L'Avare (film, 1980)

L'Avare
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Logo du film, extrait de l'affiche créée par René Ferracci.
Réalisation Jean Girault
Louis de Funès
Scénario Jean Girault
Louis de Funès
d'après L'Avare de Molière
Acteurs principaux
Sociétés de production Les Films Christian Fechner
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre comédie
Durée 120 minutes
Sortie 1980

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Avare est un film français réalisé par Jean Girault et Louis de Funès, sorti en 1980.

Adapté de la célèbre pièce L'Avare de Molière, le long-métrage marque la première et unique incursion de Louis de Funès dans la réalisation. Également co-adaptateur du scénario, il se met en scène dans le rôle d'Harpagon, dans ce qui sera l'un de ses derniers films.

Bien qu'il rêvait depuis longtemps d'interpréter la pièce, ce n'est qu'à la fin des années 1970 qu'il franchit le pas, après avoir refusé durant près de trente ans de nombreuses propositions, aussi bien au théâtre qu'au cinéma. D'abord prévu comme une adaptation en téléfilm, le projet s'est rapidement transformé en film pour le cinéma, au regard de l'énorme popularité de Louis de Funès, sous l'impulsion de Christian Fechner, son producteur attitré depuis L'Aile ou la Cuisse.

L'Avare est tourné dans l'ordre chronologique de l'histoire, d'octobre 1979 à janvier 1980. Les prises de vues ont lieu dans les studios de Boulogne-Billancourt, dans les ruelles médiévales et la cathédrale de Senlis puis, pour la scène finale, dans le désert du Sahara, près de l'oasis de Nefta, en Tunisie.

Le projet, dès son annonce, déchaîne les milieux intellectuels et critiques, faisant de la sortie du film un événement culturel majeur. Symbolisant la rencontre d'un cinéma comique populaire avec l'œuvre classique et savante de Molière, L'Avare influence ainsi la remise d'un César d'honneur à Louis de Funès pour l'ensemble de sa carrière, lors de la 5e cérémonie des César, au cours de laquelle un extrait du film est projeté.

Très attendu, L'Avare n'est finalement qu'un succès « modéré » — en comparaison des résultats habituels de Louis de Funès au box-office — avec 2,4 millions d'entrées en France. Il se classe en 13e place du classement des films de 1980, loin derrière les triomphes de La Boum, L'Empire contre-attaque ou encore Les Sous-doués.

Des années après sa sortie, cet Avare demeure l'une des adaptations de Molière les plus montrées aux écoliers.

Synopsis

Accroche

Harpagon, un riche veuf, vit avec ses enfants, Cléante et Élise. Avare à l'extrême, il a enterré, dans son jardin, une cassette pleine d'or et soupçonne perpétuellement son entourage de vouloir la lui voler. Il souhaite que ses enfants réalisent de beaux mariages d'argent et, pour lui-même, caresse un projet de secondes noces qui devra ne rien lui coûter.

Il ignore que Cléante est amoureux de Marianne, (la jeune femme de condition modeste qu'Harpagon compte épouser), et qu'Élise aime Valère, l'intendant de la maison. Tous deux n'osent avouer leur inclination à leur père. Pourtant, le temps presse. C'est ce soir même qu'Harpagon s'apprête à signer son contrat de mariage.

Résumé détaillé

Fiche technique

Louis de Funès en 1978, tournant Le Gendarme et les Extra-terrestres sur le port de Saint-Tropez. Il est à la fois interprète principal, réalisateur et adaptateur du scénario de L'Avare.

Distribution

Production et réalisation

Genèse et développement

Louis de Funès rêvait depuis très longtemps de jouer L'Avare au théâtre. Mais son état de santé ne lui permettait plus de monter sur les planches (il avait eu un double infarctus en 1975). Il envisagea donc modestement une adaptation pour la télévision, mais les producteurs, dont Christian Fechner, misant sur l'énorme popularité de l'acteur, préférèrent transformer le projet en film pour le cinéma[4].

Tournage

En studios à Boulogne-Billancourt et dans les rues de Senlis

  • Les scènes de rue ont été tournées dans le vieux centre de Senlis.

Dans un désert en Tunisie, pour la scène finale

Les derniers plans du film, imaginés par Louis de Funès, montrent Harpagon tirant sa cassette dans le sable d'un désert[5]. Christian Fechner pense tourner cette courte scène dans la Mer de sable d'Ermenonville dans l'Oise[5]. Louis de Funès a une ambition plus coûteuse, désirant tourner dans l'oasis tunisienne de Nefta, qu'il avait découverte lors du service militaire au titre de la coopération de son fils Patrick[5]. Le producteur, d'abord réticent, cède au caprice de l'acteur, en reconnaissant que le film sera de toutes façons rentable et qu'un tournage en Tunisie ne peut être qu'agréable[5].

La séquence finale de L'Avare est tournée dans des dunes du désert du Sahara proches de Nefta.

