La Barbe

« Tant que la France sera dirigée par les hommes, une barbe poussera aux effigies de la République » (groupe d’action féministe La Barbe, fête nationale, Paris, place de la Nation, juillet 2013, photo La Barbe.)

La Barbe est un groupe d'action féministe fondé en 2008 en France. Ses militantes dénoncent l'absence ou la sous-représentation des femmes dans des instances de pouvoir économiques, politiques, culturelles et médiatiques.

À la fois héritières du mouvement féministe des années 1960-1970 et créatrices d’une voie nouvelle, elles pratiquent un militantisme fondé sur le coup d'éclat et l'ironie. Lors de leurs actions inopinées, affublées de barbes postiches, elles félicitent des assemblées à majorité masculine pour leur résistance à la féminisation. Le choix de leurs cibles rappelle que les femmes doivent pouvoir créer, diriger, représenter : atteindre en somme tous les postes et statuts, dans la complète étendue des échelons et secteurs d’activité.

Histoire

Les débuts du groupe

Action du groupe féministe La Barbe, Place de la Nation, à Paris, le 14 juillet 2012.

Le groupe a commencé à se constituer lors de la campagne pour l'Élection présidentielle française de 2007, avec des personnes militant pour Ségolène Royal, qui ont été choquées par des allusions sexistes à l'égard de la candidate socialiste[1]. Il se forme autour de Marie de Cenival, ancienne militante d'Act Up-Paris, avec des femmes qui n'ont pour la plupart jamais participé à une association ou à un mouvement féministe. En octobre 2008, « une vingtaine de membres actives, une trentaine de sympathisantes », selon Libération, participait au groupe[2]. En mars 2010, une cinquantaine de membres actives était recensée[3]. Le nom du groupe fait à la fois référence à la barbe, comme symbole de la pilosité masculine, et à l'interjection familière « La barbe ! » qui signifie « Cela n'a que trop duré ! »[4].

Leur première manifestation publique a lieu le 28 février 2008, lors d'une séance de dédicaces du journaliste et écrivain Éric Zemmour à Paris au Drugstore Publicis[5]. Mais selon Le Nouvel Observateur, La Barbe se forme officiellement le 8 mars 2008[6] à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Le groupe défile alors à Paris aux côtés de Act Up-Paris et des Panthères roses, et colle une barbe à l'une des statues de la place de la République[7].

Le rire militant - Cinq titres de tracts de La Barbe. Sur un air proustien, le tract "A l'ombre des vieux hommes vainqueurs" félicite en 2013 l'Académie Goncourt, qui a distingué 109 lauréats dont 99 mâles.

Un contexte de renaissance du féminisme

Pratique de la dérision, une action de La Barbe Toulouse : remise du diplôme de la Barbe d’Or lors de la Mêlée numérique (trophées de l’économie numérique), 28 mai 2014, compte rendu dans La Voix du Midi .

Le groupe apparaît dans les années 2000, marquées par une nouvelle génération de féministes avec la création des associations Ni putes ni soumises en 2003 et Osez le féminisme en 2009 ou du collectif Les TumulTueuses en 2010[8]. Dans la presse écrite, la création du magazine Causette en 2009 témoigne également de ce renouveau du féminisme[9]. Pour l'écrivaine Joy Sorman, « des mouvements comme La Barbe ont su faire évoluer l'image des féministes : ces collectifs témoignent du renouveau du militantisme politique dans la jeune génération »[10]. Par son sens de la dérision, La Barbe participe aussi à un mouvement plus général du « rire militant » aux côtés des collectifs L'Appel et la pioche, Génération précaire, Jeudi noir, Sauvons les riches et les Clowns à responsabilités sociales[11]. A l'international, l'essor de la Barbe s'accompagne également de l'émergence du mouvement des SlutWalk ("marche des salopes" en français) à partir de 2011, où des femmes manifestent leur droit de s'habiller comme elles le veulent[12].

