dans la revue Scientific Reports, une méta-étude visant à vérifier le degré de fiabilité de ces publications concernant les effets prosociaux de la méditation sur des adultes en bonne santé[53]. Leur conclusion est que lesdits effets sont en réalité limités et surdéterminés par la méthode employée, et que les études qui les avaient mis en avant avaient toutes deux points communs : des biais méthodologiques, et la présence, parmi les auteurs, de professionnels de la méditation appliquant leur propre méthode dans l'étude, donc avec un risque de conflit d'intérêts[51]. Les auteurs mettent en garde contre cette littérature présentant de nombreuses lacunes méthodologiques, tout en reconnaissant que la majorité des méta-analyses concernant les autres effets positifs de la méditation (notamment sur le stress psychologique) suggèrent malgré cela que ces résultats sont « prometteurs »[54].

Critiques sur l'utilisation de la méditation

Cas de la méditation transcendantale

De nombreuses études autofinancées, à la rigueur scientifique souvent discutable

Parmi les nombreuses formes de méditation, l'une d'elles est depuis les années 1970 le mouvement de méditation transcendantale[55], à propos duquel de très nombreuses études scientifiques ont été publiées, visant à mettre en évidence toutes sortes de bienfaits physiques ou mentaux de la méditation transcendantale[56]. Le gourou milliardaire Maharishi Mahesh Yogi, fondateur de la méditation transcendantale, en finança lui-même un grand nombre par le biais de son « programme de Méditation transcendantale »[57]. Cependant, l'essentiel des articles publiés depuis, généralement édités dans des revues plus ou moins confidentielles avec un faible filtrage scientifique[58], révèlent des failles méthodologiques importantes : plusieurs méta-études ayant visé à évaluer la crédibilité d'études scientifiques portant sur la méditation transcendantale ont montré que plus de 90% d'entre elles étaient biaisées ou victimes de failles méthodologiques nuisant gravement à leur crédibilité[59].

Concernant la Méditation transcendantale, il est fait état de 341 publications évaluées par des pairs et publiées dans plus de 160 revues scientifiques telles que Science, The Lancet, Scientific American, American Journal of Physiology, Electroencephalography, Clinical Neurophysiology, Hypertension (de l’American Heart Association), American Psychologist, le Journal of Personality et Social Psychology (publications officielles de l’American Psychological Association), Intelligence, et le Journal of Conflict Resolution[56][évasif]. Cependant, une méta-étude de 2003 concernant l'impact sur les fonctions cognitives de la pratique régulière de la MT indique que sur 107 études considérées, 97 ont été rejetées à cause de leur méthodologie (la plupart n'étaient même pas randomisées). Parmi les 10 autres, seules 4 rapportaient des effets positifs mais ce résultat semblait également découler d'une sélection de sujets favorables à la MT[59].

Risques de déviance sectaire

Le Centre d'information et de prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes met en garde contre le risque de déviance sectaire de certains gourous, pointant notamment « des modifications des traits comportementaux, avec une dépersonnalisation, une perception de la réalité basée sur les théories de la méditation transcendantale, une altération du sens critique, une régression du libre arbitre et de la concentration »[60].

En France, le rapport n° 24568 de la Commission d’enquête sur les sectes de l’Assemblée Nationale cite souvent la méditation transcendantale comme un vecteur de recrutement utilisé par des sectes et fait également mention d'un mouvement sectaire nommé « Méditation transcendantale »[61].

Utilisation commerciale

La méditation est depuis les années 2010 au centre d'un important effet de mode, et un grand nombre de personnages médiatiques tels que Christophe André ou Fabrice Midal remplissent les rayons « développement personnel » des librairies de best-sellers prêtant à la méditation toutes sortes de vertus spectaculaires[62]. Des réseaux sociaux et forums relayent certaines de leurs déclarations, véhiculant des attentes et croyances communes, qui vont d'un meilleur équilibre psychologique à des « aptitudes surnaturelles » telles que la télépathie[63]. Malgré des allégations récurrentes, les effets de la méditation sur le comportement prosocial demeurent limités[51].

