Langage humain

Peinture murale au Teotihuacan, Mexico (IIe siècle apr. J.-C.) montrant un phylactère ou "bulle" sortant de la bouche d'une personne pour symboliser ses paroles
Le cunéiforme est le premier langage écrit connu, mais le langage oral précède le langage écrit d'au moins plusieurs dizaines de milliers d'années.
Deux filles apprennent la Langue des signes américaine
Le braille est un système écrit tactile.

Le langage humain est un système qui regroupe le développement, l'acquisition, l'entretien et l'utilisation de systèmes complexes de communication, et désigne aussi la capacité humaine permettant ces processus. Le langage peut se référer à la capacité cognitive à apprendre et à utiliser les systèmes de communication complexes, ou pour décrire l'ensemble des règles de ces systèmes, ou l'ensemble des énoncés qui peuvent être produits à partir de ces règles. La langue est un exemple spécifique d'un tel système (par exemple, la langue française). De nombreuses définitions ont été proposées par les différentes disciplines étudiant le langage (la linguistique, mais aussi la neurobiologie, la psychologie, la philosophie, la biologie évolutive, etc.), chacune s’intéressant à une de ses particularités.

Le langage humain a des propriétés de productivité et de déplacement, et dépend entièrement des conventions sociales et de l'apprentissage. Sa structure complexe offre un éventail beaucoup plus large d'expressions que tout autre système connu dans la communication animale. Il est possible que le langage se soit développé quand les premiers homininés ont commencé à changer progressivement leurs systèmes de communication primitifs, à développer la capacité de former une théorie des autres esprits et à partager une intentionnalité commune[1],[2]. Il est possible que cette évolution ait coïncidé avec une augmentation de volume du cerveau. De nombreux linguistes pensent que les structures du langage ont évolué pour remplir des fonctions sociales et communicatives spécifiques.

L'étude scientifique du langage en tant que système de communication relève du domaine de la linguistique. Parmi les figures majeures de la linguistique se trouvent Ferdinand de Saussure et Noam Chomsky. D'autres disciplines s'intéressent au langage et à ses relations avec la pensée, comme la philosophie, la psychologie et les neurosciences.

La linguistique permet une description précise du langage et des langues. Toutes les langues s'appuient sur le processus de semiosis reliant des signes particuliers à des significations. Ainsi, les langues orales, gestuelles et tactiles contiennent un système phonologique qui régit la façon dont les symboles sont utilisés pour former des séquences (porteuses de sens) comme des mots, des morphèmes, et le système syntaxique, qui régit la façon dont les mots et les morphèmes sont combinés pour former des phrases et expressions.

Le langage a des bases physiologique. Il est traité à plusieurs endroits différents dans le cerveau humain, mais les aires de Broca et de Wernicke jouent un rôle particulièrement important. L'articulation de la parole est étudiée par la phonétique. Cependant, le langage ne s'acquiert et ne se développe que dans un système social. L'acquisition du langage commence chez l'humain dans la petite enfance à travers l'interaction sociale. L'utilisation de la langue est profondément enracinée dans la culture humaine où elle a plusieurs fonctions. En plus de sa fonction strictement communicative, le langage et la langue spécifique d'une communauté humaine remplissent aussi des rôles socio-culturels. Ils marquent ainsi l'identité du groupe, la stratification sociale, l'attachement dans un contexte social, et le divertissement.

Les pathologies du langage sont diverses et leur gravité varie. Leur diagnostic relève des disciplines médicales comme la psychiatrie ou la neurologie. La rééducation des troubles de la parole et des troubles du langage relève de l'orthophonie (appelée aussi logopédie, selon les régions du monde).

Définition

Ferdinand de Saussure a développé l'approche structuraliste de l'étude du langage.

Le mot langage provient du Proto-Indo-Européenne *dn̥ǵʰwéh₂s signifiant "la langue (organe), la parole, et le langage" [3]. Il a donné le terme Latin lingua, "la langue", puis a donné en Ancien français le terme language. Le mot est parfois utilisé aussi pour désigner les codes, les chiffres en cryptologie, et d'autres types de systèmes de communication construits artificiellement comme les langages pour ordinateur utilisés en programmation informatique. Contrairement aux langues humaines, un langage formel est un système de signes pour l'encodage et le décodage de l'information. L'article présent porte spécifiquement sur les propriétés du langage humain naturel tel qu'étudié par les disciplines de la linguistique, psycholinguistique et neurolinguistique.

« Le mot “langage” désigne un ensemble d'activités mises en œuvre par un individu lorsqu'il parle, écoute, réfléchit, essaie de comprendre […] lit et écrit. »

— Programme d'enseignement de l'école maternelle[4]

En tant qu'objet d'étude linguistique, "langage" a deux significations : un concept abstrait, et un système linguistique, par exemple le français. Le linguiste suisse Ferdinand de Saussure, qui a défini la discipline moderne de la linguistique, a formulé explicitement la distinction entre le mot français langage pour référer au concept, le mot langue qui est une instance spécifique du système langagier, et le mot parole qui décrit l'aspect concret de l'utilisation de la voix dans une langue particulière.[5]

Lorsque l'on parle du langage en tant que concept général, les définitions utilisées mettent l'accent sur différents aspects du phénomène[6]. Ces définitions reflètent différentes approches et compréhensions du langage, et elles informent sur les différentes et parfois incompatibles écoles de la théorie linguistique[7]. Les débats sur la nature et l'origine du langage remontent à l'antiquité. Les philosophes grecs tels que Gorgias et Platon ont débattu de la relation entre les mots, les concepts et la réalité. Gorgias propose que la langue ne peut représenter ni l'expérience objective, ni l'expérience humaine, et que la communication et la vérité sont donc impossibles. Platon soutient que la communication est possible, parce que le langage représente des idées et des concepts qui existent indépendamment de, et avant, le langage[8].

Pendant le siècle des Lumières et ses débats sur les origines de l'Homme, les spéculations sur l'origine du langage sont devenues à la mode. Des penseurs comme Rousseau et Herder proposent que le langage prenne ses origines dans l'expression instinctive des émotions, et qu'il ait été à l'origine plus proche de la musique et de la poésie que de l'expression logique de la pensée rationnelle. Les philosophes rationalistes comme Kant et Descartes sont d'avis contraire. Au tournant du XXe siècle, les penseurs commencent à s'interroger sur le rôle du langage dans la construction de notre expérience du monde. Ils se demandent si le langage reflète simplement la structure objective du monde, ou s'il crée des concepts qui influencent notre expérience du monde objectif. Ces réflexions ont conduit à la question de savoir si les problèmes philosophiques ne sont pas véritablement des problèmes avant tout linguistiques. Cette résurgence de l'idée que le langage joue un rôle important dans la création et la circulation des concepts, et que l'étude de la philosophie est essentiellement l'étude du langage, est associée à ce qui a été appelé le tournant linguistique et aux philosophes tels que Wittgenstein dans la philosophie du XXe siècle. Ces débats sur le langage en relation avec la signification et la référence, la cognition et la conscience, se poursuivent[9].

Faculté mentale, organe ou instinct

Une des définitions du langage le qualifie de faculté mentale qui permet à l'humain d'entreprendre le comportement linguistique : apprendre les langues, et produire et comprendre des énoncés. Cette définition met l'accent sur la présence du langage chez tous les êtres humains, et souligne les bases biologiques de cette habileté chez l'humain, issue d'un développement unique du cerveau humain. Les philosophes et chercheurs qui défendent que l'accès au langage est inné chez l'homme s'appuient sur le fait que tout enfant au développement cognitif normal, élevé dans un environnement où le langage est accessible, fait l'acquisition de la langue sans enseignement formel. Les langues peuvent même se développer spontanément dans des environnements où les gens vivent ou grandissent ensemble, sans un langage commun ; c'est le cas des langues créoles et des langues des signes qui se sont développées spontanément comme la Langue des signes du Nicaragua. Ce point de vue, qui remonte à la philosophie de Kant et Descartes, considère le langage comme largement inné. La même conception est présente chez Chomsky, qui a développé la théorie de la grammaire universelle, et chez le philosophe Jerry Fodor qui a développé une théorie innéiste extrême. Ces types de définitions sont souvent utilisées dans le domaine des sciences cognitives et de la neurolinguistique[10],[11].

Système symbolique formel

Noam Chomsky est l'un des plus importants théoriciens de la linguistique au XXe siècle.

Une autre définition du langage le considère sous l'angle d'un système formel de signes régis par une combinaison de règles de grammaire qui véhiculent de la signification. Cette définition met l'accent sur le fait que les langues humaines peuvent être décrites comme des systèmes structuraux fermés consistant en règles liant des signes particuliers à des significations[12]. Cette approche structuraliste a été d'abord introduite par Ferdinand de Saussure[13] et son structuralisme demeure le fondement de nombreuses approches contemporaines des langues[14].

Certains partisans des idées de Saussure sur langage ont défendu une approche formelle qui étudie la structure du langage en commençant par l'identification de ses éléments de base et qui ensuite tente une description des règles selon lesquelles les éléments se combinent pour former des mots et des phrases. Le principal promoteur de cette théorie est Noam Chomsky, l'auteur de la théorie de la grammaire générative et transformationnelle, qui a défini la langue comme la construction de phrases qui peuvent être générées à l'aide de grammaires transformationnelles[15]. Chomsky considère que ces règles sont une caractéristique innée de l'esprit humain et constituent les rudiments de ce qu'est le langage[16]. En revanche, de telles grammaires transformationnelles sont également communément utilisées pour fournir des définitions formelles du langage couramment utilisées dans la logique formelle, dans les théories formelles de la grammaire et dans la linguistique computationnelle appliquée[17],[18]. Dans la philosophie du langage, des philosophes comme Alfred Tarski, Bertrand Russell et d'autres logiciens formels ont développé la conception de la signification linguistique comme résidant dans les relations logiques entre les propositions et la réalité.

Outil de communication

Une autre définition du langage se centre sur le langage comme un système de communication qui permet aux humains l'échange verbal ou symbolique d'énoncés. Cette définition met l'accent sur les fonctions sociales de la langue et le fait que les humains l'utilisent pour s'exprimer et manipuler des objets dans leur environnement. Les théories fonctionnelles de la grammaire expliquent les structures grammaticales de par leurs fonctions de communication. Elles comprennent les structures grammaticales de la langue comme étant le résultat d'un processus d'adaptation par lequel la grammaire a été développée "sur-mesure" pour servir les besoins de communication de ses utilisateurs[19],[20].

