Lou Andreas-Salomé

Lou Andreas-Salomé
Salome1914.jpg
Lou Andreas-Salomé
Biographie
Naissance
Décès
(à 75 ans)
Göttingen
Sépulture
Stadtfriedhof (en)
Nom de naissance
Lioulia von Salomé
Nationalité
Activités
Conjoint
Friedrich Carl Andreas (en) (à partir de )
Autres informations
Domaine
Maître
Influencée par
Göttingen Stadtfriedhof Grab Andreas-Salome.jpg
Vue de la sépulture.

Lou Andreas-Salomé, née Louise von Salomé ou Lioulia von Salomé ou Luíza Gustavovna Salomé (russe Луиза Густавовна Саломе) le à Saint-Pétersbourg et morte le à Göttingen, est une femme de lettres allemande d'origine russe. Lou Andreas-Salomé est relativement méconnue pour son oeuvre propre de romancière, essayiste, auteur pour enfants,nouvelliste, et même psychanalyste. Elle est en revanche célèbre pour les nombreux personnages de la culture germanophone de son temps qu'elle fréquente et qui l'admirent, et devient dans l'histoire culturelle occidentale une figure de l'égérie qui a déchaîné de nombreuses passions amoureuses. Devenue célèbre, elle se fait appeler Lou.

Biographie

Son père Gustav Salomé (1804-1879) était issu d'une famille de huguenots originaire d'Avignon qui avait quitté la France après la révocation de l'édit de Nantes pour aller s'établir à Magdebourg puis dans les pays baltes[1]. À l'âge de six ans, il fut envoyé à Saint-Pétersbourg pour y recevoir une éducation strictement militaire. Après s'être distingué par sa vaillance au cours de l'insurrection polonaise de 1831, il fut élevé à la noblesse héréditaire par le tsar Nicolas Ier. Ayant obtenu le grade de général, il entra dans l'état-major d'Alexandre II, qui le nomma inspecteur des armées. En 1844, il épousa Louise Wilm (née et décédée à Saint-Pétersbourg, 1823-1913) « fille d'un opulent fabricant de sucre d'origine danoise et nord-allemande »[2], avec qui il eut six enfants : cinq garçons et, en 1861, une fille qu'ils prénommèrent Louise.

Lou à l'âge de 16 ans

La petite Louise grandit, « entourée d'uniformes d'officiers »[3], pour une large part à l'écart de la société russe, dans la petite communauté d'émigrés germanophones, pour laquelle son père avait obtenu du tsar l'autorisation de créer une Église réformée, devenue « une sorte de bastion de la foi pour les familles étrangères ».

Parlant et écrivant essentiellement en allemand, mais connaissant évidemment le russe et le français (langue de la haute société) et fréquentant l'école privée anglaise, elle n'en avait pas moins « le sentiment d'être russe ». Elle lit très jeune Spinoza et Kant. À 17 ans, elle perd son père qu'elle aimait passionnément et abandonne la foi religieuse. Elle prend alors pour premier maître le pasteur Heinrich Gillot, nouvelle figure paternelle, qui lui enseigne la théologie, la philosophie, les religions du monde, la littérature française et allemande. Gillot la convertit à la religion luthérienne et vit un amour platonique avec la jeune fille, au point de vouloir divorcer de sa femme pour l'épouser, ce que Louise, choquée, refuse. Salomé et sa mère partent alors pour Zurich où elle s'inscrit à l'université (seule université européenne à accepter des femmes à cette époque) : se prénommant désormais Lou (diminutif donné par Gillot), elle suivit notamment des cours de logique, d’histoire des religions et de métaphysique[1].

Sa rencontre avec Nietzsche

De gauche à droite, Lou von Salomé, Rée et Nietzsche (1882)

Malade, sa mère l'emmène faire un séjour au soleil d'Italie. À vingt et un ans, elle y fait la rencontre de Friedrich Nietzsche, trente-huit ans, qui, durant l’année 1882, vit sa seule véritable histoire d’amour, dans une escapade à trois avec Paul Rée, un riche philosophe allemand qui demande en vain Lou en mariage[4].

L’amour des trois intellectuels reste cependant platonique. Elle a en commun avec Nietzsche d’avoir réfléchi à la mort de Dieu suite au décès de son père, une passion pour l’hindouisme et une santé faible qu’elle ne peut soigner qu’en Italie, où elle fait de nombreux voyages… Lou et Nietzsche passent trois semaines d’errance à discuter de philosophie.