Ligne idéologique

La Barbe s'inscrit dans la lignée du Mouvement de libération des femmes, dont elle a célébré les quarante ans, avec les Chiennes de garde et Osez le féminisme, le 26 août 2008[13]. Dans une tribune publiée sur Eco89, La Barbe énonce l'un des principes du groupe : « Rendre visible et ridicule l'absence des femmes dans tous les lieux de pouvoir, politique, économique, culturel »[14]. Le groupe fait également valoir l'inscription dans la Constitution française du principe de la parité professionnelle homme-femme depuis le 23 juillet 2008[15].

Dans son manifeste, La Barbe précise avoir « décidé d'investir barbues tous les hémicycles, toutes les antichambres, tous les lieux de pouvoir des hommes »[6]. Les militantes mènent leurs actions en mettant des barbes postiches[1], un geste qui vaut notamment à ce groupe d'être qualifié de « militantisme décalé »[16] par le journal Le Monde ou de « forme alternative de féminisme »[17] par Ouest-France. Sociologue à l'Inserm, Natacha Chetcuti évoque ainsi « une mise en scène publique de leur action » d'une génération de féministes qui sait davantage comment capter l'attention des médias, à l'image d'Act Up-Paris[18].

Barbe postiche, effet miroir : La Barbe à l'université de la gastronomie - Rencontres François Rabelais, Tours, 9 novembre 2013 - barbage relayé dans Slate, par Louise Tourret : « Gastronomie : ça manque de femmes à la cuisine », 22/11/13, photo La Barbe

Pour Marie de Cenival, une des fondatrices de La Barbe, le fait de porter une barbe postiche lors des actions permet un « effet miroir »; elle précise dans Mediapart : « Les hommes ciblés se regardent entre eux, confondus, honteux d’être pris ainsi en flagrant délit de non-mixité »[19]. Ces pratiques du « coup d'éclat » et de la « dérision », selon L'Express[20], sont aussi assimilées à une forme de « happening » féministe, dans la tradition des Guerrilla Girls américaines[21]. Certaines activistes de Guerrilla Girls ont porté des masques de gorille, tout comme les militantes de La Barbe une fausse barbe, entre autres afin de rester anonymes[22].

Quelques actions

Pointant une absence ou une sous-représentation des femmes dans les instances de décision, La Barbe mène régulièrement des actions touchant les secteurs de la politique, de l'économie, des médias et de la culture.

  • Le 29 mai 2008, La Barbe manifeste devant le Palais Brongniart, place de la Bourse à Paris, à l'occasion de l'assemblée générale des actionnaires du groupe Casino[23].
  • Le 17 novembre 2008, alors que le monde est en pleine crise financière, La Barbe s'attaque au milieu de la finance, au théâtre Marigny à Paris, au cours de la remise des « BFM Awards »[24].
  • La légitimité de l’action est parfois immédiatement reconnue, comme le 4 février 2009 au Palais de Congrès de Paris, lors du Salon des Entrepreneurs : après la prise de parole impromptue de la Barbe, le collectif est ovationné par le public puis salué à la tribune par un « Le message est passé. » Après la surprise causée par le surgissement des Barbues, on reconnaît au micro leur « forme d’entreprenariat et de prise de risque ». Une reconnaissance confirmée par la publication, sous logo du Salon des Entrepreneurs, de la vidéo officielle de trois minutes de cette action, de toute évidence filmée par les caméras accréditées du Salon des Entrepreneurs, vu la diversité des cadrages [25],[26]. La Barbe est de nouveau présente au Salon des Entrepreneurs, à Nantes, en novembre 2010 [27].
  • Le 16 avril 2009, une dizaine de militantes ont occupé l'entrée de l'assemblée générale de L'Oréal pour dénoncer la faible proportion de femmes dans le conseil d'administration du groupe[28],[29].
  • Le Conseil d'orientation des retraites fut leur cible le 18 novembre 2010, à l’institut Océanographique de Paris. Associée à l'association Génération Précaire, La Barbe perturbe le Conseil, soulignant que parmi les 36 représentants, il n'y avait qu'« une femme et zéro précaire »[30].
  • Le 7 décembre 2010, La Barbe invite à un rassemblement devant la Maison de Radio France afin de dénoncer le fait qu'aucune femme ne figure parmi les huit nominés au titre de « personnalité culturelle de l’année 2010 », selon un sondage établi pour la radio de service public[31],[32].
  • Lors du festival de Cannes 2012
Culture, la mécanique du « calife à la place du calife », une action de la Barbe Aquitaine : le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême (FIBD) a depuis sa création attribué son grand prix à 45 auteurs dont 43 hommes : le lauréat préside le jury l’année suivante. Actuellement, la présence d’une femme sur scène, lors de remises de distinctions artistiques ou culturelles, s’explique souvent par le seul rôle d’hôtesse ou de maîtresse de cérémonie. Angoulême, 31 janvier 2013. (cérémonie d’ouverture du festival - recension de cette « irruption décapante » dans la Charente libre, 1er février 2013, Thierry Cordeboeuf : « Ces hommes, la barbe ! »)

