Lyon sous l'absolutisme

Illustration de la ville de Lyon au XVIIe siècle

Lyon sous l'absolutisme est une cité redevenue ordinaire après la période dorée de la Renaissance et les souffrances des conflits religieux.

Les transformations urbaines

Lyon au XVIe siècle

La cité lyonnaise, sous les deux derniers siècles de l'Ancien Régime, subit plusieurs transformations importantes. Elle se densifie, s'embellit et les zones d'activités se déplacent[N 1]. En revanche, elle attend la veille de la Révolution pour s'étendre au-delà de ses antiques murailles, restant durant deux siècles sur un périmètre d'environ 150 hectares[a 1]. Les murailles restent durant cette période des limites encore réelles pour le lotissement[N 2], et, la population de Lyon augmentant, de très nombreux quartiers voient leurs habitations surélevées, le plus souvent par destruction et reconstruction. Pour la même raison, les quelques zones encore en friche sont bâties. La densité finit par devenir trop importante, avec un très grand nombre d'immeubles de 4 à 6 étages, ce qui cause de nombreux désagréments. Le degré de cohabitation moyen de la cité entière (qui mesure le nombre moyen d'habitant dans une habitation donnée, quel que soit le nombre d'étages) passe de 2,2 en 1597 à 10 en 1780. Ceci alors que dans le même temps, de larges maisons bourgeoises et nobiliaires sont construites dans certains quartiers, autour des Terreaux et de Bellecour, principalement, faisant chuter la moyenne. « Peu de villes françaises connaissent, à cette époque, un tel surpeuplement »[a 2].

Jacques-Germain Soufflot

Durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, plusieurs projets voient donc le jour pour repousser les limites de la ville.

Un premier, dans les années 1750, a pour ambition de construire un quartier entier en dehors des remparts, à Saint-Clair, au nord-est de la presqu'ile. Mené par Jacques-Germain Soufflot[1] et ses élèves Munet et Milanois, il est dévolu à la bourgeoisie[a 3]. Dans les années 1770, Antoine-Michel Perrache met au point et lance le projet de rendre salubre le sud d'Ainay, en comblant les chenaux pour allonger la presqu'île. Complexe, ce projet ne verra pas le jour de la vie de son concepteur, et ne sera achevé qu'au XIXe siècle. Enfin, un dernier projet est lancé par Jean-Antoine Morand dans les dernières décennies du siècle pour créer un quartier aux Brotteaux. Il est à peine entamé à l'aube de la Révolution[d 1].

Par ailleurs, durant ces deux siècles, un grand nombre de monuments s'édifient à Lyon, tant religieux que laïcs.

De nombreux couvents s'installent à Lyon au XVIIe siècle, principalement au sud de la presqu'île, et sur les pentes des deux collines. Trois églises accompagnent l'augmentation de la population : Saint-Bruno-des-Chartreux (fin XVIe siècle), Saint-Polycarpe (1665) et Saint-François de Sales (édifice ouvert en 1690 et différent de l'actuel)[d 2].

La Loge du Change

L'Hôpital de la Charité est édifié en 1624, l'Hôtel de ville entre 1646 et 1651[f 1],[2]. En 1653 a lieu l'inauguration de la loge du Change, qui est ensuite agrandie par Soufflot au début du XVIIIe siècle . Ce dernier trace également les plans de l'Hôtel-Dieu, d'un théâtre dans le quartier Saint-Clair ou du premier opéra de la ville.

Mais Lyon voit également son équipement urbain s'accroitre. Deux ponts sont construits sur la Saône (entre Saint-Jean et Bellecour et entre Saint-Paul et Saint-Vincent) au XVIIe et deux autres au XVIIIe. Cela montre l'importance encore vitale pour la ville de la rive droite de la Saône. La place Bellecour, ouverte par le baron des Adrets durant les conflits religieux, devient une place d'agrément, et est continuellement aménagée durant les deux siècles (arbres, monuments, façades)[d 3],[a 4].

Une économie spécialisée - Lyon, capitale de la soie

Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, la Fabrique lyonnaise est intimement dépendante de la cour royale, et dans une moindre mesure des conflits agitant les monarchies européennes. Ce lien explique les successions de périodes fastes et plus difficiles que traversent le monde ouvrier de la soie et son commerce.

De Henri IV à Louis XIV

Au début du XVIIe siècle, la Fabrique compte moins de 1 000 maîtres-tisserands, qui possèdent en tout moins de 2 000 métiers à tisser et regroupe moins de 3 000 personnes[w 1]. Sous Henri IV, l'industrie de la soie à Lyon connait deux évolutions importantes.

La première est l'introduction par Claude Dangon du métier à la grande tire, importé d'Italie, permettant de tisser des façonnés. Cet apport lui permet de jouir d'un privilège de cinq ans sur l'utilisation de sa machine, et en 1607, le roi lui accorde le titre de « Maître ouvrier du Roy » et un don de 6 000 livres[e 1]. L'arrivée de cette mécanique permet à Lyon de soutenir la comparaison avec Paris et Tours, et de rejoindre le niveau des productions des cités italiennes[k 1]. À cette époque, les cités du nord et du centre de l'Italie dominent la soierie européenne à la fois par la qualité et la quantité de leur production. Elles imposent au continent leur style, recherché par toutes les élites[u 1]. La qualité de la soie lyonnaise augmente encore grâce à l'introduction dans la ville du lustrage de la soie par Octavio Mey en 1655[e 2].

La deuxième évolution est l'apparition d'un règlement régissant la profession. Jusqu'à cette époque, les maîtres tisseurs étaient libres de s'organiser comme bon leur semble. En 1596, l'apprentissage est fixé à cinq ans, suivi d'une période de compagnonnage de deux ans. Le maître ne peut avoir que deux apprentis et a interdiction de faire tisser des personnes hors de sa famille, pour par exemple des travaux annexes tel le montage des chaînes et trames[e 3].

Jusqu'au milieu du siècle, Lyon est un centre de soie mineur par rapport aux cités transalpines. Le commerce des étoffes précieuses est encore maîtrisé par des marchands italiens[u 2].

Les réformes de Colbert

tableau de Colbert
Portrait de Colbert par Claude Lefèbvre, conservé au château de Versailles.

En 1667, Jean-Baptiste Colbert établit plusieurs ordonnances sur la « Grande Fabrique de Soie » lyonnaise. Ces arrêtés et règlements encadrent strictement la fabrication en détaillant la qualité attendue pour les commandes royales et en précisant, par exemple, quelle doit être la largeur des étoffes ou le nombre de fils utilisés[k 1]. Ils rendent aussi obligatoire la tenue de livres de fabrication. De somptueux tissus sont réalisés à Lyon pour les princes de la cour ou l'aménagement des différentes demeures royales, dont le château de Saint-Germain-en-Laye ou le château de Versailles. Ainsi le « brocard des amours » en six pièces garnit la chambre du roi en 1673. Aucune pièce de cette époque ne subsiste à l'heure actuelle, car les tissus usagés sont alors envoyés à la fonte pour en récupérer le métal précieux [j 1]. Les motifs tissés par les artisans lyonnais sont jusqu'à la fin du règne de Louis XIV toujours inspirés par les soieries italiennes[k 1].

La politique mercantiliste de Colbert soutient fortement le développement de la production industrielle française. Son action est efficace sur le monde de la Fabrique, dont le nombre de tisserands triple entre 1665 et 1690[w 1]. Pour ne pas heurter une clientèle encore attachée aux styles italiens traditionnels, les marchands-fabricants français n'innovent pas en termes de motif. Ils font même quelquefois passer leurs tissus pour transalpins, afin de rassurer leurs clients[u 3]. Cet essor n'est pas brisé par la révocation de l’Édit de Nantes (1685), même si de très nombreux soyeux de confession protestante s’exilent en se réfugiant notamment en SuisseZurich) et à Londres (quartier de Spitalfields)[w 1].

