Khazars

Empire Khazar

VIe siècle – XIe siècle

Description de cette image, également commentée ci-après
Extension de l'empire des Khazars de 650 à son apogée en 850. Correspond aujourd'hui à une partie de l'ouest de la Drapeau de la Russie Russie, de l'est de l'Drapeau de l'Ukraine Ukraine, de l'ouest du Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan, du nord-ouest de l'Drapeau de l'Ouzbékistan Ouzbékistan, de l'est de la Drapeau de la Turquie Turquie, de la Drapeau de la Géorgie Géorgie, de l'Drapeau de l'Arménie Arménie et de l'Drapeau de l'Azerbaïdjan Azerbaïdjan[1].
Informations générales
Statut Khaganat
Capitale Balanjar, puis Itil
Religion Tengrisme, puis judaïsme
Monnaie Yarmaq (en)
Superficie
Superficie 850[2] 3 000 000 km2
Histoire et événements
VIe siècle Établissement des Khazars sur les bords de la mer Caspienne
VIIe siècle Fondation d'un État khazar
IXe siècle Extension maximale
965 Prise de Sarkel par Sviatoslav
XIe siècle Fin du dernier État kazhar

Entités précédentes :

Les Khazars (Hazarlar en turc, כוזרים en hébreu, хазары en russe, Xäzärlär en tatar, Hazarlar en tatar de Crimée, Χάζαροι en grec, خزر en arabe, خزر en persan, Cosri en latin) sont un peuple semi-nomade turc d’Asie centrale ; leur existence est attestée entre le VIe et le XIIIe siècle apr. J.-C.

Au VIIe siècle les Khazars s'établissent en Ciscaucasie aux abords de la mer Caspienne où ils fondent leur Khaganat ; une partie d'entre eux se convertit alors au judaïsme, alors établie comme religion d'État. À leur apogée, les Khazars, ainsi que leurs vassaux, contrôlent un vaste territoire qui pourrait correspondre à ce que sont aujourd'hui le sud de la Russie, le Kazakhstan occidental, l'Ukraine orientale, la Crimée, l'est des Carpates, ainsi que plusieurs autres régions de Transcaucasie telles l'Azerbaïdjan et la Géorgie.

Les Khazars remportent plusieurs séries de succès militaires sur les Sassanides, dynastie zoroastrienne. Ils luttent aussi victorieusement contre le Califat, établi en deçà de la Ciscaucasie, empêchant ainsi toute invasion arabo-islamique du sud de la Russie. Ils s'allient à l'Empire byzantin contre les Sassanides et la Rus' de Kiev. Le Khaganat devenant une des principales puissances régionales, les Byzantins rompent leur alliance et se rallient aux Rus' et Petchenègues contre les Khazars. Vers la fin du Xe siècle, l'Empire khazar s'éteint progressivement et devient l'un des sujets de la Rus' de Kiev. S'ensuivent des déplacements de populations rythmées par les invasions successives des Rus', des Coumans et probablement de la Horde d'or mongole. Les Khazars disparaissent alors de l'histoire, n'étant plus mentionnés dans aucun récit historique.

Étymologie

L'étymologie du terme Khazar est obscure et controversée. Selon l'Encyclopedia Judaica[3], ce nom pourrait venir du turc qazmak qui signifierait errer ou nomadiser[4] ou du mot quz qui signifie versant nord d'une montagne.

Origines et expansion

Le site de la forteresse khazare de Sarkel, découvert et fouillé par Mikhaïl Artamonov dans les années 1930

Les origines des Khazars font l'objet de plusieurs théories.

Certains historiens comme Gérard Nahon voient les Khazars comme un peuple apparenté aux Turcs[5] ayant migré vers l'ouest. Leur nom même signifie « errant » en langue turque. Les universitaires soviétiques considèrent les Khazars comme un peuple indigène de Ciscaucasie. Des liens avec les Ouïghours, peuple turcophone du Xinjiang (Chine), ont été soulevés par Douglas M. Dunlop, s'appuyant sur des textes datant du VIIe siècle, tandis que d'autres soulignent des ressemblances avec la langue hunnique , semblable à celle des proto-Bulgares, ce qui laisse supposer des liens avec des origines liées aux Huns. Il a récemment été supposé par Dmitri Vasiliev que les Khazars n'auraient rejoint les steppes pontiques qu'au début du VIe siècle, et auraient résidé auparavant en Transoxiane.