Lors du Festival de Cannes 2012, La Barbe rappelle que son champ d'action concerne aussi la culture. Le quotidien Le Monde publie le 12 mai 2012 une tribune à l'initiative de La Barbe, intitulée "A Cannes, les femmes montrent leurs bobines, les hommes, leurs films"[36]. Signé par l'actrice Fanny Cottençon, l'écrivaine Virginie Despentes et la réalisatrice Coline Serreau, ce texte dénonce le fait que les vingt-deux films de la sélection officielle du 65e festival de Cannes ont été réalisés par vingt-deux hommes.

Publié quelques jours avant l'ouverture du festival le contenu de cette tribune est repris par de nombreux médias, français et à l'étranger. Le quotidien britannique The Guardian traduit le texte en anglais pour ses lecteurs sous le titre : "Men of the Cannes film festival, keep defending those masculine values"[37]. "Le cinéma français est-il misogyne?", s'interroge le magazine en ligne Slate[38]. Aux États-Unis, la tribune de La Barbe est relayée par une pétition qui interpelle les responsables du festival de Cannes sur l'absence de femmes réalisatrices dans la sélection officielle[39]. Cette pétition est notamment signée par l'icône féministe Gloria Steinem, la réalisatrice Gillian Armstrong et la productrice Darla K. Anderson[40].

Le lendemain de la publication du texte de La Barbe, le délégué général du festival Thierry Frémaux se défend de sexisme dans l'hebdomadaire L'Express[41]. Le débat remonte jusqu'à Aurélie Filippetti: la ministre de la Culture qui venait d'être nommée au gouvernement de François Hollande est interrogée sur le sujet[42]. Enfin, le 21 mai, une poignée de militantes affublées de barbes postiches manifestent sur le tapis rouge du Palais des festivals et des Congrès de Cannes[43],[44].

  • Au théâtre de l’Odéon en 2012

Le collectif La Barbe a fait intrusion le 4 juin 2012 sur la scène du Théâtre de l’Odéon, dirigé par Luc Bondy qui y présentait une saison de 14 spectacles : 14 pièces signées par 14 hommes et mises en scène par 14 hommes. Le détournement, au profit du genre masculin, des subventions publiques affectées à la création et au spectacle vivant, faisait dans le même temps l’objet de la publication par la SACD d’une plaquette « Où sont les femmes ? », qui divulguait des statistiques irréfutables[45]. Le 25 octobre 2012, Nancy Huston appuyait l’offensive de la Barbe en direction du théâtre masculin, en étrillant dans Libération la pièce ouvrant la saison de l’Odéon, une pièce de Harold Pinter où cinq hommes, « dès que débarque une femme, cessent de se disputer et tombent magiquement d’accord : c’est une pute. » Se dessine dans cette lettre ouverte à Luc Bondy l'expression d’une lassitude devant un répertoire androcentré, anachronique, monotone et aveugle à l’évolution sociale[46]. Cette action de la Barbe a mis l'accent sur le combat pour des signatures féminines, quant à l'écriture et à la mise en scène. La lettre de Nancy Huston met de plus en lumière un troisième point de disparité : ce sont non pas deux mais trois catégories - les femmes auteurs, les metteuses en scène mais aussi les comédiennes – qui ont intérêt à faire abolir la confiscation par les hommes de l’argent public de la culture. En effet, dans la pièce de Pinter choisie par Luc Bondy, une femme a un rôle quand cinq hommes en ont un. Cette disparité touche malheureusement l’ensemble du répertoire masculin, dans une proportion générale qui n’a cependant pas été étudiée ni établie ; le déséquilibre est sensible aux yeux de l’amateur de théâtre.