Mutation commerciale et stylistique

À partir de la toute fin du XVIIe siècle jusqu'aux années 1720, les commandes royales cessent complètement. Les dernières années du règne de Louis XIV sont difficiles pour le monde de la Fabrique lyonnaise, les deuils royaux restreignant la demande officielle d'étoffes précieuses.

L'industrie lyonnaise, à l'époque entièrement consacrée au luxe nobiliaire français, se retrouve forcée de chercher d'autres débouchés vers des clients moins fortunés, demandant des tissus plus simples. Cette clientèle plus modeste ne compense pas le manque causé par l'arrêt des commandes de Versailles[r 1]. C'est donc à cette période que s'ébauche une stratégie commerciale qui s'avère être une réussite durant le XVIIIe siècle. Jouant sur le fait que la cour de Louis XIV est la plus brillante du continent, et que la mode des élites européennes sont influencées par ce qui se fait à Versailles et Paris, ils exportent chaque année des nouveautés, qui, par le simple caractère d'être des nouveautés et de venir de Paris s'imposent auprès des élites étrangères. Un rapport remis au parlement de Londres en 1713 constate que les fabricants de soie anglais, pour réussir à vendre chez eux, sont obligés de s'en tenir à la mode arrivée de France. Mais le retard qu'ils prennent pour copier et faire parvenir aux comptoirs leurs pièces les condamnent à des ventes moins profitables, une partie de la clientèle ayant été satisfaite[ai 1].

Pour satisfaire le besoin permanent de nouveauté, des dirigeants de la Fabrique décident de travailler des tissus aux motifs originaux, cherchant s'éloigner des dessins traditionnels. Cette innovation stylistique permanente, guidée grâce à la proximité des marchands-fabricants des cours de Paris et de Versailles, permet à Lyon d'évincer progressivement les tissus étrangers, italiens, anglais ou hollandais. Les résultats commerciaux restent cependant mitigés jusqu'aux années 1730[u 3].

Sous Louis XV et Louis XVI

photo d'un antependium
Antependium brodé vers 1730-1740, conservé au musée d'art du comté de Los Angeles.

Bénéficiant des évolutions favorables connues sous Louis XIV, la Grande Fabrique traverse le Siècle des Lumières en dominant le commerce européen de la soie[aa 1] ; elle a à l'étranger « la juste réputation de métropole de la soie »[ad 1]. L'industrie soyeuse soutient de nombreuses innovations du métier à tisser, qui améliorent la production[j 2].

Après deux siècles où les soyeux lyonnais suivent la mode étrangère et surtout italienne, ils s'émancipent complètement au XVIIIe siècle dans une course à l'innovation et au renouvellement permanent[q 1],[3]. Le centre européen de la mode est alors Paris, où tous les fabricants lyonnais se tiennent pour ne jamais manquer les tendances de la cour[ad 1]. Ils y envoient leurs dessinateurs qui s'inscrivent pleinement à la pointe de ce mouvement. Les deux personnes emblématiques de cette activité artistique sont Jean Revel et Philippe de la Salle[j 2]. La Fabrique acquiert un tel prestige que les autres centres de production européens se mettent à leur tour à la mode lyonnaise[m 1],[u 3].

Durant ce siècle, les lyonnais exportent la majorité de leur production en Europe du Sud ou du centre. Via l'Espagne, ils font circuler leurs produits jusqu'en Amérique du Sud. Les tissus de soie lyonnais se vendent également largement dans les pays nordiques et notamment la Suède. Les marchands lyonnais sont toutefois en concurrence avec plusieurs autres pays producteurs, dont l'Italie ou du Royaume-Uni. Cette dernière tient fermement le marché sur son sol, et celui de l'Amérique du Nord[ad 2].

Organisation de la Fabrique

À l'instar des siècles précédents, la Fabrique est secouée par des troubles entre l'élite des marchands en soie, qui maîtrise et conserve à son profit les circuits de vente, et les maîtres-tisserands et ouvriers, à qui la vente directe est plus ou moins interdite. Ces derniers ne cessent de vouloir obtenir une meilleure place dans le circuit commercial de la soie, que ce soit en ayant un rôle institutionnel dans la Fabrique ou en ayant des garanties de rémunération avec un tarif défini[w 2].

Les luttes d'influence pour la maîtrise de la Fabrique

Une ordonnance consulaire du 4 juin 1718 bloque l'ascension par les maîtres tisserands à la classe des marchands à l'aide un droit d'entrée très élevé. À la suite de la commande royale de 1730, le Contrôleur Général des Finances Philibert Orry promulgue un nouveau règlement le 8 octobre 1731, qui est très favorable aux gros marchands[aa 1]. À cette époque, la Fabrique compte 120 à 180 gros marchands, environ 700 petits et 8 000 maîtres-ouvriers[r 2]. Une lutte d'influence se poursuit, qui aboutit à la proclamation d'un nouveau règlement en 1737, qui autorise l'association de plusieurs petits marchands ou d'ouvriers, et la vente directe, sans être obligé de passer par l'intermédiaire d'un grand soyeux. Suspendu dès 1739, ce règlement est remplacé en 1744 par un nouveau qui consacre la suprématie de l'élite commerciale. À son annonce, en août, des émeutes ont lieu, menées par des maîtres-ouvriers. Les forces locales de l'autorité sont dépassées et le gouvernement suspend le nouveau règlement pour apaiser les esprits. L'année suivante, la situation est violemment reprise en main et le règlement de 1744 définitivement imposé[r 2],[aa 2].

La structure sociale

Au XVIIIe siècle, le monde de la Fabrique est composé de quatre groupes superposés.

La plus haute élite sont les négociants qui maîtrisent le commerce en gros de la soie grège, revendant la matière première aux marchands-fabricants. Ces quelques dizaines de familles cumulent également des investissements dans la filature, la revente de soie tissée et la banque. Ces très gros commerçants sont fréquemment liés avec des familles italiennes, turinoises ou milanaises.

Un second groupe comprend une centaine de marchands-fabricants, également appelés « soyeux », qui fournissent de la soie à tisser, emploient des dessinateurs et revendent les tissus commandés. Une trentaine d'entre eux sont de grande envergure et sont proches du premier groupe, duquel ils se distinguent par leur manque de maîtrise des circuits commerciaux en amont. Cette classe est subdivisée en deux groupes, les « gros marchands », qui vendent dans un véritable magasin et emploient un grand nombre d'ouvriers en dehors de leur atelier, et les « petits » qui fabriquent eux-mêmes et vendent pour leur propre compte, avec en moyenne quatre métiers dans leur maison[r 1].

Le troisième groupe est celui des maîtres-ouvriers, qui possèdent un ou plusieurs métiers à tisser. Ils reçoivent les fils et dessins des marchands-fabricants et peuvent à leur tour employer des apprentis ou des aides. Ce groupe supporte difficilement l'état de sujétion dans lequel les règlements le placent, ainsi que l'absence de garantie sur la rétribution de leur travail, le « tarif ». Il s'organise, clandestinement puisque toute association de corps est interdite, et proteste, quelquefois violemment comme en 1744.

Enfin, le dernier groupe est celui des innombrables aides, apprentis et ouvriers ne possédant pas leurs outils de production[w 2].