Ce point de vue est associé à l'étude de la langue dans les domaines de la pragmatique, de la cognition, de la sociolinguistique et de l'anthropologie linguistique. Les théories fonctionnalistes ont tendance à étudier la grammaire comme un phénomène dynamique, puisque les structures changent continuellement en étant employées par les locuteurs. Ce point de vue accorde donc une place importante à l'étude de la typologie linguistique, c'est-à-dire à la classification des langues en fonction de leurs caractéristiques structurelles, car les processus de grammaticalisation ont tendance à suivre des trajectoires qui sont en partie dépendantes de la typologie[18]. Dans la philosophie du langage, l'idée que la pragmatique est au cœur du langage et du sens est souvent associée aux œuvres tardives de Wittgenstein, et aux philosophes tels que J. L. Austin, Paul Grice, John Searle, et W. O. Quine[21].

Statut unique du langage humain

Le pomatostome à calotte marron.

Le langage humain possède des caractéristiques uniques quand on le compare à d'autres formes de communication animale. Les systèmes de communication utilisés par d'autres animaux comme les abeilles ou les singes sont des systèmes fermés qui se composent d'un nombre fini, généralement très limité, d'idées pouvant être exprimées[22],[23].

Le langage humain est ouvert et productif , en ce sens qu'il permet aux humains de produire une vaste gamme d'énoncés à partir d'un ensemble fini d'éléments et de créer de nouveaux mots et phrases. Ce phénomène est rendu possible par le fait que le langage humain est basé sur un double code, dans lequel un nombre fini d'éléments qui sont vides de sens en eux-mêmes (par exemple, des sons, des lettres ou des gestes) peuvent être combinés pour former un nombre infini de grandes unités de sens (mots et phrases)[24]. Cependant, une étude a démontré qu'un oiseau australien, le pomatostome à calotte marron (Pomatostomus ruficeps), est capable d'utiliser les mêmes éléments acoustiques dans différents arrangements pour créer deux vocalisations fonctionnellement distinctes[25]. En outre, les Cratéropes bicolores (Turdoides bicolor) ont démontré la capacité de générer deux vocalisations distinctes composées du même type de son, qui ne peuvent être distinguées que par le nombre d'éléments répétés[26].

Le bonobo nommé Kanzi converse avec la scientifique Sue Savage-Rumbaugh en utilisant des symboles écrits (Yerkish).

Plusieurs espèces d'animaux ont démontré qu'elles étaient en mesure d'acquérir des formes de communication par le biais de l'apprentissage social : par exemple, un bonobo nommé Kanzi a appris à s'exprimer à l'aide d'un ensemble de lexigrammes symboliques. De même, de nombreuses espèces d'oiseaux et de baleines apprennent leurs chansons, en imitant les autres membres de leur espèce. Toutefois, bien que certains animaux puissent apprendre un grand nombre de mots et de symboles, aucun n'a démontré pouvoir apprendre autant de signes qu'un humain de 4 ans, ni n'a appris une grammaire complexe comme celle du langage humain[23].

Les langues humaines diffèrent également des systèmes de communication animale en ce qu'elles utilisent les catégories grammaticales et sémantiques, telles que des noms et des verbes, le présent et le passé, qui peuvent être utilisées pour exprimer des significations d'une complexité croissante[23]. Le langage humain est unique également pour posséder une propriété de récursivité : par exemple, un groupe nominal peut contenir un autre syntagme nominal (comme dans "[la bouche [du chimpanzé]]") ou une proposition peut contenir une autre proposition (comme dans "[je vois [le chien qui court]]")[27]. Le langage humain est aussi le seul système de communication naturel connu dont l'adaptabilité peut être désignée comme indépendante de la modalité. Cela signifie qu'il peut être utilisé non seulement pour la communication par le biais d'un canal ou d'un médium, mais aussi par plusieurs. Par exemple, la langue parlée utilise la modalité auditive, alors que les langues des signes et l'écriture utilisent la modalité visuelle, et le braille, la modalité tactile[28].

Le langage humain est unique également du fait qu'il peut référer à des concepts abstraits, des événements imaginaires ou hypothétiques, ainsi que les événements qui ont eu lieu dans le passé ou peuvent se produire dans l'avenir. Cette capacité à faire référence à des événements qui ne sont pas dans le même temps ou à la même place que ceux du moment de l'énoncé est appelée déplacement. Bien que certains animaux puissent utiliser le déplacement dans leur communication (comme la communication des abeilles qui peuvent communiquer l'emplacement des sources de nectar qui sont hors de vue), le déplacement est utilisé dans le langage humain d'une manière également considérée comme unique par sa complexité[29].

Fonctions du langage

Selon le psychologue et théoricien du langage Karl Bühler, le langage remplit des fonctions émotive, conative, et représentative[réf. nécessaire]. Le linguiste Roman Jakobson y ajoute la fonction phatique, la fonction métalinguistique, et la fonction poétique[réf. nécessaire]. Selon le linguiste James Britton, le langage remplit aussi des fonctions transactionnelles, impliquant des interlocuteurs, parmi lesquelles la fonction conative ; ainsi que la fonction expressive et la fonction poétique. [réf. nécessaire]

Origines du langage humain

Selon la Bible, les différentes langues dans le monde viennent d'une punition divine résultant de la construction de la Tour de Babel (peinture La Tour de Babel par Pieter Bruegel l'Ancien).
William Jones a découvert la relation familiale entre le Latin et le Sanskrit, ouvrant la voie à la discipline de linguistique historique.
Articles détaillés : Origine du langage et Langue originelle.

Les théories sur l'origine du langage diffèrent quant à leurs hypothèses de base sur ce qu'est la langue. Certaines théories sont basées sur l'idée que le langage est si complexe que l'on ne peut l'imaginer simplement apparaître à partir de rien dans sa forme définitive, et qu'il doit avoir évolué à partir de pré-systèmes linguistiques chez nos ancêtres pré-humains. Ces théories peuvent être appelées des théories basées sur le continuité. Le point de vue opposé, c'est que le langage est un trait si uniquement humain, incomparable à tout ce qui peut être observé chez les non-humains, et qu'il doit donc être apparu soudainement dans la transition entre les pré-hominidés et l'homme primitif. Ces théories peuvent être définies comme basées sur une discontinuité. De même, les théories basées sur la vision générative du langage de Chomsky, considèrent le langage comme une faculté innée qui est en grande partie génétiquement codée ; à l'inverse, les théories fonctionnalistes le voient comme un système qui est en grande partie culturel, appris à travers l'interaction sociale[30].

Un éminent défenseur d'une théorie de discontinuité est le linguiste et philosophe Noam Chomsky[30]. Chomsky propose que « certaines mutations aléatoires ont eu lieu, peut-être après quelques étrange douche de rayons cosmiques, et ont réorganisé le cerveau, implantant un organe de langage dans un cerveau primate par ailleurs »[31] et bien qu'il mette en garde contre une interprétation trop littérale de cette histoire, il cherche à mettre également en garde contre d'autres histoires relatives aux processus de l'évolution[31].

Les théories basées sur la continuité sont retenues par une majorité de chercheurs, mais leurs opinions divergent quant aux processus engagés. Ceux qui considèrent le langage comme étant la plupart du temps inné, par exemple le psychologue Steven Pinker, pensent que le langage est précédé par la cognition animale, tandis que ceux qui considèrent le langage comme un outil de communication socialement appris, comme le psychologue Michael Tomasello, pensent qu'il a évolué à partir de la communication animale chez les primates, une communication gestuelle ou vocale aidant à la coopération[32]. D'autres modèles de continuité proposent que le langage se soit développé à partir de la musique, un point de vue proposé déjà par Rousseau, Herder, Humboldt, et Charles Darwin. Un défenseur de cette théorie est l'archéologue Steven Mithen[33].

Stephen R. Anderson  évalue l'origine des langues parlées vers 60 000 à 100 000 ans[34] et écrit que « Les chercheurs sur l'origine évolutive du langage pensent généralement qu'il est plausible que le langage n'ait été inventé qu'une seule fois, et que tous les langues parlées soient donc liées d'une manière ou d'une autre, même si cette relation ne peut plus être retrouvée […] en raison des limites des méthodes disponibles pour reconstruire cette relation »[35].

Parce que le langage a émergé dans les débuts de la Préhistoire de l'homme, avant l'existence de documents écrits, son développement précoce n'a laissé aucune trace historique, et un processus comparable ne peut vraisemblablement pas être observé de nos jours. Ainsi les théories de la continuité observent les comportements animaux pour voir si les primates, par exemple, montrent des traits qui pourraient être considérés comme analogues à ce qu'un pré-langage humain a pu être. Les fossiles humains peuvent aussi être étudiés pour détecter des traces de l'adaptation physique à l'usage du langage ou des formes pré-linguistique de conduites symboliques. Les indices suggérant des aptitudes linguistiques dans les fossiles humains se retrouvent dans la taille du cerveau par rapport à la masse corporelle, la présence d'un larynx capable de production élaborée de sons, et la nature des outils et d'autres artefacts fabriqués[36].

Pendant longtemps, il a été généralement considéré que les pré-humains Australopithèques n'avaient pas de systèmes de communication significativement différents de ceux trouvés chez les hominidés en général. Cependant, en 2017, une étude sur l'Ardipithecus ramidus a remis en cause cette idée[37]. Les opinions académiques varient quant à l'évolution du langage depuis l'apparition du genre Homo , il y a quelque 2,5 millions d'années. Certains chercheurs supposent un développement de systèmes primitifs de type langagier (proto-langue) datant de l'Homo habilis (2,3 millions d'années) tandis que d'autres pensent que le développement de formes primitives de communication symbolique ne débutent qu'avec l'Homo erectus (1,8 million d'années) ou l'Homo heidelbergensis (600 000 ans), et le développement du langage proprement dit avec l'Homo sapiens sapiens anatomiquement moderne durant la révolution du Paléolithique supérieur, il y a moins de 100 000 ans[38],[39].