  • à la radio et à la télévision
Action du groupe féministe La Barbe en direct sur l'antenne de France Inter - Paris, dimanche 4 mai 2014, 12 h 20 (photo : Mikado).
émission 3D (en direct),consacrée aux 30 ans de la Fondation Cartier (photo : Mikado). Entre janvier 2013 et mai 2014, l’émission a accueilli 270 invités dont 217 hommes. La fondation Cartier allait fêter ses trente ans en présentant un ensemble d’œuvres : 90 % de signatures masculines. L'activiste lit un tract : "Aux hommes la création, aux femmes la procréation". Archive sonore à la 19e minute (photo 1) ainsi qu’ à la 53e minute (photo 2)-

La rentrée 2012 est marquée par des actions de la Barbe. L’opinion publique a pu prendre conscience de la constance de la masculinité des équipes de direction de Radio France, où « on peut très franchement progresser », selon son président Jean-Luc Hees réagissant à l’irruption du collectif [47] ; La Barbe a troublé une conférence de France Télévisions, où la rentrée, selon le Figaro, présentait « peu de nouveautés », cependant le président de France Télévisions a déclaré réfléchir à la question de la parité, "un sujet sur lequel je travaille" [48],[49]. RTL, où le collectif la Barbe a aussi fait intrusion, présente depuis son origine une forte masculinité dans sa direction, son équipe d’animation et l’ensemble des experts sollicités à l’antenne [50],[51]. « L’audiovisuel de demain se pense aujourd’hui », tel était le thème des Assises de l’audiovisuel de la SCAM, où La Barbe a créé la surprise, lors d’une table ronde réunissant seulement des hommes [52]. Le 01/12/12, après que le bruit d’un scandale sexuel à la BBC a traversé la Manche, la Barbe, dans un communiqué dont le style emprunte à la résistance gaullienne, s’est adressée à cette radio anglaise, pour saluer l’arrivée d’un homme à sa direction [53], selon une tradition à laquelle on n'a pas une fois dérogé depuis quatre-vingt-cinq ans.

  • La Barbe à Sciences-Po

Par deux fois, les 5 avril et 25 octobre 2012, La Barbe a ironiquement salué la composition virile de l’équipe de direction de l’Institut d’études politiques de Paris, très observée en ses mouvements, en cette année du décès soudain de Richard Descoings. La parité à la direction de Sciences-Po est un enjeu fort : cette école est fréquentée par une importante fraction des futurs cadres de la nation et nombre de ceux qui feront l’opinion[54].

La Barbe dans les médias

Saluant un mode d’action saisissant (« striking » [55]), les média régionaux[56],[57], nationaux [58],[59],[60] et internationaux [61],[62] font un écho large aux actions de La Barbe.

Un article du Guardian[63] consacré à La Barbe, assez commenté, débute par une boutade selon laquelle, aux yeux de nombreux lecteurs, les mots « français » et « féminisme » forment un désopilant oxymore («hilarious oxymoron »); puis l'article s’emploie à retourner ce lieu commun au fur et à mesure qu’il présente favorablement les intentions, les cibles et le style du collectif, qui recherche l’efficacité par l’intelligence, la non-violence et l'ironie.