Système public de soutien à l'innovation

Les pouvoirs locaux ont bien conscience que l'innovation est la clef de leur réussite commerciale[aa 3]. Le soutien aux inventeurs s'institutionnalise au travers de deux modes de rétribution financière[4]. Le premier vient directement de la corporation de la Fabrique, qui fournit par exemple à Jean-Baptiste Falcon 52 194 livres entre 1738 et 1755 pour le récompenser de ces travaux de perfectionnement du métier à tisser. Le second est régi par la municipalité et l'intendant. Il est approvisionné avec la caisse du droit des étoffes étrangères, créée en 1711. À partir de 1725, une partie du revenu de cette caisse est octroyée à des inventeurs, cette proportion augmentant à partir des années 1750[ak 1]. Ces mécaniques sont complétées par une prime à la diffusion, récompensant les personnes qui adaptent un nouveau système à un grand nombre de métiers à tisser[aa 3].

Au cours du siècle, les méthodes de validation des demandes de fonds deviennent de plus en plus élaborées, et reposent sur l'expertise croisée d'académiciens et de professionnels. Cette coopération entre corps de métier variés inaugure une tendance lourde de la culture lyonnaise[5],[6] qui recherche le consensus, l'arbitrage et qui aboutit au début du XIXe siècle à l'institution du conseil des prud'hommes[q 2].

Les élites lyonnaises multiplient ainsi les aides à l'innovation et à la diffusion des techniques à la fois dans un esprit de respect des solidarités corporatistes et de récompenses des pratiques individuelles innovantes. « À Lyon, les inventions sont un bienfait pour l'économie de la ville et du royaume, avant que d'être atout dans les mains de leur concepteur »[ak 2]. Les privilèges exclusifs sont donc très rares à Lyon, et concernent rarement le monde de la soie[ak 3].

Prospérité et définition d'un style français : 1700-1750

photo d'une veste en soie brodée
Veste en soie brodée, 1745-1750, conservé au musée d'art du comté de Los Angeles.

Lors de la Régence de Philippe d'Orléans, la Grande Fabrique connait une certaine instabilité car de nombreuses commandes viennent de personnes enrichies artificiellement avec le système de Law, leur ruine empêchant le paiement des commandes. Par ailleurs l'essor de la Compagnie des Indes, qui offre au marché français des textiles nouveaux, fait une sévère concurrence à la soie lyonnaise[r 1].

La paix du début du règne effectif de Louis XV et de nombreux évènements heureux dans la famille royale, dont la naissance du Dauphin, font affluer des commandes auprès des soyeux lyonnais. Il en suit une période de prospérité pour la Fabrique[k 1]. Les suppliques des marchands lyonnais, relayées par le consulat, aboutissent à une grande commande royale de soie d'ameublement en 1730 pour le château de Versailles. Cette commande stabilise enfin le secteur soyeux lyonnais et lui permet une solide croissance jusqu'aux années 1750[r 1],[aa 2]. L'activité double entre 1720 et 1760[w 1]. Une des principales maisons soyeuses de cette époque est la famille Charton, qui fournit la plus grande part du garde-meuble royal entre 1741 et 1782[k 2].

Les dessinateurs lyonnais

Cette période est également celle qui voit l'émancipation des dessinateurs lyonnais du style italien, pour trouver leur propre marque de fabrique[k 1],[u 3]. Ce style s'impose rapidement dans toute l'Europe et aide à l'essor des ventes de soie lyonnaise parmi les élites de tout le continent[u 1]. Les dessinateurs se forment au contact de peintres lyonnais tels Charles Grandon, Daniel Sarrabat (qui aura Philippe de la Salle comme élève) ou Donat Nonnotte[w 3]. Fait unique en Europe[aa 3], ils ont souvent des parts dans des affaires de soierie et sont donc autant des commanditaires que des dessinateurs employés[7]. De la même manière, ils sont un groupe non organisé, contrairement aux marchands ou aux tisserands, ils n'ont pas de corporation propre. C'est ainsi que le dessin n'appartient pas à celui qui l'exécute, mais à la maison de soierie qui l'a commandé[av 1].

Pour trouver leur inspiration, après de longues années d'études, ils « fréquentent les cabinets de gravure, les collections d'art, les manufactures des Gobelins, les théâtres, les palais de l'aristocratie et la cour »[u 4]. Mais ils sont également technicien du tissu, mécanicien et commerçant, car un dessin est réalisé en fonction de son impact commercial, de sa faisabilité et de la qualité finale du tissu qui le contiendra[av 1].

Parmi les dessinateurs de cette époque il y a Courtois, qui réalise les premiers essais de dégradation, en juxtaposant des fils du plus clair au plus foncé. Parmi les novateurs en termes de style se trouve Ringuet qui est l'un des premiers à tendre vers une imitation de la nature pour les décors floraux. Enfin, l'un des grands novateurs de cette époque est Jean Revel, dont l'invention du point berclé permet l'obtention de couleurs fondues qui ont un succès immédiat[av 2].

Le style français
Photo d'une robe de soie brodée
Robe de soie du XVIIIe siècle. Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon.

L'apparition des premières formes d'un style proprement français date des années de gloire de Louis XIV et de la volonté de Colbert de constituer une puissante industrie nationale. Concurrençant les modes italiennes et espagnoles, elle s'impose d'abord à la cour française puis, lentement, dans toutes les cours européennes. Ce style, dont l'impulsion est donc française, devient de fait européen[8].

Il se caractérise à ses débuts par l'apparition de l'asymétrie, de dessins plus nets. La décoration florale est le sujet de prédilection, répété à l'envi, mais avec un renouvellement permanent. « Le motif n'est plus stylisé mais le fruit de la reproduction naturaliste de la réalité, étudiée directement ou observée sur les traités de botanique »[u 5]. Dans les années 1700-1710, le style dit « Bizarre » se répand, proposant un traitement exubérant et fantaisiste des motifs naturalistes[aa 3]. On y trouve dans des dessins en longueur un mélange de thèmes familiers et insolites, des chinoiseries et des japonaiseries, et des motifs aux proportions à priori incompatibles[ad 3].

Les années 1720 et 1740 sont la période du style Régence, caractérisé par « des décors où les fleurs, les végétaux et les fruits aux coloris nuancés et éclatants s'épanouissent généreusement au milieu des motifs d'architecture ou de ruines, de vases ou de corbeilles, de coquilles ou de rochers »[k 3]. En ce début du règne de Louis XV apparaissent les motifs « à la dentelle »[aa 4]. Les motifs semi-naturalistes floraux avec quelquefois des fruits et des feuilles sont entrecroisés avec des imitations de dentelle[ad 4].

Enfin, les années 1730-1740 sont marqués par le goût pour une représentation plus classique et réaliste de la nature, même si les années 1740 sont également celles du rococo[aa 5]. C'est également à cette époque que les premiers essais de représentations du relief sur le tissu sont opérés, à la suite de l'invention de Jean Revel. Pour mettre en valeur cette nouveauté, les motifs sont agrandis dans de grandes proportions, donnant par exemple « à une rose la taille d'un chou et celle d'une citrouille à une olive »[ad 5].

Le style français n'est pas seulement caractérisé par l'innovation des dessins, mais également du tissu, par l'invention de procédés de tissage nouveaux.

Les améliorations techniques

Durant le XVIIIe siècle de nombreuses innovations sont appliquées au métier à tisser dans le but de faciliter le travail du tisserand, faisant apparaître de nouveaux types de tissage[aa 6],[9]. Ces recherches et mises au point relèvent d'une logique marchande, et sont promues par le milieu du négoce. Les marchands-fabricants instaurent « une gestion publique de l'innovation, fondée sur la négociation partagée de l'utilité technique et la diffusion rapide des techniques nouvelles par un investissement financier, municipal et communautaire. En ce sens, la corporation, loin d'être passéiste, favorise au contraire l'innovation technique [...] »[q 1].

