Le Tartuffe ou l'Imposteur

Le Tartuffe
ou
l'Imposteur
Molière en 1664. Dessin de Charles Courtry, d'après un tableau de Michel Corneille le Jeune.
Molière en 1664. Dessin de Charles Courtry, d'après un tableau de Michel Corneille le Jeune.

Auteur Molière
Genre Comédie
Nb. d'actes 5 actes en vers
Lieu de parution Paris
Éditeur Jean Ribou
Préface Molière
Date de parution 23 mars 1669
Date de création en français
Lieu de création en français Théâtre du Palais-Royal
Compagnie théâtrale Troupe du Roy au Palais-Royal
Rôle principal Molière, Du Croisy

Le Tartuffe ou l'Imposteur est une comédie de Molière en cinq actes et en vers créée le sur la scène du Théâtre du Palais-Royal.

Une première version en trois actes, dont on ne possède pas le texte, avait été donnée, sous le titre Le Tartuffe ou l'Hypocrite, au château de Versailles, le , devant Louis XIV et une partie de sa cour. Sur les instances de l'archevêque de Paris, Mgr Hardouin de Péréfixe, son ancien précepteur, le roi en interdit les représentations publiques. Molière entreprit de remanier sa pièce pour la rendre moins provocante, et le , au Palais-Royal, la troupe en donna une version en cinq actes intitulée L'Imposteur, dont on possède un synopsis précis, et qui elle aussi fut immédiatement interdite. Dix-huit mois plus tard, la version définitive fut autorisée et connut un immense succès public.

L'interdiction de la pièce était sans doute dictée par des considérations de politique religieuse, en particulier par la nécessité de ne pas affaiblir l'Église catholique dans un temps où la dissidence janséniste faisait peser sur elle la menace d'un schisme. La concomitance presque parfaite entre la signature de la Paix clémentine et la première représentation publique du Tartuffe dans sa version définitive confirme cette hypothèse.

Cette interdiction a entrainé une importante « querelle », à laquelle ont pris part diverses personnalités de l'époque. L'histoire mouvementée du Tartuffe, considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de son auteur, a donné lieu à l'écriture des trois principaux textes non théâtraux de Molière – les requêtes ou « placets » présentés au roi en 1664 et 1667 et la préface de l'impression de 1669 –, dans lesquels se manifestent son habileté politique et son talent de polémiste.

Genèse de l'œuvre

Première version : Le Tartuffe ou l'Hypocrite

Page du registre de La Grange dans laquelle est consignée la création à Versailles du premier Tartuffe.

Création et interdiction

Les 7, 8 et 9 mai 1664, à Versailles, le jeune roi Louis XIV a offert trois journées de divertissement à quelque six cents invités sous le titre des Plaisirs de l'île enchantée. Le premier Tartuffe est créé par la Troupe de Molière, le 12 mai 1664.

Le spectacle est chaleureusement accueilli ; le gazetier Jean Loret évoquera dans sa Muse historique une « comédie morale… de grand mérite et très fort au gré de la cour ». Pourtant, dans les heures ou les jours qui suivent la représentation, Louis XIV consent, à la demande de l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, son ancien précepteur, à défendre à Molière de représenter sa comédie "en public". La relation officielle de ces fêtes de Versailles, qui sera publiée dans les derniers mois de l'année, confirmera le succès de la pièce et fera connaître une partie au moins des arguments du prélat :

« Le soir, Sa Majesté fit jouer une comédie nommée Tartuffe, que le sieur de Molière avait faite contre les hypocrites ; mais quoiqu'elle eût été trouvée fort divertissante, le roi connut tant de conformité entre ceux qu'une véritable dévotion met dans le chemin du ciel et ceux qu'une vaine ostentation des bonnes œuvres n'empêche pas d'en commettre de mauvaises, que son extrême délicatesse pour les choses de la religion ne put souffrir cette ressemblance du vice avec la vertu, qui pouvait être prise l'une pour l'autre, et quoiqu'on ne doutât point des bonnes intentions de l'auteur, il la défendit pourtant en public et se priva soi-même de ce plaisir, pour n'en pas laisser abuser à d'autres, moins capables d'en faire un juste discernement[1]. »

Certains historiens ont vu dans le veto royal l'effet d'une intervention d'Anne d'Autriche[2] ; mais une telle intervention de la mère du roi, qui, au témoignage de sa mémorialiste, « n’avait pas alors un grand crédit auprès [de son fils] [3]», n'est attestée par aucun document de l'époque. L'interdiction serait due plus vraisemblablement à un compromis passé entre le jeune Louis XIV et son ancien précepteur, le tout nouvel archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, qu'il avait chargé, quelques jours avant les fêtes, d'écraser la «secte janséniste », une hypothèse que semble confirmer l'article que la Gazette dite de Renaudot consacre aux deux affaires dans son ordinaire du 17 mai[4] :

« Cette semaine, on a ici publié l’édit vérifié au Parlement le 29 du passé, […] par lequel Sa Majesté ordonne […] que les bulles des papes Innocent X et Alexandre VII, qui condamnent les cinq propositions tirées du livre de Jansénius, seront publiées par tout le royaume, et enjoint à tous ecclésiastiques […] de signer le formulaire qui fut dressé le 17 mars 1657 par l’Assemblée générale du clergé de France[n 1], ainsi qu’il est plus amplement porté par cet édit, qui montre combien ce grand monarque est soigneux de retrancher toutes semences de division dans l’Église, et qu’aucun de ses prédécesseurs n’en porta jamais plus glorieusement le titre de Fils aîné, qu’il le soutient par cette délicatesse qu’il témoigne pour tout ce qui la regarde, comme il le fit encore voir naguère par ses défenses de représenter une pièce de théâtre intitulée L’Hypocrite, que Sa Majesté, pleinement éclairée de toutes choses, jugea absolument injurieuse à la religion et capable de produire de très dangereux effets. »

De toute évidence, commente un historien, le roi a accepté l'idée « qu’en pleine crise du catholicisme il est dangereux de laisser représenter en public une pièce qui risque de saper l’autorité de l’Église[5] ».

Début d'une « Affaire Tartuffe »

L'annonce de l'interdiction de la pièce suscite aussitôt « la plus importante controverse de l'histoire du théâtre français[6]». Elle durera cinq ans et polarisera les positions sur les attributions respectives des pouvoirs civil et religieux, à un moment où cette question se posait en France avec une particulière acuité[7].

Dès le 24 mai 1664, Jean Loret se fait l'écho de la polémique naissante dans sa Muze historique : « … Toutefois un quidam m'écrit / (Et ce quidam a bon esprit) / Que le comédien Molière, / Dont la Muse n'est point âniére [= stupide], / Avait fait quelque plainte au Roi, / Sans m'expliquer trop bien pourquoi, / Sinon que sur son Hypocrite, / Pièce, dit-on, de grand mérite, / Et très fort au gré de la cour, / Maint censeur daube nuit et jour[8]. »

On conçoit que cette satire de la dévotion ait plu au jeune roi, irrité, a-t-on dit, par les remontrances qu'il s'était entendu adresser au sujet sa liaison avec Louise de La Vallière[n 2], et irrité au point que, selon le père Rapin, il aurait pu suggérer à Molière le sujet de sa comédie[9]. Ce serait donc en pleine connaissance de cause que Louis XIV avait invité Molière à donner une avant-première du Tartuffe à Versailles.