Une interview de deux militantes au Petit Journal le 9 décembre 2011 a été considérée comme un flop[64], tandis que d'autres l'ont défendue ou l'ont analysée, en observant que l’ironie de La Barbe sert « un vrai sujet », alors que l’ironie du Petit Journal a pour vocation de « respecter les règles du divertissement », d’où une séquence « plaçant les spectateurs dans une atmosphère d’inconfort et de malaise » [65]. Un article universitaire est consacré à ce sujet[66]. De nombreux éléments sont nécessaires à une analyse de la rencontre entre Canal Plus et la Barbe : entre autres Canal Plus pourrait objectivement être considéré comme un tenant de la culture masculine, dans la mesure où ses programmes paraissent, loin de l'harmonie entre les genres, dédiés principalement au sport masculin ou au cinéma masculin (c’est-à-dire issu de réalisateurs masculins), étant entendu que cette hypothèse ne peut être émise que sous réserve, en l’absence de la mise à la disposition du public de statistiques. Le groupe Canal Plus, qui est également un important producteur du cinéma français, n’a pas à ce jour publié d’études sexuées sur ses programmes télévisés et ses investissements dans le cinéma. On ignore si le test de Alison Bechdel, incitateur d’équilibre des genres dans la création cinématographique, est en pratique dans le groupe Canal Plus, qui en 2012 a investi 200 M € pour préacheter 115 films français[67].

Par ailleurs dans un climat serein La Barbe a été l’invitée de la Matinale de Canal Plus [68].

2013-2016 : édition et actions de terrain

La Barbe retrouve les Guerrilla Girls au palais de Tokyo (Paris, 20 juin 2013, photo Alice Coffin).

En 2013 et 2014, le groupe poursuit ses actions à un rythme soutenu, ciblant notamment : la gastronomie[69] ; l’art contemporain, avec la visite du palais de Tokyo et de la fondation Cartier[70], la bande dessinée[71] (Festival d'Angoulême), les mathématiques (Institut Henri-Poincaré[72]) ou encore la musique, avec une intervention sur la scène de l'opéra Bastille[73], suivie quelques jours plus tard d’une visite salle Pleyel, lors de l’annonce d’une saison où afflueraient 102 chefs d’orchestre dont 99 hommes[74].

« Les féministes manquent d’archives[75] », c’est une des raisons de la parution en 2014 de l’ouvrage collectif La Barbe, Cinq ans d’activisme féministe[76], à la fois récit, recension complète en annexe des actions du groupe depuis sa création, et panorama chiffré de l’hyper-représentation masculine secteur par secteur : art et culture – (notamment le texte du tract de l’action Goncourt 2013[77], « A l’ombre des vieux hommes vainqueurs ») ; entreprise, économie ; enseignement supérieur ; justice ; médias ; ONG; humanitaire ; politique ; science ; sport.

Laurent Fabius et Laurent Joffrin, surpris le 03 10 2015 par le groupe d'action féministe La Barbe - Paris, Science-po, Forum Libération Make it work, prélude à la COP 21- photo Mikado.

« Mais qui va garder les enfants ? Huit ans après que Laurent Fabius avait lancé cette boutade alors que Ségolène Royal était candidate à la présidentielle, propos dont la distanciation éventuelle n’a pas été mise au jour, le collectif La Barbe trouve l’occasion de barber son « idole » , « ce grand inspirateur du féminisme ». Il s’agit entre autres de pointer le déficit d’ambassadrices dans la diplomatie française [78].

La même année 2015, La Barbe ! renforce sa visibilité avec un site web renouvelé, qui donne accès aux textes des tracts lus lors de la montée aux tribunes, et aux chiffres qui les appuient.