Durant ce siècle, les Lyonnais adressent à l'administration royale du commerce 229 demandes de brevet d'invention concernant le textile, dont 116 destinées uniquement à l'amélioration du métier à tisser[q 3]. Ce sont le plus souvent les tisserands qui procèdent à ces études, destinées à améliorer toutes les opérations longues et délicates permettant la réalisation des motifs. Sur les 170 inventeurs[aa 6] qui sollicitent les autorités pour valider une technique, seuls 12 sont des grands marchands[q 4]. Des dessinateurs sont également inventeurs, alliant la recherche stylistique à la recherche technique pour mettre au point de nouveaux tissus. Ainsi, Jean Revel crée dans les années 1730 le point "rentré ou "berclé", qui permet la création de demi-teintes[aa 3]. Le rendu de relief dans le tissu et les nuances de couleur obtenues sont inconnus à cette époque[k 3]. Cette innovation est immédiatement reprise et imitée au Royaume-Uni[ad 6].

Au début du siècle, des systèmes pour faciliter la lecture des dessins et le choix des fils de chaîne concernés par le passage de la navette sont mis au point. Il s'agit du métier Basile Bouchon, exploité à partir de 1725. Un collègue de Bouchon, Jean-Baptiste Falcon, invente le système de cartes perforées portées par un prisme, qui permet de diffuser bien plus vite les motifs complexes d'un atelier à un autre[q 5]. Cette période est également celle qui voit une première tentative de mécanisation des métiers à tisser, grâce à Jacques Vaucanson, dans les années 1740. Cette tentative, rejetée par les ouvriers de la Fabrique, tourne cependant court[e 4]. Ces innovations, pas toujours au point techniquement, ne sont pas toujours adoptées par la Fabrique, mais font partie de l'amélioration continue de la performance des métiers à tisser[w 1].

L'influence du style français et la réussite commerciale de la Fabrique

Le style français, à la suite du prestige qu'il avait acquis sous Louis XIV, gagne sous Louis XV une place plus grande encore sur tous les marchés de luxe d'Europe. Au Royaume-Uni, en Hollande ou en Italie, les centres soyeux du continent se trouvent contraints de copier, avec retard, les tissus français pour réussir à se placer sur le marché de la soie. Malgré la très haute réputation des tisseurs hollandais au début du XVIIIe siècle, malgré les lois interdisant l'entrée de soies françaises en Italie, les marchands lyonnais parviennent à s'imposer sur tous les marchés du continent[ai 2].

Ces marchands pratiquent alors une politique commerciale offensive. Après avoir proposé la nouvelle mode de l'année et en avoir tiré de grands profits, et avant que les soyeux locaux aient pu sortir des tissus imitant leurs motifs, ils bradent fortement leurs résidus pour briser les prix et empêcher les imitateurs de tirer de gros bénéfices de leur travail. Ceci, bien sûr, juste avant l'arrivée de la nouvelle mode qui rend tous les invendus obsolètes et donc encore plus difficiles à écouler correctement[ai 3].

À cette politique commerciale tournée vers les marchés extérieurs s'ajoutent plusieurs décisions royales pour protéger l'industrie françaises du tissage de la soie. En 1711 la monarchie crée une taxe sur l'importation des soies brutes, dont la perception se tient à Lyon avec l'établissement d'une « caisse du droit des étoffes étrangères ». Les soyeux lyonnais protestent en arguant que leur soie devient moins compétitive que les étoffes étrangères. L'État la modifie donc en 1716 en augmentant lourdement les droits sur l'importation des étoffes étrangères, dont la même caisse concentre le recouvrement. Cette attitude protectionniste est adoucie en 1720, mais perdure par la suite[ak 4],[10].

Crises et difficultés : 1750-1770

photo d'une pièce de brocard lyonnais
Brocart de soie lyonnaise (1760-1770).

Entre les années 1750 et 1770, plusieurs crises malmènent les affaires lyonnaises[w 4]. Ces périodes de difficultés commencent peu avant avec la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), puis surtout la guerre de Sept Ans (1756-1763) ; et sont accentuées par de nombreux deuils à la cour ou à des conflits dans les pays du nord grands importateurs de soie lyonnaise[r 2],[k 2]. La crise connait un pic en 1771, avec le conflit entre l'Empire russe, la Pologne et l'Empire ottoman, tous trois importateurs d'étoffes lyonnaises[r 2].

En 1756 est fondée une école des Beaux-arts par l'abbé de Lacroix-Laval et un groupe d'amateurs d'art[i 1]. Elle devient en 1780 l'« École royale académique de dessin pour le progrès des arts et celui des manufactures de la ville de Lyon »[k 3],[n 1] dispensant des cours gratuits[aa 3]. Elle forme de nombreux dessinateurs lyonnais à la peinture classique et à la reproduction des fleurs naturelles dans toutes leurs nuances[w 3]. Ils recherchent toutefois à évoluer pour proposer des nouveautés à leurs commanditaires et clients. « Entre 1750 et 1770, les guirlandes de fleurs et de végétaux, les ramures, les rubans, les cordelières de passementerie... parcourent verticalement les étoffes en mouvements ondulants, méandres ou "rivière" dans le style rocaille »[k 3]. La technique du dessin destiné au tissage est théorisé pour la première fois par Joubert de l'Hiberderie dans son « Manuel du dessinateur pour les fabriques d'étoffes » de 1765[w 3],[11],[12].

Le dessinateur le plus emblématique de cette période est Philippe de la Salle, considéré dans les années 1760 comme le meilleur de sa profession[k 3],[w 3],[ad 7]. Ce dernier, avec bien d'autres, travaille également à l'amélioration technique des métiers à tisser, notamment à l'allègement du travail du tireur de lacs. Il perfectionne également les navettes, d'autres parties du métier et invente le semple amovible[aa 6]. Soutenu comme dessinateur, pédagogue et inventeur par la Fabrique et la ville de Lyon, il reçoit 122 000 livres de leur part pour l'ensemble de ses actions en faveur de la soierie lyonnaise[ak 5]. Sa renommée est telle qu'il est invité à faire une démonstration de tissage aux Tuileries devant Louis XVI, qui l'anoblit en 1775[t 1].

Le renouveau avant la tourmente révolutionnaire : 1770-1790

photo d'une pièce de brocard lyonnais
Brocard de style néoclassique tissé à Lyon en 1785 ayant pour thème : « Les quatre parties du monde ». Conservé au Royal Ontario Museum.

Un renouveau survient à partir du début du règne de Louis XVI et surtout dans les années 1780[r 2], en partie grâce à l'administrateur du garde-meuble Thierry de Ville d'Avray[aa 2]. Persuadé de l'excellence des artisans lyonnais, il établit une série de commandes entre 1785 et 1789 qui restaurent l'activité dans la ville. Ces commandes sont destinées aux appartements royaux de Versailles, à ceux de Rambouillet, de Saint-Cloud et de Compiègne[k 2],[al 1].

Pour s'adapter à l'évolution des goûts, la Fabrique se tourne vers la broderie[aa 5], développant un large secteur de brodeuses sur soie[r 2]. Les marchands-fabricants se tournent également vers l'imitation de techniques qui ont du succès telles le mélange d'autres fibres avec la soie, le moirage du Gros de Tours ou le droguet, dans lequel la chaîne concourt au même titre que la trame à la formation du dessin[t 1].

La Fabrique parvient toutefois à poursuivre sa production traditionnelle de grands façonnés. Le style Louis XVI, dans le mouvement néoclassique qui s'impose à cette époque, se traduit dans la soierie lyonnaise par « des compositions à "pastorale" ponctuées de médaillons et de nœuds de rubans, de style Trianon, tandis que les scènes mythologiques ou les allégories à l'imitation de bas-reliefs ou de camées antiques forment des décors élégants que rythment des arabesques, des guirlandes de perles, des vases, des putti ou tout autres ornements dans le goût de l'antiquité gréco-romaine ». On trouve également des droguets, des pois et des rayures[aa 5]. Les motifs rapetissent, ne dépassant souvent pas deux à trois centimètres, et sont disposés verticalement[ad 7].