Utilisation prolongée : effets sur le psychisme et la mémoire

La méditation pratiquée trop longtemps ou trop intensément peut conduire à des problèmes psychologiques ; l'apport des pratiques méditatives orientales au milieu du XXe siècle en Occident n'a pas toujours tenu compte de la différence de contexte culturel et social ; des études ont été menées afin de déterminer les effets secondaires indésirables de la pratique de la méditation[64] ; des symptômes de l'ordre de sensations inconfortables dans le corps ou de dissociation mentale ont pu apparaître ; lors d'une étude clinique sur 27 sujets pratiquant la méditation depuis de nombreuses années, des phénomènes de désorientation, de confusion mentale, ou le sentiment de « planer » ont été identifiés chez quelques-uns des sujets[65] ; lorsque l'objectif recherché d'une thérapie est de renforcer l'identité (l'ego), la méditation serait alors déconseillée[66].

La méditation de pleine conscience pourrait favoriser la création de faux souvenirs et avoir un effet négatif sur des tests de mémoire. Le chercheur Brent Wilson de l'université de San Diego en Californie a en effet démontré que 39 % des pratiquants de la MdPC à qui l'on avait donné à mémoriser des mots situés dans une liste croyaient mordicus avoir entendu un autre mot du même champ sémantique, absent de cette liste, contre 20 % seulement du groupe témoin ne pratiquant pas la MdPC[67].

Bibliographie

Articles

Ouvrages

  • (en) Michael Murphy et Steven Donovan, The Physical and Psychological Effects of Meditation: A Review of Contemporary Research with a Comprehensive Bibliography, 1931-1996, Institute of Noetic Sciences, (ISBN 978-0-943951-36-2, lire en ligne)
  • Xavier Pavie, La méditation philosophique : Une initiation aux exercices spirituels, Eyrolles, (ISBN 978-2-212-06375-2, lire en ligne)
  • (en) Halvor Eifring , Hindu, Buddhist and Daoist Meditation: Cultural Histories, Hermes Publishing, (ISBN 978-82-8034-201-0, lire en ligne)
  • Fabrice Midal, La méditation : « Que sais-je ? » n° 3997, Presses Universitaires de France, (ISBN 978-2-13-079049-5, lire en ligne)
  • Matthieu Ricard et Wolf Singer, Cerveau et méditation. Dialogue entre le bouddhisme et les neurosciences, Allary éditions, (ISBN 978-2-37073-113-5, lire en ligne)

Articles connexes

Liens externes

  • Articles en ligne sur la méditation, magazine Nouvelles Clés.
  • Notices d'autorité : Bibliothèque nationale de France (données) • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale de la Diète