Parmi les actions notables du collectif, plusieurs ont en effet pris pour cible les forums organisés par le journal Libération, où l’on observe une surreprésentation persistante d’orateurs masculins. Le 25/09/2016, le collectif fait irruption lors d’un forum Libé BHV « Citadins, Citoyens[79] » qui compte 14 hommes parmi 15 intervenants. Elles lisent un tract intitulé « Les For’hommes de Libération » à tonalité pamphlétaire. Leur rhétorique de l’ironie relève par exemple que «  Les pages de Libé se parent parfois d'atours féministes, mais heureusement, c'est pour rire. »

Les For'hommes de Libération - Barbues avec vigiles après action de La Barbe, au Forum BHV Marais - Libération - 25 09 2016 - photo AH.

Si la Barbe ! prend volontiers pour cible l’art contemporain comme foyer de masculinité, les performances barbues sont parfois en elles-mêmes analysées sous le prisme artistique.

Ainsi à l’automne 2016, la galerie Michèle Didier, rue Notre-Dame-de Nazareth à Paris, réunit La Barbe et les Guerrilla Girls dans une exposition de deux mois[80]. Le vernissage est suivi le lendemain d'un colloque qui se tient le 9/09/2016 à la Maison des auteurs de la Sacd, réunissant parmi ses intervenantes des activistes de La Barbe !, de Femen et des Guerrilla Girls, ainsi que Fabienne Dumont (Des Sorcières comme les autres, Presses universitaires de Rennes, 2014), historienne de l’art contemporain (Paris I, Université Lumière Lyon 2, EESAB Ecole européenne supérieure d’art de Bretagne),et Deborah De Robertis. La photographe Marie Docher quant à elle tient le blog Atlantes et Cariatides, elle y apostrophe les institutionnels et galeristes qui conservent et perpétuent l’art masculin (« culture, arts plastiques, fonds public ») au mépris des femmes créatrices. Camille Morineau, conservatrice du Centre Georges Pompidou, commissaire de elles@centrepompidou et de l’exposition récente Niki de Saint Phalle, a présenté la fondation Aware, qui lève des fonds pour financer des femmes artistes et les intègre dans l’histoire de l’art. Il y avait un intervenant homme, Marc Donnadieu, conservateur pour l’art contemporain au LaM – Lille, qui a présenté l'oeuvre de Nancy Spero et celle d'Ida Applebroog.

You are nothing without feminist art, photo Marie Docher, Colloque Art et activisme, maison de la Sacd, Paris, 9 septembre 2016, La Barbe, Guerrilla Girls et Femen réunies, dont Inna Shevchenko , à droite.

La Barbe ! est l’objet d’une thèse de doctorat[81] en sciences de gestion, de Fabien Hildwein, émanant de l’université Paris-Saclay/HEC-Paris. Cette thèse est nourrie par une ethnographie de douze mois où le chercheur a été autorisé à suivre les actions du collectif en tant que photographe. Sans postes salariés, disposant de peu ou pas de ressources, La Barbe est a-hiérarchique (son fonctionnement est totalement horizontal). Appartenant au mouvement social qu’est le féminisme, qui n’est donc pas l’angle premier de cette thèse, cette organisation est étudiée là pour les qualités de sa gestion, son interaction avec les média et son répertoire tactique.

Influence

Né à Paris, le mouvement La Barbe ! s'est étendu dans les régions françaises. Ainsi les actions symboliques décalées de La Barbe ont d'abord inspiré un groupe féministe, le PAF ! (Pour une Alternative Féministe), dans le Pays Basque. Dans son édition du 17 juillet 2009, Le Journal du Pays Basque se fait l'écho d'une statue de Marianne affublée d'une barbe par le PAF ! à Anglet[82]. À Nantes, des femmes affublées de fausse barbe interviennent elles aussi dans les lieux de pouvoir locaux (la Barbe à l'Ouest). Dans le Sud-Ouest, en juillet 2011, La Barbe essaime à Toulouse, à l'instigation d'une ex-porte-parole de l'association Droit au logement[83]. Le collectif est également présent à Lille [84], à Lyon[85] (La Barbe à Lyon), à Bordeaux [86], à Saint-Nazaire [87] et dans les Deux-Sèvres [88].