Même s'il apparaît aujourd'hui que les historiens ont largement surestimé l'influence réelle de la Compagnie du Saint-Sacrement et son rôle dans l'interdiction du Tartuffe[10], il reste que des croyants sincères pouvaient être choqués par la présence sur une scène de théâtre d'un directeur de conscience fourbe et lubrique, et l'on comprend que Louis XIV se soit laissé convaincre par Péréfixe qu'il devait assumer son rôle de « Fils aîné de l'Église » et donc interdire à Molière de présenter en public « une pièce de théâtre capable de produire de très dangereux effets »[11].

En juillet 1664, Pierre Roullé, curé de l'église Saint-Barthélemy de Paris, antijanséniste notoire[12] et auteur d'un manuel sur la direction de conscience[13], fait remettre à Louis XIV un opuscule tout à sa louange, Le Roy glorieux au monde, ou Louis XIV le plus glorieux de tous les roys du monde, dans lequel, sur trois pages d'une extrême violence, il décrit Molière comme un impie, un « démon vestu de chair et habillé en homme » et promis au feu de l'enfer pour avoir osé tourner en dérision la fonction de directeur de conscience[n 3].

Molière réagit aussitôt par un premier Placet, dans lequel il en appelle directement au roi, en assurant que, loin d'avoir fait une satire de la dévotion, il n'a fait que remplir sa fonction d'auteur de comédie, dont il rappelle le traditionnel but moral[n 4] :

« Le Devoir de la Comédie étant de corriger les Hommes en les divertissant, j'ai cru que dans l'emploi où je me trouve je n'avais rien de mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon Siècle ; et comme l'Hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes, et des plus dangereux, j’avais eu. Sire, la pensée que je ne rendrais pas un petit service à tous les honnêtes gens de votre royaume, si je faisais une comédie qui décriât les hypocrites, et mit en vue, comme il faut, toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance, toutes les friponneries couvertes de ces faux-monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée[14]. »

Dans ce Placet, Molière présente les accusations dont il est l'objet comme étant d'autant moins fondées que sa pièce aurait obtenu, selon lui, l'approbation du légat du pape, le cardinal Flavio Chigi, présent à la cour et à Paris pendant l'été 1664[n 5].

L'interdiction royale s'applique aussi à l'étranger. En février 1666, Christine de Suède, désireuse de lire la comédie interdite, s'adresse à Hugues de Lionne, ministre des affaires étrangères de Louis XIV, pour en obtenir une copie. Lionne lui répond d'une part que « Molière ne voudrait pas hasarder de laisser rendre sa pièce publique, pour ne pas se priver de l’avantage qu’il se peut promettre, et qui n’irait pas à moins de 20 000 écus pour toute sa troupe, si jamais il obtenait la permission de la représenter », et d'autre part que « le Roi ne peut pas employer son autorité à faire voir cette pièce, après en avoir lui-même ordonné la suppression avec grand éclat ».

Deuxième version : L'Imposteur

Louis XIV ayant confirmé son interdiction après avoir revu le spectacle en septembre 1664 à Villers-Cotterêts, chez son frère et sa belle-sœur, Molière entreprend de remanier sa pièce. Il transforme son personnage, qui perd sa qualité de directeur de conscience laïc et son habit assez proche de celui d'un homme d'Église — grand chapeau, cheveux courts, petit collet, vêtements austères[n 6] — pour devenir un aventurier louche sous le couvert d'un homme du monde dévot.

Au début de l'année 1665, la querelle du Tartuffe rebondit avec la représentation de Dom Juan ou le Festin de Pierre, qui suscite en avril ou mai 1665 un pamphlet très virulent contre Molière : Observations sur le Festin de Pierre, auquel répondent deux partisans de Molière en juillet-août. Ce même été 1665, Boileau prend également position pour Molière en publiant un Discours au Roi dans lequel il s'attaque vigoureusement aux bigots « Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans »[n 7].

Page du registre de La Grange dans laquelle sont consignées la création et l'interdiction de la deuxième version du Tartuffe[n 8].

On sait, par une lettre du duc d'Enghien d'octobre 1665, que Molière est alors en train d'ajouter un quatrième acte à sa pièce (lequel correspondra au cinquième acte de la version définitive), de façon à créer un rebondissement : Tartuffe, devenu un escroc habile, ne se laissait plus chasser piteusement comme dans la version initiale, mais se révélait maître de la maison d'Orgon et de ses papiers compromettants[15]. Du coup Molière peut produire à la dernière scène le coup de théâtre qui rétablit l'ordre familial bouleversé par les menées de l'imposteur. L'intervention royale, telle que l'Exempt la décrit dans les vers 1904-1944, n'est pas simplement celle d'un deus ex machina venu dénouer une action sans issue. Le roi est en effet présenté comme le garant de la véritable justice, qui ne se laisse pas prendre aux apparences.»[16]. Autrement dit, Molière avait transformé sa pièce en pièce politique dans laquelle le roi intervenait à ses côtés pour condamner les hypocrites. Il ne lui restait plus qu'à intercaler un deuxième acte, consacré aux amours malheureuses de la fille de la famille (promise au nouveau Tartuffe devenu faux homme du monde) et de son amoureux (absents de la version primitive)[17].

La nouvelle version du Tartuffe, maintenant intitulé L'Imposteur, résulte d'un travail de réécriture et de restructuration entamé dans les derniers mois de 1664, après que Louis XIV a confirmé son interdiction.

Le 16 juillet 1667, Louis XIV, qui depuis deux mois se trouvait en Flandre dans le cadre de la Guerre de Dévolution, vient passer quelques heures à Saint-Cloud chez son frère et sa belle-sœur. Molière, qui a été convié à donner lecture de son Imposteur, obtient du roi l'autorisation orale de faire représenter sa pièce en public[18]. La création a lieu le 5 août 1665 au Palais-Royal devant une salle comble. Le héros, désigné à présent comme un imposteur, et non plus comme un hypocrite[n 9], a été renommé Panulphe. Il se présente « sous l'ajustement d'un homme du monde », portant « un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée, et des dentelles sur tout l'habit »[19]. Molière a ôté de sa pièce tout ce qui était susceptible de « fournir l'ombre d'un prétexte aux célèbres originaux du portrait [qu'il voulait] faire ».

Ces « adoucissements » n'y font rien : il n'y aura pas de seconde représentation. Dès le 6 août, le premier président du parlement de Paris Guillaume de Lamoignon, qui, pendant l'absence du roi, est chargé de la police de la capitale, signifie à la troupe par huissier que cette comédie est toujours officiellement sous le coup d'une interdiction. Molière tente une intervention auprès du président Lamoignon, mais celui-ci est inflexible : « il ne convient pas à des comédiens d'instruire les hommes sur les matières de la morale chrétienne et de la religion : ce n'est pas au théâtre à se mêler de prêcher l'Évangile[20]. »

Le 8 août, La Grange et La Thorillière partent pour la Flandre, porteurs d'un Second placet que Molière adresse à Louis XIV, lequel, trop occupé par le siège Lille pour les recevoir, leur fait dire « qu’à son retour à Paris, il ferait examiner la pièce de Tartuffe, et que nous la jouerions » (voir l'illustration ci-contre).

Le 11 août, l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe de Beaumont, fulmine un mandement menaçant d'excommunication toute personne qui représenterait, lirait ou entendrait réciter cette pièce[n 10]. Le Roi a désormais les mains liées.

Abattu par cette décision ou sujet à une rechute de la maladie qui l'avait affecté au début de l'année, Molière sera absent de la scène durant sept semaines[21].