Nietzsche voit en Lou une jeune femme remarquablement douée et en même temps insupportable. C'est finalement Elisabeth Nietzsche, la sœur du philosophe, qui écarte la jeune Russe : d'une jalousie maladive, elle empoisonne leur relation et accuse à tort Lou Andreas-Salomé d'être une « juive finnoise » (Elisabeth Nietzsche adhérera en juillet 1933 à l'association « aryenne » des écrivains du Troisième Reich[5]). Friedrich Nietzsche ne pardonnera jamais à sa sœur d'avoir brisé cette relation. Nietzsche sombre alors dans une profonde dépression et va écrire Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra).

Toujours en Italie, Lou rencontre l'iraniste allemand Friedrich Carl Andreas , en 1886. Cet orientaliste tombe amoureux d'elle, au point de menacer de se suicider si elle refuse de l'épouser. Elle consent au mariage, à la condition qu'il ne soit jamais consommé sexuellement. Le 20 juin 1887, Lou force son ancien maître, le pasteur Hendrik Gillot, à célébrer son mariage avec Friedrich Carl Andreas[1].

La muse de Rilke

Lou et Rilke en Russie, 1900

En 1897, à trente-six ans, elle rencontre Rainer Maria Rilke, qui a vingt deux ans. Pour Rilke, cette rencontre occupe une place déterminante dans sa vie. Elle voyage avec lui en Russie, en 1900. Leur relation amoureuse dure trois ans, puis se transforme en une amitié, qui se prolongera jusqu'à la mort de Rilke, et dont témoigne leur correspondance. Il est probable, mais non certain, que Rilke ait été son premier amant[6].

Ses rencontres avec des figures de premier plan de la culture germanique de son temps ont fait ombrage à la connaissance de son œuvre, autant méconnue que profondément originale. Y voisinent les romans : Ruth (1895), Enfant des hommes (1899), Rodinka (1922) ; des essais sur Nietzsche, sur Léon Tolstoï, sur Rilke, sur la psychanalyse, sur le féminisme ; une autobiographie qu'elle a voulue posthume, Ma vie (1951), et une très importante correspondance.

L'amie de la famille Freud et la psychanalyse

Eugen BleulerLou Andreas-SaloméEmma JungToni WolffFranz RiklinOtto RankLudwig BinswangerIsidor SadgerOskar PfisterSándor FerencziCarl Gustav JungJames Jackson PutnamErnest JonesWilhelm StekelLudwig JekelsMax EitingonSigmund FreudKarl AbrahamAlphonse MaederAbraham A. BrillPaul FedernEduard Hitschmann
Congrès de Weimar, 21.09.1911 Naviguez sur l'image pour connaître le nom des personnes: Lou Andreas-Salomé est assise au 1er rangv • d •

Sa rencontre avec Sigmund Freud, en 1911, durant les années de naissance de la psychanalyse, est également marquante. Lou Andreas-Salomé devient l’amie de la fille du psychanalyste, Anna Freud.

Lou entretient une correspondance avec le médecin viennois. Plus tard, elle s’opposera à lui au sujet de la religion, qui intéresse Freud à la fin de son œuvre.

Elle meurt à près de soixante-seize ans dans une Allemagne dominée par l'idéologie nazie. Les autorités national-socialistes ont refusé que les cendres de Lou Andreas-Salomé soient dispersées dans le jardin de sa maison qu'elle appelle Loufried. Elles sont déposées au cimetière de Göttingen, aux côtés de Friedrich Carl Andreas, son époux.