Barbage à l'Ecole normale supérieure de Lyon le 10 juin 2014 (action de La Barbe à Lyon, photo Laura Tangre)

Au Mexique, un groupe de féministes s'est affublé de grosses moustaches (las Bigotonas), à l'image de la Barbe[89]. En Australie, des féministes se réclamant de La Barbe ont interrompu une réunion du Melbourne Mining Club, le 15 mai 2012[90].

Notes et références

  1. a et b (fr) « A chacune son féminisme », sur libération.fr, consulté le 9 février 2011
  2. (fr) « Le gang des postiches », sur next.liberation.fr, consulté le 14 février 2011
  3. (fr) « Pas de rasoir à l'espace Simone-de-Beauvoir - Nantes », sur ouest-france.fr, consulté le 11 février 2011
  4. Dictionnaire de l'Académie, neuvième édition
  5. (fr) « la barbe eric zemmour », sur YouTube, consulté le 14 février 2011
  6. a, b et c (fr) « "La barbe" contre "la domination masculine" », sur tempsreel.nouvelobs.com, consulté le 9 février 2011
  7. (fr) « Une Journée des femmes tendue et "barbue" », sur tetu.com, consulté le 11 février 2011
  8. (fr) « Journée de la femme: la relève veut donner un nouveau souffle au féminisme », sur lexpress.fr, consulté le 11 février 2011
  9. (fr) Mathilde Blottière, « Les nouvelles féministes mettent les poings sur les “i” », sur telerama.fr, (consulté le 5 août 2011)
  10. (fr) « http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/07/15/l-emancipation-des-femmes-passera-par-celle-des-hommes-appeles-a-se-debarrasser-de-leurs-stereotypes-et-a-refuser-les-assignations-de-genre_1549131_3232.html », sur lemonde.fr, consulté le 20 juillet 2011
  11. (fr) « Les partisans du rire militant », sur lemonde.fr, consulté le 11 février 2011
  12. (fr) Cerise Sudry-Le Dû, « Marche des salopes: des féministes font la révolution en talons », sur lesinrocks.com, (consulté le 26 mai 2012)
  13. (fr) « Paris: commémoration des 40 ans du MLF », sur lefigaro.fr, consulté le 9 février 2011
  14. (fr) « Salon des entrepreneurs : une affaire d'hommes ! », sur eco.rue89.com, consulté le 9 février 2011
  15. (fr) « Le collectif féministe "La Barbe" invité dans "Le Buzz" », sur blog-lci-est-a-vous.lci.fr, consulté le 10 février 2011
  16. (fr) « Le militantisme décalé des féministes de La Barbe », sur lemonde.fr, consulté le 9 février 2011
  17. (fr) « Une forme alternative de féminisme : les femmes à barbe », sur ouest-france.fr, consulté le 9 février 2011
  18. (fr) « "Aujourd'hui chaque groupe féministe défend ses intérêts propres" », sur lexpress.fr, consulté le 14 février 2011
  19. (fr) « Etre femme », sur blogs.mediapart.fr, consulté le 11 février 2011
  20. (fr) « Qui sont les nouvelles féministes? », sur lexpress.fr, consulté le 11 février 2011
  21. (fr) « Les milieux culturels sont aussi sexistes que les autres », sur observers.france24.com, consulté le 11 février 2011
  22. (en) « The world needs more feminists masked avengers, Guerrilla Girls say », sur browndailyherald.com, consulté le 11 février 2011
  23. (fr) « Des femmes à (fausses) barbes dénoncent l'absence de femmes à la tête de Casino », sur actu.ma, consulté le 11 février 2011
  24. (fr) « Les femmes à barbe veulent mettre les hommes à la corbeille », sur rue89.com, consulté le 11 février 2011
  25. (fr) « La Barbe, Cela s’est passé au salon des entrepreneurs », sur dailymotion mis en ligne le 16/02/09 consulté le 28/24/12
  26. (fr) « Salon des entrepreneurs, une affaire d’hommes »,Tribune d’Alix Béranger sur le site de Rue89 , 05/02/09 consulté le 28/12/12