Camille Pernon ou Jean-Démosthène Dugourc sont d'importants représentants de ce style[k 4]. Pour satisfaire leur clientèle, les soyeux renouvellent en permanence leurs dessins plutôt que de chercher à développer les soies simples, unies. Les maisons de soies emploient donc des dessinateurs, régulièrement envoyés à Paris pour être au courant des dernières modes et pour proposer aux clients des décors toujours nouveaux. Les règlements tentent de protéger ces dessins, et des demandes aux juridictions les plus hautes mettent en place un droit d'auteur. En 1787, un arrêt du conseil garantit au dessinateur l'exclusivité de son œuvre pour une durée allant de six à vingt cinq ans. Parmi les dessinateurs notables, quelquefois dessinateurs-fabricants, il y a Jacques-Charles Dutillieu, Joseph Bournes, François Grognard, Pierre-Toussaint Dechazelle[t 2].

En cette fin du XVIIIe siècle la réputation des soyeux lyonnais permet d'obtenir à nouveau de larges commandes de cours européennes[k 1], notamment celle de Catherine II de Russie et celle de Charles IV d'Espagne[j 2]. Ainsi, Camille Pernon est introduit par Voltaire à la cour de Russie et il devient l'agent de Catherine II entre 1783 et 1792[t 2],[al 1].

Avec les cycles de prospérité et d'années difficiles, l'idée d'un tarif minimal pour les tissages apparait, et devient une revendication forte[aa 6]. En 1786, la Révolte des deux sous, qui voit à nouveau se confronter maîtres-marchands et ouvriers est sévèrement réprimée. Les autorités réitèrent alors le pouvoir absolu du consulat dans la sanction du commerce entre grands marchands et ouvriers, consulat lui-même largement aux mains des premiers. Le pouvoir royal interdit toute hausse des prix et toute organisation ouvrière[r 3]. Cette révolte, dans son fonctionnement, préfigure les grandes révoltes ouvrières du XIXe siècle[a 5].

À l'aube de la Révolution, on dénombre à Lyon 14 000 métiers à tisser, qui occupent plus de 30 000 tisserands et 30 000 employés pour les activités annexes ; ceci pour une population totale d'environ 150 000 habitants[w 1].

La crise révolutionnaire

gravure du bombardement de Lyon de 1793
Le bombardement de Lyon durant le siège de 1793.

Lyon entre dans la période révolutionnaire en crise. Les années 1787-1788 sont difficiles pour l'industrie soyeuse, la production étant globalement divisée par deux[x 1].

En 1789, lors de la préparation des États généraux, le vote des députés révèle la coupure irrémédiable entre les tisserands et les marchands. Aucun représentant de ces derniers n'est élu, seuls des maîtres-ouvriers se rendent aux États généraux. Dans les cahiers de doléances, ils expriment leur volonté d'une organisation plus juste, désignant les maîtres-marchands comme étant les responsables de leur misère[r 3].

Les tisserands obtiennent un tarif officiel en novembre 1789, et décident de se séparer des marchands en créant une communauté distincte à la Cathédrale Saint-Jean le 3 mai 1790. Ils fondent également de grands espoirs dans la loi du 16 juin 1791 qui supprime les corporations et leurs privilèges. En parallèle, les autorités tentent de protéger les soies françaises en établissant des droits de douanes[r 3].

Toutefois, avec l'exode d'une partie de la noblesse, la Fabrique perd logiquement une grande partie de sa clientèle. La crise s'installe avec l'inflation et la guerre, qui entrave le commerce. Les riches tissus façonnés sont remplacés par des tissus plus simples, unis, décorés de broderies. Le siège de Lyon en 1793 cause un exode terrible, qui obère largement les possibilités de production de la soierie lyonnaise ; d'environ 150 000 habitants, Lyon passe à 102 000 en 1794, et toujours 88 000 en 1800. La répression qui s'en suivi cause la mort de 115 des 400 entrepreneurs en soierie que compte la ville[x 2]. En 1793, l'école royale des beaux-arts est supprimée[i 1].

Entre 1794 et 1799, le monde des marchands-fabricants se reconstitue grâce à l'arrivée de maisons qui travaillent dans d'autres villes françaises. Dès 1794, de Nîme et d'Anduze arrivent les soyeux Laguelline, Ourson et Benoit[x 3]. À la fin de la même année, Guérin s'installe, venant de Saint-Chamond[y 1].

Durant ces années difficiles, pour faire face au manque de main-d'œuvre, les innovations techniques sont soutenues par l'État au travers concours et fondations d'écoles. En particulier, l'école de dessin est recrée en 1795 sous l'appellation d'« école de dessin de la fleur »[i 2]. Les soyeux lyonnais vont chercher des idées auprès des ingénieurs anglais, au sein de la production de tissu en coton et cet élan participe de l'effort de mécanisation de l'outil de production qui aboutit au début du XIXe siècle à la mécanique Jacquart[z 1].

La société lyonnaise durant les Lumières

Vie politique - un consulat soumis au roi

Henry Iv, qui impose son autorité à la ville ligueuse

La vie politique lyonnaise est profondément transformée par l'Édit de Chauny de 1595, imposé par Henri IV. Ce dernier restreint le nombre de membres du consulat, pour les encadrer et les contrôler plus efficacement, le but étant de s'assurer la loyauté d'une ville longtemps ligueuse. Cette réforme aboutit à un consulat de seulement quatre échevins, présidé par un prévôt des marchands. L'élection du consulat est soumis à l'aval du Roi, qui peut ainsi placer à la tête de la ville des personnes qui lui sont favorables et redevables.

Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, la cité est surveillée par deux hommes du roi : le gouverneur et l'intendant.

Le gouverneur a pour fonction de représenter le roi, et dirige les forces militaires locales[N 3]. À Lyon, c'est lui qui influence le choix des membres du consulat pour satisfaire le roi, allant certaines fois jusqu'à choisir directement telle ou telle personne. Il a le pouvoir de casser une élection, s'il estime qu'elle amènerait au pouvoir municipal une personne indocile. Le gouverneur est le plus important relais de l'autorité royale dans la région (contrairement à d'autres régions, où cette place est dévolue à l'intendant et où le gouverneur a désormais un rôle secondaire), et toujours choisi dans la meilleure noblesse locale[a 6]. Cette prééminence trouve son apogée avec Camille de Neufville de Villeroy qui, durant 40 ans, cumule les fonctions de gouverneur et d'archevêque[a 7].

Toutefois, c'est bel et bien le consulat qui gère au quotidien la cité rhodanienne.

Hôtel de ville de Lyon

Celui-ci possède toujours, malgré sa soumission eu roi, un très grand prestige local ; les plus grandes familles œuvrent en permanence pour y accéder. Ce lustre est mis en scène à de nombreuses reprises, notamment lors des entrées royales[a 8]. Présents aux meilleures places lors des processions religieuses, lors des festivités nationales[N 4], leurs membres président toutes les fêtes locales. La construction du fastueux hôtel de ville, place des Terreaux, participe de cette volonté de glorification.