Tentative de solution et relance de la querelle

Quelque temps après la publication du mandement de Péréfixe, Colbert demande à son bibliothécaire Étienne Baluze, docteur en droit canon, d'examiner la validité de ce mandement. Dans le brouillon que l'on a retrouvé de sa réponse, Baluze commence par observer que les formalités requises n'ont pas été respectées ; en effet, Péréfixe ne disposait pas du texte de la pièce et n'a donc pas pu l'examiner avec toute l'attention nécessaire. En outre, la comédie étant un divertissement public et légitime, l'évêque aurait plutôt dû « s'adresser aux Princes pour faire cesser les scandales par leur autorité ». Il conclut cependant de façon ambigüe : « si les temps sont assez bien disposés pour qu'on puisse user des derniers remèdes sans scandale et qu'on prévoye que la peine d'excommunication ne sera pas suivie du mespris des chrétiens, on peut en user dans les occasions où les choses saintes seroient ouvertement et impudemment tournées en ridicule[22]. ». Tout en reconnaissant la légitimité du mandement de Péréfixe, Baluze suggère que l'effet de cette mesure extraordinaire est d'avoir provoqué le mépris des croyants. Julia Prest en conclut que « le scandale, même parmi les chrétiens, est maintenant le fait du mandement de Péréfixe et non celui de la pièce de Molière[23]. »

L'affaire du Tartuffe prend une nouvelle ampleur avec la publication clandestine, le 20 août 1667, d'une Lettre sur la comédie de l'Imposteur, qui connaîtra un vif succès[24]. L'auteur anonyme « qui prétend voler au secours de Molière, a adopté un ton si caustique et insolent, si hostile et méprisant envers les dévots (le plus souvent qualifiés de bigots et de cagots) et il développe une conception si rationnelle (et par là libertine) de la religion qu'il n'a certainement pas servi la cause de la pièce ni celle de Molière. » (Forestier-Bourqui 2010, p. 1358). L'anonyme est d'ailleurs conscient de l'effet négatif que pourrait avoir son apologie de la pièce : « Je rends apparemment un très mauvais service à Molière par cette réflexion, quoique ce ne soit pas mon dessein[25]. » Encore aujourd'hui son identité reste une énigme : « On s'interroge depuis trois siècles sur son identité, et rien dans ce texte ne permet de l'attribuer de façon décisive à l'un ou l'autre des écrivains le plus souvent proposés: La Mothe Vayer, Donneau de Visé, Chapelle, Subligny[26]. »

Version définitive : Le Tartuffe ou l'Imposteur

Page de titre de l'édition de 1669.

Il faudra attendre encore un an et demi, et le dénouement de la crise janséniste qui permit à Louis XIV de retrouver ses coudées franches en matière de politique religieuse : l'autorisation définitive de Tartuffe — désormais intitulé Le Tartuffe ou l'Imposteur — intervint « au moment exact de la conclusion définitive de la Paix de l'Église, aboutissement de longues négociations entre d'un côté les représentants du roi et le nonce du pape et de l'autre les représentants des Messieurs de Port-Royal et des évêques jansénistes. La concomitance est frappante : le 3 février, le nonce remit à Louis XIV deux « brefs » dans lesquels Clément IX se déclarait entièrement satisfait de la « soumission » et de « l'obéissance » des quatre évêques jansénistes», et le surlendemain la Troupe du Roy donnait la première représentation du Tartuffe[n 11].

Le 5 février 1669, la pièce, enfin autorisée, peut reparaître en public sur la scène du Palais-Royal et sous le titre Le Tartuffe ou l’Imposteur. La salle est archicomble, le succès est immédiat. Dans sa Lettre à Madame du samedi suivant, Charles Robinet témoignera que « maints coururent hasard / D'être étouffés dedans la presse, / Où l'on oyait crier sans cesse : / Je suffoque, je n'en peux plus ! » Il y aura quarante-quatre représentations consécutives et les comédiens de la troupe accepteront que, sa vie durant, Molière ait double part dans les recettes produites par la pièce[27].

C'est le triomphe de Molière, sa pièce le plus longtemps jouée (72 représentations jusqu'à la fin de l'année), son record de recettes (2.860 livres le premier jour, six recettes de plus de 2.000 livres, 16 de plus de 1000, une moyenne de 1.337 livres contre 940 pour L'École des femmes). L'affaire du Tartuffe est aussi une affaire d'argent.

Analyse de l'œuvre

Une pièce complète en trois actes

On a cru pendant longtemps que la pièce donnée 12 mai 1664 devant Louis XIV et ses invités était inachevée, et que Molière et ses camarades avaient représenté, sous le titre Le Tartuffe ou l'Hypocrite, les trois premiers actes seulement d'une « grande comédie » conçue pour en compter cinq. Le spectacle se terminait donc sur le triomphe de Tartuffe s'apprêtant à épouser Marianne et à recevoir le don de la maison familiale de la main d'Orgon. Cette croyance reposait sur une lecture erronée des diverses sources concernant le spectacle donné à Versailles : le registre de La Grange, qui mentionne « trois actes du Tartuffe qui estoient les trois premiers[28] », la relation officielle des fêtes de Versailles parue à la fin de l'année 1664, et sa réécriture partielle par La Grange dans l'édition posthume de 1682[n 12].

Mais les chercheurs ont acquis aujourd'hui la conviction que ce premier Tartuffe était une pièce complète en trois actes correspondant approximativement aux actes I, III et IV de la version définitive, et dans laquelle les personnages de Mariane et de Valère, qui sont au centre du deuxième acte, n'existaient peut-être pas, ou n'avaient qu'un rôle très secondaire[n 13]. La première opération a consisté à ajouter une ultime scène au troisième acte (qui devient la fin de l'acte IV dans la version définitive) et un quatrième acte (qui devient l'acte V dans la version définitive)[29] : Tartuffe n'était plus cette sorte de moine laïc, gros et gras, victime de la tentation (un « hypocrite » tel que l'Église désignait les croyants insincères) ; il devenait un « scélérat », véritable criminel masqué qui simulait la dévotion afin de s'introduire dans les familles, s'emparer des héritages au détriment des fils, épouser les filles et coucher avec les épouses. Ce qui a permis à Molière d'introduire Louis XIV lui-même, incarnation de la justice qui envoie un de ses représentants démasquer et arrêter le criminel — bel hommage au souverain qui, tout en étant contraint d'interdire la pièce durant cinq ans, n'en a pas moins soutenu discrètement l'entreprise de Molière. Mais, du coup, le contraste est frappant entre les deux visages de Tartuffe, le bonhomme des premiers actes et le froid calculateur de la fin de l'acte IV et de l'acte V. La critique s'étonne depuis trois siècles des disparités présentées par les paroles et le comportement du personnage. Mais l'évolution du projet imposée par les circonstances a eu pour effet de brouiller les intentions initiales de Molière et de faire passer au second plan la satire de la dévotion (car Orgon demeure un dévot ridicule dans son aveuglement béat envers son directeur de conscience).

La fable

Orgon est l'archétype du personnage de cour tombé sous la coupe de Tartuffe, un hypocrite et un faux dévot. Il est, ainsi que sa mère, Madame Pernelle, dupe de Tartuffe. Ce dernier réussit à le manipuler en singeant la dévotion et il est même parvenu à devenir son directeur de conscience. Il se voit proposer d'épouser la fille de son bienfaiteur, alors même qu'il tente de séduire Elmire, la femme d'Orgon, plus jeune que son mari. Démasqué grâce à un piège tendu par cette dernière afin de convaincre son mari de l'hypocrisie de Tartuffe, Tartuffe veut ensuite chasser Orgon de chez lui grâce à une donation inconsidérée que celui-ci lui a faite de ses biens. En se servant de papiers compromettants qu'Orgon lui a remis, il va le dénoncer au Roi. Erreur fatale : le Roi a conservé son affection à celui qui l'avait jadis bien servi lors de la Fronde. Il lui pardonne et c'est Tartuffe qui est arrêté.

