Kanji

Les kanjis[a] (漢字?) sont des signes assimilés à des caractères chinois dont le rôle est d'écrire une partie de la langue japonaise, chaque kanji ayant une ou plusieurs réalisations possibles dans la phonologie nipponne (ses « lectures »).

Généralités

Définition, origine

Le mot « kanji » vient du japonais 漢字 (un mot composé précisément de deux kanjis), dont la transcription en lettres latines est kanji. Il s'agit de caractères (, ji?) utiles à l'écriture du japonais, qui ont été empruntés pour la plupart au système d'écriture de l'ethnie chinoise han (, kan?) — littéralement donc des « caractères chinois » ou « sinogrammes »[b].

L'origine des kanjis est donc, par définition, celle de l'écriture développée dans la Chine antique – laquelle débute, si on se limite aux plus anciens documents connus, avec l'écriture ossécaille à la fin de la dynastie Yin. Quant à l'époque de l'importation des sinogrammes au Japon, celle-ci n'est pas connue avec exactitude ; le Kojiki (712) est le plus ancien livre japonais qui nous soit parvenu[c], mais de nombreuses monnaies, stèles ou sceaux témoignent d'une utilisation plus ancienne des sinogrammes dans l'archipel japonais. Par ailleurs, la tradition considère que l'on doit l'enseignement des caractères chinois auprès de la cour impériale japonaise au lettré Wani, venu du royaume de Baekje[d].

La caractéristique la plus remarquable des kanjis, comme des sinogrammes en général, est le lien existant entre chaque signe et un ensemble de sens (jigi). Ce lien découle de la nature logographique des sinogrammes, chacun de ces derniers codant généralement un mot ou un morphème de la langue chinoise antique. Cela conduit en particulier à opposer les kanjis aux lettres latines ou aux kanas (« syllabaires »[e] japonais composés des hiraganas et des katakanas), puisque ces derniers ne représentent intrinsèquement que des sons, et non des sens.

Aussi, les dictionnaires de kanjis recensent-ils les différents sens des caractères, que ce soit en japonais ou dans une autre langue. D'autre part, face à un mot inconnu, il est souvent possible de deviner son sens avec plus ou moins de précision en observant les sens de chacun des caractères le composant. Néanmoins, dans la pratique ordinaire de la langue, les mots et le contexte dictent directement les caractères à utiliser, sans qu'il soit nécessaire de se préoccuper outre mesure de leurs sens intrinsèques. Le plus important est donc de connaitre les lectures des kanjis (aussi appelées yomi ou onkun[1]) qui correspondent chacune à une more du japonais (p. ex. fu, bu) ou à une série de mores (p. ex. kaze, kaza, ). En principe, chaque kanji possède une ou plusieurs lectures qui peuvent avoir en commun un ou des sens, comme avec le caractère (cf. tableau ci-dessous). Les liens étymologiques entre ces sens peuvent être anciens ou ténus.

kaze (kaza) fu (bu)
≈ « vent »
,北

kaze, kitakaze, kazaguruma


tai


byōbu
≈ « apparence »
rare / inexistant


, kaku
rare / inexistant
≈ « charme »
rare / inexistant


chi


fuzei

Inclusion des kanjis dans les caractères chinois

Les kanjis sont inclus dans un ensemble de graphies désigné sous le terme générique de « caractères chinois ». Néanmoins, outre le fait que les lectures des kanjis se distinguent des lectures observées au sein des langues chinoises, il existe un nombre important de spécificités nipponnes quant à l'apparence graphique voire aux valeurs sémantiques des kanjis, points qui seront plus amplement détaillés dans la suite de l'article.

Il existe, de surcroit, une petite proportion de kanjis dits kokuji (国字?, caractères « nationaux »), qui sont nés au Japon. Par exemple, (sakaki?), qui désigne un arbre sacré dans la religion shinto, est un kanji apparu au Japon ; il provient de la fusion des caractères et , respectivement « arbre » et « divinité »[f].

Ainsi, voir les kanjis comme strictement inclus dans un système scriptural purement chinois constitue une approximation ; il est plus précis de considérer les kanjis comme une partie d'un système scriptural japonais à part entière. Bien qu'étant issus des authentiques sinogrammes de la Chine antique, les kanjis ont acquis leurs propres particularités tout au long de la quinzaine de siècles durant laquelle ils ont été utilisés dans l'archipel nippon.

