Khalifa Haftar

Khalifa Haftar
(ar)خليفة بلقاسم حفتر
Khalifa Haftar
Le général Khalifa Haftar en 2011.

Naissance (75 ans)[1],[2]
Ajdabiya, Libye
Origine Libyen
Allégeance Flag of Libya (1977–2011).svg Jamahiriya arabe libyenne
(jusqu'en 1987)
Drapeau de la Libye Conseil national de transition
(2011)
Drapeau de la Libye Chambre des représentants
(depuis 2014)
Grade Lieutenant-général
Maréchal
(selon le Parlement de Tobrouk)
Commandement Commandant en chef de l'ANL (2015)
Conflits Guerre du Kippour
Conflit tchado-libyen
Première guerre civile libyenne
Deuxième guerre civile libyenne
Faits d'armes Bataille du golfe de Syrte
3e bataille de Brega
Bataille de Benghazi

Le maréchal Khalifa Belqasim Haftar (en arabe : خليفة بلقاسم حفتر, Ḫalīfa Bilqāsim Ḥaftar), né le à Ajdabiya est un officier général libyen, commandant en chef de l'Armée nationale libyenne depuis 2015.

Carrière

Formation et premiers engagements

Khalifa Haftar est issu de la tribu des Ferjany, dont le fief est la ville de Syrte, ville natale du Mouammar Kadhafi[3].

En 1963, Khalifa Haftar entre à l'académie militaire royale de Benghazi, où il fait la connaissance du colonel Kadhafi. Adhérant au Mouvement des officiers libres, il participe avec lui et d'autres camarades au coup d'État du 1er septembre 1969 contre le régime du roi Idris Ier. À ce titre, il neutralise la base aérienne américaine Wheelus, située non loin de Tripoli, qui est alors un pilier de la présence des États-Unis en Méditerranée. Elle sera finalement prise sans qu'un coup de feu ne soit tiré[4].

Il affirme a posteriori avoir cependant pris rapidement ses distances avec Mouammar Kadhafi, dont il juge le comportement trop autoritaire. En 1973, ce dernier l'envoie comme négociateur auprès du président Anouar el-Sadate pour préparer la participation libyenne à la guerre du Kippour, contre Israël. Lors de ce conflit, il commande une unité de chars qui franchit la ligne Bar-Lev, chaîne de fortifications construite par l'État hébreu le long du canal de Suez[4]. Il reçoit la médaille du Sinaï[5].

En 1978, puis en 1983, il est envoyé à Moscou pour suivre la formation de l'école de l'état-major soviétique[4],[6].

Sous Kadhafi

Chef de corps du corps expéditionnaire libyen de l'armée de Mouammar Kadhafi, il participe aux opérations visant à maintenir la présence illégale de la Libye sur la bande d'Aouzou, à la frontière tchado-libyenne. Le président tchadien autoproclamé, Hissène Habré, transfuge du gouvernement d'unité nationale de Goukouni Oueddei, et soutenu par la France et les États-Unis, dirige 11 200 hommes contre 21 400 aux Libyens et à leurs alliés lors de l'opération Manta puis de l'opération Épervier. Ces derniers sont battus le 13 avril 1987 au cours de la bataille de Ouadi Doum, et Khalifa Haftar est fait prisonnier à N'Djamena.

Rupture avec Kadhafi

Il demande finalement à rencontrer Hissane Habré et lui déclare qu'il est désormais opposé à Khadafi, ce qui lui permet d’être libéré avec la majorité des autres prisonniers. Soutenu par les États-Unis, il est dans les années 1980 le chef de la « Force Haftar » basée au Tchad. Constituée des quelque 2 000 Libyens capturés avec leur chef, ce groupe équipé par Washington était destiné à envahir la Libye pour renverser Kadhafi. Mais la Force Haftar dut être exfiltrée en urgence en 1990, à l'arrivée au pouvoir à N'Djamena d'Idriss Déby. Le nouvel homme fort tchadien était soumis à de fortes pressions de Kadhafi pour livrer le général renégat. Par ailleurs, la fin de la guerre froide rebat les cartes diplomatiques, la France souhaitant développer ses relations avec la Libye, rendant son renversement plus à l'ordre du jour[4].

Les États-Unis organisèrent un pont aérien, avec escales au Nigeria et au Zaïre pour ses hommes ; il s'exila aux États-Unis, atterrissant à Washington le 20 décembre 1990[7]. Les anciens soldats libyens bénéficient alors d'un programme destiné aux réfugiés (cours d'anglais, formation professionnelle et aide médicale) et sont répartis dans plusieurs États du pays. Khalifa Haftar s'installe à Vienna, près de Langley, le siège de la CIA[8]. Répondant à une interview en décembre 1991, il confirme que les anciens combattants libyens reçoivent un entraînement militaire régulier. En 1995, il publie un fascicule : Le changement en Libye, une vision politique du changement par la force[4].