Enfin, une autre thèse, celle de la caste royale des Khazars, autoproclamée descendante de Kozar , un des fils de Togarma, petit-fils de Japhet selon la Table des nations des premiers chapitres du Livre de la Genèse, est probablement due à sa conversion au judaïsme. Elle donna cependant naissance à de nombreuses spéculations ; selon l'une d'elles, consignée dans l'un des manuscrits de la Gueniza du Caire étudiés par Solomon Schechter, les Khazars descendraient pour une partie au moins des tribus perdues d'Israël. Quelques historiens, dont Yair Davidiy[6], souscrivent à cette thèse « conciliante » suggérant que les juifs ashkénazes d'Europe du Nord, pour certains héritiers des Khazars, sont des convertis au judaïsme.

Tribus khazares

L'organisation tribale des Khazars semble complexe. Ils auraient été divisés entre « Khazars blancs » et « Khazars noirs ». Le géographe médiéval persan Istakhri avait établi une différence raciale entre ces deux castes (« les Khazars ne ressemblent pas aux Turcs. Ils ont les cheveux noirs et sont de deux sortes : les Noirs (Kara-Khazars) qui ont le teint basané ou très sombre comme certains Indiens, et les Blancs (Ak-Khazars), qui sont d'une beauté frappante. »)[7], mais rien ne semble corroborer cette thèse, peut-être extrapolée des termes "noirs" et "blancs" qui renvoient en réalité à une symbolique spatiale (noir pour le nord, blanc pour le sud - voir plus tard les Kara Koyunlu et Ag Koyunlu).

Apogée

Formation de l'État khazar

L'histoire des Khazars est liée à l'empire des Göktürks (ou Köktürks), formé après la défaite des Ruanruan par Bumin, du clan Ashina, en 552.

Lorsque l'empire Göktürk s'effondre à la suite de conflits internes au milieu du VIe siècle, il se partage en proto-Bulgares et Khazars menés par le clan Ashina.

Vers 650, les Khazars fondent un royaume indépendant au nord du Caucase aux abords de la Volga, notamment au détriment des proto-Bulgares, qu'ils chassent vers le nord-ouest. Cet « État » mal connu est indifféremment appelé « Empire khazar », « Royaume khazar », ou encore « Khazarie ».

Signe de l'importance qu'acquiert le royaume, en 626, le Khagan (dirigeant) khazar Ziebil, offre 40 000 hommes à l'empereur Byzantin, Héraclius, pour l'aider dans sa lutte désespérée contre les Sassanides[8]. Pour séduire le khagan, Héraclius lui offre sa fille Epiphania en mariage en signe de reconnaissance.

Carte de la steppe pontique aux environs de l'an 650

L’expansion des Khazars au cours du VIIe siècle et du VIIIe siècle se heurte ensuite aux conquêtes des Omeyyades du Califat arabe sur le Caucase et la Transoxiane. En 650, l'armée arabe d'Abd ar-Rahman ibn Rabiah est battue par les Khazars à Balanjar. Selon les historiens arabes de l'époque, chaque camp aurait fait usage de catapultes. Le Khagan de l'époque aurait été Irbis. D'autres attaques ont lieu au même endroit avec les arabes.

Khazars et Byzance

Au VIIe siècle, les Khazars s'emparent de la Crimée, territoire byzantin, mais occupé par les Goths.

La domination khazare sur les différentes populations slaves ou turques des rives de la mer Caspienne connut sa plus grande expansion au IXe siècle, sa fortune étant liée à son importance stratégique sur le commerce de la route de la soie. Initialement dans le Caucase, leur capitale fut transférée vers 750 à Itil ou Atil, à l'embouchure de la Volga.

Religion

Les Khazars sont notamment connus pour la conversion de la dynastie régnante et de la caste noble au judaïsme[9]. Ils étaient originellement de religion tengriste, mais font l'objet d'un prosélytisme chrétien, plus de l'Arménie et de l'Albanie que de Byzance, ainsi que d'une pression musulmane, avec des conversions de la population lors des invasions omeyyades. Le bouddhisme exerce également une certaine influence[10].

