Le Siècle

Le Siècle
Le siège du Siècle est situé au 13 avenue de l'Opéra, à Paris.
Le siège du Siècle est situé
au 13 avenue de l'Opéra, à Paris.

Domaine d'activité politique, économie, journalisme
Histoire
Création 1944
Budget
Caractéristiques
Personnes-clés Georges Bérard-Quélin
(fondateur)
Siège Drapeau de la France Paris
Site web lesiecle.asso.fr

Le Siècle est un club d’influence fondé en 1944 par Georges Bérard-Quélin[1]. Cette association regroupe des dirigeants politiques, économiques, culturels et médiatiques français.

Historique

L’association Le Siècle est fondée à la Libération le 2 septembre 1944 et déclarée le 2 février 1946[2] par d’anciens résistants réunis autour de Georges Bérard-Quélin. Son objectif est de faire se rencontrer les « élites » pour mieux se connaître au-delà du clivage gauche-droite.

Le Siècle correspond à ce que l’histoire et la sociologie politique appellent des « lieux de sociabilité » des élites : on y trouve des hauts fonctionnaires, des chefs d’entreprises, des hommes politiques de droite ou de gauche, ou encore des représentants du monde de l’édition et des médias de premier plan.

Au 1er janvier 2011, Le Siècle comptait 751 membres et 159 invités qui attendaient une décision sur leur admission en tant que membre[3].

Organisation

Le Siècle est une association loi de 1901 ayant son siège au 13 avenue de l'Opéra, dans le 1er arrondissement de Paris[4].

Le conseil est composé de 15 ou 16 personnes choisies par cooptation. La cotisation annuelle de membre est de 200 euros.

Recrutement

Se réunissant une fois par mois, le conseil d’administration du Siècle décide du recrutement, et examine le dossier de chaque postulant avec un soin extrême. Nul ne peut faire acte de candidature spontanée. Le postulant est en réalité sélectionné par deux membres du Siècle, dont, obligatoirement, un membre du conseil d’administration. L’admission est soumise à un vote : chaque membre du conseil d’administration dispose d’une boule noire (refus) et d’une boule blanche (acceptation). Chaque boule noire vaut deux blanches. Théoriquement il faut donc avoir 67 % de boules blanches pour l’emporter, mais en pratique si vous avez trois boules noires, vous êtes automatiquement refusé pour éviter les tensions internes. Le candidat ne devient pas membre à ce moment, il est simplement « invité », situation qui peut durer plusieurs années. Le statut de l’invité est à nouveau examiné : il peut alors être coopté comme membre ou remercié[5].

Les femmes ont été interdites au Siècle de 1949 à 1983[6].

Le statut de membre n’est pas définitif.

En février 2011, La Marseillaise dévoile la liste des membres du conseil d’administration et des invités au dîner du 27 janvier 2010 publiée par Cryptome[7],[8].

En mars 2011, Emmanuel Ratier publie une liste de membres du club Le Siècle dans son livre Au cœur du pouvoir : enquête sur le club le plus puissant de France[9].

Financement

Dîner mensuel

Dix fois par an, le dernier mercredi du mois, les membres du Siècle se réunissent au Cercle de l'Union interalliée, au 33 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. Jusqu'à fin 2013 L'Automobile Club de France, place de la Concorde accueillait ces rencontres[10]. La soirée se déroule traditionnellement en deux phases[11] :

  • de 20 h à 21 h : un apéritif ;
  • de 21 h à 22 h 45 : un dîner, par groupes de 8, autour d’un chef de table qui organise le débat.

Plusieurs scènes du film Fin de concession (2010) de Pierre Carles et les Nouveaux Chiens de garde produit par Jacques Kirszner évoquent ces dîners.

Présidents du club

Quelques invités, membres ou anciens membres du Siècle

Article détaillé : Catégorie:Membre du Siècle.