Notes et références

  1. « Spiritual Dictionary »(Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?).
  2. a, b et c Définitions lexicographiques et étymologiques de « méditation » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  3. Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, 38, 4.
  4. Roques t. II, Paris, B. N. Lat. 13032, 7341: meditacio, cionis meditacion. pensée.[réf. incomplète]
  5. A. de Laval, Dévote méditation sur les saints anges, titre.[réf. incomplète]
  6. Foi t.1 1968.[réf. incomplète]
  7. Estaunié, Empreinte, 1896, p. 136.
  8. André Gide, La Porte étroite, 1909, p. 591.
  9. a, b et c Perez-De-Albeniz, Alberto ; Jeremy Holmes (Mar 2000). « Meditation : concepts, effects and uses in therapy ». International Journal of Psychotherapy 5(1) : 10 p. Consulté le .
  10. Zen Buddhism : A History (India and China) By Heinrich Dumoulin, James W. Heisig, Paul F. Knitter.
  11. a et b Xavier Pavie 2011
  12. David Frawley, Yoga et Ayurveda, p. 80.
  13. Sutras de Patanjali.
  14. Institut Marc-Alain Descamps.
  15. Yoga-Sûtra : I-2 : Le yoga est le cessation des activités perturbatrices du mental.
  16. Transformer sa vie par la méditation par Nathalie Ferron édition Albin Michel (ISBN 978-2-226-24948-7) volume E p. 108.
  17. Swami Satyananda Saraswati, Kundalini Tantra, publié en France chez éditions Swam, édition de 2005, pages 253 et suivantes, (ISBN 9782950338976).
  18. `Abdu'l-Bahá, Paris Talks, 1995, p. 175,  éd. Bahá'í Distribution Service, (ISBN 1-870989-57-0).
  19. (en) Gerhard Böwering et Moojan Momen, « Ḏekr : II. In the Babi and Bahai religions », Encyclopædia Iranica, Costa Mesa, Mazda, vol. 7,‎ (lire en ligne).
  20. Kreplin et al. 2018 : « Leading academics of South Asian religions have highlighted the Western misreading and reconstruction of Buddhism as a rational form of inquiry focused on meditation, which has been uncritically accepted by psychology researchers. For example, such authors highlight that for most forms of Buddhism, it is not meditation but the study of sacred scriptures that is the most valued means to achieve deep personal transformation. »
  21. a et b Hamard, Albin. « De shamatha à shamatha, panorama des pratiques de méditation entre Orient et Occident », Corps, vol. 11, no. 1, 2013, pp. 171-179. [lire en ligne]
  22. Bernard Faure, Le bouddhisme, Le Cavalier Bleu, (ISBN 9782846700900, lire en ligne), p. 83
  23. Encyclopaedia Universalis, article « Hésychasme ».
  24. http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_letters/2002/documents/hf_jp-ii_apl_20021016_rosarium-virginis-mariae.html.
  25. Muraqabah expliquée.
  26. The A to Z of Jainism de Kristi L. Wiley édité par Vision Books, page 142, (ISBN 8170946816).
  27. Tsitsoum : Introduction à la méditation hébraïque de Marc-Alain Ouaknin.
  28. Le juif dans le lotus: des rabbins chez les lamas.
  29. Une méditation du sikhisme, sur Sikhs.org, voir le chapitre III, section (1), en anglais.
  30. The Encyclopedia of Sikhism, supervisée par Harbans Singh, tome III, pages 162 et 163, (ISBN 8173803498).
  31. http://noetic.org/meditation-bibliography/meditation-reources.IONS Meditation Resources. The Impact and Effects of Meditation, 2018
  32. J.G. Henrotte, P. Etevenon, G. Verdeaux. Les états de conscience modifiés volontairement. 3, 29, 1100-1102, La Recherche, Paris, 1972
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  36. Le 30 mars 2013 Pierre Etevenon introduit le Forum des Sciences cognitives au Campus des Cordeliers à Paris, dont le thème porte sur les états altérés et les états modifiés de conscience, et il préside ensuite une table ronde sur la méditation à laquelle participe Antoine Lutz venu de Madison aux États-Unis.
  37. Pierre Etevenon, Bernard Santerre. États de conscience Sophrologie et Yoga, Sand-Tchou, Paris, 2006
  38. J.P. Banquet. Spectral analysis of the EEG in meditation, Electroenceph. Clin. Neurophysiol, 1973, 35:143-151
  39. Aromalves : La Méditation : Une médecine d’avant-garde ? .
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  41. Three-year follow-up and clinical implications of a mindfulness meditation-based stress reduction intervention in the treatment of anxiety disorders de J. J. Miller, K. Fletcher et J. Kabat-Zinn, in General Hospital Psychiatry, 1995.
  42. Reducing risk of recurrence of major depression using mindfulness-based cognitive therapy de J. D. Teasdale, Z. V. Segal, J. M. G. Willams et al., in Journal of Consulting and Clinical Psychology, 2000.