Elle se serait faite en deux phases, la première autour de 735[11]. Les premiers contacts avec le judaïsme auraient eu lieu avec des marchands juifs venus de Byzance[9], ou par le biais des populations de Crimée. Elle est généralement expliquée par un choix stratégique des élites khazares, leur permettant d'échapper à l'influence islamique et à l'influence chrétienne de leurs puissants voisins arabes et byzantins[9].

En adoptant le judaïsme, les Khazars restèrent très tolérants sur le plan religieux, et laissèrent leurs sujets slaves professer le christianisme ou l’islam en toute liberté. Bien que la religion officielle fût le judaïsme, leur grand prince (khâgan) et leur roi tenaient un conseil qui réunissait les représentants des trois grandes religions monothéistes[réf. souhaitée].

La « correspondance khazare » échangée dans les années 950 et 960 entre Ibn Shaprut, ministre juif du calife de Cordoue et Joseph, roi des Khazars, qui mentionne cette conversion, est maintenant généralement considérée comme authentique[5],[12].

Toutefois, dans le cadre de la controverse sur l'origine khazare des Ashkénazes mentionnée plus bas, la réalité de cette conversion a été contestée, notamment en 2013 par le professeur Shaul Stampfer  de l'université hébraïque de Jérusalem : « la conversion des Khazars est un mythe sans base factuelle »[13],[14].

Stratégie

Les Byzantins ménagèrent l'Empire khazar qui les protégeait des envahisseurs vikings et arabes, si bien que leur empereur Constantin V épousa une princesse khazare, dont le fils Léon IV fut surnommé Léon le Khazar.

Leurs armées furent renforcées au cours des VIIIe siècle et IXe siècle par des nomades de la steppe, en particulier des Pétchenègues. Ceux-ci devinrent plus puissants que les Khazars, qui ne purent les empêcher de franchir la Volga et de s'installer en 889 entre le Don et le Dniepr ; puis, en 895 de conquérir le royaume magyar de l'Etelköz.

De manière générale, les Khazars protégèrent Byzance et leurs populations sujettes contre les expéditions de pillage des Varègues, lancées le long des grands fleuves, et contre les expéditions arabes qui tentaient de contourner la mer Caspienne.[réf. souhaitée]

Les Khazars fondèrent peut-être la ville de Kiev, en Ukraine d'aujourd'hui, et sont indirectement à l'origine de la fondation de la Moscovie, la Russie actuelle, qui s'est construite à partir de la Rus' de Kiev à la suite de l'invasion de la Khazarie par les barbares ruthènes (rusyns) venus du nord.[réf. souhaitée]

Fin de l’Empire khazar

Les Russ, pillards d'églises, finirent par se convertir au christianisme. Dès lors, soutenus par l'Église orthodoxe, ils obtinrent la soumission des indigènes slaves, leurs anciennes victimes, qui prirent le nom de Russes et se retournèrent contre leurs anciens protecteurs Khazars.

En 965, le prince russe Sviatoslav Ier prit la forteresse de Sarkel : dans les années qui suivirent, la Russie naissante porta un coup fatal à l’empire des Khazars. Un État indépendant subsista encore durant quelques décennies jusqu'au début du XIe siècle. Certains Khazars rejoignirent alors les communautés juives byzantines, d'autres la Hongrie.

Finalement, la fin de l’Empire khazar s'avéra un mauvais choix politique pour les Russes : les Khazars, en effet, les avaient protégés contre les Petchenègues qui nomadisaient au sud de la Russie.

Les Khazars surent bâtir une civilisation évoluée sur les plans technique et politique. Notamment, ils frappaient monnaie et possédaient la technologie du papier, héritée de leurs voisins chinois. Leur particularisme religieux et la méconnaissance de leur histoire leur ont valu d’être au centre d'un ensemble de légendes à caractère ésotérique et de conceptions erronées sur leur civilisation.