Rôle

Les kanjis forment l'un des grands ensembles de caractères (mojishu) de l'écriture au Japon, avec d'une part les kanas et d'autre part les emprunts au monde occidental, à savoir les lettres latines (rōmaji), utilisées occasionnellement, et les chiffres arabes. Ces éléments se combinent dans le modèle kanji-kana-majiribun[2] qui, schématiquement, consiste à utiliser les kanjis pour écrire la racine des mots, tandis que l'habillage grammatical de la phrase est écrit en kanas. Malgré le fait qu'il soit possible, techniquement, de se passer des kanjis pour écrire la langue nipponne (en écrivant tous les mots en kanas), le japonais, dans sa pratique ordinaire, a recours à nombreux kanjis, en raison des multiples avantages qu'ils offrent. Fondamentalement, le lien visuel direct qu'il y a entre le signe et son ou ses sens renforce la capacité des textes japonais à transmettre du sens de manière rapide et intense, ce qui de surcroit contribue à limiter la dérive du sens des mots. D'autre part, l'alternance de kanjis et de kanas aide à distinguer les mots malgré l'absence quasi-systématique d'espaces au sein des phrases, comme dans l'exemple ci-dessous :
« J'ai vu un chat blanc. »
En kanas : しろいねこをみた。
En kanas et kanjis : た。
Les kanjis 白, 猫, et 見 (respectivement « blanc », « chat » et « voir ») portent les principaux sens, tandis que les autres caractères (hiraganas) sont des éléments grammaticaux. Cet exemple illustre également le fait que les kanjis permettent généralement de réduire le nombre de signes et donc la place prise par le texte.

En outre, il existe en japonais de nombreux homophones que seule l’écriture en kanjis permet de distinguer :

Exemples d'homophones
Kanjis Kanas Romanisation Traductions

指揮
士気
しき
しき
しき
shiki
shiki
shiki
Cérémonie
Direction
Motivation
行動
公道
講堂
こうどう
こうどう
こうどう
kōdō
kōdō
kōdō
Action
Voie publique
Amphithéâtre

Clés

Article détaillé : Clé d'un sinogramme.

Comme pour les sinogrammes en général, tout kanji se découpe en une ou plusieurs parties (偏旁, henbō?), la décomposition la plus fréquente consistant à séparer le kanji entre sa partie gauche (hen) et sa partie droite (tsukuri). La partie qui est, par convention, considérée comme principale est appelée clé (部首, bushu?). Celle-ci se situe généralement sur l'un des sept emplacements classiques[3], qui incluent les emplacements hen et tsukuri. En outre, certaines clés ont plusieurs formes possibles, souvent en fonction de l'emplacement qu'elles occupent. Par exemple, la clé voit sa forme changée en lorsqu'elle est utilisée en tant que hen. En japonais, il est courant de désigner par des appellations distinctes chacune de ces variantes.

Selon les dictionnaires, le nombre de clés et leurs affectations aux kanjis peuvent présenter quelques différences, mais celles-ci demeurent tout à fait mineures ; aussi les principaux ouvrages s'accordent-ils sur un effectif légèrement supérieur à deux-cents clés, sans compter les variantes. De plus, chaque dictionnaire contient une table où les clés sont classées dans l'ordre du nombre de leurs traits.

Exemples de décompositions
Kanji Hen Tsukuri Clé Remarque
Variante de la clé
insécable[g] insécable
Variante de la clé
Exemples de clés
Clé (* = variante) Emplacement de la clé Exemple d'utilisation Nom japonais de la clé[h]
À gauche (, hen?) onnahen[i]
*[j] À droite (, tsukuri?) ōzato
Au-dessus (, kanmuri?) amekanmuri
En dessous (, ashi?) kokoro
En haut et à gauche (, tare?) shikabane
À gauche et en dessous (, nyō?) ennyō
Pourtour (, kamae?) mongamae

Classification des kanjis

Un dictionnaire (papier) classe en principe les kanjis soit dans l'ordre de sa table des clés, soit dans l'ordre des sons japonais ; généralement, le nombre de traits permet de départager les kanjis ayant la même clé ou la même lecture de référence.