Une Caravelle est affrétée spécialement pour Tozeur, avec Olivier de Funès comme copilote[5]. Une équipe de vingt-cinq personnes fait le déplacement en Tunisie et séjourne au Sahara Palace de Nefta[5]. L'oasis est alors protégé par d'importants dispositifs de police, en raison de la venue du président tunisien Habib Bourguiba, qui rencontre par ailleurs Louis de Funès[5]. Le lendemain de leur arrivée, l'équipe tourne la scène finale de L'Avare dans un morceau de désert occupé quelque temps plus tôt par le tournage de La Guerre des étoiles[5]. Louis de Funès traîne au bout d'une longue chaîne la cassette d'Harpagon, emplie de trente-quatre kilos de fausses pièces — le poids exact de 10 000 écus d'or[4],[6], l'acteur s'étant renseigné auprès de spécialistes de la monnaie. Des prises de vues sont également réalisées le lendemain puis toute l'équipe retourne à Paris[6]. Quelques heures plus tard, une violente insurrection armée menée par des opposants au régime de Bourguiba, qui aurait pu empêcher le retour de l'équipe, a lieu dans la zone[6].

Cette scène finale, d'une durée de 26 secondes, revient ainsi à 260 000 francs[6]. Toutefois, lors de la projection des rushes à Paris, Louis de Funès est quelque peu déçu des images tournées : malgré son poids, la cassette ne s'est pas autant enfoncée dans le sable qu'il le souhaitait et Harpagon ne semble pas souffrir lorsqu'il la traîne, puisqu'elle glisse sans mal à la surface de la dune[6].

Accueil

« L'évenement cinématographique 1980 », sortie et promotion

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Images
L'affiche de L'Avare, crée par René Ferracci.
Vidéos
La bande-annonce du film sur Allociné.

Alors que le tournage est en cours, le journal de 20 heures de TF1 du , soir de Noël, dévoile un extrait du film, avec des scènes tournées récemment[7]. L'extrait montré est la scène entre Michel Galabru et Louis de Funès dans laquelle Harpagon demande « Pourrais-je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi ? »[8].

Symbolisant l'union tant attendue du théâtre classique de Molière avec un cinéma comique français populaire, L'Avare y est aussi pour beaucoup dans la décision de remettre à Louis de Funès un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière lors de la 5e cérémonie des César, le [9],. Un extrait du film est projeté après que l'acteur ait reçu sa récompense des mains de Jerry Lewis, un mois avant sa sortie en salles[9],[11],[12].

Pour sa sortie en salles, à l'instar de L'Aile ou la Cuisse et La Zizanie, L'Avare bénéficie d'une promotion d'envergure[1] avec un budget publicitaire de 800 000 francs, qui permet notamment une campagne d'affichage massive dans toute la France urbaine[13]. Trois jours avant la sortie du film, Louis de Funès est invité dans l'émission de l'après-midi de Michel Drucker sur TF1[1], où est diffusé la bande-annonce du film puis l'extrait déjà diffusé en décembre[4], également diffusé dans le journal de 20 heures d'Antenne 2 le même jour[14]. Depuis L'Aile ou la Cuisse, l'acteur accepte de participer à la promotion de ses films, donnant de nombreuses interviews, au cours du tournage puis lors de la sortie du film[13]. Avec Michel Drucker, il revient sur la création du film, ses inspirations, ses partenaires de jeu et sur l'important traitement médiatique de son film[4]. En effet, la sortie du film est l’événement culturel majeur du moment, « l’événement cinématographique 1980 » selon la bande-annonce, massivement couvert par la presse[15]. Dans Les Nouvelles littéraires, Le Quotidien de Paris ou encore France-Soir, les articles sur le film s'étalent sur de pleines pages[15], tandis que Louis de Funès est en une de L'Express en Harpagon et aux côtés du buste de Molière[4]. Dans ce dernier journal, l'éditorial de Jean-François Revel, futur académicien, est consacré au film et titre « un classique sans viol »[4]. Depuis l'annonce du projet, la presse commente l'intrusion de l'acteur populaire et commercial qu'est Louis de Funès dans le domaine de la culture savante que représente Molière, mais aussi l'ampleur des moyens publicitaires et la sortie simultanée du film sur 210 écrans[15].

Le producteur Christian Fechner n'a toutefois pas organisé de projections pour la presse avant la sortie du film, comme c'était le cas pour L'Aile ou la Cuisse, sauf pour quelques journalistes proches de Louis de Funès[13]. Une avant-première mondiale a lieu le 29 février, au cinéma Le Colisée du Havre, où l'acteur principal ne se rend pas[13]. Une autre avant-première, offerte par France-Soir à ses lecteurs, est organisée le 4 mars, dans les deux salles, pleines, du Marignan-Concorde, sur les Champs-Élysées : Louis de Funès assiste aux séances, inquiet du résultat, sans se montrer au public, et constate avec joie que les spectateurs rient bien mais sont aussi silencieux et attentifs pendant les scènes « sérieuses »[15].