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  69. « La gastronomie est un domaine traditionnellement masculin. Les militantes de La Barbe viennent d’ailleurs de monter au créneau pour dire tout le mal qu’elles en pensent en perturbant l’université populaire de la Gastronomie de Tours, samedi 9 novembre (…) « En gastronomie, 94% des chefs et 98% des chefs étoilés sont des hommes.» » « Gastronomie : ça manque de femmes à la cuisine », Slate, article de Louise Tourret, 22/11/13
  70. "La Barbe en action à la fondation Cartier", article d'Anaïs Condomines, 05/05/2014, sur le site de Métro, consulté le 26/06/2014
  71. La Charente libre, "Ces hommes, la barbe !", par Thierry Cordeboeuf, 01/02/2013.
  72. France Inter, reportage de Laetitia Saavedra sur l'action du 08/10/2014, diffusé le 18/10/2014
  73. « L’Opéra de Paris est-il macho ? » , article de Cerise Sudry, 19/03/2013, sur le site de Métro, consulté le 26/06/2014
  74. « Les féministes du groupe La Barbe continuent de perturber avec leur humour grinçant les présentations de saison 2013-2014 outrageusement masculines », in « La Barbe s’invite à Pleyel », La Lettre du spectacle, 5 avril 2013.
  75. parole d’activiste de La Barbe, in Politis.fr, « Barber ces hommes qui nous gouvernent », par Lena Bjurström, 24/04/2014.
  76. Rock and Folk, article d’Agnès Léglise, 15/05/2014.
  77. Le Figaro, 04/11/2013
  78. Marina Fabre, « La Barbe se paye Fabius et Joffrin, Les Nouvelles News, 5/10/2015 ; Céline Auguste, « Cop 21, les féministes de La Barbe s’invitent sur scène à Science-Po », Métro News, 03/10/2015
  79. Camille Mouat, «Une journée de débat sur la ville et les citoyens », reportage photo, Libération.fr, 28/09/2016
  80. Thomas Romanacce «La Barbe ! et les Guerrilla Girls, chiennes de garde », Figaro, 13/09/2016
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  82. (fr) « Un nouveau groupe féministe en Pays Basque », sur lejpb.com, consulté le 11 février 2011
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  84. http://www.nordeclair.fr/Actualite/2011/11/29/des-barbues-interrompent-la-seance.shtml/
  85. http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Autre-contenu/Breves/Intervention-humoristique-du-collectif-feministe-La-Barbe/
  86. http://www.aqui.fr/societes/la-barbe-a-fait-son-premier-coup-d-eclat-a-bordeaux,5088.html/
  87. https://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Les-feministes-de-La-Barbe-manifestent-a-la-Conference-metropolitaine-Nantes-Saint-Nazaire_40829-2015235------44184-aud_actu.Htm/
  88. http://www.charentelibre.fr/2011/04/01/deux-sevres-des-femmes-a-barbe-s-invitent-au-conseil-general,1028990.php/
  89. http://www.egalite-infos.fr/2011/05/03/las-bigotonas-les-filleules-mexicaines-moustachues-de-la-barbe/
  90. (en) Alyssa McDonald, « Have you considered wearing a beard? », sur dailylife.com.au, (consulté le 26 mai 2012)

Voir aussi

Bibliographie

  • La Barbe, Cinq ans d’activisme féministe, éditions iXe, 2014, 171 p., ouvrage collectif (ISBN 979-10-90062-21-4).
  • Fabien Hildwein, Le travail de mobilisation d’un groupe activiste. Le répertoire tactique, les médias et l’implication de ses membres : Thèse de doctorat en sciences de gestion, Jouy-en-Josas, Université de Paris-Saclay-HEC, . Thèse soutenue le 11 octobre 2016, campus HEC de Jouy-en-Josas.

Articles connexes

Lien externe

  • Site officiel