Avec l'avènement de l'informatique, on trouve aussi des dictionnaires électroniques qui utilisent les numéro des points de code (dans les standards JIS ou Unicode) comme critère de classement et de recherche, voire qui permettent de chercher la lecture d'un kanji ou d'un mot à partir de caractères tracés à la main (stylet, etc.) ou à la souris. En outre, des linguistes ont mis au point de nouvelles méthodes pour classer et rechercher les kanjis, souvent utiles aux non-natifs, comme la méthode SKIP du chercheur Jack Halpern qui consiste à reconnaitre l'agencement entre les éléments constituants.

D'autre part, les grandes catégories étymologiques des sinogrammes que l'on trouve dans les dictionnaires, à savoir les pictogrammes (象形文字, shōkei-moji?), les idéogrammes simples (指事文字, shiji-moji?), les idéogrammes composés (会意文字, kaii-moji?) et les idéophonogrammes (形声文字, keisei-moji?), sont un attribut possible pour indexer les kanjis.

Principales catégories étymologiques
Catégorie étymologique Exemples Remarques
Pictogrammes (rivière) ; (montagne) ; (cheval) ; (bois) ; (homme) Ces représentations proviennent de dessins d'objets concrets.
Idéogrammes simples (un) ; (deux) ; (dessous) Représentations d'idées abstraites
Idéogrammes composés (bosquet) ; (forêt) ; (repos) Compositions avec les pictogrammes et (équivalent de ).
Idéophonogrammes (alonger) ; (attaquer) ; (herbe) Ces caractères se décomposent entre une partie sémantique et une partie sonore¹

¹ Identifier la partie sonore d'un idéophonogramme permet souvent de déduire une lecture sino-japonaise de ce kanji. Par exemple, les parties sonores de (shin), () et (), respectivement , et , sont elles-mêmes des kanjis ayant pour lectures sino-japonaises shin, et .

Effectif et apprentissage

L'étude des kanjis est tout d'abord rendue difficile par le grand nombre de signes usités ; la question de l'effectif peut être appréhendée de plusieurs manières :

  • L'approche par les dictionnaires dits kanwajiten (漢和字典/漢和辞典?, littéralement dictionnaire sino-japonais). Le Dai-Kanwajiten, par exemple, contient plus de cinquante-mille caractères différents, incluant des variantes graphiques ; leurs sens sont expliqués en japonais, de même que les significations de nombreux composés (mots composés de deux kanjis ou davantage). Toutefois, ces dictionnaires incluent de nombreux sinogrammes qui n'ont jamais ou presque jamais été employés en dehors de la langue chinoise ; exception faite des kokuji qui y sont bien entendu répertoriés, les kanwajiten sont donc davantage à rapprocher des dictionnaires chinois de sinogrammes. Dès lors, le nombre de 50 000 n'est pas nécessairement pertinent lorsqu'il s'agit de parler des kanjis comme un trait de la langue japonaise.
  • L'approche par les systèmes d'information. Le jeu de caractères codés JIS X 0213, appartenant aux normes industrielles japonaises (JIS), fut établi en 2000 puis révisé en 2004 et 2012[k]. Il contient plus de dix-mille caractères considérés comme des kanjis, répartis en quatre niveaux, les deux premiers contenant les signes les plus fréquents. Cependant, nombre de ces kanjis ne sont quasiment jamais usités.
  • L'approche par les examens de kanjis. Le dictionnaire (cf. bibliographie) publié par la fondation d'utilité publique The Japan Kanji Aptitude Testing Foundation (日本漢字能力検定協会) contient environ six-mille-trois-cents kanjis, ces derniers appartenant dans leur grande majorité aux deux premiers niveaux de la norme JIS X 0213. L'examen « Kanken » organisé par la fondation, dans sa version la plus ardue (Kanken-Ikkyū), a pour objet la connaissance de l'ensemble des kanjis présents dans le dictionnaire. Comme l'atteste le faible taux de réussite à cet examen, une partie non négligeable des kanjis de ce dictionnaire ne sont connus que par des personnes ayant des connaissances particulièrement poussées en kanjis.

Quel que soit le mode de comptage retenu, presque personne ne connait tous les kanjis. Il existe bien la liste officielle des jōyō-kanji (kanjis d'usage courant), dont l'effectif se limite à 2 136, mais cela ne signifie ni que tout le monde connait tous ces kanjis officiels, ni que tous les kanjis extérieurs à cette liste sont de facto inconnus du grand public. En effet, dans la pratique, il n'est pas du tout rare de rencontrer d'autres kanjis, via en particulier les noms propres, les termes techniques ou les expressions idiomatiques. L'usage des furigana, pour en préciser la lecture, est certes assez fréquent, mais il n'est pas systématique. Le cas des noms propres mis à part, le recours à ces kanjis dépend de facteurs comme le degré de publicité d'un document, l'existence d'un contexte spécialisé ou de règles liées à une organisation, voire, les habitudes ou choix individuels.