Ministère des finances

Dirigeants d’entreprises et d’établissements financiers privés

Personnalités du monde des affaires et dirigeants d’entreprises publiques

Journalistes, éditeurs, presse

Personnalités politiques

Autres hauts fonctionnaires

Universitaires

Gens de lettres, artistes

Membres des organisations patronales et syndicales

Un club contesté

Critiques

Ce club suscite parfois une hostilité comparable à celle que suscite, par exemple, la franc-maçonnerie, même si, dans le cas du Siècle, la liste des membres n’est pas tenue secrète.

Emmanuel Ratier, le journaliste et politologue classé à l'extrême droite qui publie Faits et documents et qui est l'auteur d'une enquête sur l'association, s’est intéressé de manière sociologique à la composition de ce club. Selon lui, son fondateur était un membre influent du Grand Orient de France, mais seulement 15 à 30 % des membres du club seraient francs-maçons. Seul le pouvoir réel attaché au poste ou à la position des candidats entre en ligne de compte pour le recrutement des membres. Il affirme également qu’entre 1944 et un article paru en 1977 (dans le journal L'Humanité), son existence n’aurait jamais été une seule fois mentionnée dans un article de journal ou dans un livre et, reprend à son compte la thèse de la collusion des élites proposée par Guy Debord dans La Société du spectacle[15].

On retrouve également une critique de gauche à l’égard de ce club, qui renverrait à la critique que fait le Contrat social de Rousseau des brigues, c’est-à-dire de l’organisation de la société civile en groupes d’intérêt (syndicats, clubs, partis, associations)[48].

Jacques Julliard a également critiqué Le Siècle dans le Dictionnaire des intellectuels français, publié en 2002.

En 2012, dans le film Les Nouveaux Chiens de garde, tiré du livre homonyme de Serge Halimi, les réalisateurs Gilles Balbastre et Yannick Kergoat dénoncent le Siècle comme un lieu de collusion entre élites économiques, politiques et médiatiques.

Contre-manifestation

Une contre-manifestation informelle, sous forme de pique-nique, était proposée tous les mois, vers 19 h 30, de septembre 2010 à janvier 2011 par le journaliste et réalisateur Pierre Carles et par Michel Fiszbin, ancien président de Zaléa TV et cofondateur de l’association « Pour Voir, Pas Vu », sur la place de la Concorde. Elle avait pour but de mettre en avant les invités du Siècle et de rappeler les règles de déontologie (Charte des journalistes[49]) aux journalistes présents[50].

En octobre 2010, une vidéo[51] rend compte de la contre-manifestation ; quelques membres du club y apparaissent : Arlette Chabot, Patrick de Carolis, Sylvie Pierre-Brossolette, Emmanuel Chain, Olivier Duhamel, Marc Tessier, François Lenglet, Pierre Carles, Louis Gallois, Patrick Devedjian, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Seydoux, Louis Schweitzer, Rachida Dati, Guillaume Pepy, Alain-Gérard Slama, Alexandre Bompard, Michel Fieldetc.

Lors de la contre-manifestation du 24 novembre 2010, plusieurs centaines de personnes ont manifesté devant l’hôtel de Crillon contre la tenue d’un dîner mensuel. Pendant plus de deux heures, les personnalités participant à ce dîner ont été conspuées[52]. La police est intervenue pour mettre fin à la manifestation et a interpellé une soixantaine de personnes (dont un client allemand de l’hôtel de Crillon)[53],[54].

Depuis novembre 2010, des moyens considérables de sécurité sont mis à disposition sur la place et dans le quartier alentour sur ordre de Michel Gaudin, préfet de police de Paris, également membre du club[15]. Cette vidéo[55] de janvier 2011 donne un aperçu de l’interpellation de 150 à 200 « non-manifestants » (les interpellations ayant eu lieu avant l’heure du rendez-vous). On peut noter que les journalistes sont également contrôlés[56].