Si les familles importantes de la ville souhaitent entrer au consulat, c'est qu'il est la porte d'entrée pour de grandes carrières, et permet d'offrir places et emplois pour la famille et les amis. L'entrée au consulat confère automatiquement la noblesse, de nombreuses exemptions de taxes et des émoluments importants[a 9]. Durant le XVIIe siècle, le consulat est composé essentiellement d'hommes de loi, issus des administrations, et de rentiers ; ce qui correspond à une période de faiblesse économique de la ville. Au contraire, au XVIIIe siècle, les marchands soyeux réinvestissent fortement les place consulaires, au détriment des rentiers, ceci au moment où les industries de la ville se développent considérablement.

Le consulat gère l'ensemble des services de la cité. Mais leurs décisions les plus importantes sont toujours visées par les agents royaux, et susceptibles d'être refusées. Ainsi, les plus grandes décisions de la cité ne se prennent souvent pas à Lyon, mais avec le gouverneur, et donc à Paris ou Versailles.

Une société en mutation

Au cours des deux siècles de l'absolutisme, Lyon voit sa géographie sociale se transformer, Les zones de richesses passant début XVIIe siècle d'un « axe Change-Pont de Saône-Herberie »[a 10] à un axe Hôtel de ville - Place des Terreaux fin XVIIIe siècle[a 11]. Ce déplacement des élites s'accompagne d'une ségrégation sociale affirmée, des quartiers devenant exclusivement bourgeois, autour des Terreaux et de Bellecour, principalement. Ceci alors que la densité des quartiers populaires augmente considérablement.

Les deux siècles de l'absolutisme voient les troubles sociaux se poursuivre. Certaines émotions sont de classiques mouvements frumentaires, telles les mouvements de l'année 1653. D'autres troubles ont pour origine de nouveaux impôts ou taxes. Pratiquement chaque nouveauté en ce domaine conduit à des échauffourées ou des pillages. En 1632, à deux reprises, une foule se lève pour attaquer les personnes venues de la capitale pour percevoir un nouveau droit. Face à ces révoltes, le consulat se trouve dans une position inconfortable. Il doit tout à la fois protester de sa fidélité au roi, et tenter de conserver une légitimité face aux lyonnais. Il y parvient de moins en moins[a 12], et s'impose de plus en plus par la force[s 1].

La transformation sociale la plus significative survient, au cours du XVIIIe siècle, avec la hausse de la population directement employée à la confection des pièces de soie. Une sensibilité sociale particulière se développe. En effet, le monde de la "Grande Fabrique"[N 5] se développe et se transforme. Les travailleurs de la soie se retrouvent très nombreux, mais également de plus en plus dépendants d'une petite élite de marchands soyeux par lesquels ils sont obligés de passer pour avoir des commandes et accéder aux débouchés. Un nouveau type de conflits se développe donc, au sein d'un groupe assez nombreux pour créer une société à part entière. Une solidarité s'établit, avec des menaces communes (crise de la demande, baisse des tarifs) et un métier commun. Cela débouche sur des contestations nouvelles, non pas liées à une crise, mais qui a lieu durant des périodes fastes, notamment les révoltes de 1717, 1744-45 et 1786. Il s'agit de garantir le revenu face aux donneurs d'ordre, par la création d'un tarif fixe, indépendant des fluctuations de la demande. Confrontées à ces revendications, la justice royale est particulièrement sévère. Ainsi, la Révolte des deux sous du 7 août 1786, est vigoureusement réprimée dès le 10 août par décision du consulat[a 13],[s 1].

Lyon, de la Contre-Réforme aux Lumières

Une vivacité religieuse vigoureuse, puis déclinante

Alphonse Louis du Plessis, frère de Richelieu

1600 - 1750, reconquête catholique et essor des structures religieuses

Lors de la première moitié du XVIIe siècle, après la sortie des crises religieuses, et des soubresauts de la ligue, le pouvoir royal utilise toute son influence pour imposer des archevêques fiables, au profil plus politique que mystique. Les différents prélats qui se succèdent ne résident, en outre, pas beaucoup, étant souvent à la cour du roi, ou en mission pour lui. Cette politique trouve son acmé avec la nomination du propre frère de Richelieu, Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, en 1628. Ils mènent une politique de soutien au pouvoir royal et de reconquête religieuse de l'ensemble de la population. Pour cela, ils appuient activement l'éclosion d'un grand nombre de communautés religieuses, notamment les ursulines, et entreprennent d'améliorer les qualités du clergé du diocèse.

Après eux, le diocèse est dirigé par un membre de l'illustre famille Neufville de Villeroy durant quarante ans : Camille de Neufville de Villeroy (1653-1693). Très présent dans son diocèse[N 6], ce prélat imprime une marque majeure à l'archevêché lyonnais. À l'unisson du pays, la région connait un grand développement religieux, autour de trois axes majeurs : encadrement de tous les fidèles, instruction spirituelle de la population et formation du clergé.

Pour encadrer solidement les fidèles au sein de la religion catholique, l'archevêque s'appuie autant sur les institutions traditionnelles (paroisses, prédicateurs, couvents) que sur des plus récentes, et en particulier sur la Compagnie du Saint-Sacrement[b 1], sur le culte du Sacré-Cœur[b 2] et sur les Jésuites[b 3]. Cette politique porte largement ses fruits ; le jansénisme reste faiblement implanté à Lyon sous son épiscopat[b 2], et le culte réformé est disloqué (à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes) sans heurt[b 4].

L'instruction des populations devient, sous l'épiscopat de Camille de Villeroy une préoccupation importante des élites lyonnaises. Celles-ci passent, pour une grande part, par le collège de la Trinité, dirigé par les Jésuites. Pour le reste de la population, de premières tentatives sont conduites par la Compagnie du Saint-Sacrement au milieu du XVIIe, puis largement élargie par Charles Démia[13], dans les années 1670. Ce dernier est nommé par l'archevêque directeur des écoles du diocèse. Il s'investit dans sa tâche, créant un bureau pour contrôler les études dispensées, organise des examens pour les maîtres, crée ce qui va devenir le séminaire Saint-Charles pour leur formation, et une communauté féminine pour l'instruction des filles. Cet élan décisif crée une première structure d'enseignement primaire dans la région lyonnaise. Il s'accompagne d'autres initiatives menées par les sœurs trinitaires.

Quant à la formation du clergé, Camille de Villeroy poursuit les œuvres entamées par ses prédécesseurs, mais ne consacre pas toute son énergie à cette œuvre[b 5]. Ainsi, la création du séminaire Saint-Irénée, en 1654, n'est pas suivie par un grand développement des études des curés. Il faut attendre son successeur, Claude II de Saint-Georges, pour voir le séminaire prendre une vraie place dans la formation du clergé de base.

En définitive, les efforts entrepris permettent de construire dans la ville et ses environs une foi solide et encadrée. « Considéré vers le milieu du siècle, le diocèse de Lyon apparait en pleine santé et donne le sentiment d'être entré à pleines voiles dans cette nouvelle chrétienté que le catholicisme français édifiait depuis 150 ans[b 3] ».

1750 - 1789, affaiblissement de la pratique religieuse

Durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, le retournement de tendance est flagrant, la vivacité religieuse laissant la place à un assoupissement, tandis qu'irrespect ou indifférence s'immiscent dans la sphère intellectuelle de la région. Ces changements se voient à travers de très nombreux indices, malgré une foi perpétuellement renouvelée en façade.

Le recrutement, dans tous les domaines de la vie religieuse, se tarit lentement. Le sous-diaconat perd son attractivité, passant d'un recrutement de 140 sous-diacres par an dans les années 1730 à 75 seulement en moyenne après 1760. Durant ce demi-siècle, on ne compte plus aucune fondation de congrégations à Lyon, et les existantes peinent à se renouveler. "En trente ans (1759-1789), les couvents de Lyon perdirent 40 % de leurs effectifs, sans compter la disparition des célestins, des antonins et surtout des jésuites[b 6]." L'ordre de grandeur des pertes est similaire pour les congrégations féminines. De manière générale, dans les congrégations, les règles deviennent moins sévères, et les exceptions à ces dernières de plus en plus tolérées. De nombreux prieurés se sécularisent, devenant des maisons de famille pour demoiselles respectables, sans contrainte de clôture, de vœux ou d'austérité[b 7].