De nos jours, les estimations du nombre de langues dans le monde varient entre 5 000 et 7 000. Les estimations varient en raison du caractère arbitraire de la distinction entre les langues et les dialectes. Les langues naturelles sont parlées ou signées, mais toute langue peut aussi être codée dans des médias secondaires utilisant les stimuli auditifs, visuels ou tactiles – par exemple, les langues sifflées, signées ou l'écriture braille. Ceci est possible parce que le langage humain est indépendant des modalités par lesquelles il s'exprime.

Étude

Disciplines

L'étude du langage, la linguistique, est devenue une science lors des premières descriptions grammaticales de langues spécifiques en Inde, il y a environ 2000 ans, après le développement de l'écriture du Brahmi. La linguistique moderne est une science qui s'intéresse à tous les aspects du langage et des langues, en les examinant sous tous les points de vue décrits ci-dessus[40].

Le langage est un sujet d'étude scientifique ou académique dans de nombreuses disciplines, et est abordé sous plusieurs angles théoriques, qui tous permettent la construction des approches modernes de la linguistique. Par exemple, la linguistique descriptive  étudie la grammaire de langues uniques. La linguistique théorique développe des théories sur la meilleure façon de conceptualiser et de définir la nature du langage en s'appuyant sur les données provenant de diverses langues humaines existantes. La sociolinguistique étudie la manière dont les langues sont utilisées à des fins sociales, permettant de renseigner l'étude des fonctions sociales de la langue et description grammaticale. La neurolinguistique étudie comment le langage est traité par le cerveau humain et permet de tester expérimentalement les théories. La Linguistique informatique s'appuie sur la linguistique théorique et descriptive, pour construire des modèles informatiques de langages qui sont souvent destinés à analyser le langage naturel et à tester des hypothèses linguistiques. La linguistique historique repose sur des descriptions grammaticales et lexicales de langues pour retracer leur histoire individuelle et reconstruire les arbres des familles de langues en utilisant des méthodes comparatives[7].

La philosophie s'intéresse au langage depuis Aristote. Selon Aristote, les animaux peuvent exprimer le plaisir ou la douleur, qui sont des sensations, non le juste et l'injuste, qui sont des idées (et c'est pourquoi l'Homme, et l'Homme seulement, est « un animal politique »). La pensée, disait déjà Platon, est « le dialogue de l'âme avec elle-même ». Selon Descartes, seul le langage (sous la forme de paroles articulées ou de tout autre système de signes équivalent) est capable de formuler des idées et de les communiquer à d'autres. La raison de ce lien privilégié entre pensée et langage est elle exposée par d'autres philosophes (Hobbes, Rousseau...) : le langage n'est pas simplement l'expression de la pensée ; il en est le point de départ et l'instrument.

En psychologie expérimentale, la psycholinguistique est la discipline scientifique qui s'intéresse aux processus mentaux qui permettent le langage. La psychoacoustique est l'étude scientifique des propriétés des sons des langues, les phonèmes, ainsi que de la manière dont ils sont produits. La psychologie cognitive étudie la reconnaissance et la production de la parole, des signes, ainsi que le langage écrit, la lecture, l'orthographe. Les recherches accompagnant les développements technologiques (informatique, oculométrie, mesure du potentiel évoqué...) permettent de décrire avec finesse les processus en jeu (par exemple, les fixations et saccades oculaires durant la lecture).

Le langage a une place importante dans le domaine de la psychologie clinique et des psychothérapies. Sigmund Freud a mis au premier plan l'importance du langage pour l'être humain, la psychanalyse et l'exploration de l'inconscient. Ainsi, le protocole d'une séance de psychanalyse repose exclusivement sur la parole. Dans son Introduction à la psychanalyse Freud souligne combien l'état affectif d'un individu peut être modifié par des paroles prononcées par l'être aimé ou par un supérieur hiérarchique. Il remarque également, tout comme dans Psychopathologie de la vie quotidienne, que les erreurs de langage, les lapsus, ne doivent rien au hasard mais sont la manifestation de l'inconscient ou d'un désir inconscient. Ils seront dès lors, l'un des outils privilégiés pour l'analyste et le patient permettant de saisir l'inconscient. Avec l'introduction du signifiant, Jacques Lacan formalise et explicite la fonction du langage dans la théorie psychanalytique et le psychisme, et ce dans une perspective structuraliste. Il reprend les travaux de Ferdinand de Saussure sur le signifié et le signifiant mais inverse le rapport entre les deux : il affirme ainsi que, du point de vue du psychisme, le signifiant est premier par rapport au signifié. En effet, pour Lacan l'enfant tombe dans un bain de langage, d'images sonores (signifiants), dont il n'accède pas à la signification, mais qui va structurer son psychisme. Lacan résume : « L'inconscient est structuré comme un langage ».

Débuts de la linguistique

L'étude formelle du langage est souvent considérée comme ayant commencé en Inde au le 5ème siècle avant JC, avec le grammairien Pāṇini qui a formulé 3959 règles de morphologie du Sanskrit. Cependant, les scribes Sumériens ont étudié les différences entre les grammaires du Sumérien et l'Akkadien autour de 1900 avant JC. Les traductions grammairiennes se sont ensuite développées dans toutes les cultures anciennes qui ont adopté l'écriture[41].

Au XVIIe siècle, en France, les grammairiens de Port-Royal ont développé l'idée que les grammaires de toutes les langues étaient un reflet des bases universelles de la pensée, et que, par conséquent, la grammaire était universelle. Au XVIIIe siècle, la première utilisation de la méthode comparative par le philologue britannique spécialiste de l'Inde ancienne William Jones a suscité l'essor de la linguistique comparée[42]. L'étude scientifique du langage a été élargie des langues indo-européennes au langage en général par Wilhelm von Humboldt. Au début du XXe siècle, Ferdinand de Saussure introduit l'idée de la langue comme un système statique d'unités interreliées définies par leur opposition entre elles[13].

En introduisant une distinction entre les analyses diachronique et synchronique du langage, Saussure a jeté les bases de la linguistique moderne. Il a aussi présenté plusieurs dimensions de base de l'analyse linguistique qui jouent encore un rôle fondamental dans de nombreuses théories linguistiques contemporaines, telles que les distinctions entre syntagme et paradigme, et la Langue de libération conditionnelle de la distinction, la distinction entre la langue comme un système abstrait (langue), et la manifestation concrète de ce système (parole)[43].

Linguistique contemporaine

Dans les années 1960, Noam Chomsky a formulé la théorie de la grammaire générative et transformationnelle. Selon cette théorie, la forme la plus élémentaire de la langue est un ensemble de règles syntaxiques qui est universel pour tous les êtres humains et qui sous-tend les grammaires de toutes les langues humaines. Cet ensemble de règles est appelé la Grammaire Universelle. Selon Chomsky, décrire cette grammaire universelle est l'objectif principal de la linguistique. Ainsi, il considère que les grammaires des langues individuelles n'ont d'importance que dans la mesure où elles nous permettent de déduire les règles sous-jacentes universelles, à partir desquelles des variations linguistiques observables sont générées[44].

Par opposition aux théories formelles de l'école générative, des théories fonctionnelles de la langue proposent que, puisque la langue est fondamentalement un outil, ses structures sont mieux analysées et comprises par référence à leurs fonctions. Les théories formelles de la grammaire cherchent à définir les différents éléments de la langue et à décrire la façon dont ils sont liés les uns aux autres par des systèmes de règles formelles ou opérations, alors que les théories fonctionnelles visent à définir les fonctions exécutées par le langage et, ensuite seulement, à les relier aux éléments linguistiques qui exécutent ces fonctions[18]. Le cadre de la linguistique cognitive interprète le langage en termes de concepts (qui sont parfois universels, et parfois spécifiques à une langue en particulier) qui sous-tendent ses formes. La linguistique cognitive s'intéresse surtout à la façon dont l'esprit crée du sens à travers la langue[45].

Anatomie de la compréhension et de la production de parole

La parole orale est la modalité par défaut du langage dans toutes les cultures et sa réception dépend du système auditif. La production de la langue parlée dépend de capacités sophistiquées de contrôle des lèvres, de la langue (l'organe) et d'autres composants de l'appareil vocal, la capacité de décoder acoustiquement les sons de la parole, et l'appareil neurologique nécessaire à l'acquisition et à la production de langue[46]. L'étude des bases génétiques du langage humain en est encore à un stade précoce : le seul gène clairement impliqué dans la production de langage est FOXP2, qui peut causer une sorte de trouble de langage congénital si une personne est porteuse de mutations[47].

Système nerveux central

Aires impliquées dans la production et compréhension du langage : le Gyrus Angulaire en orange, Gyrus Supramarginal en jaune, l'aire de Broca en bleu, l'aire de Wernicke en vert, et le Cortex Auditif Primaire en rose.

Le cerveau est le centre de coordination de toute l'activité linguistique. Il contrôle à la fois la production de la cognition linguistique et de la signification, et les mécanismes de la production de parole. Nos connaissances sur les bases neurologiques de la langue demeurent assez limitées. Cependant, elles ont considérablement évolué depuis l'utilisation de nouvelles techniques d'imagerie. La discipline de la linguistique dédiée à l'étude des aspects neurologiques de la langue est appelée neurolinguistique[48].

Les premiers travaux en neurolinguistique ont porté sur l'étude du langage chez des personnes atteintes de lésions cérébrales, pour découvrir comment des lésions dans des aires cérébrales spécifiques affectaient le langage et la parole. Ainsi, les neuroscientifiques du XIXe siècle ont découvert deux zones du cerveau largement impliquées dans le traitement du langage. La première est l'aire de Wernicke, située dans la section postérieure du gyrus temporal supérieur, dans l'hémisphère cérébral dominant. Les personnes porteuses d'une lésion de cette zone du cerveau développent une aphasie réceptive qui se traduit par une altération majeure de la compréhension de la langue, tandis que le discours conserve un rythme qui semble sonner naturellement et des structures de phrase relativement normales[49]. La deuxième zone en cause est l'aire de Broca, située dans la partie postérieure du gyrus frontal inférieur de l'hémisphère dominant. Les personnes porteuses d'une lésion de cette région cérébrale développent une aphasie expressive, ce qui signifie qu'ils savent ce qu'ils veulent dire, mais n'arrivent pas à le produire en parlant. Ils sont généralement en mesure de comprendre ce qui est dit, mais incapables de parler couramment. D'autres symptômes qui peuvent être présents dans l'aphasie expressive incluent des problèmes de fluidité, d'articulation, des difficultés à trouver ses mots, des répétitions de mots, et des problèmes de production et de compréhension de phrases grammaticalement complexes, à la fois oralement et par écrit. Ceux qui ont cette aphasie présentent également une parole sans grammaire et peuvent se montrer dans l'incapacité d'utiliser de l'information syntaxique pour déterminer la signification des phrases. Les aphasies expressive et réceptive affectent également l'utilisation de la langue des signes, de manière analogue à la façon dont elles affectent la parole. L'aphasie expressive provoque une production signée plus lente et ponctuée de fautes de grammaire, tandis que l'aphasie réceptive montre de l'aisance à signer, mais ses signes ont peu de sens pour les personnes qui l'observent et la personnes affectée éprouve des difficultés à comprendre les autres signes. Ainsi, le déficit touche spécifiquement les capacités liées au langage, et non la physiologie utilisée pour la production de la parole orale[50],[51].