Acte I. La scène d'exposition s'ouvre sur le départ mouvementé de madame Pernelle, mère d'Orgon, déçue et révoltée du train de vie que mènent ses petits-enfants, sa belle-fille et son beau-fils par alliance. Ainsi l'acte s'ouvre sur le chaos installé par Tartuffe dans cette famille. Orgon apparaît alors. Il raconte avec émotion à Cléante sa première rencontre avec Tartuffe.

Acte II. Orgon veut briser son engagement envers Valère et marier sa fille Mariane à Tartuffe. Cette nouvelle cause une dispute entre les deux amants, dispute vite réglée par Dorine la suivante de Mariane, qui complote pour rétablir le calme dans sa maison.

Acte III. Tartuffe apparaît et tente de séduire Elmire. Damis entend la conversation et en informe son père. Par la suite, Damis est chassé par son père qui l'accuse de dénigrer Tartuffe. Orgon veut faire de Tartuffe son héritier.

Acte IV. Cléante tente en vain de mettre Tartuffe en face de ses responsabilités. Il est la cause du renvoi de Damis. Quant à l'héritage, il lui indique qu'il n'a aucune légitimité pour en bénéficier. Tartuffe reste intraitable : il n'interviendra pas pour aider Damis et il ne peut refuser cette donation. Mariane, dont le sort semble scellé, livre à son père son désespoir de se voir promise à Tartuffe. Elmire décide alors d'agir. Face à la crédulité et à l'aveuglement de son mari, elle lui propose de lui apporter la preuve de l'hypocrisie de son protégé. Elle demande à Orgon de se cacher sous la table afin qu'il puisse assister à une entrevue qui n'aura d'autre but que de révéler la véritable personnalité de Tartuffe. Survient alors Tartuffe qui se montre tout d'abord méfiant. Puis très vite il recommence une cour assidue auprès d'Elmire. À la fois furieux et effondré, Orgon intervient et ordonne à Tartuffe de quitter les lieux. Hélas, il est trop tard. Tartuffe rappelle à Orgon qu'il lui a fait don durant l'après-midi de ses biens et que c'est lui, Tartuffe, qui est à présent le propriétaire de la maison.

Acte V. Tartuffe réclame l'arrestation d'Orgon, comme traître au Roi. En effet Orgon a mis dans ses mains une cassette qu'un ami lui avait confiée, cette cassette contenant des documents compromettants. Coup de théâtre : l'exempt lui rétorque que c'est lui, Tartuffe qu'on va arrêter sur le champ sur ordre du Roi. Tartuffe ne comprend pas. C'est que le Roi, en récompense des services rendus par Orgon, lui pardonne cette correspondance et punit le délateur Tartuffe, coupable d'un crime commis avant le temps de la pièce.

Ainsi la pièce se termine dans la joie, car, de ce fait et par autorité royale, le Prince annule les papiers signés par Orgon et faisant acte de donation à Tartuffe, et Orgon donne la main de Mariane à Valère, « amant fidèle ».

Personnages et distribution de 1669

Tartuffe : « Ah ! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme » (acte III, scène 3, vers 966).
Acteurs et actrices ayant créé les rôles en 1669[30]
Personnage Acteur ou actrice
Mme Pernelle, mère d'Orgon. Entichée de Tartuffe, elle incarne l'aveuglement d'une génération dépassée. Louis Béjart
Orgon, fils de Madame Pernelle et mari d'Elmire, lui aussi entiché de Tartuffe. Molière
Elmire, seconde épouse d'Orgon, belle-mère de Mariane et Damis. Armande Béjart
Damis, fils d'Orgon et frère de Mariane. Hubert
Mariane, fille d'Orgon, sœur de Damis et amante de Valère. Catherine de Brie
Valère, amant de Mariane. La Grange
Cléante, frère d'Elmire et beau-frère d'Orgon. La Thorillière
Tartuffe, faux dévot. Du Croisy
Dorine, suivante de Mariane. Madeleine Béjart
M. Loyal, sergent royal chargé de faire appliquer les décisions de justice. De Brie
Un exempt
Flipote, servante de madame Pernelle

Une pièce à clef ?

Comme le notent les éditeurs de la Pléiade, « Il n'est pas anodin que trois siècles d'exégèse moliéresque n'aient pas réussi à identifier ceux que Molière appelle dans ses Placets les Originaux de son Tartuffe[31]. »

Bien des contemporains ont cru reconnaître dans le personnage de Tartuffe les traits du conseiller spirituel du prince de Conti, l'abbé Roquette, qui avait une liaison avec Mlle de Guise[32] et « dont on se moquait en lui reprochant de vouloir être admiré des dames et de ne pas écrire lui-même ses sermons »[n 14].

D'autres ont vu dans Orgon le prince de Conti lui-même. Tallemant des Réaux, y voit les traits de l'abbé de Pons, amoureux de Ninon de Lenclos[32]. Tallemant a conté une autre historiette mettant en scène un possible modèle de Tartuffe dans la personne de Nicolas Charpy de Sainte-Croix[33].

Les thèmes

Les intentions de Molière ont été entièrement brouillées par la réécriture de la pièce et son passage de trois à cinq actes. Si l'on se fie à ce qu'on peut savoir du premier Tartuffe en trois actes (voir plus haut), la pièce avait été conçue non point comme une attaque de l'hypocrisie des hommes en général et de la fausse dévotion, mais comme une satire de la (vraie) dévotion[34]. Tous les traités de dévotion depuis l'Introduction à la vie dévote de saint François de Sales insistaient sur la nécessité absolue, pour quiconque voudrait vivre « en Dieu » tout en restant « dans le monde », de se laisser guider par un directeur de conscience : un homme distinct du confesseur et le plus souvent choisi parmi une catégorie relativement répandue, des laïcs qui avaient fait vœu d'obéissance à Dieu, de pénitence, de pauvreté, de chasteté. Ce mouvement de réforme des mœurs était orchestré par la Compagnie du Saint-Sacrement, une société secrète qui faisait notamment campagne contre le théâtre et dont un des historiens écrit qu'elle « contribua grandement, en 1664, à la suppression de la “méchante comédie de Tartufe“ »[35]. La toute-puissance acquise par ces hommes dans certaines familles était déplorée par les catholiques modérés et moquée par les incrédules (ceux que l'Église appelait les « libertins », au nombre desquels ses adversaires rangeaient Molière). Surtout que ces directeurs de conscience étaient des hommes, qu'ils étaient donc souvent victimes des tentations humaines et que dès lors ils tombaient dans le défaut que depuis ses origines l'Église chrétienne appelait hypocrisie envers Dieu: se persuader soi-même qu'on agit par et pour Dieu, alors qu'en fait on est guidé par les passions humaines, orgueil, concupiscence, etc. Autrement dit, catholiques modérés et libres penseurs estimaient que la « vie dévote » aboutissait à mettre des familles entières sous la coupe d'un couple infernal : le chef de famille aveuglément abandonné entre les mains du directeur de conscience qu'il considère comme l'émanation de la parole de Dieu ; et le directeur de conscience qui prétend guider tout le monde mais qui est incapable de se guider lui-même.