Bibliographie

Études

  • Anne Martin-Fugier, « « Le Siècle » (1944-2004) : un exemple de sociabilité des élites », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, no 81,‎ , p. 21–29 (ISBN 2-7246-2973-6, lire en ligne)
  • Pierre-Emmanuel Moog, « L’annuaire des clubs de réflexion et d’influence : Édition 2007 », L’expansion, no 81,‎ , p. 208-209 (ISBN 2-84343-450-5).
  • Pierre-Emmanuel Moog, Les clubs de réflexion et d’influence : 2006-2007, Paris, L’Expansion, , 366 p. (ISBN 2-84343-364-9).
  • Pierre-Emmanuel Moog et fondation Prometheus, Les groupes de réflexion et d’influence en Europe : 2008-2009, Paris, L’Expansion, 2e éd., 523 p. (ISBN 978-2-84343-540-9, lire en ligne), « Le Siècle », p. 228–229

Essais d'Emmanuel Ratier

  • Emmanuel Ratier, Au cœur du pouvoir : Enquête sur le club le plus puissant de France, Paris, Facta, , 589 p. (ISBN 2-9508318-3-4, présentation en ligne)
  • Emmanuel Ratier, Au cœur du pouvoir : Enquête sur le club le plus puissant de France, Paris, Facta, , 700 p.
  • Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, t. II, Paris, Faits et Documents, , 990 p. (ISBN 2-909-769-12-7)