Avec les progrès technologiques de la fin du XXe siècle, les neurolinguistes ont intégré des techniques non-invasives telles que l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF) et l'électrophysiologie à l'étude du traitement du langage chez les personnes sans déficience[48].

Appareil articulatoire

Articles détaillés : Phonétique et Phonétique articulatoire.
Spectrogramme des voyelles [i, u, ɑ] et positions des formants (F1 et F2) déterminées par le linguiste. Cette analyse permet de comparer et étudier les propriétés des voyelles et autres sons de la voix.

La parole s'appuie sur la capacité physique de l'homme à produire des sons, ondes longitudinales propagées dans l'air à une fréquence capable de faire vibrer le tympan. Cette capacité dépend de la physiologie humaine des organes de la parole. Ces organes se composent des poumons, de la boîte vocale (larynx), et de la partie supérieure de l'appareil vocal – la gorge, la bouche et le nez. En contrôlant les différentes parties de l'appareil vocal, le flux d'air est manipulé pour produire les différents sons de la parole [52].

Le son de la parole peut être analysé et décomposé en une combinaison d'unités discrètes (segments)  et d'unités suprasegmentales. Les éléments segmentés sont ceux qui se suivent les uns les autres sous forme de séquences. Ils sont habituellement représentés par des lettres dans les écritures alphabétiques, comme dans l'écriture latine. Lors d'une production langagière normale, il n'y a pas de limite claire entre un segment et le prochain, ni de pauses audibles entre les mots. Les segments sont donc distingués par leurs sons distincts qui sont le résultat de leurs articulations différentes, et ils peuvent être, soit des voyelles, soit des consonnes. Les phénomènes suprasegmentaux comprennent des éléments tels que l'accentuation tonique, le type de phonation, la voix, le timbre, et la prosodie ou l'intonation, qui peuvent tous avoir des effets sur des ensembles de plusieurs segments[53]. Les consonnes et voyelles se combinent pour former des syllabes, qui à leur tour se combinent pour former des énoncés (utterances). Ceux-ci peuvent être distingués du point de vue phonétique par l'espace entre deux inhalations. Acoustiquement, ces différents segments sont caractérisés par différentes structures, les formants, qui sont visibles dans un spectrogramme de l'enregistrement de l'onde sonore (Voir l'illustration de Spectrogramme montrant le formant des structures de trois voyelles anglaises). Les formants sont l'amplitude des pics dans le spectre de fréquences d'un son[53],[54].

Les voyelles sont des sons qui n'ont pas de friction audible causée par le rétrécissement ou à l'obstruction d'une partie de l'appareil vocal supérieur. Elles varient selon le degré d'ouverture (ou aperture) de la lèvre et le placement de la langue dans la cavité buccale. Les voyelles sont dites fermées ou ouvertes. La voyelle fermée est produite lorsque les lèvres sont relativement fermées, comme dans la prononciation de la voyelle [i] du mot français "il". La voyelle ouverte est produite avec les lèvres relativement ouvertes, comme dans la voyelle [a] du mot français "as". Si la langue est située vers l'arrière de la bouche, la qualité change et crée une autre voyelle, comme le [u] du mot français "où". La qualité change également selon que les lèvres sont arrondies par opposition à non arrondies, la création de distinctions telles que celle entre [i] (voyelle initiale non arrondie comme dans le mot français "il") et [y] (voyelle arrondie comme dans le mot français "tu" ou la voyelle arrondie initiale de l'allemand "ü")[55].

Les consonnes sont ces sons qui ont un friction ou fermeture, audible à un certain moment, dans la partie supérieure de l'appareil vocal. Les consonnes varient selon le lieu d'articulation, c'est-à-dire le lieu dans le tractus vocal, où le flux d'air est obstrué. L'obstruction se produit le plus souvent au niveau des lèvres, des dents, de la crête alvéolaire, du palais, du voile du palais, de la luette, ou de la glotte. Chaque lieu d'articulation produit un ensemble différent de consonnes, qui sont à nouveau distinguées en fonction par le mode d'articulation : le type de frottement, le fait que la fermeture soit complète, auquel cas la consonne est appelée occlusive, ou encore les différents degrés d'aperture pour générer des fricatives et spirantes. Les consonnes peuvent également être voisées ou non voisées, selon que les cordes vocales vibrent avec le flux d'air. Ce voisement crée la différence entre le [s] du mot bus (sibilante non voisée) et le [z] de buzz (sibilante voisée)[56].

Places d'articulation de la parole : Lèvres (1 et 2), dents (3), crête alvéolaire (4), palais (partie dure, 5 et 6), voile du palais (partie souple, 7), luette (partie centrale, 8), et glotte (11) ouvrant sur les cordes vocales

Certains sons de la parole, voyelles comme consonnes, impliquent le passage d'un flux d'air par la cavité nasale : ce sont les consonnes nasales et les voyelles nasales. D'autres sons sont définis par la manière dont la langue bouge dans la bouche : les consonnes latérales (l'air circule sur les deux cotés de la langue) et les sons rhotiques (la langue se positionne par rapport au flux d'air)[54].

Par l'utilisation de tous ces organes, l'humain produit des centaines de son différents. Certains apparaissent souvent dans de nombreuses langues à travers le monde, tandis que d'autres sont plus communs dans des familles de langues, des régions, voire même peuvent être spécifiques d'une certaine langue[57].

Structure

Lorsqu'il est décrit comme un système de communication symbolique, le langage est traditionnellement considéré comme étant constitué de trois parties: des signes , des significations, et un code connectant les signes à leurs significations. L'étude du processus de semiose, comment les signes et les significations sont combinés, utilisés et interprétés, s'appelle la sémiotique. Les signes peuvent être composées de sons, de gestes, de lettres ou de symboles, selon que la langue est parlée, signée, ou écrite. Ils peuvent être combinés en signes complexes, tels que des mots et des phrases. Utilisé dans la communication, un signe est codé et transmis par un émetteur par l'intermédiaire d'un canal à un récepteur qui le décode[58].

Certaines propriétés définissent le langage humain, par opposition à d'autres systèmes de communication. Ainsi, les signes linguistiques sont arbitraires, ce qui signifie que la connexion entre un signe linguistique et le sens n'est pas prévisible. De plus, la dualité du système linguistique humain est unique. La dualité signifie ici que les structures linguistiques sont construites en combinant des éléments dans de plus grandes structures qui peuvent être vus comme des couches : par exemple, les sons construisent des mots et les mots produisent des phrases. La discontinuité des éléments de la langue est également unique, ce qui signifie que les éléments à partir desquels les signes linguistiques sont construits sont des unités discrètes (par exemple, des sons et des mots) qui peuvent être distinguées les unes des autres et disposées selon différents modèles. Enfin la productivité du système linguistique humain le distingue des autres systèmes, ce qui signifie qu'un nombre fini d'unités linguistiques peuvent être combinés, en théorie, à un nombre infini de combinaisons[58].

Les règles par lesquelles les signes peuvent être combinés pour former des mots et des phrases sont appelés la syntaxe ou la grammaire. Le sens qui est connecté à des signes individuels, des morphèmes, des mots, des phrases et des textes est appelée sémantique[59]. La division du langage en un systèmes de signes distincts mais reliés à un système de signification remonte aux premières études linguistiques de Saussure et est maintenant utilisé dans presque toutes les branches de la linguistique[60].

Sémantique

Articles détaillés : Sémantique, Sémiotique et Sens (linguistique).

Les langues expriment du sens en liant un signe à un sens, ou à son contenu. Les formes des signes doivent pouvoir être perçues, par exemple, par le son, l'image, ou les gestes, et doit ensuite être liées à un sens précis par convention sociale. Parce que la relation fondamentale de signification pour la plupart des signes linguistiques est basée sur la convention sociale, les signes linguistiques peuvent être considérés arbitraires, en ce sens que la convention est établie socialement et historiquement plutôt que par une relation naturelle entre une forme de signe spécifique et son sens.

Ainsi, les langues doivent avoir un vocabulaire de signes liés à une signification spécifique. Le signe anglais "dog" désigne, par exemple, un membre de l'espèce 'Canis familiaris'. Dans un langage, l'ensemble des signes arbitraires liés à des significations spécifiques est appelé le lexique. Dans cet ensemble, chaque signe lié à une signification est appelé un lexème. Dans une langue donnée, toutes les significations ne sont pas forcément représentées par des mots isolés. Souvent, les concepts sémantiques sont intégrés dans la morphologie ou la syntaxe du langage sous la forme de catégories grammaticales[61].

Toutes les langues contiennent la structure sémantique décrite comme le prédicat. Il s'agit d'une structure qui attribue une propriété, un état ou une action au sujet. Traditionnellement, la sémantique a été interprétée comme l'étude de la façon dont les locuteurs et les interprètes assignent des valeurs de vérité aux énoncés, de sorte que la signification est le processus par lequel un prédicat peut être dit vrai ou faux au sujet d'une entité. Par exemple, "[x [est y]]" ou "[x [fait y]]". Ce modèle de sémantique a été complété par des modèles de signification plus dynamiques qui intègrent des connaissances partagées sur le contexte dans lequel un signe est interprété. De tels modèles de sens sont explorés dans le domaine de la pragmatique[61].

Sons et symboles

Articles détaillés : Phonologie et Écriture.