L'hypocrisie est certes un thème dominant dans la version de 1669, ce qui permet de classer Le Tartuffe dans la lignée des autres pièces de Molière, L'Avare, Les Précieuses ridicules, Le Bourgeois gentilhomme, Le Misanthrope ou l'Atrabilaire amoureux et Le Festin de pierre, visant à peindre et ridiculiser un vice. Lorsqu'il publia la version en cinq actes de sa pièce, Molière écrivit une préface destinée à masquer ses intentions initiales en prétendant que son objectif premier avait été de dépeindre « un méchant homme ». Il précise en outre que « l'hypocrisie est dans l'État, un vice bien plus dangereux que tous les autres ». Un hypocrite est une personne dont les actes camouflent la pensée. Tartuffe est un personnage qui ne révèle pas ses sentiments intérieurs. Molière va donc pendant deux actes présenter Tartuffe au travers des descriptions qu'en font les autres personnages sans jamais le montrer sur scène. De cette façon, le spectateur peut se faire une opinion du personnage avant que celui-ci n'apparaisse. Dès la première scène, le personnage est campé, décrit par Damis comme un « cagot de critique », par Dorine comme « un gueux qui, quand il vint, n'avait pas de souliers » et qui se comporte en maître, un hypocrite et un jaloux, un goinfre et un bon vivant (scène IV). Orgon, par contraste, le voit comme un humble, un doux, priant avec de grands soupirs, refusant l'aumône et se chargeant de tous les péchés, un être vertueux combattant tous les vices, sans voir que sous cette humilité se cache un ambitieux qui a pris le pouvoir dans sa maison. Ainsi la double facette du personnage est présentée et quand Tartuffe paraît, le spectateur connait déjà la duplicité de ce faux dévot et se demande seulement comment les honnêtes gens vont réussir à mettre au jour sa supercherie. L'attirance pour Elmire que Tartuffe ne peut cacher semble être son point faible mais quand il est accusé de ce fait, il abonde tant dans ce sens, se traitant lui-même plus bas que terre (méchant, coupable, scélérat, chargé de souillure, de crimes et d'ordures, perfide, infâme, perdu, homicide) qu'il coupe l'herbe sous les pieds de ses accusateurs et se pose en victime. Il faudra qu'Orgon lui-même soit témoin de la scène pour qu'il comprenne enfin le personnage capable de dire de la morale « ce n'est pas pécher que pécher en silence » et d'Orgon « Je l'ai mis au point de tout voir sans rien croire ».

Molière savait qu'en écrivant une satire burlesque sur l'aveuglement ridicule d'un chef de famille qui oublie toute charité chrétienne et sur l'hypocrisie d'un directeur de conscience, amateur de bonne chère et qui lutine sans vergogne la maîtresse de maison, il ferait rire la majorité de son public, tant à la ville qu'à la cour.

La pièce a fait scandale parce que, tout en prétendant viser les faux dévots, elle attaquait aussi les vrais dévots, ainsi que l'affirment ses adversaires. Son contemporain Louis Bourdaloue, dans un sermon sur l'hypocrisie, dénonce cette pièce comme « une de ces damnables inventions pour humilier les gens de bien, pour les rendre tous suspects » et estime qu'il n'est pas du ressort d'un comédien de toucher à l'hypocrisie religieuse[36]. Deux siècles plus tard, un critique reconnaît que « libertins et dévots [...] savent fort bien que rien n'est plus aisé, quoi qu'en dise Molière, que de confondre le masque et la personne [...] Il n'est pas contestable [...] qu'en raillant la fausse dévotion il ne fournît des armes contre la dévotion véritable[37]. »

Comme Molière s'est défendu en accusant les opposants à sa pièce d'être des « faux-monnayeurs en dévotion »[38] et en demandant de « bien distinguer le personnage de l’hypocrite d’avec celui du vrai dévot »[39], il a lui-même invité à poser le débat en ces termes de sorte que, aujourd'hui encore, les critiques tentent de déterminer si Molière a mis en scène un vrai ou un faux dévot[40]. Dans la pièce, la définition que donne Cléante du « vrai dévot » est entièrement centrée sur des caractéristiques négatives[41], tout comme l'est celle qu'en donne le partisan de Molière dans la Lettre sur les observations :

« Je vous diray pourtant [...] que les veritables Devots ne sont point composez, que leurs manieres ne sont point affectées, que leurs grimaces et leurs demarches ne sont point estudiées, que leur voix n'est point contrefaite, et que ne voulant point tromper, ils n’affectent point de faire paroistre que leurs mortifications les ont abattus[42]. »

La pièce dérange les pouvoirs autoritaires. Un siècle et demi après sa représentation, Napoléon s'est étonné que Louis XIV ait fini par autoriser la pièce : « Je n'hésite pas à dire que, si la pièce eût été faite de mon temps, je n'en aurais pas permis la représentation[43]. »

Rebondissement de la querelle du Tartuffe à Québec

En 1694, le gouverneur de la Nouvelle-France, Louis de Buade de Frontenac encourage la représentation du Tartuffe à Québec par un théâtre amateur pour la saison du Carnaval. Quand Mgr de Saint-Vallier apprend la nouvelle, il demande des explications à Frontenac, lequel lui répond simplement : « Puisqu'il se joue à Paris[44] ». Décidé à empêcher cette représentation, il émet le 16 janvier deux mandements. Le « Mandement au sujet des comédies » interdit d'assister à la représentation de cette pièce ou de toute autre similaire et il le fait dans des termes pas très éloignés de ceux qu'avait employés Péréfixe dans son décret d'excommunication du 11 août 1667 contre toute représentation du Tartuffe[44] :

« Nous déclarons que ces sortes de spectacles et de comédies ne sont pas seulement dangereuses, mais qu'elles sont absolument mauvaises et criminelles d'elles-mêmes et qu'on ne peut y assister sans péché, et comme telles nous les condamnons et faisons défenses très expresses à toutes les personnes de notre Diocèse de quelque qualité et condition qu'elles soient de s'y trouvent[45]. »

Le second mandement intitulé « Mandement sur les discours impies » dénonce nommément Jacques Mareuil, jeune officier de marine et comédien amateur qui devait jouer le rôle de Tartuffe. l'évêque l'accuse de tenir des propos « capables de faire rougir le ciel » et le menace « des carreaux de la vengeance divine[46]. »

Pour obtenir que Frontenac retire complètement la pièce, Saint-Vallier lui offre cent pistoles, que le gouverneur accepte par plaisanterie[47].

Mareuil, qui s'est vu interdire l'entrée dans toutes les églises et l'accès aux sacrements, fait vainement appel et est emprisonné le 14 octobre 1694 pour avoir participé aux répétitions d'une pièce qui n'a même pas été jouée. Il sera libéré sur l'intervention de Frontenac le 29 novembre, alors que Saint-Vallier vient de rentrer en France. Le bruit de l'affaire arrive jusqu'à Versailles, où Mareuil et Saint-Vallier doivent s'expliquer. Les deux parties sont réprimandées et Saint-Vallier, qui refuse de démissionner, peut toutefois retourner à son poste à la condition de ne plus outrepasser ses pouvoirs[48]. Toutefois, l'interdiction lancée contre le théâtre public persistera jusqu'à la fin du régime français, ce qui empêchera « l'enracinement d'une tradition théâtrale propre au Canada[49]. »

Sources

Sources du sujet

Pour créer son personnage, Molière se serait, selon certains historiens[50], inspiré de l'Ipocrito de Pierre l'Arétin (1542), comédie dans laquelle le héros éponyme, personnage aux yeux baissés, maigre et goinfre, habillé de noir et portant un bréviaire sous le bras, s'introduit dans la maison de Liseo, flattant le maître de maison, convoitant son épouse et intriguant pour parvenir à ses fins. Dans ses Sources de Molière (1999), Claude Bourqui, après avoir analysé les similitudes entre les deux œuvres et observé qu'« elles ne sont importantes ni en volume ni en degré », conclut qu'« il est loin d'être certain que Molière ait connu la comédie de l'Arétin » et qu'« à aucun titre Lo ipocrito ne peut être envisagé comme une source du Tartuffe ».