Au Japon, l'apprentissage des kanjis d'usage courant requiert les neuf années que compte l'instruction obligatoire, tandis que certaines lectures de ces caractères ne sont enseignées qu'au niveau des lycées. En particulier, les 1 006 caractères considérés comme les plus élémentaires sont étudiés durant les six années de enseignement primaire japonais ; ils sont communément appelés kyōiku-kanji.

En outre, pour chaque kanji, il faut mémoriser :

  • l'ordre et la manière de dessiner ses traits ;
  • le nombre de traits (en style régulier) et la clé ;
  • les lectures on et kun, chacune de ces catégories pouvant compter plusieurs lectures différentes ;
  • comment utiliser et combiner ce kanji aux autres kanjis et aux kanas pour l'écriture des mots et des expressions, ce qui revient à maitriser les aspects sémantiques associés aux lectures.

Aussi, la connaissance en profondeur d'un grand nombre de kanjis est-elle une marque de culture et d'érudition. Il existe des examens spécifiques portant sur les kanjis, le plus connu étant le Kanken ; ce dernier permet de mesurer ses compétences selon douze niveaux. En plus des centres d'examen japonais, il est possible de le passer dans certaines grandes villes à l'extérieur du Japon.

Caractéristiques graphiques

Tracé

Tracé en calligraphie chinoise.
Tracé en calligraphie nipponne.

Tout kanji se décompose en une somme de « traits[l] » entre lesquels le stylo, pinceau ou crayon est levé au-dessus du support.

Même s'il est possible qu'une personne sache, en pratique, lire un kanji sans en connaitre par cœur la composition trait par trait, un kanji n'est pleinement considéré comme connu que lorsque l'on est capable de l'écrire de mémoire tout en respectant les caractéristiques canoniques de son tracé, à savoir l'ordre[m] et la forme des traits — au minimum dans le style dit régulier. Ces éléments sont enseignés dans les écoles primaires et les collèges japonais dans une matière appelée shosha, anciennement connue sous le terme de shūji. Les cours de calligraphie (shodō), dispensés dans les lycées, abordent les styles cursifs et les grands calligraphes du passé. Toutefois, la pratique de cette discipline ne se limite pas au domaine scolaire, car la calligraphie, à haut niveau, constitue un art à part entière.

L'ordre usuel des traits pour le tracé des kanjis est généralement identique à celui de leurs homologues chinois ; il existe néanmoins quelques exceptions (cf. exemple ci-contre avec le sinogramme « rizière », ) si on s'en refère notamment au « Manuel pour l'instruction de l'ordre des traits[4] » publié par le gouvernement nippon en 1958. L'ordre des traits peut être de surcroit dépendant du style utilisé.

La manière de terminer un trait est une autre caractéristique importante enseignée ; il existe essentiellement trois modes :

  • l'arrêt marqué (止め, tome?)
  • le crochet (rebond) (撥ね, hane?)
  • le fondu (払い, harai?)[n]
持
Illustration avec le kanji de deux crochets, d'un fondu et d’arrêts marqués

Néanmoins, dans de nombreux cas, plusieurs écoles coexistent, comme le trait central de (« bois ») qui, en style régulier manuscrit, peut se terminer soit par un arrêt marqué, soit par un crochet[5]. Les autorités culturelles japonaises ont publié en 2016 des directives [PDF] rappelant la diversité des tracés au sein du style régulier manuscrit, style qui est historiquement plus variable que le style d'impression minchōtai, ce dernier n'ayant pas vocation à servir de référence vis-à-vis de l'écriture manuscrite.

Formes

Article connexe : Composition d'un sinogramme.

