Luzia

Lapa Vermelha
Localisation
Pays Drapeau du Brésil Brésil
État Minas Gerais Minas Gerais
Région métropolitaine Belo Horizonte
Municipalité Lagoa Santa
Coordonnées 17° 34′ 52″ sud, 44° 23′ 05″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Brésil

(Voir situation sur carte : Brésil)
Lapa Vermelha
Lapa Vermelha

Luzia est le surnom donné à un squelette humain féminin découvert au Brésil en 1974, datant d'environ 11 500 ans avant le présent, et figurant parmi les plus anciens fossiles humains découverts sur le continent américain. Ce squelette fut surnommé Luzia en raison de son ancienneté et du parallèle avec la découverte en 1974 en Afrique du squelette de Lucy par Donald Johanson et toute une équipe franco-américaine de paléoanthropologues. Sa morphologie crânienne a longtemps été jugée de type paléoaméricain, terme utilisé en Amérique pour décrire une origine australoïde plutôt que mongoloïde.

Historique

Découverte

La Mission archéologique franco-brésilienne de Lagoa Santa, dans le Minas Gerais (Brésil), emmenée par Annette Laming-Emperaire, identifia sept sites à Lapa Vermelha, dont Lapa Vermelha IV, vierge de toute exploration. Un sentier à travers la forêt conduisait à une large paroi rocheuse, où les repérages débutèrent dès 1971. Le squelette de Luzia fut mis au jour dans la caverne Lapa Vermelha IV en 1974-1975. Il s'agissait d'un squelette assez complet qui reçut le nom de code Lapa Vermelha IV-1.

Le Professeur André Prous , qui faisait partie de l'équipe franco-brésilienne et qui a dirigé longtemps après le Secteur archéologique à l'Université des Minas Gerais à Belo Horizonte, se souvient parfaitement des fouilles. « Nous avons trouvé des traces d'occupation humaine dès les premiers mètres. Comme nous trouvions des charbons, nous avions bon espoir de trouver des restes humains. Et, en 1974, ce furent les premiers ossements, suivis l'année d'après par le crâne, un peu plus bas. Des restes fossilisés, à 13 m de profondeur, qui devaient se révéler appartenir à la même personne, une femme de 20 à 25 ans, mesurant 1,50 m, qui faisait partie d'un groupe de cueilleurs et chasseurs, peut-être victime d'un accident ou d'un animal. »

En 1977, Annette Laming-Emperaire mourut accidentellement, sans avoir eu le temps de publier beaucoup d'éléments sur ses fouilles dès lors interrompues. Quant à André Prous, il va pendant plusieurs années fouiller d'autres sites voisins, où il mettra au jour de magnifiques peintures pariétales datées de 10 000 ans.

Première analyse

Luzia, modelée par l'artiste Cicero Moraes

Il faudra attendre 1995 pour que l'étude du squelette de Lapa Vermelha IV reprenne. Walter Neves, du Laboratoire d'Études de l'Évolution Humaine de l'Université de São Paulo, remarqua l'absence sur ce squelette de certaines caractéristiques qui définissent les individus plus modernes : le crâne est étroit et ovale, le visage avancé et prognathe. Il demanda à Richard Neves, spécialiste en anthropologie et médecine légale à l'Université de Manchester, une reconstitution par tomographie informatique.

Présentée en mars 1999, la physionomie reconstruite de Luzia fit le tour du monde : elle ressemblait aux Africains ou aux Aborigènes australiens. Cette reconstitution soumise à l'American Association of Physical Anthropologists révolutionna les théories établies sur les premiers peuplements américains.

Il est en fait impossible de reconstituer la couleur de la peau de Luzia en l'absence de tissus. Il faut tenir compte des migrations antérieures pour appuyer la thèse de la migration australoïde. Si l'on considère que l'homme moderne a entrepris sa longue marche depuis l'Afrique, la présence d'humains de type australoïde dans la migration américaine parait moins surprenante. D'une part, l'Asie du Sud-Est est une vaste mosaïque ethnique qui montre les traces d'anciens peuples dits negritos. D'autre part, la survivance de petits groupes d'hommes à la peau foncée est attestée dans le sud de la Chine il y a encore 3 000 ans ; rien de surprenant à cela si l'on observe le peuplement de certaines iles d'Insulinde et plus loin de l'Australie.

Les Paléoaméricains

La terminologie "Paléoaméricains" est issue de la terminologie anglo-américaine "Paleoamerican". Ce terme désigne les populations non-mongoloïdes (non-paléoindiennes) qui auraient vécu en Amérique du Nord et du Sud pendant la dernière glaciation. Le modèle morphologique des Paléoamericains s'apparente au type australoïde.

La présence humaine est attestée au Brésil il y a quelque 60 000 ans. Les peintures rupestres de la grotte de Pedra Furada, dans le Parc national de la Serra da Capivara, situé au Sud-est de l'État du Piauí (centre du Brésil), indiquent une période se situant entre 60 000 ans et 55 000 ans. Les peintures qui ornent cette grotte représentent des images de tatous géants ou glyptodons, qui se sont éteints avant la dernière période glaciaire. Elles montrent également la peinture la plus ancienne d'un bateau dans le monde. Cette région est riche en sites préhistoriques s'échelonnant vers les mêmes dates.

La découverte du squelette de Luzia et de 75 crânes mis au jour près du même site de fouilles, permet, après de nombreuses études internationales, de dater les plus vieux squelettes d'Amérique du Sud dans une fourchette de temps allant de 20 000 ans à 35 000 ans pour les plus anciens. Les restes de Luzia et de ses semblables auraient présenté des caractéristiques négroïdes. D'autres crânes mis au jour en Basse-Californie, sur les divers sites de Baja California, révèleraient une morphologie identique. Les scientifiques américains pensent que ces paléoaméricains pourraient être arrivés pendant la glaciation de Würm, avant une deuxième vague de peuplement de type mongoloïde (les paléoindiens et leurs descendants amérindiens).

Les 250 squelettes et crânes découverts dans le site de Cerca grande, situé dans le karst de Lagoa Santa dans le Minas Gerais au Brésil, confirmeraient les origines non-mongoloïdes de ces premières populations. Les résultats des analyses morphologiques comparatives basées sur neuf crânes de Cerca grande indiquent une similarité avec celui de Luzia. La région du Minas Gerais regorge de nombreux sites préhistoriques avec une excellente conservation des squelettes et artefacts du Pléistocène et de l'Holocène. Les analyses stratigraphiques ont permis de dater les squelettes humains de Cerca grande du début de l'Holocène, entre 12 000 et 8 000 ans.

Ces résultats scientifiques ne révolutionnent pas l'idée généralement admise du peuplement de l'Amérique du Sud via le détroit de Bering et l'Amérique du Nord. Ils donnent en revanche un nouvel éclairage sur les vagues de peuplement en provenance d'Asie à la faveur des épisodes glaciaires et de réchauffement climatique.

Conservation

Le squelette était exposé au Musée national du Brésil, à Rio de Janeiro, qui a été entièrement détruit par un incendie le 2 septembre 2018.

Références

Voir aussi

Liens externes