Le Bateau ivre

Le Bateau ivre est un poème écrit par Arthur Rimbaud à la fin de l'été 1871, alors qu'il était âgé de 17 ans. Il est constitué de 25 quatrains d'alexandrins. Il raconte, à la première personne, un bateau sans maître, chahuté par les flots.

Historique

L’œuvre est connue par la copie qu'en a faite Paul Verlaine[1]. Première publication en revue : « Les Poètes maudits » (7) : « Arthur Rimbaud (4) », Lutèce, 2 novembre 1883[2],[3], en recueil : Paul Verlaine, Les Poètes maudits : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, L. Vanier, 1884, p. 30-34 disponible sur Gallica.

Arthur Rimbaud a envoyé ce poème à Verlaine avant de le rejoindre à Paris[4]. Une caricature d'André Gill dans l’Album zutique représente Rimbaud dans une frêle embarcation. Le premier groupe zutique, qui comprenait André Gill et Arthur Rimbaud, a transcrit poèmes et dessins de l’Album zutique de la mi-octobre 1871 à la mi-novembre 1871 à peine. Ainsi, selon toute vraisemblance, le poème Le Bateau ivre est antérieur à cette date butoir pour l’Album zutique. De deux choses l'une : ou Rimbaud a composé son poème peu avant sa montée à Paris autour du 15 septembre 1871, ou il l'a composé dès son arrivée à Paris[note 1]. Ernest Delahaye a régulièrement essayé de se faire passer pour le premier témoin de la composition des poèmes de Rimbaud. Or il prétend que Le Bateau ivre a été composé expressément pour se présenter à Paris[5]. Le témoignage semble pour une fois conserver sa vraisemblance malgré l'épreuve du temps, sauf sur un point : le 30 septembre 1871, Rimbaud a probablement lu un ancien poème de 1870, Les Effarés. Verlaine cite Les Premières Communions, Les Effarés, Mes petites amoureuses, Les Poètes de sept ans comme les premiers poèmes qui lui furent envoyés par lettre[6].

Réception critique

  • « Cette poésie spéciale est lettre close pour moi, je n'y vois qu'une suite singulière de pluriels incohérents. C'est du prétentieux charabia. Ayons donc le courage de dire que bizarrerie n'est point originalité. », Paul Cosseret, La Presse, 7 février 1892, p. 2 disponible sur Gallica

Héritage

Samuel Beckett a édité une traduction en anglais, Drunken Boat[7].

Léo Ferré a mis en musique et dit ce poème dans son album L'Imaginaire (1982). Il prend la liberté de transformer les deux premiers quatrains en refrain, répété sept fois. Ce principe de répétition, ainsi que la présentation, par des procédés typographiques, des rythmes sonores du Bateau ivre récité par Léo Ferré, a été montré dans le livre de Serge Chamchinov, Fleuves impossibles (sic)[8].

Maurice Delage a mis en musique ce poème dans un poème symphonique de 1954[9].

Une reproduction intégrale du Bateau ivre, inaugurée le 14 juin 2012[10], occupe un long mur de la rue Férou à Paris, non loin de l'endroit[11] où Rimbaud aurait présenté le poème pour la première fois le 30 septembre 1871 lors d'une réunion des Vilains Bonshommes. Elle a été réalisée par l'artiste néerlandais Jan Willem Bruins.

Le projet lancé par Serge Chamchinov auprès de la Maison internationale de la Poésie Arthur Haulot (MIPAH), lors de la biennale internationale de la poésie qui s'est déroulée à Liège en 2012 - la traduction du poème Le Bateau ivre sur 25 langues selon le principe une strophe / une traduction -, a été réalisé en 2013 sous la forme d'un livre d'artiste collectif Symphonie du temps[12],[13].

Sur le mur de l'Hôtel des impôts de la rue Férou : le poème d'Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre

Notes et références

Notes

  1. Rue Nicolet, chez les parents de la femme de Verlaine où Rimbaud restera quelques jours avant d'être renvoyé pour mauvaise conduite.

Références

  1. BNF, manuscrit NAF 18894-18895.
  2. Claude Jeancolas, Rimbaud. L’œuvre intégrale manuscrite, t. 3, Textuel, 2004, p. 300
  3. prelia.fr
  4. Voir les notes du poème établies par Antoine Adam pour Rimbaud, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, p. 915.
  5. Voir Rimbaud Souvenirs D'Ernest Delahaye.
  6. Ernest Delahaye, Verlaine, A. Messein, 1923, p. 138 disponible sur Gallica.
  7. Samuel Beckett, Collected Poems 1930-1978, éd. John Calder, Londres.
  8. Voir le catalogue de la BLJD, fonds spécifiques [1]
  9. Étiemble, Le mythe de Rimbaud, vol. 4, Gallimard, 1961, p. 212 lire sur Google Livres
  10. Inauguration d'un poème mural "Le Bateau ivre" d'Arthur Rimbaud (ambassade des Pays-Bas).
  11. Une plaque commémorant l'évènement a été apposée à une centaine de mètres de là, le , au coin des rues du Vieux-Colombier et Bonaparte, au restaurant du premier étage du marchand de vin Ferdinand Denogeant.
  12. Voir la description du projet dans la revue Ligature,no 3, 2013 (EAN 9791091274203)
  13. http://www.mainz.de/freizeit-und-sport/feste-und-veranstaltungen/veranstaltungskalender.php?sp-mode=eventdetail&sp-detail=112380&sp-detail-date=171151

Voir aussi

Bibliographie

  • Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, Paris, Flammarion, (ISBN 978-2-08-121962-5). 
  • Arnaud Santolini, Le Bateau ivre. Une fabrique du désordre, Presses universitaires de Rennes, 2019, (ISBN 978-2-7535-7580-6)

Articles connexes

Liens externes