Il est certain, en revanche, que Molière s'est inspiré d'une nouvelle de Scarron, Les Hypocrites, traduite de l'espagnol et publiée en 1655, soit neuf ans avant Le Tartuffe. Dans cette nouvelle, le personnage de Montufar est un souteneur et un vil escroc qui se comporte en dévot et est unanimement célébré à Séville[51].

Origine du mot Tartuffe

La Tartufe, gravée par Jacques Lagniet. BNF-Arsenal.

Plusieurs hypothèses ont été émises sur l'origine du nom de Tartuffe. L'une des plus ancienne est celle formulée dans la première moitié du XVIIe siècle par l'abbé de Longuerue, qui le fait dériver de l'allemand der Teufel (le diable)[52]. Elle n'a été reprise par aucun autre auteur. Vers la même époque, plusieurs auteurs rapprochent le mot des tartufoli (truffes) italiens[n 15].

Quand Molière choisit d'appeler ainsi son hypocrite, le mot était depuis plusieurs siècles un nom commun de la langue française à l'orthographe encore variable : tartuffe, tartufe, tartufle, taltufle[53]. Dérivé comme son équivalent italien du latin terræ tuber (tumeur ou excroissance de terre[n 16]), c’était un doublet et parfois un synonyme du mot truffe dans ses diverses acceptions, comme on peut le constater dans Le Champion des dames de Martin Le Franc (1440) et dans la traduction française du De honesta voluptate ac valetudine de Bartolomeo Sacchi, dont le chapitre De tuberibus (Des tubéracées) avait été traduit « Des treufles ou tartufles » en 1505 par Didier Christol[n 17].

Toujours féminin, tartuffe apparaît à l’aube du XVIIe siècle dans Le Mastigophore, pamphlet d’Antoine Fuzy[54], où il a une valeur nettement métaphorique, proche de celle que lui donnera Molière[n 18] : « Tu fais le Quintilien sauvage et bocager, le Salomon nouveau, le Docteur Salope, le Camerlingue d’éloquence, l’Aristarque de factorerie, et tu n’es qu’une tartuffe, qu’un butor, qu’une happelourde. [55]» Le personnage était encore féminin peu avant la pièce de Molière comme semble l'indiquer la découverte d'une vignette intitulée « La Tartufe », qui aurait été imprimée avant 1663[n 19]. D'autres théories ont également été émises sur l'étymologie du mot[n 20].

Après avoir eu le sens de « de truffe aphrodisiaque, de trompeur rusé ou d’homme du peuple qui sent fort[56] », le mot tartuffe est donc devenu avec Molière un mot masculin et a pris son sens actuel d'hypocrite, avec tout le jeu des dérivés tartuferie, tartufier, etc.[57] Signe de la popularité instantanée du terme, dès 1665, le sieur de Rochemont évoque dans ses Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre, « tant de bons pasteurs que l’on fait passer pour des tartuffes », et Donneau de Visé écrit dans sa Lettre sur les Observations : « À quoi songiez-vous, Molière, quand vous fîtes dessein de jouer les tartufles ? », puis, plus loin, « [Le roi] savait bien ce qu'il faisait en laissant jouer le Festin de Pierre, qu'il ne voulait pas que les tartufles eussent plus d'autorité que lui dans son royaume. »

Les dictionnaires ne sont pas en reste. En 1690, le Furetière enregistre le mot, qu'il définit ainsi : « Tartuffe. Faux dévot et hypocrite. Molière a enrichi la langue de ce mot, par une excellente comédie à qui il a donné ce nom, dont le héros s'appelle ainsi. Elle est imitée d'une fort jolie nouvelle espagnole qui s'appelle Montufar[58]. »

Sensible aux connotations évoquées par les sonorités, Sainte-Beuve fait remarquer : « Tartuffe, Onuphre, Panulphe ou encore Montufar chez Scarron, tous ces noms nous présentent la même idée dans une onomatopée confuse, quelque chose en dessous et de fourré[59] ».

Postérité de l'œuvre

Dans ses Caractères La Bruyère fait référence à Tartuffe dans le portrait d'Onuphre (De la Mode, XIII), mais en en corrigeant le portrait[60].

Au XVIIIe siècle, Beaumarchais donne à son drame La mère coupable le sous-titre L'autre Tartuffe.

Durant les premières années de la Restauration, les représentations de Tartuffe sont l'occasion de montrer malgré la censure son opposition à l'Église catholique, qui regagne une partie de son pouvoir perdu durant la Révolution française. 41 incidents en lien avec des représentations de la pièce sont ainsi rapportés à cette période dans 23 départements différents[61].

Mises en scène et adaptations

La pièce continue à être jouée. Elle a connu des mises en scène notables et de nombreuses adaptations :

La pièce a fait aussi l'objet de réécritures, tels Le Tartuffe repenti de Bernard Diez (1959) et Le Tartuffe de Molière par Rolf Hochhuth.