  43. Goyal et al. 2014 : « Mindfulness meditation programs had moderate evidence of improved anxiety (effect size, 0.38 [95% CI, 0.12-0.64] at 8 weeks and 0.22 [0.02-0.43] at 3-6 months), depression (0.30 [0.00-0.59] at 8 weeks and 0.23 [0.05-0.42] at 3-6 months), and pain (0.33 [0.03- 0.62]) and low evidence of improved stress/distress and mental health–related quality of life. We found low evidence of no effect or insufficient evidence of any effect of meditation programs on positive mood, attention, substance use, eating habits, sleep, and weight. We found no evidence that meditation programs were better than any active treatment (ie, drugs, exercise, and other behavioral therapies). »
  44. (en) « The Lancet: Mindfulness-based therapy could offer an alternative to antidepressants for preventing depression relapse ».
  45. (en) « Effectiveness and cost-effectiveness of mindfulness-based cognitive therapy compared with maintenance antidepressant treatment in the prevention of depressive relapse or recurrence (PREVENT): a randomised controlled trial », sur thelancet.com,  : « We found evidence from this trial to support MBCT-TS as an alternative to maintenance antidepressants for prevention of depressive relapse or recurrence at similar costs. ».
  46. The clinical use of mindfulness meditation for the self-regulation of chronic pain de J. Kabat-Zinn, L. Lipworth et R. Bruney, in journal of Behavioral Medicine, 1985.
  47. A randomized, wait-list controlled clinical trial : the effect of a mindfulness meditation-based stress reduction program on mood and symptoms of stress in cancer outpatients de M. Speca, L. E. Carlson, E. Goodey et M. Angen, in Psychosomatic Medicine, 2000.
  48. The impact of a meditation-based stress reduction program on fibromyalgia de K. H. Kaplan, D. L. Goldenberg et M. Galvin-Nadeau, in General Hospital Psychiatry, 1993.
  49. Mindfulness meditation training effects on CD4+ T lymphocytes in HIV-1 infected adults de J. D. Creswell, F. F. Myers, S. W. Cole et M. R. Irwin, in Brain, Behavior, and immunity, 2009.
  50. Meditation and Psychotherapy : A Review of the Literature.
  51. a, b, c et d Kreplin et al. 2018
  52. Kreplin et al. 2018 : « Although most of the popular claims and the scientific literature on the benefits of meditation have focused on isolated psychological and physical effects, there has always been a parallel interest in its inter-personal and collective effects. [...] The studies on the prosocial effects of meditation have an obvious appeal. »
  53. Kreplin et al. 2018 : « Many individuals believe that meditation has the capacity to not only alleviate mental-illness but to improve prosociality. This article systematically reviewed and meta-analysed the efects of meditation interventions on prosociality in randomized controlled trials of healthy adults. »
  54. Kreplin et al. 2018 : « Also, the majority of meta-analyses on the benefits of meditation acknowledge the pervasive methodological shortcomings of the studies analysed, but still suggest that such results are ‘encouraging’ or ‘promising’. »
  55. Kreplin et al. 2018 : « Beliefs in the Western world about the powers of meditation became widely spread in the 1970s through the Transcendental Meditation movement. »
  56. a et b (en) Bibliography of peer-reviewed studies on Transcendental Meditation, Bibliographie des 341 publications scientifiques publiées entre 1970-2009, dans plus de 160 revues indépendantes et évaluées par des pairs.
  57. La Science de l'Être et l'Art de Vivre : la Méditation transcendantale, Maharishi Mahesh Yogi, éditions Favre, 2012 (ISBN 978-2828909857)
  58. (en) P. A. Schrodt, « A Methodological Critique of a Test of the Effects of the Maharishi Technology of the Unified Field », Journal of Conflict Resolution, vol. 34, no 4,‎ , p. 745–755 (ISSN 0022-0027, DOI 10.1177/0022002790034004008).
  59. a et b (en) Canter PH, Ernst E, « The cumulative effects of Transcendental Meditation on cognitive function--a systematic review of randomised controlled trials », Wien. Klin. Wochenschr., vol. 115, nos 21-22,‎ , p. 758–66 (PMID 14743579, DOI 10.1007/BF03040500)
  60. Centre d'information et de prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes, « Une curieuse promotion de la Méditation transcendantale dans la presse ? », sur www.cippad.com, .
  61. « Rapport n° 24568 de l'Assemblée Nationale Française », sur www.assemblee-nationale.fr, .
  62. Anne-Sophie Mercier, « Allez mieux, je le veux ! », Le Canard Enchaîné,‎ .
  63. Kreplin et al. 2018 : « ‘If every eight-year-old in the world is taught meditation, the world will be without violence within one generation’ — this quote, attributed to the current Dalai Lama, and circulating on online forums, tweets and Facebook pages, succinctly conveys the beliefs and expectations held by many about the powers of meditation. These vary considerably, from supernatural abilities (e.g., telepathy) to psychological states of peacefulness. »
  64. (Lukoff, 1998; Perez-De-Albeniz & Holmes, 2000).
  65. Shapiro (1992).
  66. (Bogart, 1991).
  67. "La méditation déstructure et transforme le rapport au temps" sur Science et Avenir