Tout kanji se caractérise par une « forme » (字体, jitai?), également qualifiée en japonais d'« ossature »[6]. La forme d'un kanji n'est pas synonyme de la notion de représentation réelle (字形, jikei?)[7], c'est-à-dire qu'elle ne correspond pas aux notions de glyphe ou de représentations manuscrites ; il s'agit d'un concept plus abstrait qui permet de distinguer un kanji d'un autre. Par analogie, on trouverait le concept de « forme d'une lettre » permettant de reconnaitre cette lettre qu'elle soit écrite ou non en italique, ou encore dans des polices différentes. La métaphore d'ossature en japonais fournit une image intéressante dans la mesure où changer légèrement l'orientation d'un trait (à l'image d'une articulation), grossir plus ou moins un trait (à l'image du muscle entourant l'os) ne modifient pas l'ossature du caractère ; autrement dit, il s'agit toujours du même kanji. En principe, une forme implique un nombre de traits déterminé[7].

Styles

Article détaillé : Styles de caractères chinois.

La notion de « style » (書体, shotai?), avec d'une part les « styles d'impression » (déterminant notamment les polices) et d'autre part les « styles manuscrits » (historiquement plus anciens), se définit comme un « système de caractéristiques et de styles donnés [qui peut s'observer] lors de la représentation réelle des caractères sur la base de leur ossature »[8].

L'exemple ci-dessous illustre comment les caractéristiques graphiques de deux styles différents ne vont pas jusqu'à modifier les formes (ossatures) des kanjis.

Variation styles kanjis.jpg

Historiquement, les styles sont naturellement d'abord apparus dans le domaine de l’écriture manuscrite en Chine. Aujourd'hui on trouve principalement les styles réguliers (楷書, kaisho?) et cursifs (草書, sōsho?), ainsi que les styles intermédiaires semi-cursifs (行書, gyōsho?). Les styles cursifs – ou les styles semi-cursifs présentant un relatif haut degré de cursivité – sont de nos jours généralement réservés à des activités spécifiques de calligraphie et sont donc mal connus par le grand public. Inversement, le style régulier est le style enseigné primordialement dans le système scolaire nippon, de même qu'il est souvent requis d’écrire dans ce style pour remplir par exemple un formulaire.

Concernant les styles d'impression, le style des Ming ou minchōtai (明朝体?), qui se stabilise dans la Chine des Qing avant de continuer son évolution dans l'archipel nippon, est le style de référence pour les polices d'impression japonaises ; il se caractérise en particulier par des angles droits, des empattements, ainsi que des traits verticaux généralement plus épais que les traits horizontaux. Le style goshikkutai (ゴシック体?) est un dérivé du minchōtai avec moins d'ornements et des traits d'épaisseur uniforme. D'autre part, le style kyōkashotai (教科書体?), utilisé principalement dans les livres d’école, est plus proche du style régulier manuscrit, afin de rendre la lecture des manuels plus aisée pour les enfants qui apprennent concomitamment à lire et à écrire.

Variantes graphiques

en style régulier : sept traits.
en style sigillaire ancien : trois traits.

L'unicité des formes (ossatures) vue plus haut n'est cependant pas une constante historique, notamment en raison des phénomènes suivants :

  • diminution du nombre de traits dans les styles cursifs ;
  • styles anciens – antérieurs au style régulier – induisant des ossatures différentes (cf. exemple avec ci-contre) ;
  • apparition de graphies populaires (p. ex. pour ) ;
  • réformes de simplification des caractères menées indépendamment au Japon et en Chine — globalement moins radicales au Japon qu'en Chine.

Ainsi, quand bien même deux kanjis seraient d'ossatures différentes, ils peuvent, par leur origine commune, avoir les mêmes sens et les mêmes lectures. Ces deux kanjis sont alors dits appartenant à une même « classe de caractères » (字種, jishu?)[9], et sont des variantes graphiques (異体字, itaiji?) au sein d'une classe donnée de kanjis. Dans les dictionnaires, en principe, on trouve une entrée par classe ; pour une entrée donnée, une « forme principale » (親字, oyaji?, littéralement « caractère parent »)[o] est présentée, les formes alternatives étant indiquées à l'intérieur de l'entrée. Si on se limite aux styles d'impression contemporains, la plupart des classes de kanjis n'ont qu'une ou deux forme(s) (une forme simplifiée et sa contrepartie « traditionnelle » le cas échéant).