Adaptations au cinéma, à l'opéra et en bande dessinée

Notes et références

Notes

  1. « Ce formulaire […] était destiné à mettre fin au bras de fer qui depuis vingt ans opposait les héritiers spirituels de l’abbé de Saint-Cyran, groupés autour des deux abbayes de Port-Royal (celle des Champs et celle de Paris), à la hiérarchie catholique, appuyée par la Compagnie de Jésus et le Saint-Siège. En le signant, les ecclésiastiques (séculiers et réguliers) reconnaissaient "condamner de bouche et de cœur" les cinq propositions théologiques qu’un oratorien avait tirées en 1649 de l’Augustinus de Jansénius, livre fondateur de la "secte", et que la faculté de théologie de Paris, puis une commission de cardinaux romains, avaient jugées "téméraires", "impies", "dignes d’anathème", "blasphématoires", "scandaleuses", "calomnieuses", "injurieuses à la bonté de Dieu" et "hérétiques". »
    Rey & Lacouture, Molière et le Roi. L'Affaire Tartuffe, p. 100.
  2. Maîtresse non encore déclarée du roi, sa fuite dans un couvent où Louis XIV était allé lui-même la chercher avait fait du bruit à la cour. Dans un de ses sermons du carême de 1662, Bossuet, secrétaire de la Compagnie du Saint-Sacrement, avait tonné contre le relâchement de mœurs qu'on observait dans l'entourage du roi. On lit également, à la page 280 du quatrième tome des Mémoires de Madame de Motteville : « Le tempérament que la Reine mère apporta à modérer cette inclination du Roi pour mademoiselle de La Vallière fut de l'en avertir cordialement, en lui représentant ce qu'il devait à Dieu et à son État, et qu'il devait craindre que beaucoup de gens ne se servissent de cet attachement pour former des intrigues qui pourraient un jour lui nuire. Elle le pria aussi de lui aider à cacher sa passion à la Reine [Marie-Thérèse], de peur que sa douleur ne causât de trop mauvais effets contre la vie de l'enfant qu'elle portait. » Voir aussi Prest 2014, p. 190.
  3. « Un homme, ou plustost un démon vestu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fust jamais dans les siècles passés, avoit eu assez d'impiété et d'abomination pour fair sortir de son esprit diabolique une pièce toute preste d'estre rendue publique en la faisant exécuter sur le théâtre, à la dérision de toute l'Eglise, et au mépris du caractère le plus sacré et de la fonction la plus divine, et au mépris de ce qu'il y a de plus saint dans l'Eglise, ordonnée du Sauveur pour la sanctification des âmes, à dessein d'en rendre l'usage ridicule, contemptible, odieux. Il méritoit, par cet attentat sacrilége et impie, un dernier supplice exemplaire et public, et le fust mesme avant-coureur de celuy de l'Enfer, pour expier un crime si grief de lèze-Majesté divine, qui va à ruiner la religion catholique, en blasmant et jouant sa plus religieuse et sainte pratique, qui est la conduite et direction des âmes et des familles par de sages guides et conducteurs pieux. Mais Sa Majesté, après luy avoir fait un sévère reproche, animée d'une forte colère, par un trait de sa clémence ordinaire, en laquelle il imite la douceur essentielle à Dieu, luy a, par abolition, remis son insolence et pardonné sa hardiesse démoniaque, pour luy donner le temps d'en faire pénitence publique et solennelle toute sa vie. Et, afin d'arrester, avec succès, la veuë et le débit de sa production impie et irréligieuse, et de sa poésie licentieuse et libertine, elle luy a ordonné sur peine de la vie, d'en supprimer et déchirer, étouffer et brûler tout ce qui en estoit fait, et de ne plus rien faire à l'advenir de si indigne et infamant, ny rien produire au jour de si injurieux à Dieu, et outrageant à l'Eglise, la religion, les sacremens, et les officiers les plus nécessaires au salut. » (Le Roy glorieux au monde, p. 33-34.
  4. La première phrase du placet reprend une citation du poète latinisant contemporain Jean de Santeul : « castigat ridendo mores » : « [la fable ou la comédie] corrige les mœurs par le rire ».
  5. Une lettre du marquis de Bonneuil récemment découverte par François Rey et publiée dans Molière et le Roi. L'Affaire Tartuffe, illustration n° 12, prouve que, contrairement à ce que Molière laisse entendre dans son placet, il n'a pas lu ou fait lire sa pièce au légat du pape. L'auteur des Observations sur le Festin de Pierre évoquera avec ironie cette prétendue approbation : « De même qu'un homme qui se noie se prend à tout, [Molière] ne se soucie pas de mettre en compromis l'honneur de l'Église pour se sauver, et il semble, à l'entendre parler, qu'il ait un bref particulier du Pape pour jouer des pièces ridicules et que M. le Légat ne soit venu en France que pour leur donner son approbation  ».
  6. « J'ai eu beau lui donner un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée et des dentelles sur tout l'habit, cela n'a de rien servi. » écrit Molière dans son second Placet en 1667 après avoir modifié sa pièce.
  7. Ce sont eux que l’on voit, d’un discours insensé,
    Publier dans Paris que tout est renversé,
    Au moindre bruit qui court qu’un auteur les menace
    De jouer des bigots la trompeuse grimace.
    Pour eux un tel ouvrage est un monstre odieux ;
    C’est offenser les lois, c’est s’attaquer aux cieux.
    Mais bien que d’un faux zèle ils masquent leur faiblesse
    Chacun voit qu’en effet la vérité les blesse :
    En vain d’un lâche orgueil leur esprit revêtu
    Se couvre du manteau d’une austère vertu ;
    Leur cœur qui se connaît, et qui fuit la lumière,
    S’il se moque de Dieu, craint Tartuffe et Molière.
    (Discours au Roi, v. 91-102.)

  8. Signe que La Grange rédige son registre des années plus tard, il écrit ici Tartuffe et non Panulphe, comme il aurait dû le faire.
  9. L'hypocrisie (« déguisement en matière de dévotion ou de vertu », selon Furetière) a alors une connotation religieuse que n'a pas l'imposture.
  10. « Sur ce qui nous a été remontré par notre promoteur que, le vendredi cinquième de ce mois, on représenta sur l'un des théâtres de cette ville, sous le nouveau nom de l'Imposteur, une comédie très-dangereuse, et qui est d'autant plus capable de nuire à la religion, que, sous prétexte de condamner l'hypocrisie ou la fausse dévotion, elle donne lieu d'en accuser indifféremment tous ceux qui font profession de la plus solide piété, et les expose par ce moyen aux railleries et aux calomnies continuelles des libertins : de sorte que pour arrêter le cours d'un si grand mal, qui pourroit séduire les âmes foibles et les détourner du chemin de la vertu, notredit promoteur nous auroit requis de faire défenses à toutes personnes de notre diocèse de représenter, sous quelque nom que ce soit, la susdite comédie, de la lire ou entendre réciter, soit en public soit en particulier, sous peine d'excommunication. »
    Cité par Mesnard-Despois, notice du Tartuffe, p. 322.
  11. Cette hypothèse, déjà avancée en 1851 par Anaïs Bazin (p. 87) puis par Despois-Mesnard (p. 332), a été reprise et développée par François Rey et Jean Lacouture, Molière et le Roi, p. 353 et suivantes.
  12. Note apparemment corroborée par un rajout dans son propre "Registre", dont les chercheurs du XXe siècle ont montré qu'il avait non pas été tenu au jour le jour, mais entrepris au plus tôt dans les années 1680: voir, entre autres, l'édition du Registre par Young & Young (Droz, 1947), ainsi que la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade (2010).
  13. Les animateurs du site Molière21, qui se présente comme le complément numérique de la nouvelle édition de Molière dans la bibliothèque de la Pléiade, proposent une reconstruction de cette première version en trois actes intitulée Le Tartuffe ou l'Hypocrite. La pièce, selon eux, mettait en scène une histoire connue depuis le Moyen Âge par de nombreuses versions narratives, celle « du religieux impatronisé qui tente de séduire la femme de son hôte et qui est démasqué et chassé grâce à la ruse de celle-ci ». Ils expliquent que la version définitive du Tartuffe laisse encore clairement voir la trame initiale, qui se déroulait en trois temps correspondant aux trois actes : « (I) un mari dévot accueille chez lui un homme qui semble l'incarnation de la plus parfaite dévotion ; (II) celui-ci, tombé amoureux de la jeune épouse du dévot, tente de la séduire, mais elle le rebute tout en répugnant à le dénoncer à son mari qui, informé par un témoin de la scène, refuse de le croire ; (III) la confiance aveugle de son mari pour le saint homme oblige alors sa femme à lui démontrer l'hypocrisie du dévot en le faisant assister caché à une seconde tentative de séduction, à la suite de quoi le coupable est chassé de la maison. ».
  14. Forestier-Bourqui, t. 2, p. 1365. Devenu évêque d'Autun en 1667, on sait par les Mémoires de Saint-Simon et la correspondance de Madame de Sévigné qu'il « demeura toute sa vie affublé du personnage de comédie auquel on avait attaché sa ressemblance. » (Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 303-307).
  15. C'est le cas, par exemple, du sieur de Cideville, correspondant de Voltaire et conseiller au parlement de Rouen, qui note dans son journal : «… Voici par exemple assez sûrement la naissance du mot de Tartuffe dans notre langue, en supposant cependant, ce qui est à vérifier, que ce mot n'existât pas avant la comédie de Molière qui porte ce nom. Voici ce que je tiens de M. de Fontenelle, qui était très curieux de ces recherches. Molière achevait sa comédie de l'hypocrite et était très embarrassé quel nom lui donner, quand il trouva dans une maison un M. Roquette, évêque d'Autun, faisant ses quatre repas en tenant des propos de la plus austère dévotion. Il dînait à faire trembler, et on lui demandait s'il n'avait point mangé le matin, et il répondait, les yeux dans le ciel, qu'il avait mangé quelques tartufles (sic) qu'il nommait tartufioli. M. de Molière qui avait déjà peut-être emprunté de lui quelques traits pour son hypocrite, saisit ce mot et appela sa pièce Tartuffe. »
  16. Ce double mot latin figure déjà comme une injure dans le Satyricon de Pétrone.
  17. Ce texte était signalé dès 1750 par le philologue Jacob Le Duchat dans le tome II d'une réédition augmentée du Dictionnaire étymologique de la langue françoise de Gilles Ménage, consultable sur Google Livres.
  18. Cette occurrence a été signalée pour la première fois par Eugène Rolland dans le tome XI de sa Flore populaire, Paris, 1914, p. 183.
  19. Hippolyte Lucas, « À propos du nom de Tartuffe », dans La Mosaïque, revue pittoresque illustrée de tous les temps et de tous les pays, Paris, 1876, p. 7-8, consultable sur Gallica. Auguste Baluffe a mis en doute, sans en donner de raisons, l'antériorité de cette vignette sur l'œuvre de Molière ( Autour de Molière, 1888, p. 249, Lire en ligne), mais un autre moliériste, C.E.J. Caldicott, la date des environs de 1658.
  20. Baluffe croit pouvoir affirmer que « le nom de Tartuffe est d'origine populaire et méridional » et qu'il viendrait de deux mots de « la vieille langue romane »: taro ou tarau, qui signifie défaut, tache, tare, vice, et tufo ou touffo, qui signifie tant coiffe, capuchon, cape, chape, et tantôt hure, tête de porc. Il en conclut que Tartuffe doit se traduire par « vice sous cape » ou par « vice à museau de porc ». Baluffe appuie toute sa démonstration sur deux lettres de l'épistolier Jean-Louis Guez de Balzac, d'origine gasconne et mort en 1654, dont Pierre Richelet reproduit des extraits dans son recueil des Plus belles lettres françoises sur toutes sortes de sujets, tirées des meilleurs auteurs (Paris, 1698, tome II, p. 3-5). Or, le mot tartuffe est une interpolation de Richelet ; il ne figure pas dans les lettres originales de Balzac, l'une datée de 1622, l'autre de 1638.