De même, les associations laïques s'effacent du paysage public lyonnais, n'organisant plus, par exemple, de grandes manifestations populaires de piété. Les sociétés vendent les biens qu'elles possèdent (comme la société des frères tailleurs en 1777), ne se réunissent plus.

Durant cette période, des courants mystiques jansénistes réapparaissent, mal combattus par l'archevêque Montazet. Mais il ne s'imposent pas non plus dans la ville. Autre symbole du relâchement de la conscience religieuse, une communauté juive se réinstalle en ville lors des années 1780[c 1]. De même, la franc-maçonnerie connaît un certain succès auprès des élites lyonnaises.

De nouvelles lumières

L'essor des arts et sciences

Au XVIIe siècle, en partie sous l'impulsion du collège de la Trinité, tenu par des jésuites, Lyon devient un centre intellectuel de la République des Lettres. La richesse des notables lyonnais en font des amateurs éclairés de tableaux, médailles, et livres. Le XVIIIe siècle lyonnais est marqué par deux inventions majeures qui furent testées chacune en 1783 : le bateau à vapeur et la montgolfière. Dès 1700, L'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon est fondée, entre autres par Pestalozzi, les Jussieu, Fleurieu. Elle est officialisée en 1724 par lettre patente royale. Celle-ci attache une grande importance à de nombreux domaine dont l'agriculture et la botanique. La Société royale d'agriculture de Lyon est donc fondée sur ordre du roi pour diffuser les idées nouvelles liées à cette activité, en 1761[g 1].

En parallèle, les lyonnais développent un grand goût pour le théâtre[a 14]. Des auteurs lyonnais se font connaître, telle Françoise Pascal, et Molière y passe entre 1653 et 1658, avant sa grande période de gloire. Les arts classiques ne sont pas représentés à Lyon par des personnalités majeures. Il n'y a pas, à cette époque à Lyon d'école de peinture ou de sculpture comme il y en a au XIXe siècle par exemple. Les deux artistes marquant de l'époque moderne sont Thomas Blanchet peintre et Jacques-Germain Soufflot architecte.

Lyon, toutefois, connait une activité musicale et théâtrale notable[14]. L'opéra ouvre ses portes en 1688 et donne surtout des spectacles de Lully, tel Phaéton. En 1713, un orchestre s'y installe pour des représentations régulières[h 1]. Il manque toutefois aux élites lyonnaises une grande juridiction à même de structurer des lignées imprégnées de formation classique, elles-mêmes capables de soutenir une réflexion culturelle forte. En 1756, une école gratuite de dessin est fondée par l'abbé de Lacroix-Laval. Elle devient « École royale de dessin pour le progrès des arts et celui des manufactures de la ville de Lyon » en 1780[i 3]. Tout comme Marseille, autre ville de négoce, les institutions culturelles sont donc destinées à répondre à une demande de loisirs imitant la capitale ; non de procéder à des recherches culturelles propres, comme d'autres cités telles Lille, ou Rennes, qui vont plus loin dans le développement d'un milieu artistique[h 2].

Lyon, grand centre maçonnique

Jean-Baptise Willermoz, franc-maçon lyonnais

Avec les lumières, Lyon connait, à l'instar de toutes les grandes cités européennes, un foisonnement maçonnique. Les sources manquent pour situer précisément les premières loges maçonniques lyonnaises, que l'on peut estimer apparaître aux alentours des années 1730[a 15]. Les documents officiels de la maçonnerie montrent celle de Lyon à partir des années 1750, et font apparaître une vie dynamique à partir des années 1770. Les deux principaux animateurs sont Jean-Baptiste Willermoz et Jean Paganucci. Autour d'eux, de nombreuses loges naissent, se scindent ou se réunissent, pour des raisons qui peuvent tenir autant de recherches théoriques qu'à des affinités ou inimitiés sociales. Un bref moment, en 1761, la loge tenue par Willermoz et Paganucci ("La Grande Loge des Maîtres réguliers de Lyon") reçu l'accord de la Grande Loge de France pour s'ériger en mère-loge locale. Après maint conflits de préséance, ce droit de reconnaissance d'autres loges à Lyon leur est retiré en 1765 par le Comte de Clermont. Après une période de flottement, consécutive à une grave scission de la Grande Loge de France, La loge lyonnaise s'investit elle-même du titre de "Grand Orient de Lyon". Cette loge participe grandement (Willermoz, notamment) à la reconstruction du Grand Orient de France[a 14].

Par la suite, en 1774, Willermoz crée une autre loge, le "Directoire de la Province d'Auvergne", issue de l'obédience germanique de la Stricte observance templière. Plus mystique, organisée en grades plus nombreux et hiérarchisés, ce mouvement rencontre un bon succès et prend le pas sur la loge lyonnaise d'obédience française[a 16]. À ces côtés, d'autres loges non régulières s'ouvrent, de tendance et d'origine variées. En définitive, "Entre mille deux cents et mille cinq cent frères résidents semblent une estimation plausible et, sans conteste, Lyon était alors devenue la première ville maçonnique du royaume après Paris, nettement devant Marseille, Toulouse et Bordeaux[a 17],[15]."

Le développement de l'indifférence religieuse, et le basculement d'une certaine élite vers une pensée philosophique critique accompagne la cité rhodanienne vers la Révolution française.

Références

Notes

  1. Le centre bancaire de la ville passe en partie du quartier du Change à la rue Mercière, par exemple.
  2. Malgré la destruction du fossé de la Lanterne, au nord des Terreaux, les lotissements ne montent guère sur les pentes de la Croix-Rousse.
  3. Celles-ci ont été réorganisées en 1579. Le gouverneur dirige les pennons, qui sont alors au nombre de 35. Le plus haut gradé est alors le capitaine pennon. On trouve ensuite le lieutenant pennon, puis le capitaine enseigne (qui porte le pennon). À ces trois grades s'ajoutent ceux de sergents et de caporaux.
  4. Pour la paix de Cateau-Cambrésis, les naissances ou mariages royaux.
  5. On désigne par le terme de Grande Fabrique, à partir du XVIIe siècle, l'ensemble des métiers qui permettent l'élaboration d'une étoffe de soie. Ce terme désigne bien un groupe social hétérogène, mais uni autour d'un même produit.
  6. Au point que Saint-Simon dise de lui : « Il [...] fut peu archevêque et moins commandant que roi en ces provinces, qu'il ne quittait presque jamais ».

Références

Sont présentées ici les références servant de sources directes à l'article.