Selon sa modalité, la structure de la langue peut être fondée sur des systèmes de sons (parole), gestes (langues des signes), ou symboles graphiques ou tactiles (écriture). Les manières dont les langues utilisent des sons ou des signes pour construire du sens sont étudiées par la phonologie[62]. L'étude de la façon dont les humains produisent et percevent les sons de la voix est appelée phonétique[63]. Dans tout langage parlé, le sens est produit lorsque des sons prennent part à un système dans lequel certains sons peuvent contribuer à l'expression d'une signification et d'autres pas. Dans une langue donnée, parmi les nombreux sons distincts que peut produire l'appareil vocal humaine, seul un nombre limité d'entre eux contribuent à la construction du sens[57].

Les sons faisant partie d'un système linguistique sont appelés phonèmes[64]. Le phonème est une unité abstraite de son, définie comme la plus petite unité qui permet de distinguer le sens d'une paire de mots peu différents, soit une paire minimale. Par exemple, en anglais, les mots bat [bæt] et pat [pʰæt] forment une paire minimale, dans laquelle la distinction entre /b/ and /p/ différencie les deux mots qui ont des significations différentes (respectivement, chauve-souris et tapoter). Cependant, chaque langue contraste les sons de différentes manières. Par exemple, dans une langue qui ne fait pas de distinction entre consonnes vocales et non vocales, les sons [p] and [b] pourraient être considérés comme un seul phonème, et par conséquent, les deux prononciations auraient le même sens. De même, la langue anglaise ne fait pas de distinction phonémique entre consonnes aspirées et non aspirées, alors que c'est le cas dans beaucoup d'autres langues comme le coréen et l'Hindi. Ainsi, le /p/ non aspiré du mot anglais spin [spɪn] le /p/ aspiré dans le mot pin [pʰɪn] sont considérés comme différentes façons de prononcer le même phonème. Ces variantes d'un même phonème sont appelés des allophones). Au contraire, dans le Chinois Mandarin, la même différence dans la prononciation fait la distinction entre les mots [pʰá] et [pá] (l'accent au-dessus de la á signifie que la voyelle est prononcée avec un ton haut) qui signifient respectivement, s'accroupir et huit[65].

Toutes les langues parlées ont les phonèmes d'au moins deux catégories différentes, les voyelles et les consonnes, qui peuvent être combinées pour former des syllabes[53]. En plus des unités telles que les consonnes et les voyelles, certaines langues utilisent aussi les sons d'autres manières pour transmettre le sens. Beaucoup de langues utilisent l'accent tonique, l'accent de hauteur, la longueur de la voyelle, et le ton, pour distinguer les signification. Parce que ces phénomènes s'observent au-delà des unités ou segments, ils sont appelés suprasegmentaux[66].

Certaines langues n'ont que quelques phonèmes, par exemple, le Rotokas et le Pirahã n'ont que 11 et 10 phonèmes, respectivement. A l'opposé, des langues peuvent avoir de nombreux phonèmes, comme la langue Ava qui compte 141 phonèmes[65]. En langue des signes, le phonème (anciennement appelé cherème) est défini par les éléments de base de gestes : la forme de la main, l'orientation, l'emplacement et le mouvement des gestes, qui sont l'équivalent de l'articulation dans le langage parlé[67],[68],[69].

Les systèmes d'écriture représentent le langage à l'aide de symboles visuels, qui peuvent ou non, correspondre aux sons de la langue parlée. L'alphabet du Latin classique  (tout comme, ensuite, les alphabets latins qui se sont basés dessus ou en ont dérivé) était à l'origine basé sur la représentation d'unités de sons, de sorte que les mots ont été construits à partir des lettres désignant généralement une seule consonne ou voyelle, dans la structure du mot. Dans les écritures syllabiques, comme dans l'Inuktitut, chaque signe représente une syllabe entière. Dans les écritures logographiques, chaque signe représente un mot entier[70] et est généralement sans rapport avec le son de ce mot dans la langue parlée.

Parce que toutes les langues ont un très grand nombre de mots, il semble qu'une écriture purement logographique n'existe par. La langue écrite représente la façon dont les sons et les mots parlés se suivent, l'un après l'autre, par un arrangement des symboles selon un schéma respectant une direction. La direction utilisée dans un système d'écriture est totalement arbitraire et établie par la convention. Certains systèmes d'écriture utilisation de l'axe horizontal (de gauche à droite, comme l'écriture latine, ou de droite à gauche comme l'écriture arabe). D'autres comme l'écriture du Chinois traditionnel, utilisent la dimension verticale (du haut vers le bas). Quelques systèmes d'écriture utilisent des directions opposées pour l'alternance des lignes en alternance, et d'autres, comme les anciennes écritures Mayas, peuvent être rédigés dans l'une ou l'autre direction et s'appuyer sur les indices qui indiquent au lecteur la direction de la lecture[71].

Afin de représenter par écrit les sons de toutes les langues du monde, les linguistes ont mis au point l'Alphabet Phonétique International, conçu pour représenter tous les sons discrets connus qui contribuent à la signification dans les différents langages humaines[72].

Grammaire

Article détaillé : Grammaire.

La grammaire étudie comment des éléments signifiants, les morphèmes, peuvent être combinés dans les énoncés. Le morphème peut être libre ou lié. Les morphèmes libres d'être déplacés à l'intérieur d'un énoncé sont généralement appelés les des mots, et s'ils sont liés à d'autres mots ou morphèmes, ils sont appelés des affixes. La façon dont les éléments significatifs peuvent être combinés au sein d'une langue est régie par des règles. Les règles de la structure interne des mots sont appelées la morphologie. Les règles de la structure interne des expressions et des phrases sont appelés syntaxe[73].

Catégories grammaticales

Article détaillé : Catégorie grammaticale.

La grammaire peut être décrite comme un système de catégories et un ensemble de règles qui déterminent la façon dont les catégories se combinent pour créer différentes significations[74]. Les langues diffèrent largement quant à leur utilisation de catégories ou des unités lexicales pour encoder. Cependant, plusieurs catégories sont tellement communes qu'elles sont presque universelles. Ces catégories incluent le codage des relations grammaticales entre les participants et les prédicats (structure d'actance), les relations temporelles et spatiales (préposition et postposition ), ainsi qu'un système de personne grammaticale qui permet la distinction entre l'orateur et les destinataires du message[75].

Classes de mots

Les langues organisent les parties du discours dans des classes selon leurs fonctions et positions par rapport à d'autres parties du discours. Toutes les langues, par exemple, font la distinction fondamentale entre un groupe de mots représentant des choses et concepts, et un groupe de mots désignant les actions et événements. Le premier groupe, qui comprend des mots français comme "chien" ou "chanson", sont généralement appelés les noms. Le second, qui comprend "courir" et "chanter", sont appelés verbes. Une autre catégorie est l'adjectif : les mots qui décrivent les propriétés ou qualités des noms, tels que "rouge" ou "grand". Les classes de mots peuvent être "ouvertes" si de nouveaux mots peuvent en permanence être ajouté à la classe, ou relativement "fermées" si le nombre de mots y est fixe. En français ou en anglais, la classe des pronoms est fermée, tandis que la classe des adjectifs est ouverte, car un nombre infini d'adjectifs peuvent être construits à partir de verbes (par exemple, "attristé" en français, ou "saddened" en anglais) et à partir des noms (par exemple, en ajoutant -like à la fin d'un nom en anglais). Dans d'autres langues comme le coréen, la situation est opposée : de nouveaux pronoms peuvent être construits, tandis que le nombre des adjectifs est fixe[76].

Les classes de mots exercent diverses fonctions dans la grammaire. Dans les faits, les verbes sont utilisés pour construire des prédicats, alors que les noms sont utilisés comme arguments de prédicats. Dans une phrase telle que "Sylvie court", le prédicat est "court", parce que c'est le mot qui décrit l'état spécifique du sujet de son argument "Sylvie". Certains verbes, comme "appeler", peuvent prendre deux arguments, par exemple, "Sylvie appelle Jean". Un prédicat qui ne peut prendre qu'un seul argument est appelé intransitif, tandis qu'un prédicat qui peut prendre deux arguments est appelé transitif[77].

De nombreuses autres classes de mots existent dans plusieurs langues, par exemple, les conjonctions comme "et" qui servent à joindre deux phrases, les articles qui introduisent un nom, les interjections comme "ah!", ou ideophones comme "splash", qui imitent le son des certains événements. Certaines langues ont des positionals (anglais) qui décrivent la position spatiale d'un événement ou d'une entité. Beaucoup de langues ont des classificateurs qui identifient les noms dénombrables comme appartenant à un type particulier ou ayant une forme particulière. Par exemple, en Japonais, le nom classificateur général pour l'humain est nin (人) et il est utilisé pour le comptage des humains, quel que soit leur appellation[78]:

san-nin no gakusei (三人の学生) signifie littéralement "3 homme-classificateur d'élève" pour dire "trois étudiants".

Pour les arbres, ce serait :

san-bon no ki (三本の木), littéralement "3 classificateur-d'objet-long d'arbre", soit "trois arbres".

Morphologie

En linguistique, l'étude de la structure interne des mots complexes et les processus par lesquels les mots sont formée est appelée la morphologie. Dans la plupart des langues, il est possible de construire des mots complexes qui sont constitués de plusieurs morphèmes[79]. Par exemple, le mot français "chantais" peut être analysé comme étant composé du morphème nominal "chant" référant au verber chanter, et du morphème grammatical "ais" qui indique le temps de l'imparfait ainsi que la personne (première ou deuxième du singulier)[80].

Les morphèmes peuvent être classés selon qu'ils sont indépendants (racine ou radical) ou qu'ils ne peuvent se produire qu'en étant attachés à d'autres morphèmes. Ces dernieres sont des morphèmes liés ou affixes. Ils peuvent être classés en fonction de leur position par rapport au radical : les préfixes précédent le radical, les suffixes suivent le radical, et les infixes sont insérés dans le milieu du radical. Ces affixes servent à modifier ou préciser le sens du radical. Certaines langues modifient le sens des mots par la modification de la structure phonologique du mot, par exemple, le mot anglais "run"(courir) donne au passé "ran". Ce processus est appelé l'alternance vocalique ou ablaut. En outre, la morphologie fait la distinction entre le processus d'inflexion, qui modifie ou ajoute une précision sur un mot, et le processus de dérivation, qui crée un nouveau mot à partir d'un existant. En français, le verbe "chanter" a des formes flexionnelles "chante" et "chanté", qui sont les deux verbes, et la forme dérivationnelle "chanteur", qui est un substantif dérivé du verbe et du suffixe agentif "-eur"[81],[82].

Les langages diffèrent grandement en fonction de l'importance des processus morphologiques utilisés dans la formation des mots. Dans certaines langues, par exemple, le Chinois, il n'y a pas de processus morphologiques, car toutes les informations grammaticales sont codées syntaxiquement par la formation de chaînes de mots. Ce type de morpho-syntaxe est souvent appelé isolant ou analytique : la correspondance entre un mot et un sens est presque complète. La plupart des langues ont des mots composées de plusieurs morphèmes, mais ces morphèmes varient quant à leur utilisation en tant qu'unités discrètes. Dans de nombreuses langues, notamment dans la plupart des langues indo-européennes, un morphème peut avoir plusieurs significations distinctes qui ne peuvent pas être analysées en segments plus petits. Par exemple, en Latin, le mot bonus, ou "bon", composé de la racine de bon-, qui signifie "bon", et du suffixe -us, qui indique le genre masculin, singulier, et le cas nominatif. Ces langues sont appelées langues flexionnelles : plusieurs significations peuvent être jointes à un morphème. À l'opposé des langues flexionnelles, les langues agglutinatives construisent des mots par un agencement de morphèmes liés ensemble sous forme de chaînes, mais où chaque morphème est une unité sémantique discrète. Un exemple d'une telle langue est le turc, où, par exemple, le mot evlerinizden, ou "à partir de vos maisons", se compose des morphèmes, ev-ler-iniz-den qui signifie maison-pluriel-votre-de. Les langues qui dépendent le plus de la morphologie sont traditionnellement appelées langues polysynthétiques. Elles peuvent exprimer l'équivalent de toute une phrase française en un seul mot. Par exemple, en persan le seul mot nafahmidamesh signifie "je ne comprenais pas", composé des morphèmes na-fahm-id-suis-esh qui représentent les significations "négation.comprendre.passé.je.ça". Un autre exemple, plus complexe, en langue Yupik le mot tuntussuqatarniksatengqiggtuq signifie "Il n'avait pas encore dit à nouveau qu'il allait chasser le renne". Le mot se compose de la chaîne de morphèmes tuntu-ssur-qatar-ni-ksaite-ngqiggte-uq dont le sens est "rennes-chasse-avenir-dire-négation-encore une fois-troisième personne-singulier-indicatif". À l'exception du morphème tuntu ("rennes"), aucun des autres morphèmes ne peut être produit isolément[83].

De nombreuses langues utilisent la morphologie pour produire des références croisées sur les mots d'une phrase. Cela est parfois appelé accord. Par exemple, dans de nombreuses langues indo-européennes, les adjectifs font une référence croisée au nom qu'ils modifient en indiquant le nombre, le cas, et le sexe. Ainsi l'adjectif latin bonus, ou "bon", est marque l'accord avec un nom qui est du genre masculin, singulier, et au nominatif. Dans de nombreuses polysynthetic langues, les verbes produisent la référence croisée de leurs sujets et les objets. Dans ces types de langues, un même verbe peut inclure des informations qui exigeraient toute une phrase en français. Par exemple, en langue basque, dans la phrase ikusi nauzu ("vous m'avez vu"), le verbe auxiliaire au passé composé n-au-zu (similaire à l'anglais "do") s'accorde avec le sujet (vous) exprimé par le préfixe n-, et avec l'objet (moi) exprimé par le suffixe -zu. Le sens de la phrase pourrait être directement transcrite comme "voyez-vous-faisiez-moi"[84].

Syntaxe

Articles détaillés : Syntaxe et Syntagme.

Le langage utilise également l'ordre des mots dans la phrase pour transmettre le sens. Les règles grammaticales qui décrivent la façon de produire de nouvelles phrases à partir de mots déjà connus s'appelle de la syntaxe. Les règles syntaxiques d'une langue déterminent pourquoi une phrase comme « je t'aime » a un sens, alors que « *aimer toi je »[Note 1] n'a pas de sens. Les règles syntaxiques déterminent la façon dont l'ordre des mots et la structure de la phrase sont contraints, et comment ces limites contribuent au sens[85]. Par exemple, en français, les deux phrases « l'esclave maudit le maître » et « le maître maudit l'esclave » ont un sens différent parce que le rôle du sujet grammatical est encodé par le fait que le nom soit placé avant le verbe, et le rôle de l'objet est codé par sa place après le verbe. À l'inverse, en Latin, les phrases Dominus servos vituperabat et Servos vituperabat dominus signifient « le maître réprimandait les esclaves », parce que servos, ou « esclaves », est à l'accusatif, en montrant qu'ils sont le complément d'objet de la phrase, et dominus, ou « maître », est au nominatif, indiquant qu'il est le sujet[86].

Le latin utilise la morphologie pour exprimer la distinction entre sujet et objet, tandis que le français utilise l'ordre des mots. Un autre exemple de la manière dont les règles syntaxiques contribuent au sens est la règle de l'inversion de l'ordre des mots dans les questions, qui existe dans de nombreuses langues. Cette règle explique pourquoi quand, en français, la phrase « Jean parle à Lucy » est transformée en question, elle devient « À qui parle Jean ? », et non pas « Jean parle à qui » ? Ce dernier exemple peut être utilisé comme un moyen de placer l'accent sur le « qui », ce qui altère légèrement le sens de la question.

Analyse de la structure des constituants d'une phrase en anglais.

La syntaxe comprend également les règles concernant la façon dont les phrases complexes sont structurées par le regroupement des mots, ou syntagmes, qui peuvent occuper différentes places dans une plus grande structure syntaxique. La phrase peut être décrite comme composée de syntagmes liés dans une structure en arbre reliant les syntagmes les uns aux autres sur différents niveaux [87]. Sur la figure ci-contre, la phrase anglaise « the cat sat on the mat », en français « le chat s'assit sur le tapis », est analysée syntaxiquement. La phrase est analysée comme étant constituée par un syntagme nominal, un syntagme verbal, et un groupe prépositionnel. Le groupe prépositionnel est à son tour divisé en une préposition et un syntagme nominal et ce syntagme nominal est composé d'un article et un nom[88].

Les phrases peuvent être vues comme étant composées de syntagmes parce que chaque syntagme pourrait être déplacé comme un élément si des opérations syntaxiques étaient réalisées. Par exemple, « le chat » est un syntagme, et « sur le tapis » est un autre syntagme, parce qu'ils seraient traités comme des unités simples si le locuteur décidait de mettre l'accent sur l'emplacement, en plaçant le groupe prépositionnel, ce qui donnerait : « [Et] sur le tapis, le chat s'assit » [88]. De nombreuses théories formalistes et fonctionnalistes décrivent des structures syntaxiques reposant sur différentes hypothèses, sur ce qu'est la langue, et comment elle doit être décrite. Chaque cadre théorique analyse une telle phrase de manière différente [89].

Typologie et universaux

Les langues peuvent être classées en fonction de leur type grammatical. Les langues qui appartiennent à des familles différentes ont néanmoins souvent des caractéristiques communes, et ces caractéristiques ont tendance à être corrélées[90],[91]. Par exemple, les langues peuvent être classées sur la base de leur ordre des mots de base, l'ordre relatif du verbe, et de ses constituants dans une phrase à l'indicatif normal indicatif (?). En français, comme en anglais, l'ordre de base est Sujet-Verbe-Objet (langue SVO) : "Le serpent (S) mord (V) l'homme (O)". La phrase correspondante en Kamilaroi, une langue aborigène d'Australie, est «  d̪uyugu n̪ama d̪ayn yiːy  » (serpent homme mord) : il s'agit d'une langue SOV[92]. L'ordre des mots est un paramètre typologique pertinent, parce que le type d'ordre des mots de base correspond à d'autres paramètres syntaxiques, comme l'ordre relatif des noms et des adjectifs, et l'utilisation des prépositions ou postpositions. Ces corrélations sont appelées les universaux linguistiques[93]. Par exemple, la plupart des langues de type SOV (mais pas toutes) ont des postpositions plutôt que les prépositions, ainsi que des adjectifs placés avant le nom[94],[95].

Toutes les langues structurent les phrases en Sujet, Verbe et Objet, mais les langues diffèrent quant à leur façon de classer les relations entre les acteurs et les actions. Le français ou l'anglais utilisent la typologie syntaxique nominatif-accusatif : en anglais, les clauses transitives, sujets de phrases intransitives (en anglais « I run », en français « je cours ») et transitives (en anglais « I love you », en français « je vous aime ») sont traitées de la même manière, illustrée ici par le pronom nominatif « I » en anglais, et « je » en français[92]. Certaines langues, appelées ergatives, comme le Kamilaroi, distinguent plutôt l'agent et le patient. Dans les langues ergatives, l'agent d'une phrase intransitive comme « je cours », est traité de la même façon que le patient dans une phrase transitive, ce qui donnerait en français l'équivalent de "moi cours". L'équivalent du pronom « je » n'est utilisé que dans les phrases transitives. Ainsi, les rôles sémantiques peuvent être décrits par les relations grammaticales de différentes manières, groupant un sujet intransitif soit avec des agents (accusatif) ou les patients (type ergatif) ou même en attribuant chacun des trois rôles différemment, ce qui est appelé le type tripartite[96].

Les caractéristiques partagées de langues qui appartiennent au même type de classe typologique, peuvent avoir surgi de façon complètement indépendante. Leur co-occurrence pourrait être due à des lois universelles qui régissent la structure des langues naturelles, "universaux de langage", ou elles pourraient être le résultat d'évolutions convergentes proposant des solutions aux problèmes de communication récurrents que les humains doivent résoudre en utilisant les langues[97].

Utilisation dans les contextes sociaux

Sur le Mur des je t'aime du quartier de Montmartre à Paris, la phrase « Je t'aime » est écrite en 250 langues.

