Les Misérables (film, 2019)

Les Misérables
Réalisation Ladj Ly
Scénario Giordano Gederlini
Ladj Ly
Alexis Manenti
Acteurs principaux

Damien Bonnard
Alexis Manenti
Djibril Zonga

Sociétés de production SRAB Films
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre drame policier
Durée 102 minutes
Sortie 2019

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Misérables est un drame policier français coécrit et réalisé par Ladj Ly, sorti en 2019[1]. Il s'agit de son premier long métrage de fiction.

Résumé détaillé

Stéphane, qui est policier, quitte Cherbourg pour se rapprocher de la mère de son fils. Il intègre la brigade anti-criminalité de Montfermeil où il fait équipe avec Chris et Gwada. Alors que le trio fait sa tournée journalière, ils rencontrent les différentes personnes influentes du quartier. Stéphane prend lentement ses marques, alors que Chris le provoque, le met à l'épreuve et agit en caïd auprès de la population pour se faire respecter.

La journée est émaillée par une altercation entre les gitans d'un cirque et les habitants de la cité. Un garçon à la peau noire aurait volé le lionceau Johnny du cirque, et les gitans les menacent de représailles si le lionceau n'est pas ramené dans les 24 heures. Le trio de la BAC s'interpose et Chris promet de s'occuper de l'affaire.

Durant leurs recherches, ils tombent sur un compte Instagram partageant des photos du lionceau dans les bras du jeune Issa. Ils retrouvent celui-ci sur le terrain de football. Mais, tentant de l'interpeller, une vingtaine de jeunes s'y opposent et Issa parvient à s'enfuir. Après une poursuite dans les rues de la cité, Issa est rattrapé et menotté. Mais les policiers sont à nouveau pris à parti et caillassés. Gwada tire à bout portant au LBD sur Issa, le touchant à la tête.

Le trio réalise alors qu'un drone est en train de les filmer. Pour tenter d'étouffer l'affaire, Chris refuse d'emmener Issa à l'hôpital et ordonne de retrouver d'abord la vidéo. Ils se rendent chez un indic pour obtenir plus d'informations sur le propriétaire du drone. Stéphane se rend dans une pharmacie pour tenter de soigner la blessure d'Issa qui reprend peu à peu conscience. Ils parviennent à identifier puis retrouver la trace de Buzz, l'adolescent propriétaire du drone. À leur arrivée, Buzz s'enfuit et sème Chris parti à sa poursuite. Il se réfugie dans un restaurant kebab et confie la carte mémoire contenant la vidéo à Salah, le gérant du restaurant, délinquant repenti et très respecté dans la cité. Alors que Chris essaie d'obtenir la carte par la menace et la force, Stéphane parvient à négocier avec Salah pour récupérer la carte. Invoquant un accident et assurant qu'Issa est maintenant hors de danger, un compromis est possible.

Le lionceau est alors repéré et la BAC parvient à le retrouver. Comme promis, ils le ramènent au cirque, sain et sauf. Mais le gérant du cirque prend à partie Issa et l'enferme dans la cage du lion. Stéphane met alors en joue le lion, menaçant de le tuer, pour assurer la protection d'Issa. Le gérant relâche Issa (non sans que ce dernier ait eu peur au point de s'uriner dessus). Issa est ensuite relâché par le trio, Chris lui ordonnant de dire à son entourage qu'il s'est blessé tout seul en tombant. La journée s'achève, chacun rentre chez soi. Plus tard, Stéphane et Gwada se retrouvent dans un bar. Stéphane demande des comptes à Gwada sur la bavure. Gwada lui explique avoir paniqué, pété un câble, tiré sans réfléchir. Stéphane lui reproche de ne pas prendre sa responsabilité mais lui confie la carte.

Le lendemain, alors qu'ils font leur tournée en voiture, ils sont pris à parti par des jeunes. Après qu'un feu d'artifice a été tiré dans leur voiture, ils en sortent et coursent les jeunes dans un immeuble. Très vite, un piège se referme sur eux, encerclés à un étage et essuyant des jets de projectiles et autres caddies, et de feux d'artifice. Malgré les tirs de grenade de désencerclement et de LBD, ils ne parviennent pas à s'extirper, Chris est blessé à l'œil par une bouteille. Stéphane tambourine à une porte voisine, espérant de l'aide. C'est l'appartement de Buzz... Alors qu'il s'apprête à leur ouvrir, Issa arrive à l'étage supérieur, cocktail molotov à la main, prêt à le lancer sur eux. Stéphane sort son pistolet et tente de le raisonner, le tenant en joue. Les deux semblent hésiter à passer à l'acte, sous le regard de Buzz, voyant la scène à travers le judas de la porte.