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  2. a et b Trénard 1958, p. 40.
  • Jean-Louis Gaulin (dir.), Susanne Rau (dir.), Roberto Tolaini et Francesco Battistini, « Lyon et l'Italie séricicole du XVIe au XVIIIe siècle », dans Lyon vu/e d'ailleurs, 1245-1800 : échanges, compétitions et perceptions, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « d'histoire et d'archéologie médiévales » (no 22), , 228 p. (ISBN 978-2-7297-0825-2, notice BnF no FRBNF42245711), p. 193-212
  1. a et b Gaulin et al. 2009, p. 193.
  2. Gaulin et al. 2009, p. 199.
  3. a, b, c et d Gaulin et al. 2009, p. 200.
  4. Gaulin et al. 2009, p. 201.
  5. Gaulin et al. 2009, p. 202.
  • Yves Lequin (dir.), Françoise Bayard et Mathilde Dubesset, « Un monde de soie : Les siècles d'or des fabriques lyonnaises et stéphanoises (XVIIIe-XIXe siècles) », dans 500 années lumière : mémoire industrielle, Paris, Plon, , 503 p. (ISBN 2-259-02447-5), p. 84-129
  • Pierre Cayez, « Entreprises et entrepreneurs lyonnais sous la révolution et l'Empire », Histoire, économie et société, Armand Colin, no 1,‎ , p. 17-27 (ISSN 0752-5702)
  1. Cayez 1993, p. 18.
  2. Cayez 1993, p. 19.
  3. Cayez 1993, p. 22.
  • Serge Chassagne, Veuve Guerin et fils : banque et soie : une affaire de famille : Saint-Chamond-Lyon, 1716-1932, Lyon, BGA Permezel, , 381 p. (ISBN 978-2-909929-38-5, notice BnF no FRBNF43521085)
  1. Chassagne 2012, p. 33.
  • Serge Chassagne, « L'innovation technique dans l'industrie textile pendant la Révolution », Histoire, économie et société, Armand Colin, no 1,‎ , p. 51-61 (ISSN 0752-5702)
  1. Chassagne 1993, p. 51.
  • Maria-Anne Privat-Savigny (dir.), Lyon au XVIIIe siècle : Un siècle surprenant !, Lyon, Musée Gadagne et Somogy Éditions d'art, , 319 p. (ISBN 978-2-7572-0580-8, notice BnF no FRBNF43509536)
  1. a et b Privat-Savigny 2012, p. 93.
  2. a, b et c Privat-Savigny 2012, p. 94.
  3. a, b, c, d, e et f Privat-Savigny 2012, p. 96.
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  5. a, b et c Privat-Savigny 2012, p. 98.
  6. a, b, c et d Privat-Savigny 2012, p. 95.
  • Natalie Rothstein (trad. Michèle Hechter), L'étoffe de l'élégance : Soieries et dessins pour soie du XVIIIe siècle [« Silk designs of the eignteenth century »], Paris, Thames & Hudson, , 220 p. (ISBN 2-87811-021-8, notice BnF no FRBNF35360773)
  1. a et b Rothstein 1990, p. 9.
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  7. a et b Rothstein 1990, p. 203.
  • Liliane Hilaire-Pérez, L'invention technique au siècle des Lumières, Paris, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », , 447 p. (ISBN 2-226-11537-4, notice BnF no FRBNF37186181)
  • Carlo Poni, « Mode et innovation : les stratégies des marchands en soie de Lyon au XVIIIe siècle », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 45, no 3,‎ , p. 589 à 625 (ISSN 0048-8003)
  1. Poni 1998, p. 593.
  2. Poni 1998, p. 596.
  3. Poni 1998, p. 595.
  • Bernard Tassinari, Une Fabrique lyonnaise de soieries : Trois cents ans d'histoire - trois groupes familiaux, Lyon, Bellier, , 302 p. (ISBN 2-84631-263-X)
  1. a et b Tassinari 2011, p. 13.
  • Florence-Patricia Charpigny, « Les dessinateurs en soieries et la Fabrique lyonnaise au XIXe siècle ; Histoire, représentations ; Premières approches », Bulletin du CIETA, Lyon, Centre international d'étude des textiles anciens, no 71,‎ , p. 121-138 (ISSN 1016-8982), (notice BnF no FRBNF34431528)
  1. a et b Charpigny 1993, p. 121.
  2. Charpigny 1993, p. 122.

Autre références

  1. Sur l'œuvre lyonnaise de Soufflot, consulter : Institut d'Histoire de l'Art de Lyon, L’œuvre de Soufflot à Lyon : études et documents, Presses universitaires de Lyon, 1982, Lyon, 431 p., (ISBN 2-7297-0134-6), et notamment pour le quartier Saint-Clair la partie rédigée par Alain Charre et Catherine Servillat p. 21 à 26.
  2. Sur la construction de l'Hôtel de ville, et notamment sur son principal architecte, Girard Desargues, voir Marcel Chaboud, Girard Desargues, bourgeois de Lyon, mathématicien, architecte, ALEAS Éd., Lyon, 1996, 239 p., (ISBN 2-908016-64-8).
  3. Lesley E. Miller, « Paris-Lyon-Paris : dialogue in the design and the distribution of patterned silks in the XVIIIth century », dans Robert Fox and Anthony Turner (dir.), Luxury trades and consumerism, studies in the history of the skilled workforce, Aldershot, Ashgate, 1998, p. 139-167 ; Carlo Poni, Mode et innovation : les stratégies des marchands en soie de Lyon au XVIIIe siècle, Revue d'Histoire moderne et contemporaine, 45, 1998, pp. 589-625.
  4. Alain Cottereau, « The fate of collective manufactures in the industrial world. The silk industries of Lyon and London, 1800-1850 » dans charles F. Sabel et Jonathan Zeitlin (dir.), World of possibilities flexibility and mass production in western industrialisation, Cambridge, Cambridge University press, 1997, p. 75-152.
  5. Liliane Pérez, « Inventing in a world of guilds : the case of the silk industry in Lyon in the XVIIIth century », dans S. R. Epstei; Maarten Prak (dir.), Guilds and innovation in Europe, 1500-1800, cambridge, Cambridge University press, 2008, p. 232-263.
  6. Charles F. Sabel et Jonathan Zeitlin, « Stories, strategies, structures : rethiking historical alternatives to mass production » dans charles F. Sabel et Jonathan Zeitlin (dir.), World of possibilities flexibility and mass production in western industrialisation, Cambridge, Cambridge University press, 1997, p. 1-36.
  7. Carlo Poni, « Moda e innovazione : le strategie dei mercanti di seta di Lione nel secolo XVIII » dans La seta in Europa secc. XIII-XX, Simonetta Cavaciocchi éd. Intituto internazionale di storia economica « F. Datini », Prato, Florence, Le Monnier, 1993
  8. Les premières études sur les différents styles de la mode au XVIIIe siècle ont été conduites par Peter Thorton dans Baroque and rococo silks (1965) et Donald King dans British textile design in the Victoria & Albert Museum (1980).
  9. Charles Ballot, L'introduction du machinisme dans l'industrie française, Paris-Lille, Reider, 1923, réimp. Slatkine reprints, 1978.
  10. On peut également consulter, en anglais, Harold Talbot Parker, The Bureau of Commerce in 1781 and its policies with respect to French industry, Durham, N.C. : Carolina Academic Press, 1979, 206 p., (ISBN 0890890765), page 51 et suiv.
  11. Sur Joubert de l'Hiberderie, on peut consulter la thèse de doctorat d'Histoire de L'Art de Anne-Marie Wiederkehr, Le dessinateur pour les fabriques d'étoffes d'or, d'argent et de soie : témoignage de Nicolas Joubert de l'Hiberderie, dessinateur à Lyon au XVIIIe siècle, Université Lumière, Lyon, 1981
  12. Voir en ligne sur le site de Gallica.
  13. Sur Charles Démia, on peut consulter l'article de Henri Jeanblanc, « Charles Démia et l'enseignement primaire au XVIIe siècle », dans Mélanges André Latreille, Lyon, Université Lyon II, 1972, p. 423 à 444.
  14. Voir, pour cet aspect : Leon vallas, Un siècle de musique et de théâtre à Lyon : 1688-1789, P. Masson, 1932, Lyon, 559 p.
  15. Pour la question de la naissance de la franc-maçonnerie lyonnaise, on peut consulter : André Combes, Histoire de la Franc-maçonnerie à Lyon des origines à nos jours, Éditions des Traboules, 2006, Lyon, 527 p., (ISBN 2-911491-79-3).

Articles connexes

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