Un accueil critique partagé

Accueil public et fréquentation des salles

Pays Box-office Nbre de sem. Source
Box-office Paris 407 014 entrées 5 sem. [1]
Box-office National 2 433 452 entrées 5 sem. [2]
Box-office des premières semaines d'exploitation du film, semaine par semaine, à Paris et en banlieue
Source : « Box-office hebdomadaire Paris 1980 » sur Box-Office Story
Semaine Rang Entrées Cumul Salles no 1 du box-office hebdo.
1 au [16],[17] 1er 137 813 137 813 entrées 42 L'Avare
2 au [18],[17] 1er 120 218 258 031 entrées 41 L'Avare
3 au [19] 3e 76 001 334 032 entrées 41 Star Trek, le film (1re sem., 37 salles, 99 348 entrées)
4 au [20] 6e 42 697 376 729 entrées 33 Le Guignolo (1re sem., 40 salles, 274 697 entrées})
5 au [21] 6e 30 285 407 014 entrées 22 Le Guignolo (2e sem., 41 salles, 171 753 entrées)
6 au [22] 14e 17 497 424 511 entrées NC Le Guignolo (3e sem., 41 salles, 101 495 entrées)
7 au [23] 20e 11 897 436 408 entrées NC Le Guignolo (4e sem., 41 salles, 68 979 entrées)

Autour du film

  • Louis de Funès a tenu à ce qu'aucune réplique du texte de Molière ne soit coupée. Ce fut pourtant le cas car quelques répliques lors de la scène où Cléante et La Flèche lisent le mémoire ne figurent pas dans le film. Le film reste très fidèle à l'œuvre originale, mis à part quelques détails ajoutés par de Funès (comme l'imitation de Donald Duck au tribunal ou encore la fuite d'Harpagon devant la femme qui demande de l'argent à la messe). Selon Michel Galabru, de Funès aurait été fortement inspiré par certaines attitudes de sa mère pour interpréter le rôle d'Harpagon[24].
  • Dans l'épisode Les hormones de la série d'animation Il était une fois... la Vie, le « conservateur » de la glande thyroïde, réserve d'iode du corps, a les traits de Louis de Funès dans L'Avare et est très proche de son iode[25]. Le personnage est doublé par Roger Carel et reprend le monologue d'Harpagon. La réplique « Que la peste soit de l'avarice et des avaricieux ! » est reprise.

Notes et références

Notes

Références

  1. a, b et c Renaud Soyer, « L'Avare », Box office Louis de Funès, sur Box Office Story, .
  2. a et b « L'Avare » sur le site du CNC
  3. a, b, c, d, e et f « Louis de Funès à propos de son film L'Avare » [vidéo], sur ina.fr, Les Rendez-vous du dimanche, Télévision Française 1, .
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Dicale 2009, p. 490.
  5. a, b, c, d et e Dicale 2009, p. 491.
  6. « Extrait de L'Avare » [vidéo], sur ina.fr, Journal de 20 heures de TF1, .
  7. [vidéo] Louis de Funès L'avare, Archive INA sur YouTube.
  8. a et b [vidéo] Louis de Funès, César d'Honneur 1980 sur Vimeo.
  9. Loubier 2014, p. 439.
  10. Dicale 2009, p. 497.
  11. a, b, c et d Dicale 2009, p. 492.
  12. « Cinéma : L'Avare avec Louis De Funès et Michel Galabru » [vidéo], sur ina.fr
  13. a, b, c et d Dicale 2009, p. 493.
  14. Renaud Soyer, « Box-office Paris du 5 mars 1980 au 11 mars 1980 », Box-office Paris hebdomadaire 1980, sur Box Office Story, .
  15. a et b « L'Avare », sur JP's Box-office (consulté le 12 février 2018).
  16. Renaud Soyer, « Box-office Paris du 12 mars 1980 au 18 mars 1980 », Box-office Paris hebdomadaire 1980, sur Box Office Story, .
  17. Renaud Soyer, « Box-office Paris du 19 mars 1980 au 25 mars 1980 », Box-office Paris hebdomadaire 1980, sur Box Office Story, .
  18. Renaud Soyer, « Box-office Paris du 26 mars au 1er avril 1980 », Box-office Paris hebdomadaire 1980, sur Box Office Story, .
  19. Renaud Soyer, « Box-office Paris du 2 avril au 8 avril 1980 », Box-office Paris hebdomadaire 1980, sur Box Office Story, .
  20. Renaud Soyer, « Box-office Paris du 9 avril au 15 avril 1980 », Box-office Paris hebdomadaire 1980, sur Box Office Story, .
  21. Renaud Soyer, « Box-office Paris du 16 avril au 22 avril 1980 », Box-office Paris hebdomadaire 1980, sur Box Office Story, .
  22. "Histoire de tournages", bonus du DVD du film.
  23. [vidéo] Il était une fois... La Vie - Louis de Funès sur YouTube

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Olivier de Funès et Patrick de Funès, Louis de Funès : Ne parlez pas trop de moi, les enfants !, Paris, Le Cherche midi, coll. « Documents », , 304 p. (ISBN 2-7491-0372-X). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes