Karl Barth

Karl Barth (Bâle, - Bâle, ) est un pasteur réformé et professeur de théologie suisse, considéré comme l'une des personnalités majeures de la théologie chrétienne du XXe siècle[1], en particulier de la théologie dialectique[2],[3]. Ses travaux, notamment ses essais sur la révélation divine, ont exercé une influence déterminante sur Paul Tillich et Jürgen Moltmann ; ils lui valent d'être tenu pour le plus grand théologien protestant du XXe siècle et peut-être depuis la Réforme[4], tout en dépassant le clivage confessionnel[5]. Étudiée par des théologiens catholiques tels que Hans Urs von Balthasar et Henri Bouillard, l'œuvre de Karl Barth a parfois été comparée à celle d'Augustin, de Thomas d'Aquin et de Calvin[5]. Du moins est-elle, en grande partie, à l'origine du renouveau de la théologie trinitaire contemporaine[4].

Biographie

Fils d'un professeur de théologie, il commence des études de théologie à Berne, avant de les poursuivre à Berlin où il est alors étudiant d'Adolf von Harnack, l'un des chefs de file les plus brillants de l'École historico-critique et de la théologie libérale, puis à Tübingen et finalement à Marbourg, où il suit l'enseignement de Wilhelm Herrmann, auquel il se référera constamment par la suite[6]. De 1909 à 1911, il est pasteur auxiliaire de la paroisse de langue allemande de Genève. Puis il devient pasteur à Safenwil (Argovie). Il adhère au Parti social-démocratique et milite pour des réformes sociales. Cette adhésion lui valut plus tard le surnom de Roter Pfarrer von Safenwil, clin d'œil ironique à son militantisme d'alors. Déçu par le ralliement des théologiens libéraux allemands - ses maîtres - au bellicisme germanique, il remet en cause la théologie qu'on lui a enseignée et qu'il avait adoptée d'enthousiasme (notamment celle de Herrmann) et s'éloigne peu à peu du socialisme chrétien. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance du jeune pasteur Eduard Thurneysen.

Théologie dialectique

Article détaillé : Théologie dialectique.

En 1919, il publie Der Römerbrief, une exégèse de l'Épître aux Romains, ouvrage qui suscite de nombreuses réactions et dont l'audience n'est pas limitée à l'Église réformée[7]. Il réécrit entièrement son commentaire en 1922, se posant en leader du mouvement de la théologie dialectique ou « théologie de la Parole de Dieu ». Seul Dieu parle bien de Dieu. Toute théologie authentique est un acte d'audace (Franz Overbeck) qui accepte de laisser advenir la Parole de Dieu comme une brèche dans le discours théologique.

En 1921, il devient professeur de théologie réformée à l'université de Göttingen et entreprend une réflexion théologique systématique qui deviendra une référence majeure pour son siècle. Au cours des années 1920, sa théologie et surtout son style connaissent une évolution, liée à un christocentrisme de plus en plus affirmé. À partir de la fin des années 1920, Barth rédige une dogmatique qui deviendra en 1932 la Kirchliche Dogmatik. Si la théologie reste toujours pour Barth une entreprise risquée et, du point de vue humain, impossible, la révélation de Dieu en Christ garantit sa possibilité – mais seulement du point de vue de Dieu. Il est de la responsabilité du théologien, pour le bien de l'Église, d'oser prendre ce risque.

La Kirchliche Dogmatik

Les volumes de la Dogmatique dans la bibliothèque de Karl Barth à Bâle

En 1932 paraît le premier volume de la Kirchliche Dogmatik (traduite en français sous le titre de « Dogmatique»), une œuvre - inachevée - dont il poursuivra la rédaction jusqu'à la fin de sa vie. Ce travail de réflexion ne le coupe pas de la réalité de son temps. Barth introduit la théologie au cœur de la vie quotidienne.

En 1934, il est le principal auteur de la Déclaration théologique de Barmen, texte fondamental d'opposition chrétienne à l'idéologie nationale-socialiste. Suspendu à cause de son refus de prêter serment au Führer, puis expulsé d'Allemagne, il devient professeur de théologie systématique à Bâle. Il participe à la première assemblée mondiale du Conseil œcuménique des Églises à Amsterdam, en 1948 : « N'est-il pas dit que nous devons chercher premièrement le Royaume de Dieu et sa justice ? » rappelle-t-il lors de la séance d'ouverture. Pour Barth, la Bible est l'interpellation que Dieu adresse aux hommes.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Karl Barth entretient un long débat théologique avec le grand théologien catholique suisse Hans Urs von Balthasar. L'un et l'autre étaient profondément marqués par la musique. Bien plus tard, Balthasar publie une immense somme de théologie dogmatique où la musique joue un rôle important (La Dramatique divine et son « résumé », La vérité est symphonique) et Karl Barth un petit livre sur Mozart. À la fin de sa vie, il participe à la lutte contre la prolifération des armements atomiques. Il resta toujours proche de la gauche socialiste allemande et suisse, et même fut critiqué pour sa position, jugée accommodante, vis-à-vis du communisme stalinien.