Alors que les humains ont la capacité d'apprendre n'importe quelle langue, ils ne le feront que s'ils grandissent dans un environnement où la langue existe et est utilisée par d'autres. L'acquisition du langage est donc dépendant des communautés de locuteurs (communautés linguistiques)  dans lesquelles les enfants apprennent la langue de leurs aînés et de leurs pairs et où ils transmettent ensuite eux-mêmes leur langue à leurs enfants. Les langues sont utilisées par ceux qui les parlent pour communiquer et résoudre une multitude de tâches sociales. De nombreux aspects de l'utilisation de la langue semblent être adaptés spécifiquement à ces fins[98]. Du fait qu'une langue est transmise de génération à génération et au sein d'une communauté, la langue est en perpétuel changement ; les langues se diversifient pour donner de nouvelles langues ou convergent en raison de contacts de langues . Le processus est similaire au processus de l'évolution, où le processus de descente avec modification conduit à la formation d'un arbre phylogénétique[99].

Cependant, les langues diffèrent des organismes biologiques en ce qu'elles intègrent facilement des éléments provenant d'autres langues par un processus de diffusion, lorsque les locuteurs des différentes langues entrent en contact. De plus, les humains parlent souvent plus d'une langue, faisant l'acquisition de leur première(s) langue(s) dans leur enfance, et apprenant de nouvelles langues en grandissant. En raison de l'augmentation de contacts de langues dans l'ère de la mondialisation, de nombreuses langues sont en voie de disparition car leurs locuteurs passent à d'autres langues qui offrent la possibilité de participer à des communautés linguistiques plus grandes et plus influentes[100].

Utilisation et signification

Article détaillé : Pragmatique (linguistique).

L'étude sémantique de la signification suppose que le sens se trouve dans une relation entre les signes et les significations qui sont fermement établies par convention sociale. Cependant, la sémantique n'étudie pas la manière dont les conventions sociales sont faites et affectent la langue. En fait, l'étude de la manière dont les mots et les signes sont utilisés, met en évidence que les mots ont des significations différentes selon le contexte social dans lequel ils sont utilisés. Un important exemple de ce processus est appelé la deixis, qui décrit la façon dont certains mots font référence à des entités par le biais de leur relation entre un point spécifique dans le temps et dans l'espace lorsque le mot est prononcé. Ces mots sont, par exemple, le mot "je" (qui désigne la personne qui parle), "maintenant" (qui désigne le moment de parler), et "ici" (qui désigne la position de parler). Les signes changent aussi de signification avec le temps, car les conventions régissant leur utilisation changent petit à petit. L'étude de la façon dont le sens des expressions linguistiques changent en fonction du contexte est appelé la pragmatique. La deixis est une partie importante de la façon dont nous utilisons le langage pour indiquer des entités dans le monde[101]. La pragmatique étudie la façon dont l'utilisation de la langue est structurée et comment ces structures contribuent à la signification. Par exemple, dans toutes les langues, des expressions linguistiques sont utilisées non seulement pour transmettre des informations, mais pour effectuer des actions. Certaines actions sont effectuées uniquement par le biais de la langue, mais ont néanmoins des effets tangibles, par exemple, l'action de "nommer", qui crée un nouveau nom pour une entité, ou l'acte de "prononcer une personne mari ou femme d'une autre personne", créant un contrat social de mariage. Ces types d'actes sont appelés des actes de langage, et peuvent également être effectués par le biais de l'écriture et de la signature à la main[102].

La forme de l'expression linguistique, bien souvent, ne correspond pas à son sens dans le contexte social. Par exemple, si autour d'une table pendant un repas une personne demande: "Pouvez-vous atteindre le sel?", ce n'est pas pour poser une question sur la longueur du bras du convive, mais bien une demande pour que la personne prenne le sel et le passe à la personne qui pose la question. Ce sens est implicite et n'est donné que par le contexte dans lequel il est prononcé. Ce type d'effet est appelé implicature conversationnelle. Ces règles sociales, par lesquelles des façons d'utiliser la langue sont considérées comme appropriées dans certaines situations et la façon dont les énoncés sont compris en fonction de leur contexte varie entre les communautés. Leur apprentissage est une grande partie de l'acquisition de la compétence à communiquer dans une langue donnée[103].

Culture

La Conversation, peinture de Arnold Lakhovsky (vers 1935).

Les langues, comprises comme l'ensemble particulier des normes de discours d'une communauté en particulier, font également partie de la culture de la communauté qui les parle. Les humains utilisent la langue comme un moyen de signaler l'identité avec un groupe culturel et pour marquer leur différence par rapport aux autres. Même parmi les locuteurs d'une langue, différentes manières d'utiliser le langage et la langue existent, et sont utilisées pour signaler l'affiliation à des sous-groupes, à l'intérieur d'une culture plus large. Les linguistes et les anthropologues, en particulier les sociolinguistes, ethnolinguistes et anthropolinguistes se sont spécialisés dans l'étude des différentes manières de parler variant entre les communautés linguistiques[104].

Les linguistes utilisent le terme de "variété" pour désigner les différentes façons de parler une langue. Ce terme inclut des dialectes définis géographiquement ou socioculturellement, ainsi que le jargon ou les styles et registres de sous-cultures. Les anthropologues linguistiques et les sociologues du langage définissent le style communicatif comme la manière dont le langage est utilisé et compris au sein d'une culture particulière[105].

Parce que les normes pour l'utilisation de la langue sont partagées par les membres d'un groupe spécifique, le style communicatif devient aussi un moyen d'afficher et de construire l'identité du groupe. Des différences linguistiques peuvent devenir marqueurs de divisions entre les groupes sociaux. Par exemple, parler une langue avec un accent particulier peut signifier l'appartenance à une minorité ethnique, à une classe sociale, à une région d'origine, ou un statut d'utilisateur de la langue comme langue seconde. Toutes ces différences ne font pas partie du système linguistique, mais jouent un rôle important dans la façon dont les humains utilisent la langue comme outil social dans la construction de groupes[106].

Toutefois, de nombreuses langues ont également des conventions grammaticales pour signaler la position sociale du locuteur grâce à l'utilisation de registres qui sont liés à des hiérarchies ou divisions sociales. Dans de nombreuses langues, des différences stylistiques, voire grammaticales, existent, marquant les différences entre hommes et femmes, entre groupes d'âge, ou entre classes sociales, tout comme certaines langues emploient des mots différents en fonction de qui écoute. Par exemple, dans la langue australienne Dyirbal, un homme marié doit utiliser un ensemble particulier de mots pour désigner des éléments du quotidien lorsqu'il parle en présence de la mère de sa femme[107]. Certaines cultures ont élaboré des systèmes de "deixis sociale", ou des systèmes pour signaler la distance sociale par des moyens linguistiques[108]. En français, la deixis sociale est représentée par la distinction entre appeler une personne par le prénom ou le nom de famille, le tu et le vous, et dans des titres tels que "Mme", Mlle, "garçon", "Médecin", ou "Votre Honneur" (cf. registre de langue en français). Mais dans d'autres langues, de tels systèmes peuvent être très complexes et codifiés dans l'ensemble de la grammaire et du vocabulaire de la langue. Par exemple, dans les langues d'Asie de l'est comme le thaï, le birman, et le javanais, des mots différents sont utilisés selon que le locuteur s'adresse à une personne de rang plus élevé ou de rang inférieur, en référence à un système de classement où les animaux et les enfants ont les rangs les plus bas, et les dieux et les membres de la royauté les rangs les plus élevés[108].

Changement

Articles détaillés : Changement linguistique et Grammaticalisation.
La première page du poème Beowulf, écrit en Vieil anglais au début de la période médiévale (800 à 1100 AD). Bien que le Vieil anglais soit l'ancêtre direct de l'anglais moderne, il est inintelligible pour les locuteurs de l'anglais contemporain.

Toutes les langues se modifient à mesure que les locuteurs adoptent ou inventent de nouvelles façons de parler et les transmettent à d'autres membres de leur communauté linguistique. Le changement de la langue touche tous les niveaux, de la phonologie au vocabulaire, morphologie, syntaxe et discours. Les changements de langue sont souvent initialement évalués négativement par les locuteurs de la langue qui considèrent souvent que ces changements sont une dégénérescence ou un signe de glissement des normes d'usage de la langue. Il est cependant naturel et inévitable[109],[110].

Les changements peuvent affecter des sons spécifiques ou l'ensemble du système phonologique. Le changement phonétique peut consister en la substitution d'un son ou d'un trait phonétique de la parole, par un autre. Il peut consister en une perte complète d'un son ou en l'introduction d'un nouveau son là où il n'y en avait pas auparavant. Certaines modifications de son sont conditionnées : elles ne se produisent que dans le voisinage de certains autres sons. Généralement, le changement de son est supposé régulier, c'est-à-dire qu'il s'applique mécaniquement à chaque fois que les conditions structurelles sont remplies, indépendamment de tout facteur non-phonologique. Cependant, les modifications de son peuvent parfois être sporadiques, affectant seulement un mot ou quelques mots, sans aucune régularité apparente. Parfois, un simple changement déclenche des changements en chaîne  qui affectent tout le système phonologique. Par exemple, dans les langues germaniques, un changement de son connu sous le nom de la loi de Grimm a touché toutes les consonnes occlusives. La consonne d'origine, * est devenue /b/ dans les langues Germaniques ; le *b est à son tour devenu un /p/, puis le *p est devenu /f/. Le même effet s'est étendu à toutes les consonnes occlusives et explique que les langues italiques telles que le Latin ont p dans des mots comme pater et pisces, tandis que les langues Germaniques comme l'anglais, ont father et fish[111].

Un autre exemple est le Grand changement vocalique en anglais, qui explique le fait que l'orthographe des voyelles, en anglais, ne corresponde pas bien à leur prononciation. Le changement de voyelle s'est produit alors que l'orthographe était bien établie et ne s'est pas synchronisé avec la prononciation. Une autre source de changement des sons est l'érosion des mots, qui se produit lorsque les prononciations deviennent progressivement de plus en plus indistinctes et que les mots se raccourcissent, en perdant des syllabes ou des sons. Ce type de changement est illustré par exemple par le Latin domina mea qui est devenu madame, en français , et ma'am en anglais américain[112].