Des centaines d’années après son effondrement, nombre de récits et hypothèses continuent à alimenter l’épopée de ce peuple. Néanmoins, un empire florissant qui vécut du VIIe au Xe siècle ne peut disparaître totalement sans laisser de traces. À l’heure actuelle, outre son apport à la culture ashkénaze, la majorité des traces de cet empire restent liées à l’histoire et à la culture russe et hongroise, grâce notamment à l'influence des Kabars, nom de trois tribus khazares s'étant allié aux Magyars au IXe siècle pour conquérir et fonder ce qui allait devenir le royaume de Hongrie. Dernier vestige significatif de l’existence de la civilisation khazare, la mer Caspienne est toujours surnommée la "mer des Khazars".

Problématique Khazars-Ashkénazes

La thèse de l'origine khazare des Ashkénazes

À la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle, l'élite khazare, et peut-être une partie de la population, se serait convertie au judaïsme. L'étendue, voire la réalité, de cette conversion reste débattue par les historiens, entre ceux qui estiment qu'elle n'a touché que la cour royale et la noblesse, et ceux qui pensent que des segments importants de la population se sont aussi convertis[15], et plus récemment ceux qui contestent toute réalité à ces conversions (voir plus bas).

Il a été proposé par différents auteurs depuis le XIXe siècle que les Juifs d'Europe de l'Est descendraient entièrement ou partiellement de Khazars ayant migré vers l'ouest entre le Xe siècle et le XIIe siècle, lors de l'effondrement de l'Empire khazar. En 1883, Ernest Renan écrivait dans Le Judaïsme comme race et religion :

« Les conversions massives à l'époque grecque et romaine enlèvent au judaïsme toute signification ethnologique, et coupent tout lien physique (mais non pas spirituel) avec la Palestine […] La plupart des Juifs de Gaule ou d'Italie, sont le produit de ces conversions. Quant aux Juifs du bassin du Danube, ou du Sud de la Russie, ils descendent sans doute des Khazars. Ces régions contiennent de nombreuses populations juives qui probablement n'ont rien à voir, du point de vue ethnologique, avec les Juifs d'origine[16]. »

Controverse historique

Dans l'introduction de son ouvrage L'Étrange Défaite écrit en 1940, l'historien français Marc Bloch avait déjà affirmé que les Juifs avaient des origines « méditerranéennes, turco-khazars et slaves »[17]. En 1954, le chercheur britannique Douglas Morton Dunlop publia une Histoire des Juifs khazars qui développait l'idée d'une connexion khazare, mais qu'il présentait, faute de preuves directes, comme une simple hypothèse[18]. C'est le livre d'Arthur Koestler, La Treizième Tribu, en 1976, qui a popularisé auprès du grand public l'idée selon laquelle les Ashkénazes descendraient des Khazars.

La thèse de l'origine khazare des Juifs ashkénazes a été repoussée par certains historiens dès la sortie du livre de Koestler, certains affirmant en particulier que cette thèse ne reposerait sur aucune donnée scientifique ou historiographique[19] et que Koestler aurait commis de nombreuses erreurs, se trompant sur les étymologies ou dans l'interprétation des sources[20]. Selon Bernard Lewis[21] :

« Cette théorie […] ne repose sur aucune preuve quelle qu'elle soit. Elle a été abandonnée depuis longtemps par tous les chercheurs sérieux dans ce domaine, y compris ceux des pays arabes, où la théorie khazar est peu utilisée en dehors de polémiques politiques occasionnelles. »

Bien qu'ayant servi à alimenter le discours antisioniste, en visant l'idéologie sioniste politique dans ses bases, le postulat n'est à l'origine pas orienté idéologiquement et a d'ailleurs été présenté dans des publications sionistes telle l’Encyclopédie Mikhlal, un ouvrage scolaire représentatif du courant sioniste en Israël qui note dans son article consacré aux Khazars[22] :

« [La question de savoir si] la conversion au judaïsme a affecté une grande partie de la nation Khazar n’est pas pertinente ; ce qui est important, c’est [le fait] que cet événement ait été considéré comme un phénomène hautement significatif dans l’histoire juive, un phénomène qui a, depuis, totalement disparu : le judaïsme comme religion missionnaire… La question de l’impact à long terme de ce chapitre de l’histoire juive sur les communautés juives d’Europe de l’Est – que ce soit à travers le développement de leur caractère ethnique, ou d’une autre manière – est un sujet qui nécessite de plus amples recherches. Néanmoins, bien que nous ne connaissions pas l’étendue de cette influence, ce qui est clair pour nous aujourd’hui, c’est que cette conversion a eu un impact. »