Le film s'achève alors sur une citation des Misérables de Victor Hugo :

« Mes amis, retenez ceci : il n'y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, il n'y a que de mauvais cultivateurs. »

— Les Misérables, Victor Hugo

Fiche technique

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  • Titre original : Les Misérables
  • Réalisateur : Ladj Ly
  • Scénario : Giordano Gederlini, Ladj Ly et Alexis Manenti
  • Photographie : Julien Poupard
  • Montage : Flora Volpelière
  • Producteurs : Toufik Ayadi et Christophe Barral
  • Producteurs associés : Benoit Quainon, Sylvie Pialat, Antoine Pialat
  • Société de production : Srab Films
  • Coproducteurs : Rectangle Productions et Lyly Films
  • Société de distribution : Le Pacte (France)
  • Ventes internationales : Wild Bunch
  • Pays d'origine : Drapeau de la France France
  • Langue originale : français
  • Format : couleur - 2,35:1 - 35 mm - Dolby Digital
  • Durée : 102 minutes
  • Genre : drame policier
  • Dates de sortie :

Distribution

  • Damien Bonnard : Stéphane
  • Alexis Manenti : Chris
  • Djibril Zonga : Gwada
  • Issa Perica : Issa
  • Al-Hassan Ly : Buzz
  • Steve Tientcheu : Le Maire
  • Almamy Kanoute : Salah
  • Nizar Ben Fatma : La Pince
  • Jeanne Balibar[2] : La commissaire

Production

Genèse et développement

Il s'agit du premier long métrage de Ladj Ly, qui avait œuvré auparavant dans le court métrage, notamment au sein de Kourtrajmé. Les Misérables est d'ailleurs l'adaptation d'un court métrage du même nom tourné en 2016 - avec certains acteurs également présents dans le long tel Djibril Zonga[3] - primé notamment au festival international du court métrage de Clermont-Ferrand et nommé au César du meilleur court métrage en 2018[2].

Le film est inspiré par des violences policières filmées par Ladj Ly. Le à Montfermeil deux policiers du commissariat de Gagny ont été poursuivi pour « violences volontaires par dépositaire de l'autorité publique, avec arme et en réunion » envers Abdoulaye Fofana, alors menotté, un étudiant en BTS de 20 ans habitant la cité des Bosquets et qui a subi une incapacité totale de travail (ITT) de deux jours. Les policiers, placés sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer leur métier le , sont réintégrés dans la police le , mais n'ont pas le droit d'exercer en Seine-Saint-Denis et de porter une arme[4]. En novembre 2010, le parquet requiert six à huit mois de prison avec sursis pour les auteurs des coups et trois mois pour un troisième policier pour ne pas les avoir empêchés[5]. Le tribunal correctionnel de Bobigny condamne les deux policiers coupables de violences à quatre mois de prison avec sursis, ainsi qu'à verser 3 600 euros de dommages et intérêts à leur victime frappée à quatre reprises[6].

Ladj Ly déclara que Les Misérables est le premier volet d'une trilogie sur la banlieue, qu'il souhaite réaliser avec la même équipe de production. Le second volet devrait être un biopic sur Claude Dilain, maire socialiste de Clichy-sous-Bois, le troisième volet devrait se passer dans les années 1990[7].

Distribution des rôles

Tournage

Le tournage a lieu en été 2018, principalement à Clichy-sous-Bois et Montfermeil[2].

Accueil

Critiques

Pour Jean-Claude Raspiengeas de La Croix, « Les Misérables est un coup de poing. Impressionnant à tous égards, il devient d'entrée un candidat sérieux pour la Palme d'or à Cannes. […] Quelle claque ! Cette décomposition, vécue de l'intérieur, d'une bavure policière à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) bouscule les idées reçues et plonge littéralement le spectateur au cœur de la complexité du réel[8]. »

Pour Yannick Vely de Paris Match, « l'approche documentaire est d'ailleurs le point fort des Misérables. […] Oui, ce qui est montré dans le film est d'un réalisme qui devrait nous interroger[9]. »

La journaliste du Monde, Véronique Cauhapé, salue la « virtuosité » du réalisateur et apprécie le contraste du début du film sur la liesse collective après la victoire de l'équipe de France de football lors de la Coupe du monde de 2018 et l'enchaînement dramatique à la mort d'un jeune homme par la police, puis une fin « paroxystique »[10].