Exemples de formes d'impression traditionnelles et simplifiées pour des kanjis d'usage courant
Classe Forme traditionnelle Forme simplifiée Remarques
Kanji « barrière » (canonique) La forme simplifiée a une présence historique en Chine[10], mais elle diffère du chinois simplifié contemporain.
Kanji « tortue » (canonique) L'usage de la forme est propre au Japon[p] ; elle n'est pas répertoriée dans le dictionnaire chinois de référence Kangxi.
Kanji « pays » (canonique) La forme simplifiée est commune aux réformes chinoise et japonaise du XXe siècle.
Kanji « remplir » (canonique) La forme simplifiée (populaire) n'est pas reconnue comme officielle au Japon.

Lectures des kanjis

Panorama général

Les kanjis étant à l'origine des caractères représentant des mots ou morphèmes chinois, et non japonais, leur introduction pour transcrire la langue japonaise ne conduisit pas à une lecture univoque.

  • Les prononciations associées en Chine aux sinogrammes ont donné ce qu'on appelle les lectures sino-japonaises on – en japonais on'yomi (音読み ; voir le sinogramme = le son). Après l'importation de caractères ou concepts chinois, la langue japonaise a souvent conservé la mémoire de ces prononciations étrangères, mémoire qui a néanmoins pu évoluer depuis, suivant l'évolution phonétique du japonais.
  • Quand le concept existait en japonais, il put aussi être traduit et vocalisé suivant les mots de la langue nipponne originelle, la lecture du caractère se faisant donc « à la japonaise » ; ces lectures sont dites kun – en japonais kun'yomi (訓読み ; voir le sinogramme = instruire, exégèse).

La plupart des kanjis a de ce fait au moins deux lectures possibles : on et kun. Ce n'est toutefois pas une règle absolue, et l'on trouve des kanjis sans lecture kun comme (kiku, chrysanthème), ou sans lecture on comme (iwashi, sardine) ; l'absence de lecture on est évidemment fréquente pour les kanjis créés au Japon, les kokuji. À l'inverse, un caractère comme (pouce, unité de longueur de l'ordre de trois centimètres) n'avait pas d'équivalent dans le vocabulaire japonais au moment de son introduction ; il n'a de ce fait qu'une lecture on, en l’occurrence sun. Pour les mots composés de deux kanjis ou plus (熟語, jukugo?), les lectures hybrides abondent. Par exemple, en cuisine, 牛肉 (gyū-niku?, bœuf) et 羊肉 (yō-niku?, mouton) ont une lecture de type on-on, mais 豚肉 (buta-niku?, porc) et 鳥肉 (tori-niku?, volaille) ont en revanche des lectures kun-on ; ces dernières lectures sont qualifiées de lectures yutō (湯桶読み, yutōyomi?). À l'opposé, on trouve les lectures des composés dites jūbako (重箱読み, jūbakoyomi?), qui suivent un modèle on-kun, comme le mot 番組 (bangumi?, programme).

En contraste avec le chinois où, schématiquement, chaque sinogramme ne renvoie qu'à une lecture mono-syllabique, en japonais, non seulement un kanji aura souvent plusieurs lectures possibles, mais de surcroit elles seront fréquemment pluri-syllabiques. On observe ainsi les tendances suivantes :

  • Les lectures kun sont généralement pluri-syllabiques[q] ; par exemple : umi, yama, kaze.
  • Les lectures on sont souvent mono-syllabiques, c'est-à-dire monomoriques ou bimoriques ; par exemple, kan, , shi[r]. La langue japonaise possédant un répertoire de syllabes (de mores) relativement limité, il s'ensuit que de nombreux kanjis partagent des lectures on communes ; par extension, de nombreux mots composés sont homophones. On note néanmoins que les lectures on pluri-syllabiques ne sont pas particulièrement rares[s], comme niku, vu plus haut.

Importance du contexte

La majorité des kanjis sont pourvus d'au moins deux lectures, mais cela peut aller bien au-delà. Ainsi, certains kanjis d'usage courant peuvent avoir plus d'une dizaine de lectures possibles. On trouve par exemple le kanji (signifiant notamment « la vie » ou « vivre ») dont les lectures officielles sont sei, shō, i-kasu[t], i-kiru, i-keru, u-mareru, u-mu, o-u, ha-eru, ha-yasu, ki et nama, soit douze lectures officielles.