La théorie a connu un regain d'intérêt avec la publication du livre Comment le peuple juif fut inventé de l'historien israélien Shlomo Sand qui reprend les idées de Koestler pour étayer sa thèse selon laquelle la diaspora juive serait le fruit de conversions successives[23]. Un autre historien français, Marc Ferro, reprend l'idée d'une origine khazare et la présente comme l'un des « tabous de l'histoire »[24]. Il explique que bien des Juifs « croient ferme, comme les Juifs d'Europe centrale, qu'ils sont tous originaires de Palestine : ceux-ci ont oublié qu'une grande partie d'entre eux sont des convertis de l'époque du royaume khazar[25]. L'écrivain Marek Halter a popularisé cette thèse dans un roman, Le Vent des Khazars[26]. »

A contrario, l'hypothèse khazare reste réfutée en des termes assez vifs par d'autres historiens[27] ; d'autres considèrent qu'elle ne concerne qu'une faible partie des communautés juives d'Europe orientale, en Hongrie, en Ukraine, en Crimée et en Pologne, particulièrement parmi les Karaïtes[28], ou signalent qu'elle n'est adoptée que par certains savants[29].

En 2011, l'historien Moshe Gil, spécialiste des interactions entre juifs et musulmans, publie une étude détaillée de l'ensemble des sources primaires arabes évoquant une conversion des Khazars au judaïsme[30] ; toutes les traditions sur le sujet découlent de ces sources, les premières et principales à parler des Khazars : aussi ce corpus séminal revêt-il une importance particulière. Selon Moshe Gil, il n'est pas possible de fonder sur ces sources la conversion des Khazars au judaïsme. « Cela n'a jamais eu lieu », conclut-il.

Cette conclusion a été aussitôt réfutée par le byzantiniste français Constantin Zuckerman , qui a souligné que Moshe Gil avait inexplicablement négligé le témoignage d'Ibn al-Faqih al-Hamadani et minoré sans raison celui d'Al-Mas'ûdî, mais surtout qu'il avait tout simplement écarté tous les témoignages non-arabes indépendants sur la conversion des Khazars : Gil a donc beau jeu de déclarer que toutes les traditions découlent des sources qu'il étudie, puisqu'il ignore les autres. La réalité historique de la conversion ne fait donc pas de doute pour Zuckerman, qui renvoie dos à dos Shlomo Sand et Moshe Gil, dont les manquements méthodologiques lui paraissent équivalents[31].

En janvier 2013 paraît une étude menée publiée par le généticien Eran Elhaik, professeur à l’École de Santé publique Johns Hopkins de Baltimore, aux États-Unis dans la revue britannique Genome Biology and Evolution, qui va dans le sens de l'« hypothèse khazare »[32],[33],[34].

En juin 2014, le professeur Shaul Stampfer  de l'université hébraïque de Jérusalem publie un article de 72 pages[35] dans lequel il soutient que la conversion massive des Khazars au judaïsme serait « une légende sans base factuelle »[36] ; il souligne notamment l'absence de preuves archéologiques[37]. Selon Stampfer, « une telle conversion, même si c'est une histoire merveilleuse, n'a jamais existé. » Après avoir analysé des éléments de plusieurs domaines, notamment les sources que Constantin Zuckerman reprochait à Moshe Gil d'avoir négligées, il a estimé qu'il n'existerait aucune source fiable soutenant l'hypothèse que les Khazars se seraient convertis au judaïsme[38].