Postérité

L'écritoire de Karl Barth

Karl Barth a certainement été le théologien protestant le plus fécond de son temps, et l'un des plus influents avec Rudolf Bultmann et Paul Tillich. Avec Jürgen Moltmann, il exerça une influence « souterraine » sur toute la théologie de la libération, influençant notamment le Brésilien Rubem Alves[8]. Jacques Ellul, enfin, ne cessera de reconnaître sa dette envers Barth.

Toute son œuvre est une protestation contre les tentatives humaines (politiques, morales, religieuses et même théologiques) pour instrumentaliser Dieu en l'identifiant à une cause ou à une doctrine. Barth rappelle l'altérité radicale de Dieu : il est donc libre à l'égard de tout ce que l'on peut en dire ou en faire dans les Églises ou les doctrines. Ainsi l'Église n'est pas là où nous croyons qu'elle est, mais là où Dieu décide qu'elle est. Il n'y a donc pour Barth d'attitude chrétienne que critique et inconfortable.

Publications

  • L'Épître aux Romains, Genève, Labor et Fides, 1972, 516 p.
  • La Chrétienté au creuset de l'épreuve, avec Henri Cadier et Paul Borchsenius, Genève, Labor et Fides, 1951, 830 p.
  • Dogmatique, 26 fascicules + index, Genève, Labor et Fides, 1953-1974
  • Christ et Adam, Genève, Labor et Fides, 1960, 80 p.
  • La Proclamation de l'Évangile. Éditions Delachaux et Niestlé, 1961
  • Aux captifs la liberté, Genève, Labor et Fides, 1964, 64 p.
  • Ce qui demeure, Genève, Labor et Fides, 1970, 106 p.

Notes et références

  1. « Karl Barth », in Encyclopædia Britannica.
  2. Paul Enns, Introduction à la théologie, , 980 p. (ISBN 978-2-906090-90-3)
  3. (en) « Neoorthodoxy on Encyclopædia Britannica », sur https://www.britannica.com (consulté le 2 mars 2018)
  4. a et b « Karl Barth », in Alister E. McGrath, Christian Theology : An Introduction, John Wiley & Sons, 2011 ISBN 978-1-4443-9770-3, p. 76.
  5. a et b « Karl Barth », in Stuart Brown, Diane Collinson, Robert Wilkinson, Biographical Dictionary of Twentieth-Century Philosophers, Taylor & Francis, 2012, ISBN 978-0-415-06043-1, p. 52.
  6. Musée virtuel du protestantisme, Karl Barth (1886-1968), biographie détaillée, en ligne
  7. André DUMAS, Encyclopædia Universalis, BARTH KARL, Site web officiel, France, consulté le 25 aout 2016
  8. André Corten, Le pentecôtisme au Brésil. Émotion du pauvre et romantisme théologique, Paris, Karthala, 1995, p. 21-22; cité par Olivier Compagnon, « Le 68 des catholiques latino-américains dans une perspective transatlantique », Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Materiales de seminarios, 2008, Mis en ligne le 17 décembre 2008

Voir aussi

Bibliographie

  • Hans Urs von Balthasar, Karl Barth. Présentation et interprétation de sa théologie, trad. fr., Cerf, 2008, 571 p.
  • Henri Bouillard, Karl Barth, trois tomes, Aubier, 1957.
  • Benoir Bourgine, L'herméneutique de Karl Barth: exégèse et dogmatique dans le IVe volume de la Kirchliche Dogmatik, Leuven, Leuven University Press & Peeters, 2003.
  • Rudolph Bultmann, P. Corset, Pierre Gisel, Adolf von Harnack, E Jüngel, T. Rendtorff, E. Thurneysen, Karl Barth, Genèse et Réception de sa théologie, Genève, Labor et Fides, 1987.
  • Christophe Chalamet, Théologies dialectiques. Aux origines d'une révolution intellectuelle, Genève, Labor et Fides, 2015.
  • Anthony Feneuil, Le serpent d'Aaron. Sur l'expérience religieuse chez Karl Barth et Henri Bergson, Lausanne, L'Âge d'Homme, 2015.
  • (en) Bruce McCormack, Karl Barth's Critically Realistic Dialectical Theology, New York, Cornell University Press, 1998.
  • Denis Müller, Karl Barth, Paris, Éditions du Cerf, 2006 (Initiation aux théologiens).

Articles connexes

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Service bibliothécaire national • Bibliothèque nationale de la Diète • Bibliothèque nationale d’Espagne • Bibliothèque royale des Pays-Bas • Bibliothèque nationale d’Israël • Bibliothèque universitaire de Pologne • WorldCat
  • Publications de et sur Karl Barth dans le catalogue Helveticat de la Bibliothèque nationale suisse
  • Karl Barth-Archiv
  • The Center for Barth Studies at Princeton Theological Seminary
  • Karl Barth Hub Réseaux des organisations Karl Barth
  • Barth Literature Search Project
  • Article en ligne sur philosophie et théologie chez Karl Barth
  • Bruno Forte, « La Sacra Scrittura, anima della teologia », sur zenit.org, 2010