Souvent, donc, déterminer la lecture d'un kanji suppose d'avoir identifié correctement le sens dans lequel il est employé. Il faut pour cela observer un ou plusieurs signes situés à son voisinage, voire juger plus largement en fonction du contexte. Par exemple, l'homographe peut soit faire référence au mot kaze (vent) soit au mot (apparence, style) ; il est donc nécessaire de deviner en amont, par le contexte, la valeur sémantique de pour pouvoir le lire. D'autre part, dans les mots composés contenant , cette nette distinction disparait, la lecture pouvant parfaitement faire référence à l'idée de vent, comme dans le composé 台風 (taifū?, typhon). Pour un composé, il convient donc d'abord d'identifier globalement le mot (souvent deux kanjis) puis d'en déduire les lectures de chaque kanji. Cela ne supprime cependant pas toutes les ambigüités, comme avec les composés suivants :

Exemples de composés ayant plusieurs lectures[u]
Composé Lecture ; sens Lecture ; sens Remarques
仮名 kamei ; pseudonyme kana ; syllabaire japonais
赤子 akago ; bébé sekishi ; peuple (du point de vue d'un monarque)
何人 nanibito ; quiconque nannin ; combien de personnes ¹
御所 gosho ; palais impérial Gose (ville du centre du Japon)
一時 ichiji ; une heure (du matin ou de l'après-midi), (pour) un temps ittoki ; (pour) un temps ²

¹ Il existe également la lecture nanpito, synonyme de nanibito.
² On voit dans cet exemple que les sens associés à des lectures distinctes peuvent être partiellement ou entièrement similaires.

Lectures on

Les lectures on des kanjis dérivent des prononciations originelles chinoises ; mais la correspondance n'est généralement pas directe entre la prononciation moderne et son origine chinoise. Cette prononciation d'origine n'a été qu'approximativement rendue dans le système phonétique japonais, très différent de ceux de la Chine, ignorant notamment les tons. De plus, le système phonétique japonais, bien que relativement assez stable, a lui-même connu quelques évolutions à travers les siècles. À cela s'ajoute le fait que certains kanjis ont été importés de Chine à plusieurs reprises, de différentes régions ou à différentes époques, et peuvent avoir de ce fait plusieurs lectures on, qui correspondent souvent à des sens différents.

On distingue ainsi :

  • Les go-on (呉音, lectures des Wu), introduisant principalement des termes bouddhistes. Cette prononciation viendrait du pays Wu, dans la région de Shanghai. Selon la tradition, elle aurait été importée du sud-est de la Chine via la Corée, à l'époque des dynasties du Nord et du Sud (317-589). Un nombre important de lectures go-on sont cependant passées dans le vocabulaire courant comme (ryō, territoire) ou (ge, dessous).
  • Les kan-on (漢音, lectures des Han, pris ici dans le sens de « chinois »), introduits entre le VIIe et le VIIIe siècle, à l'époque des dynasties Sui et Tang. Ils reflètent pour la plupart le langage de la capitale de l'époque, Chang'an (aujourd'hui Xi'an). Il s'agit du groupe le plus nombreux et du plus systématique.
  • Les tō-on (唐音, lectures des Tang)[v], introduits plus tardivement entre l'époque de Heian et celle d'Edo. On trouve par exemple la lecture ton du kanji , comme dans 布団 (futon, matelas japonais), ou la lecture su de , comme dans 椅子 (isu, chaise). Ces lectures sont relativement rares.
  • Les kan'yō-on (慣用音, lectures d'usage), il s'agit historiquement de prononciations populaires (souvent des versions erronées des lectures sino-japonaises orthodoxes vues plus haut) qui sont devenues courantes et acceptées. Par exemple (transporter) a yu comme lecture d'usage.

Jack Halpern, dans un dictionnaire publié en 1990[11], propose quelques catégories supplémentaires, en particulier les chūon (中音) inspirées des langues chinoises modernes, notamment rencontrées dans le vocabulaire de la cuisine chinoise, et les waon (和音) qui sont les lectures on de kokuji créées par analogie avec des sinogrammes semblables – par exemple la lecture on du kokuji , , identique à celle du kanji .

Les mots issus des lectures on forment le « vocabulaire sinoxénique » du japonais, aussi connu sous les termes japonais de 漢語 (kango) ou 字音語 (jiongo)[w]. En plus du vocabulaire chinois ayant pénétré la langue japonaise par le truchement des kanjis, de nombreux nouveaux mots furent créés au Japon par des combinaisons originales de kanjis (c'est-à-dire inexistantes en chinois de l'époque[x]) prononcés avec leurs lectures on. C'est pourquoi il n'est pas possible d'assimiler le vocabulaire sinoxénique à du « véritable chinois dans la langue japonaise », dans la mesure où une partie de ce vocabulaire est née au Japon[y]. On peut de surcroit remarquer qu'il existe quelques mots sinoxéniques qui sont plus fréquemment écrits en kanas qu'en kanjis, en particulier des petits mots jouant un rôle grammatical comme (よう au lieu de ).