Œuvres

  • Im Kampf um Gott (1885)
  • Henrik Ibsens Frauengestalten (1892)
  • Friedrich Nietzsche in seinen Werken (1894)
  • Ruth (1895)
  • Jesus der Jude (1895)
  • Aus fremder Seele (1896)
  • Fenitschka (1898)
  • Eine Ausschweifung (1898)
  • Menschenkinder (1899)
  • Ma (1901)
  • Im Zwischenland (1902)
  • Die Erotik (1910)
  • Vom frühen Gottesdienst (1913)
  • Zum Typus Weib (1914)
  • Anal und Sexual (1916)
  • Psychosexualität (1917)
  • Drei Briefe an einen Knaben (1917)
  • Narzißmus als Doppelrichtung (1921)
  • Das Haus. Eine Familiengeschichte vom Ende des vorigen Jahrhunderts (1921)
  • Die Stunde ohne Gott und andere Kindergeschichten (1922)
  • Der Teufel und seine Großmutter. Traumspiel (1922)
  • Rodinka. Eine russische Erinnerung (1923)
  • Rainer Maria Rilke. Buch des Gedenkens (1928)
  • Mein Dank an Freud. Offener Brief (1931)
Traductions françaises
  • Correspondance avec Sigmund Freud, 1912-1936, suivie du Journal d'une année, 1912-1913, Gallimard, 1970
  • Ma vie : esquisse de quelques souvenirs (édition posthume par Ernst Pfeiffer), Presses universitaires de France, 1977
  • Friedrich Nietzsche, Paul Rée, Lou von Salomé, Correspondance (édition établie par Ernst Pfeiffer, Presses universitaires de France, 1979)
  • L'Amour du narcissisme. Textes psychanalytiques, traduction de Isabelle Hildebrand, Préface de Marie Moscovici, Paris, Gallimard, 1980. Textes traduits:
    • D'un premier culte (1913)
    • Du type féminin (1914)
    • « Anal » et « Sexuel » (1915)
    • Le narcissisme comme double direction (1921)
    • Le 6 mai 1926, soixante-dixième anniversaire de Freud (1927)
    • Ce qui découle du fait que ce n'est pas la femme qui a tué le père (1928)
    • Le malade a toujours raison (1933)
  • Carnets intimes des dernières années (texte établi par Ernst Pfeiffer), Hachette, 1983
  • Eros, éditions de Minuit, 1984
  • Fenitchka suivi de Une longue dissipation, Des femmes, 1985
  • Lettre ouverte à Freud, Seuil, 1987
  • Rodinka. Souvenirs russes, Des femmes, 1987
  • Rainer Maria Rilke, Sell, 1989
  • Création de Dieu (réunissant Création de Dieu, De la bête au Dieu, Le problème de l'islam, Jésus le Juif et L'égoïsme dans la religion), Sell, 1991
  • En Russie avec Rilke 1900 : journal inédit (texte établi par Stéphane Michaud et Dorothée Pfeiffer), Seuil, 1992
  • Friedrich Nietzsche à travers ses œuvres, Grasset, 1992
  • La Maison, Des femmes, 1997
  • Jutta, Seuil, 2000
  • À l'ombre du père : Correspondance avec Anna Freud, 1919-1937, Hachette, 2006
  • La Cape magique, Des femmes, 2007
  • L'Heure sans Dieu et Autres Histoires pour enfants (1922), traduction de Pascale Hummel

Annexes

  • Lou Andreas-Salomé (Film) 

Bibliographie

  • Dorian Astor, Lou Andreas-Salomé, coll. Folio biographies, Gallimard, 2008. (ISBN 978-2-07-033918-1)
  • Agnès Besson, Lou Andreas-Salomé, Catherine Pozzi, Deux femmes au miroir de la modernité, L'Harmattan, coll. Ouverture philosophique, 2010. (ISBN 978-2268069333)
  • Liliana Cavani, Au-delà du bien et du mal, film, 1977.
  • Françoise Giroud, Lou : histoire d'une femme libre, (ISBN 225307277X).
  • François Guery, Lou Salomé, génie de la vie, Calmann-Lévy, 1978, (ISBN 2-7021-0237-9); réédition : Éditions des femmes, 2007, (ISBN 2-7210-0543-X)
  • Michel Meyer, Lou Andreas von Salomé, la femme océan, éditions du Rocher, 2010
  • Stéphane Michaud, Lou Andreas-Salomé, éd. Biographie Seuil, 2000, (ISBN 2-02-023087-9).
  • H.F. Peters, Ma sœur, mon épouse (My sister, my Spouse, New York 1962), Gallimard, 1967.
  • Ernst Pfeiffer, Nietzsche, Rée, Salomé : correspondance, PUF, 1979.
  • Yves Simon, Lou Andreas-Salomé, éd. Mengès, 2004, coll. Destins, (ISBN 2-85620-443-0)
  • Anne Verougstraete: Lou Andreas-Salomé et Sigmund Freud. Une histoire d'amour, L'Harmattan, 2005, (ISBN 2-7475-8267-1)
  • Irvin Yalom, Et Nietzsche a pleuré, Galaade Éditions, 2007 ((en) When Nietzsche Wept, 1992) (ISBN 978-2-35176-039-0)

Liens externes

Notes et références

  1. a, b et c Isabelle Mons, Lou Andreas-Salomé : En toute liberté, Librairie académique Perrin, , 364 p. (ISBN 2262032432)
  2. H.F. Peters, Das Leben der Lou Andreas-Salomé, Munich, Kindler, 1964. Trad. : Ma sœur, mon épouse, Paris, Gallimard, 1967.
  3. Lou Andreas-Salomé, Ma vie. Esquisse de quelques souvenirs, Paris, PUF, 1977, p.60.
  4. Muriel Steinmetz, « Mais qui est Lou Andreas-Salomé ? », 1er juin 2000
  5. (en) Anthony Powell, Under Review : Further Writings on Writers, University of Chicago Press, (ISBN 0-226-67712-5), p. 440.
  6. Julia Vickers, Lou von Salomé. A biography of the woman who inspired Freud, Nietzsche and Rilke, MacFarland, 2008, p. 112. En ligne sur Google Books.