Des changements se produisent également dans la grammaire des langues sous l'effet de la grammaticalisation de certaines expressions ou encore par le fait que des tournures du discours deviennent des expressions idiomatiques. Ceci se produit souvent lorsque des mots ou des morphèmes s'érodent et que le système grammatical est réorganisé afin de compenser la perte de l'élément. Par exemple, dans certaines variétés d'espagnol des Caraïbes , la finale /s/ s'est érodée. Alors que l'espagnol standard  utilise la consonne /s/ finale comme morphème marquant la deuxième personne sur les verbes, des variétés d'espagnol des Caraïbes doivent exprimer désormais cette seconde personne en utilisant le pronom "tu". Cela signifie que la phrase « Comment t'appelles-tu ? » en espagnol standard « ¿como te llamas?  »[ˈkomo te ˈjamas] est devenu [ˈkomo ˈtu te ˈjama] dans l'espagnol des Caraïbes. Un simple changement de son a affecté à la fois la morphologie et de la syntaxe[113]. Autre cause fréquente de changement grammatical vient de la pétrification graduelle des expressions idiomatiques dans de nouvelles formes grammaticales. Par exemple, l'anglais « « going to » » (en français, « aller à ») a perdu son aspect de mouvement ; ainsi, dans certaines variétés d'anglais, l'expression est presque devenu un temps du futur à part entière (« I'm going to run », en français « Je vais courir »).

Les changements observés sur les langues peuvent aussi être motivés par des facteurs dits intérieurs, tels que les changements dans la prononciation motivés le fait que certains sons soient difficiles à distinguer ou produire sur le plan phonétique, ou par le fait que des types de constructions particulièrement rares dérivent vers des types de constructions plus communs[114].

D'autres facteurs de changement sont sociaux. Certaines prononciations deviennent emblématiques de l'appartenance à certains groupes, comme des classes sociales ou des idéologies de la langue , et sont adoptées par ceux qui le souhaitent à s'identifier à ces groupes ou idées. Ainsi, les questions d'identité et la politique peuvent avoir des effets profonds sur la structure de la langue[115].

Acquisition

Instruction en langue Cherokee dans une école maternelle aux États-Unis.

Tous les humains dont le développement biologique n'est pas pathologique apprennent à utiliser le langage. Les enfants acquièrent la langue ou les langues utilisées autour d'eux à condition qu'ils reçoivent suffisamment d'exposition à la langue parlée autour d'eux au cours de l'enfance. Le développement est essentiellement le même pour les enfants qui apprennent les langues des signes et ceux qui apprennent les langues orales[116]. Ce processus d'apprentissage est désigné comme l'acquisition de la première langue, car contrairement à de nombreux autres types d'apprentissage, il ne nécessite pas d'enseignement direct ou d'étude spécialisée. Dans La filiation de l'homme, le naturaliste Charles Darwin décrit ce processus comme « une tendance instinctive à acquérir un art (an instinctive tendency to acquire an art) »[11].

L'acquisition de la première langue s'effectue en une séquence relativement constante, avec des variations quant à l'âge de l'enfant et à la durée des étapes particulières chez les nourrissons et jeunes enfants. Dès la naissance, les nouveau-nés répondent plus rapidement à la parole qu`à un autre type de son. Autour de l'âge d'un mois, le nourrisson semble être en mesure de distinguer différents sons de la parole. Autour de six mois, il commence à babiller, produisant des sons de la parole (ou des formes de main dans le contexte de langues des signes) des langues utilisées autour d'eux. Les mots apparaissent vers l'âge de 12 à 18 mois. Le vocabulaire moyen à dix-huis mois est d'environ 50 mots. Les premiers énoncés sont des holophrase , des énoncés qui utilisent juste un mot pour communiquer une idée. Quelques mois après les premières productions de mots, l'enfant produit des énoncés de deux mots. Et quelques mois après ces énoncés, l'enfant commence à produire du langage en style télégraphique ou reproduit les phrases qui sont grammaticalement moins complexes que celles produites par les adultes. Une régularité syntaxique apparaît. Vers l'âge approximatif de trois à cinq ans, la capacité de parler (ou de signer) d'un enfant est affinée au point qu'elle ressemble à celle de la langue adulte[117],[118].

L'apprentissage de langues secondes et d'autres langues peut se faire à tout âge, par l'exposition dans la vie quotidienne ou par un enseignement. Les jeunes enfants qui apprennent une seconde langue ont plus de chances que les enfants plus âgés, ou les adultes, d'atteindre un niveau linguistique égal ou proche de celui atteint par les personnes qui ont appris cette langue comme première langue (également appelée la langue native ou langue maternelle). Généralement, et à de très rares exceptions près, les enfants âgés ou les adultes qui apprennent une langue seconde n'atteignent pas le niveau d'un locuteur natif [119].

Systèmes d'écriture

Articles détaillés : Écriture et Système d'écriture.
L'écriture permet le stockage de grandes quantités d'information, par exemple les lois babyloniennes du Code de Hammurabi datant de 1750 av. J.-C. (Musée du Louvre, Paris).
Une inscription en langue Swampy Cree utilisant des caractères syllabiques, une abugida développée par les missionnaires chrétiens pour les langues canadiennes indigènes.

Tout au long de l'histoire, de nombreuses façons différentes de représenter la langue sur des médias graphiques ont été inventées. Ces systèmes sont appelés des systèmes d'écriture. L'utilisation de l'écriture a rendu la langue encore plus utile à l'homme. L'écriture permet de stocker de grandes quantités d'informations en dehors du corps humain et de les récupérer à nouveau. Elle permet la communication à distance qui ne serait pas possible par d'autres moyens. De nombreuses langues emploient conventionnellement différents genres, styles et de registres pour la langue écrite ou parlée, et, dans certaines communautés, l'écriture utilise une langue totalement différente de la langue parlée. L'écriture a aussi des effets sur le développement cognitif de l'homme, peut-être parce que l'acquisition de l'alphabétisation nécessite une éducation formelle et explicite[120].

L'invention du premier système d'écriture est à peu près contemporaine au début de l'Âge du Bronze à la fin du IVe millénaire av. J.-C.. L'écriture cunéiforme du Sumérien et les hiéroglyphes Égyptiens sont généralement considérés comme les premiers systèmes d'écriture, émergeant tous deux de systèmes de symboles proto-alphabètiques de 3400-3200 BC avec les premiers textes cohérents datant d'environ 2600 av. J.-C.. Il est généralement admis que l'écriture Sumérienne fut une invention indépendante. L'écriture Égyptienne s'est peut-être également développée de manière indépendante, ou s'est développée sous l'influence du Sumérien par diffusion culturelle. Un débat similaire existe pour l'écriture Chinoise, qui s'est développé autour de 1200 av. J.-C. Il est généralement admis que le Système d'écriture mésoaméricain de la Civilisation précolombienne (y compris, entre autres le Olmèque et l'Écriture maya) ont eu des origines indépendantes [71].

Pathologie

Adultes

De nombreuses pathologies peuvent affecter, temporairement ou de manière chronique, la production et compréhension du langage, par exemple, la maladie d'Alzheimer. Certains troubles touchent spécifiquement la production ou compréhension de langage, sans que les autres fonctions cognitives ne semblent touchées. La compréhension et la production du langage, de la parole ou des signes (pour la langue des signes) repose sur le fonctionnement adéquat des appareils de réception de la parole, de production de la parole, ainsi que du système nerveux, central et périphérique. Des troubles de ces appareils physiologiques peuvent être à l'origine de dysfonctionnements portant spécifiquement sur la compréhension ou production du langage, en partie ou en totalité et avec des gravités variables[121].

Les troubles du langage limités au système nerveux central sont nommés aphasies. Ils sont étudiés par la discipline de l'aphasiologie. Les troubles aphasiques regroupent plusieurs types de trouble, troubles de l'expression, orale (mutisme, débit altéré, manque du mot, transformations de mots, etc.) ou écrite (agraphie, dyssyntaxie, agrammatisme, etc.), et troubles de la compréhension orale (par exemple, la surdité verbale) ou écrite (par exemple,l'alexie)[121].

Les troubles qui ont pour origine des dysfonctionnements des systèmes périphériques d'émission ou de réception sont appelés troubles de la parole[121].

Enfants

Article détaillé : Trouble du langage.

Chez les enfants, les troubles des apprentissages s'accompagnent souvent de difficultés langagières. Les deux classifications internationales des maladies mentales, le DSM et le CIM, reconnaissent comme une catégorie spécifique le fait que certains enfants rencontrent de grandes difficultés à apprendre le langage parlé. Ces troubles sont répertoriés comme « troubles du langage » et comprennent trois catégories : les troubles du langage expressif (qui affectent la production de parole), les troubles du langage mixte réceptif-expressif (qui touchent aussi la compréhension du langage) et le trouble phonologique (qui touche l'articulation de certains phonèmes). Ces troubles varient beaucoup dans leur sévérité[122].

Rééducation

Article détaillé : Orthophonie.

La rééducation des troubles du langage et de la parole relève de la discipline de l'orthophonie.

Notes et références

Note

  1. L'astérisque en préfixe indique par convention que la phrase n'est pas grammaticale, c'est-à-dire qu'elle est syntaxiquement incorrecte.

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En français

  • Jacques Moeschler et Antoine Auchlin, Introduction à la linguistique contemporaine, Paris, Armand Colin, (ISBN 9782200243838)
  • Jean Dumas, Psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent, Louvain-La-Neuve, De Boek, , 4e éd., 783 p. (ISBN 978-2-8041-7312-8)
  • Oswald Ducrot et Jean-Marie Schaeffer, Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Paris, Seuil, , 2e éd., 821 p. (ISBN 978-2-02-038181-9)

Ouvrages d'approfondissement

Philosophie

  • H.Arendt, Le système totalitaire
  • Aristote, De L'Interprétation
  • Aristote, Les Politiques, Livre I
  • Benvéniste, Problèmes de linguistique générale
  • René Descartes, Discours de la méthode, V
  • S.I.Hayakawa, On pense avec les mots
  • Hobbes, Leviathan, I
  • Jean Métellus, Voyage à travers le langage, 1996 Ortho-Édition Isbergues(Nord), France.
  • Platon, Cratyle
  • Platon, Gorgias
  • Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les Hommes
  • Jean-Marc Rouvière, Brèves méditations sur la création du monde, L'Harmattan Paris, 2006.
  • E.Weill, Logique de la philosophie
  • Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
  • Wittgenstein, Carnets 1914 - 1916
  • Wittgenstein, Le Cahier bleu et le cahier brun
  • Wittgenstein, Investigations philosophiques

Voir aussi

Articles connexes