Sources et bibliographie

Recherches historiques

  • Isaac Acqris, Kol Mevasser, Constantinople 1577, manuscrit à Oxford.
  • (he) Abraham N. Poliak, La Conversion des Khazars au judaïsme, 1941.
  • (he) Abraham N. Poliak, Kazarie : histoire d'un royaume juif en Europe, Tel Aviv, 1951.
  • D.M. Dunlop, The history of the Jewish Khazars, Princeton, 1954. (cité par Koestler1976)
  • Arthur Koestler, La Treizième Tribu, Paris, Calmann-Lévy, 1976[39].
  • Encyclopædia Universalis, Dictionnaire du judaïsme, p. 447, Paris, Albin Michel, 1998.
  • Jacques Sapir, Jacques Piatigorsky (dir), L’Empire khazar. VIIe-XIe siècle, l'énigme d'un peuple cavalier, Paris, Autrement, coll. Mémoires, 2005 ( (ISBN 2-7467-0633-4))
  • Kevin Alan Brook, The Jews of Khazaria, 2e édition, Lanham, MD: Rowman and Littlefield, 2006.
  • Marc Ferro, Les Tabous de l'Histoire, Nil, Paris, 2002 (chapitre: Les Juifs: tous des sémites ?)
  • Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008
  • Moshe Gil, « Did the Khazars Convert to Judaism? », Revue des Etudes Juives, vol. 170, no. 3-4, juillet-décembre 2011, p. 429-441
  • Constantin Zuckerman, « On the Kievan Letter from the Genizah of Cairo », Ruthenica 10 (2011), p. 7–56
  • Shaul Stampfer, « Did the Khazars Convert to Judaism? », Jewish Social Studies 19/3, 2013, p. 1-72
  • Sous la direction de Geoffrey Wigoder, Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf, (ISBN 2-20404541-1)
  • Sous la direction d'Élie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette, (ISBN 2-010163346)
  • Iaroslav Lebedynsky, Les Nomades. Les peuples nomades de la steppe des origines aux invasions mongoles, Editions Errance, Paris, 2003 (2e édition, 2007).

Ouvrages d’évocation

  • Juda Halevi (1080-1140), Sefer Ha Kuzari (Le Livre du Khazar : Dialogue entre un roi Khazar et un sage juif), Cordoue, 1140.
  • Marek Halter, Le Vent des Khazars (roman historique), Éd. Robert Laffont, 2001.
  • Milorad Pavić, Hazarski recnik. Roman-leksikon u 100.000 reci (Le dictionnaire khazar, un roman-lexique en 100 000 mots), Éd. Mémoire du Livre, traduit du serbo-croate par Maria Bezanovska, 2002 (première parution en 1984). Roman-lexique à la particularité d'avoir été publié en version masculine et féminine (avec une petite différence entre les deux), puis réédité en version androgyne.Traduit en français par Maria Bejanovska, sous le titre Le dictionnaire khazar - Roman-lexique de 100 000 mots, Le nouvel Attila, octobre 2015 (ISBN 9782371000148)
  • Bernard Hislaire, Le Ciel au-dessus de Bruxelles (bande dessinée), Éd. Futuropolis, 2007, deux tomes.

Articles connexes

  • Villes khazars (selon la version anglophone de Wikipedia) :
    • Ati, Balanjar,* Chersonesu, Feodosi, Golden Hills (Russia,
    • Kazarki, Kerch, Khamlij, Khazaran, Khumar,
    • Samandar (city), Sambalut, Samiran, Samosdelka, Saqsin, Sarkel, Sudak,
    • Tanais, Tarki, Tmutarakan, Yevpatoria.