Il s'active, se déplaçant à Genève, Madrid ou encore Sofia, pour préparer un nouveau coup d'État contre Kadhafi[9]. Celui-ci doit avoir lieu le 19 octobre 1993 mais finalement, une vague d'arrestations lancée une semaine avant l'opération compromet le projet. Certains des conjurés sont exécutés ; deux des frères de Khalifa Haftar sont condamnés à 15 et 20 ans de prison[4].

Première guerre civile libyenne

En 2011, il retourne en Libye pour soutenir l'insurrection. Le 24 mars, un porte parole de l'armée annonce qu'il a pris le commandement de l'armée rebelle. Il participe à la bataille du golfe de Syrte et à la troisième bataille de Brega. À Benghazi, il est l'un des chefs militaires du Conseil national de transition (CNT), avec le général Abdelfattah Younès (assassiné en 2011). Après la chute de Kadhafi, il est nommé le 18 novembre 2011 chef de l'état-major de l'armée, provoquant la colère des islamistes, qui le considèrent comme « l'homme des Américains ». Ce titre est cependant officieux[10]. Il se retire finalement dans sa maison de Benghazi[4].

De 2011 à 2013, il réside en Virginie, aux États-Unis[1].

Deuxième guerre civile libyenne

En 2014, l'État n'étant pas arrivé à unifier les nombreux groupes armés, qui refusent de se placer sous l'autorité de l'armée régulière, il crée sa propre force armée. Il reproche aux étrangers de venir s'enrichir en Libye puis repartir et critique l'inaction du gouvernement concernant l'insécurité. Initialement présenté comme un « général de pacotille » par les médias, il gagne en crédibilité en unifiant une partie de l'armée et des tribus contre les islamistes d'Al-Qaida. Dans sa conquête du pouvoir, il a le soutien des fédéralistes du Conseil de Cyrénaïque (dirigés par Ibrahim Jebran et basés à Tobrouk), des forces spéciales de la région orientales, d'unités de l'armée de l'air et de certaines milices[8],[4].

Il annonce le une initiative qui prévoit le gel du Congrès général (le Parlement), le gouvernement et la constitution provisoire. Il affirme qu'il ne s'agit pas d'un coup d'État et les autorités libyennes démettent les rumeurs sur un coup d'État dans le pays. Le 18 mai, la milice paramilitaire qu'il dirige attaque le Parlement. Il mène parallèlement une offensive contre des islamistes de Benghazi, qu'il qualifie de « terroristes »[11]. Le , il est nommé commandant en chef de l'Armée nationale libyenne[12]. Le pays est alors divisé entre l'Ouest, aux mains de la coalition islamiste Fajr Libya, et l'Est (dont Benghazi), dirigé par le général Haftar[13]. Cependant bon nombre de salafistes combattent dans les troupes du général Haftar[14].

En septembre 2016, il est promu maréchal par le Parlement de Tobrouk[15]. En 2017, Haftar annonce qu'il est prêt à collaborer avec la Russie et les États-Unis pour lutter contre le terrorisme[16]. Il bénéficie également de l'appui de l'Égypte et des Émirats arabes unis[3]. Le , il rencontre Fayez el-Sarraj à Abou Dhabi pour la première fois depuis sa nomination à la tête du Conseil présidentiel[17]. Les deux protagonistes annoncent la publication prochaine d'un communiqué sur un accord[18].

Le , une réunion interlibyenne sous l'égide du gouvernement français se tient au château de La Celle, en présence du président de la République, Emmanuel Macron, et du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian ; la réunion se conclut par la signature d'un accord entre Fayez el-Sarraj et le maréchal Haftar qui s'engagent à un cessez-le-feu en Libye[19]. Le , deux ans après la signature des accords de Skhirat, le maréchal Haftar affirme que le mandat du Conseil présidentiel, reconnu par la communauté internationale, mais qu'il n'a jamais reconnu, a pris fin[20].

