La Mort de Chioné (Poussin)

La Mort de Chioné
Nicolas Poussin-La Mort de Chioné.jpg
Artiste
Attribué à Nicolas Poussin
Date
Type
Peinture
Technique
Huile sur toile
Dimensions (H × L)
109,5 × 159,5 cm
Localisation

La Mort de Chioné, réalisé en 1622 lors d'un séjour à Lyon, est considérée comme la première œuvre connue du peintre Nicolas Poussin. Le tableau a été acquis en par le Musée des Beaux-Arts de Lyon[1]. Il représente une scène tirée des Métamorphoses d'Ovide.

Le mythe

« Mais que sert à Chione d’être mère de deux enfants, et d’avoir inspiré de l’amour à deux divinités ? Que lui sert d’avoir un père illustre et Jupiter pour aïeul ? Hélas ! la gloire elle-même n’est-elle pas fatale à plusieurs ? Ne le fut-elle pas à Chione ? Elle osa se préférer à Diane et mépriser la beauté de la déesse. Diane irritée : « Peut-être, s’écrie-t-elle, ne mépriseras-tu pas mes flèches ». Aussitôt elle courbe son arc, tend la corde, et une flèche va traverser la langue de la criminelle Chione. Elle veut parler ; sa langue est impuissante ; elle perd tout à la fois et son sang et sa vie. » Les Métamorphoses, Ovide, Livre onzième (441-442) [2]   

Les Métamorphoses du poète Ovide sont des mythes latins datés à partir de l'an 1, rédigés en vers latins. Le thème des Métamorphoses d'Ovide est rarement traité dans l'histoire de la peinture.

Généalogie de Chioné

Chioné est la fille de Dédalion dans la mythologie latine, et la petite-fille d'Éosphoros.

Thème du mythe

Chioné est une magnifique jeune fille et suscite l'intérêt de deux divinités : Hermès et Apollon. Le divin ne pouvant se montrer sous son apparence divine au mortel, Hermès la séduit en l'endormant avec son caducée, tandis Apollon se transforme en vieille femme. Elle met alors au monde deux jumeaux : l'un, Philammon, est le fils d'Apollon tandis que l'autre, Autolycos, est celui d'Hermès. Fière d'avoir été l'amante de deux dieux, Chioné ose comparer sa beauté à celle d'Artémis, sœur d'Apollon, révoltée par tant d'audace, la perce d'une de ses flèches.

Le tableau

Composition

La mort de Chioné est le sujet principal du tableau. Elle est placée au centre de la composition, dans une position verticale et sous les rayons d'une lumière lunaire due à la déesse Diane. Autour d'elle se trouvent les deux enfants apeurés et dans une position de fuite du tableau. Son oncle Cécyx a le corps arqué dans sa direction. Au loin se distingue la silhouette en fuite de Dédalion ailée après que la divinité Apollon ne l'a transformé en épervier afin d'éviter son suicide. Diane est en position de surplomb vis-à-vis de Chioné, l'arc bandé dans sa direction. Une flèche aux plumes rouges dépasse de la bouche de Chioné comme témoin de sa mort.

Diane est représentée comme le seul corps faisant partie du ciel et semble complètement détachée de l'espace terrestre des hommes. La nature autour d'elle est un lieu de violence : les arbres sont brouillés, le ciels nuageux ne laisse entrevoir qu'un rayon lumineux que l'on peut attribuer à la lumière d'Apollon sauvant Dédalion du suicide.

Postures, regards et expressions

Les deux protagonistes principales sont dans une position latérale dans la composition. Diane surplombe Chioné qui est allongée, inerte. Leur visage à toutes deux est impassible : Chioné parce qu'elle est morte, Diane car divine ne peut témoigner d'émotions exagérées. Autour d'elles les positions des corps sculpturaux sont tendus, les visages crispés emprunts de douleurs.

Inspirations

L'inspiration des Métamorphoses d'Ovide est peu commun. Il semble que Poussin s'inspire de gravures des éditions des Métamorphoses qui lui sont contemporaines. Il s'inspire vraisemblablement notamment d'une eau-forte d'après Antonio Tempesta Diane transperçant Chioné d’une flèche (1606). Il s'inspire également d'une gravure de Polidoro da Caravaggio de 1525 relatant l'histoire de Niobé, Apollon et Diane tuant les enfants de Niobé à Rome[1].

Analyse

Dans La mort de Chioné de Poussin, il est question d’un deus ex machina qui viendrait redonner l’ordre perdu au monde. Chioné a fait preuve d’hubris, une vertu divine, et le divin lui-même vient rétablir l’ordre entre le divin et le mortel. Ici, nous sommes face à un mythe latin où le divin vient rétablir une justice naturelle par un droit divin.

Notes et références

  1. a et b Musée des Beaux-Arts de Lyon, « Acquisition de l'œuvre de Nicolas Poussin (1594-1665), La Mort de Chioné », mba-lyon,‎ (lire en ligne)
  2. Ovide, Les Métamorphoses (lire en ligne), p. Livre XI, 441-442