Références

  1. Les Plaisirs de l'Île enchantée, p. 271-272.
  2. Allier, p. 384 et suivantes. Voir aussi sur ces hypothétiques pressions, Michaut 1925, p. 38-39.
  3. Mémoires de Mme de Motteville, Paris, 1855, tome IV, p. 345.
  4. Gazette de Renaudot, p. 480.
  5. Biet 2013, p. 70.
  6. Prest 2014, p. 2.
  7. Prest 2014, p. 146.
  8. Loret, p. 203.
  9. Mémoires du P. René Rapin de la compagnie de Jésus, p. 294.
  10. Voir Rey & Lacouture, Molière et le Roi. L'Affaire Tartuffe, p. 103-105.
  11. La Gazette du 17 mai 1664.
  12. Sur ce personnage haut en couleurs et mal connu des historiens, voir Rey & Lacouture, Molière et le Roi. L'Affaire Tartuffe, p. 112-113.
  13. La Sainte Conduite de l’Homme en ce monde, ou la Vie de salut et méthode salutaire qu’il faut nécessairement garder au commencement, au progrez & à la fin de la vie pour estre sauvé. Composée par Messire Pierre Roullé, Prestre, Conseiller, Aumosnier & Predicateur Ordinaire du Roy, Docteur en la Faculté de Theologie de Paris, de la Maison & Société de Sorbonne, et Curé de S. Barthelemy de cette ville de Paris. Dediée à la Reine Mere. Paris, Gilles Gourault, 1662. Le seul exemplaire connu se trouve à la réserve de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris sous la cote 8 D 6555(3) INV 8286 FA.
  14. Premier Placet (été 1664).
  15. George Monval, Le Moliériste, octobre 1881, XXI, p. 195-200.
  16. Forestier-Bourqui t.2, p. 1385-1386.
  17. Sur la transformation des trois actes du Tartuffe ou l'Hypocrite de 1664 en les cinq actes de Panulphe ou l'Imposteur de 1667, voir Rey-Lacouture 2007, p. 281-284, et Forestier-Bourqui t.2, p. 1383-1384.
  18. Cet épisode ignoré des historiens et qui explique l'autorisation dont Molière se prévaut dans son « Second placet », a été mis au jour par François Rey en 2007 dans Molière et le Roi. L'Affaire Tartuffe, p. 274-278.
  19. Molière, Second placet au roi.
  20. Brossette, p. 565.
  21. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 324.
  22. Chambon, p. 125-126.
  23. Prest 2014, p. 185.
  24. Éphémérides, p. 53
  25. Lettre sur la comédie de l'Imposteur, p. 121.
  26. Forestier-Bourqui 2010, p. 1358. Le texte est sur Gallica : Lettre sur la comédie de l'imposteur
  27. Notice, p. 356.
  28. Registre, p. 64.
  29. Cairncross 1963.
  30. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 335.
  31. Forestier-Bourqui, t. 2, p. 1365.
  32. a et b Simon 1957, p. 95.
  33. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 307).
  34. Notice du Tartuffe, p. 325.
  35. Alfred Rebelliau, « Deux Ennemis de la Compagnie du Saint-Sacrement - Molière et Port-Royal », Revue des Deux Mondes, tome 53, 1909, p. 901.
  36. Despois-Mesnard, p. 320.
  37. Despois-Mesnard, p. 300.
  38. premier Placet
  39. Préface.
  40. Prest 2014, p. 35.
  41. Acte I, 5, v. 388-402. Voir Prest 2014, p. 113-114.
  42. Lettre sur les Observations, p. 47.
  43. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 333.
  44. a et b Prest 2014, p. 194.
  45. Cité par Hébert 1995, p. 22.
  46. Roquebrune, p. 190.
  47. Roquebrune, p. 191-193.
  48. Prest 2014, p. 195.
  49. Léonard Doucette, Théâtre d'expression française, L'Encyclopédie canadienne, 2015.
  50. P.G. Dublin, La Vie de l'Aretin p. 250 et suivantes
  51. Voir Despois-Mesnard, p. 352. Texte dans Wikisource : Les Hypocrites. .
  52. Longueruana, 1754, p. 155, consultable sur Google Livres.
  53. Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française, t. VII, Paris, 1892, p. 652, consultable sur Internet Archive.
  54. Sur cet étrange personnage, voir La France protestante, tome V, Paris-Genève, 1855, p. 188, consultable sur Google Livres.
  55. Le Mastigophore ou Précurseur du Zodiaque, 1609, p. 62, consultable sur Google Livres.
  56. Biet 2013, p. 10.
  57. CNRTL, tartuffe.
  58. Dictionnaire Furetière, p. 1993.
  59. Port-Royal, tome 3, p. 288.
  60. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 343.
  61. Michelle Zancarini-Fournel, Les luttes et les rêves : Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Paris, Éditions La Découverte, , 995 p. (ISBN 9782355220883), chap. 6 (« Le résistible retour du passé (1814-1830) »), p. 218
  62. Boutique de la Comédie française.
  63. Didier Mereuse, La Croix, Un Tartuffe au pays de l'Islam, 18-10-1995.
  64. Christophe Barbier, Le Point, Tartuffe au Soleil, 22-07-1995.
  65. Los Angeles, CA: TMW Media Group, 2007, 34 min. Voir [1]
  66. La Presse, Tartuffe... en pleine Révolution tranquille, 3-12-2016.
  67. Radio-Canada, Le Tartuffe de Molière en pleine Révolution tranquille au TNM, 3-10-2016.
  68. Tartuffe.

Voir aussi

Ouvrages cités

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  • Henri d'Alméras, Le Tartuffe de Molière, Amiens, 1928. Consultable sur Gallica.
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  • Christian Biet, « Molière et l'affaire Tartuffe (1664-1669) », Histoire de la justice, no 23,‎ , p. 65-79. [2].
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  • Herman Prins Salomon, Tartuffe devant l'opinion française, Paris, Presses Universitaires de France, 1962.
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Liens externes

  • Toutmoliere