Liens et références externes

Notes et références

  1. Julia Phillips Berger & Sue Parker Gerson, Teaching Jewish History, A.R.E. Publishing Inc., 2005
  2. (en) Jonathan M. Adams, Thomas D. Hall and Peter Turchin, « East-West Orientation of Historical Empires », University of Connecticut, vol. 12 (no. 2),‎ , p. 219–229 (lire en ligne [PDF])
  3. (en) « Khazars », sur Jewish Encyclopedia
  4. Cette origine est aussi celle donnée par S. Szysman. Voir Les Khazars, problèmes et controverses, Revue de l'Histoire des religions, volume 152, issue 152-2, année 1957.
  5. a et b Gérard Nahon, « Khazars », sur Encyclopédie Universalis
  6. Site de Yair Davidiy
  7. Arthur Koestler, La Treizième Tribu, Paris, Calmann-Lévy, 1976, pp. 21-22.
  8. Lebedynsky 2003, p. 185
  9. a, b et c Gérard Nahon, « Khazars », sur Encyclopédie Universalis
  10. (en) Peter B. Golden, « The Conversion of the Khazars to Judaism », dans Peter B. Golden, Haggai Ben-Shammai,, András Róna-Tas, The World of the Khazars: New Perspectives, vol. 17, BRILL, coll. « Handbook of Oriental Studies »,‎ , p. 123-161 (ISBN 978-90-04-16042-2, lire en ligne)
  11. (en) Mark Whittow, The Making of Byzantium, 600-1025, University of California Press, (ISBN 9780520204973, lire en ligne), p. 227
  12. Gérard Nahon, Dictionnaire du Judaïsme, article Khazars, Universalis, (lire en ligne)
  13. (en) Ofer Aderet, « Jews Are Not Descended From Khazars, Hebrew University Historian Says », sur Haaretz,
  14. (en) Shaul Stampfer, « Did the Khazars convert to Judaism », Jewish Social Studies « Volume 19, Number 3 »,‎ printemps/été 2013 (lire en ligne)
  15. [1]
  16. Cité par Gilles Lambert dans Arthur Koestler, La treizième tribu, Texto, 2008, p. 12
  17. Voir l'introduction de son livre Une étrange défaite.
  18. [Klier, John D. (2005) The Slavonic and East European Review 83:4, p. 779-781. — Review of Victor Shnirelman, The Myth of the Khazars and Intellectual Antisemitism in Russia, 1970s-1990s (Jerusalem: Vidal Sassoon International Center for the Study of Antisemitism and the Hebrew University of Jerusalem, 2002)]
  19. [Abramsky, Chimen. "The Khazar Myth." Jewish Chronicle (April 9, 1976): 19; Maccoby, Hyam. "Koestler's Racism." Midstream 23 (March 1977)]
  20. [2]
  21. Bernard Lewis, Semites and Anti-Semites, W.W. Norton and Company, (ISBN 0-393-31839-7), p. 48
  22. I. Bartal, [3] L’invention d’une invention: À propos de "Quand et comment le peuple juif fut inventé, www.haaretz.com, 6 juillet 2008
  23. Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Librairie Arthème Fayard, 2008, (ISBN 9782213637785)
  24. Marc Ferro, Les Tabous de l'histoire, Pocket, (ISBN 2266133446).
  25. Marc Ferro, Les oubliés de l'Histoire, dans la revue Persée : [4]
  26. Marek Halter, Le Vent des Khazars (ISBN 2-266-12225-8), Robert Laffont, 2001
  27. Sous la direction de Geoffrey Wigoder 1993, p. 624 : « théorie sans fondement »
    Sous la direction d'Élie Barnavi 1992, p. 118, « traditions légendaires »
  28. « Khazars », sur Jewish Virtual Library
  29. « Khazar », sur Encyclopedia Britannica
  30. Moshe Gil, « Did the Khazars Convert to Judaism? », Revue des Etudes Juives, vol. 170, no. 3-4, juillet-décembre 2011, p. 429-441. Résumé en ligne.
  31. Constantin Zuckerman, « On the Kievan Letter from the Genizah of Cairo », Ruthenica 10 (2011), p. 18 : « Though published in a leading journal in the field of Jewish history, Zion, Gil’s piece, by its disdain for sources and modern scholarship (which the author chooses deliberately to ignore), stands on equal grounds with Sand’s. »
  32. « Les Juifs d'Europe sont-ils originaires de Palestine ? », sur geopolis.francetvinfo.fr, 17 janvier 2013.
  33. « Et si les juifs ashkénazes descendaient des Turcs… », sur le site www.leparisien.fr, 24 janvier 2013.
  34. (en) D. Venton, « Highlight: Out of Khazaria--Evidence for "Jewish Genome" Lacking », Genome Biology and Evolution, vol. 5, no 1,‎ , p. 75–76 (DOI 10.1093/gbe/evs129, lire en ligne)
  35. (en)Shaul Stampfer, « Did the Khazars convert to Judaism », 19, sur JSTOR, Jewish Social Studies: History, Culture, Society, printemps / été 2013.
  36. Shaul Stampfer, art. cit., p. 38.
  37. (en)« Did the Khazars convert to Judaism? New research says 'no' », sur www.sciencedaily.com,
  38. (en)Jewish World Features - Jews are not descended from Khazars, Hebrew University historian says, sur www.haaretz.com, 26 juin 2014 et Shaul Stampfer, art. cit., p. 38.
  39. Version numérisée (en anglais)