Notes et références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad et ae Frédéric Saliba, « Le pouvoir à la table du Siècle », Stratégies, no 1365,‎ , p. 49 (lire en ligne).
  2. Voir sur le site du club.
  3. Voir sur le site du club.
  4. Pierre-Emmanuel Moog, op. cit., p. 228.
  5. Faits et Documents no 295.
  6. Anne Martin-Fugier, op. cit..
  7. Voir sur le site de La Marseillaise.
  8. Voir sur scribd.com.
  9. « Une sortie plus qu’explosive », sur faitsetdocuments.com, (consulté le 9 avril 2011)
  10. « Le Siècle, club très sélect des élites françaises, déménage », sur Challenges, https://plus.google.com/+challenges (consulté le 10 novembre 2015)
  11. Pierre-Emmanuel Moog, op. cit., p. 229.
  12. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af, ag, ah, ai, aj, ak, al, am, an, ao, ap, aq, ar, as, at, au, av, aw, ax, ay, az, ba, bb, bc, bd, be, bf, bg, bh, bi, bj, bk, bl, bm, bn, bo, bp et bq Noël Blandin, « Select Club : Le Siècle, club de rencontres des élites françaises », La République des Lettres,‎ (lire en ligne).
  13. a, b, c, d et e « Dîners du Siècle : les femmes s’invitent à la table du pouvoir », Madame Figaro,‎ (lire en ligne)
  14. a et b Dans les coulisses du Siècle, lieu de pouvoir et d’influence dans Les Échos, 3 février 2017
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad et ae [[#Ratier1996|Emmanuel Ratier, Au cœur du pouvoir, op. cit.]]
  16. « Christian Noyer », dans [[#Ratier2005|Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, op. cit.]]
  17. « Daniel Bouton », dans [[#Ratier2005|Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, op. cit.]]
  18. « Thierry Derez, développeur discret de Covéa », lesechos.fr,‎ (lire en ligne)
  19. a et b « Jean-Yves Haberer », dans [[#Ratier2005|Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, op. cit.]]
  20. a et b Emmanuel Ratier, dans Faits et Documents n°253
  21. a, b, c, d, e et f http://le-siecle.info/2012/01/les-nouveaux-membres-du-siecle/
  22. Renaud Revel, « Pas vu à la télé », Vanity Fair n°44, mars 2017, pages 126-133.
  23. Anaëlle Verzaux, Laurent Macabies, Anthony Lesme, « Le dîner du Siècle, avec Dati, Chabot, NKM, Carolis… », Bakchich, 1er novembre 2010.
  24. Décédé.
  25. a, b, c, d et e Le Monde, 16 novembre 2010.
  26. Emmanuel Ratier, « Le Siècle 2001 », Faits et Documents, no 113,‎ (lire en ligne).
  27. a et b Nolwenn Le Blevennec, « La bande à Pierre Carles allume les journalistes du club Le Siècle », sur Rue89, 16 novembre 2010.
  28. http://le-siecle.info/2011/05/en-est-il/
  29. « http://jeanfrancoiscope.fr/wordpress/biographie »(Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?)
  30. Rachida Dati, Je vous fais juges : Entretien avec Claude Askolovitch, Paris, Grasset, , 232 p. (ISBN 978-2-246-73401-7).
  31. Faits & Documents, 329, 2012
  32. http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/discours-du-premier-ministre-aux-4eme-assises-du-numerique)
  33. a et b http://www.whoswho.fr/fr/bio/patrick-hetzel_55430
  34. http://francoishollande.fr/actualites/francois-hollande-ma-biographie
  35. Fiche d’Anne-Marie Idrac sur le site du Premier ministre.
  36. Jean-Pierre Jouyet, l’ami de François Hollande, est un fidèle du Siècle, mais il n’aime pas qu’on le sache,Reporterre.net, le 11 juillet 2012, consultée le 21 septembre 2012
  37. « Corinne Lepage », dans [[#Ratier2005|Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, op. cit.]]
  38. A quoi sert encore Le Siècle, Les Echos, le 3 février 2017
  39. http://francoishollande.fr/l-equipe-de-campagne
  40. Notice de Richard Descoings sur le site de l’Organisation de coopération et de développement économiques.
  41. Le supplément 07/06/2015 Canal+
  42. Vincent Nouzille, La République du copinage: Enquête sur la France des réseaux de pouvoir, Fayard, (ISBN 9782213667799, lire en ligne)
  43. Emmanuel Ratier, « Le Siècle 2012 », Faits et Documents no 328, 15-31 janvier 2012
  44. Notice Who's who, mise à jour le 22 juillet 2010, consulté le 13 décembre 2010
  45. « Pascal Bruckner », dans [[#Ratier2005|Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, op. cit.]]
  46. « Hélène Carrère d'Encausse », dans [[#Ratier2005|Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, op. cit.]]
  47. « Marc Lambron », dans [[#Ratier2005|Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, op. cit.]]
  48. Les contradictions françaises entre libéralisme et républicanisme ont fait l’objet de nombreux travaux, notamment ceux de Pierre Rosanvallon.
  49. Charte des journalistes - Droits et Devoirs des journalistes, sur le site acrimed.org.
  50. « Ce soir à 19 h 30 "Tous au dîner du siècle !!!" Place de la Concorde à Paris, venez nombreux », sur Médiapart.
  51. [vidéo] Le Siècle - rdv 02 - le défilé
  52. « Les oligarques du Siècle chahutés par le peuple », sur reporterre.net (consulté le 23 décembre 2010)
  53. Olivier Vilain, « Les CRS se démènent sans compter pour protéger les élites parisiennes », Le Courrier,‎ (lire en ligne)
  54. Michel Soudais, « Le dîner du Siècle était bien gardé », Politis,‎ (lire en ligne)
  55. Voir la vidéo sur Dailymotion.
  56. « Dîner du Siècle: les contre-manifestants et Les Inrocks au commissariat », Les Inrocks,‎ (lire en ligne)

Liens externes

  • Le site officiel du club Le Siècle
  • François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, « Aux dîners du Siècle, l’élite du pouvoir se restaure », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  • Denis Kessler, « Le Siècle face à ses injustes critiques », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  • Morgane Miel, « Dîners du Siècle : les femmes s’invitent à la table du pouvoir », Madame Figaro,‎ (lire en ligne)
  • Véronique Chocron, « À quoi sert encore Le Siècle », Les Echos,‎ (lire en ligne)