Nicole Gabriel note dans Jeune Cinéma : « Non seulement les prises de vue sont somptueuses, les mouvements de caméra dynamiques, les points de vue inhabituels, le montage extrêmement efficace, mais le casting est digne d’une production internationale[11]. »

Dans les Cahiers du cinéma, Stéphane Delorme note que le premier long métrage de fiction de Ladj Ly « est un film urgent, brûlant, bouillonnant, mais aussi un film extrêmement dense qu'il faut déplier », ajoutant qu'il est aussi « passionnant  pour la tension qui le sous-tend, entre l'idée que la cité est un lieu comme un autre et l'idée que non […] Il faut lutter sur deux fronts : casser les clichés pour montrer que c'est un lieu comme un autre, et non un lieu au ban, que les gamins y sont les mêmes que partout[12]. »

Dans un ensemble de critiques très laudatives, Josué Morel de Critikat est plus nuancé[14] : « Indéniablement, il manque quelque chose aux Misérables pour livrer une réflexion qui parviendrait à tenir sa complexité et à construire un regard nuancé sans passer par un aplanissement généralisé. Mais il faut reconnaître aussi qu’on n’attendait certainement pas que le film soulève autant de beaux problèmes » ; et renvoie dans une note à De bruit et de fureur, de Jean-Claude Brisseau.

Sélection

Le , le film est sélectionné pour représenter la France à l'Oscar du meilleur film international lors de la 92e cérémonie[15]. La liste restreinte avec dix films présélectionnés sera annoncée le , les nominations seront annoncées le [16].

Réactions politiques

Le Journal du dimanche révèle qu'Emmanuel Macron a été « bouleversé par la justesse » des Misérables au point qu’il « demande au gouvernement de se dépêcher de trouver des idées et d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers[17]. »

Des personnalités comme Jean-Louis Borloo soutiennent le film[18], et Valérie Pécresse écrit dans un tweet :

« Fière que la région ait soutenu #LesMiserables un film vrai sur la banlieue, qui nous alerte sur l’absolue nécessité d’un plan pour les banlieues qui fasse disparaître les quartiers ghettos, avec une vraie stratégie a dix ans ![18] »

Distinctions

Prix

Nomination

Notes et références

  1. Les Misérables sur Allociné.
  2. a b et c Carole Sterlé, « Montfermeil : Ladj Ly dans la cour des grands, à Cannes ! », sur Le Parisien, (consulté le 21 avril 2019).
  3. Djebril Zonga, jamais deux vies sans trois, Bondyblog.fr, 19 novembre 2019, par Nesrine Slaoui
  4. « Bavure de Montfermeil : les deux policiers réintégrés », sur nouvelobs.com, (consulté le 18 mai 2019)
  5. Émilie Guédé, « Bavure de Montfermeil: "Le procureur a défendu les policiers" », sur lesinrocks.com, (consulté le 18 mai 2019)
  6. Augustin Scalbert, « Bavure de Montfermeil : deux policiers condamnés », sur nouvelobs.com, (consulté le 18 mai 2019)
  7. « Ladj Ly confirme sa trilogie sur la banlieue », sur Ecran Noir,
  8. Jean-Claude Raspiengeas, « Cannes 2019 : «Les Misérables», de l’autre côté du périph », sur La Croix, (consulté le 16 mai 2019).
  9. Yannick Vely, « Les Misérables de Ladj Ly - la critique - Festival de Cannes », sur Paris Match, (consulté le 16 mai 2019).
  10. Véronique Cauhapé, « Festival de Cannes 2019 : « Les Misérables », électrochoc sur La Croisette », sur lemonde.fr, (consulté le 18 mai 2019)
  11. Jeune Cinéma, no 395, été 2019
  12. Cahiers du cinéma, no 760, novembre 2019, p. 7-9
  13. Voir sur critikat.com.
  14. « Les Misérables de Ladj Ly représentera la France aux Oscars », sur leparisien.fr, consulté le 20 septembre 2019.
  15. A. F. P. agence et Le Figaro, « Les Misérables représentera finalement la France aux Oscars », sur Le Figaro.fr, (consulté le 20 novembre 2019).
  16. Voir sur huffingtonpost.fr.
  17. a et b Voir sur actu.fr.
  18. Thomas Sotinel, « Festival de Cannes 2019 : la Palme d’or revient à « Parasite », le Grand Prix à « Atlantique » », sur Le Monde, (consulté le 26 mai 2019).
  19. Le Prix CST de l’Artiste-Technicien 2019, sur cst.fr, consulté le 15 septembre 2019
  20. COMMUNIQUÉ DU JURY DU PRIX DES CINÉMAS ART ET ESSAI, sur art-et-essai.org, consulté le 15 septembre 2019
  21. « Festival de Deauville. Le film « Bull », d’Annie Silverstein, primé trois fois », sur Ouest France, (consulté le 14 septembre 2019).
  22. Festival du cinéma américain de Deauville 2019 - Palmarès

Liens externes