Considéré comme l'homme fort de l'Est libyen, il retourne fin 2017 la situation politique à son avantage, ses forces contrôlant une grande partie du pays, au détriment du gouvernement d'entente nationale. Il se présente également comme un recours pour éventuellement diriger le pays dans les années à venir[5]. Il s'entoure alors d'un cercle restreint, composé de deux de ses fils, Saddam et Khaled, qui dirigent des brigades, alors que ses autres fils Okba H et Sadiq, eux le conseillent en matière économique et diplomatique[21]. Aoun al-Ferjani, est son bras droit militaire[21]. Par ailleurs, au sein du gouvernement de Tobrouk, Salim Mahmoud al-Ferjani dirige la Sûreté de l'État, Balgassem al-Ferjani la Sécurité intérieure et Ayoub al-Ferjani est chargé des investissements militaire[21]. Enfin, Fadel el-Dib est son conseiller politique[21].

Le 4 avril 2019, le maréchal Haftar lance un appel à marcher sur Tripoli. Sa déclaration déclenche l'offensive sur Tripoli et l'arrivée de l'Armée nationale libyenne aux portes de la capitale. Cette situation entraîne des réactions de la communauté internationale, qui appelle au calme et à éviter une guerre civile[22].

Liens externes

  • Laurent de Saint Périer, « Libye : qui a peur de Khalifa Haftar ? », Jeune Afrique, 30 mai 2016.
  • [vidéo] Khalifa Haftar, général à la tête de l'Armée nationale libyenne à I-Télé: Daech n'a "aucun espoir de s'enraciner ici en Libye", I-Télé, 20 mai 2016.
  • Julien Muntzer, Libye : l'ombre américaine du maréchal Haftar, TV5 Monde, 7 avril 2019.
  • Frédéric Bobin, En Libye, Khalifa Haftar, un maréchal en guerre, Le Monde, 10 avril 2019.

Notes et références

  1. a et b Frédéric Bobin, « Libye : le regard sur le général Haftar est en train de changer », sur Le Monde, (consulté le 17 septembre 2016)
  2. (en) « General Haftar: "Italy Has Taken the Wrong Side of Libya" », sur Corriere.it, (consulté le 13 avril 2018)
  3. a et b Bernard Lugan, Misrata et l’anarchie libyenne, L'Afrique Réelle, N°90, juin 2017
  4. a b c d e f g et h Roumania Ougartchinska, « Khalifa Haftar, seul contre Al-Qaïda », Vanity Fair n°15, septembre 2014, pages 172-179 et 242-244.
  5. a et b Jean-Louis Tremblais, « Libye : un maréchal face au chaos », Le Figaro Magazine, semaine du 5 janvier 2018, pages 34-43.
  6. Zine Cherfaoui, « Khalifa Haftar désigné chef d'état-major de l’armée libyenne », sur El Watan, (consulté le 19 novembre 2011)
  7. Pierre Prier, « Le nouvel état-major libyen sous tension », sur Le Figaro, (consulté le 19 novembre 2011)
  8. a et b Thierry Oberlé, « Libye : la petite guerre d'un ex-allié de la CIA », Le Figaro, mercredi 21 mai 2014, page 9.
  9. « Libye : qui est vraiment Haftar, ce général à part ? », sur Le Point Afrique (consulté le 17 septembre 2016)
  10. « Libye: Haftar, un général controversé au cœur de la crise qui mine le pays », sur www.lamontagne.fr (consulté le 17 septembre 2016)
  11. « Tripoli : le Parlement libyen pris par des hommes armés », Le Figaro, lundi 19 mai 2014, page 6.
  12. « Libye: le général Haftar à la tête de l'armée », Le Figaro, 02-03-2015.
  13. Maryline Dumas, « À Benghazi, la vie malgré la guerre », Le Figaro, samedi 18 / dimanche 19 avril 2015, page 6.
  14. Libye: les liaisons dangereuses du général Haftar avec les salafistes RFI, 24 février 2017.
  15. « Le général Haftar prend le contrôle du pétrole en Libye », sur Libération (consulté le 16 septembre 2016)
  16. « Libye : le maréchal Khalifa Haftar prêt à s'allier avec Trump et Poutine pour lutter contre le terrorisme - France 24 », France 24,‎ (lire en ligne, consulté le 8 février 2017)
  17. « Rencontre entre les deux principaux acteurs de la crise libyenne », sur Le Monde, (consulté le 3 mai 2017)
  18. « Crise libyenne: Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se mettent d'accord - RFI », sur RFI Afrique (consulté le 3 mai 2017)
  19. Libération
  20. « Libye pour Khalifa Haftar, l'accord de Skhirat a expiré - RFI », sur RFI Afrique (consulté le 29 décembre 2017)
  21. a b c et d « Libye : les hommes du maréchal Haftar – JeuneAfrique.com », sur JeuneAfrique.com (consulté le 8 février 2018)
  22. « L’offensive de Haftar sur Tripoli préoccupe les Européens », sur Bruxelles2.eu,