D'autre part, une partie du vocabulaire sinoxénique a vu son orthographe réformée (simplifiée) après la Seconde Guerre mondiale (cf. section sur les réformes d’après-guerre). Cette démarche fut facilitée par le fait qu'il existe de nombreux kanjis possédant des lectures on en commun. On peut citer les mots 意嚮 (ikō, intention) et 掘鑿 (kussaku, forage), qui ont vu leur orthographe standard réformée en 意向 et 掘削 ; en effet, et ont respectivement les mêmes lectures on que et . Dans certains cas, la réforme a fait augmenter le nombre de sens associés à un kanji ; par exemple, , qui remplace dans le mot « satire », fūshi, écrit 諷刺 traditionnellement et 風刺 de manière réformée, possède désormais le sens d'« insinuer » qu'il tire de .

Lectures kun

Lorsque les sinogrammes ont commencé à être employés dans l'archipel nippon, les documents s'écrivaient dans une forme de chinois connue sous le terme de kanbun ; aussi les sinogrammes se lisaient-ils en utilisant les lectures on de l'époque. Un texte lu de cette manière n'était cependant pas compréhensible pour un locuteur japonais, dont la langue orale était complètement différente du chinois. Ainsi, le Kojiki fut écrit en kanbun, mais il comporte des passages (poèmes, annotations, etc.) en yamato-kotoba, la langue japonaise primordiale antérieure aux influences du chinois. Ils sont écrits phonétiquement avec les sinogrammes dits man'yōgana, c'est-à-dire que chaque more du mot japonais est écrite avec un sinogramme dont la lecture est égale a cette more, indépendamment des sens de ce sinogramme. En particulier, les annotations constituent une relation entre un mot japonais primordial et un sinogramme (autrement dit, une traduction) ; elles sont connues sous le terme de « kun anciens » (古訓, kokun?), lesquels sont à la base de la technique kundoku[12] consistant à lire du kanbun « à la japonaise » – ce qui, en outre, impose généralement de changer l'ordre des mots. À titre d'illustration, le mot chinois signifiant « nuage » se noterait, dans un texte écrit en kanbun,  ; un kokun de consisterait à l'annoter pour indiquer que ce sinogramme signifie kumo (un mot japonais équivalent à « nuage »), en apposant par exemple en petite taille les kanjis et , qui sont des man'yōgana codant les sons (mores) ku et mo.

Par opposition au kanbun, les textes en langue japonaise – en particulier la langue vernaculaire pratiquée à la cour impériale – étaient écrits phonétiquement avec les man'yōgana. Ces textes en japonais commencèrent à intégrer des kokun dans un style connu aujourd'hui sous le nom de senmyōtai[z]. Par exemple, dans un texte en japonais, le mot japonais kumo, « nuage », ne se coda plus avec deux man'yōgana pour ku et mo, mais il fut simplement rendu par le sinogramme transcrivant le mot chinois ayant la même signification, à savoir . Dans ce cas, on dit que noter dans un texte en japonais le mot kumo avec le caractère revient à faire une « lecture kun » de . Initialement, pour un même kanji, un très grand nombre de lectures kun avaient émergé, car les sinogrammes possèdent de nombreux sens ; les usages se rationalisèrent progressivement, donnant les lectures kun actuelles.

On note aussi que certaines lectures kun, appelées kokkun (国訓?)[13], présentent des divergences sémantiques par rapport aux significations chinoises ; il s'agit surtout de « traductions » initialement erronées dont l'usage s'est fixé dans la langue japonaise. Par exemple, le kanji possède la lecture kinoko qui renvoie au sens de « champignon », sens qui n'est pourtant pas associé à ce sinogramme en chinois. D'autre part, certains mots japonais qui renvoyaient à deux mots chinois distincts sont écrits au moyen de kanjis différents suivant leur contexte d'emploi. Par exemple, le verbe naosu (réparer, guérir) s'écrit 治す quand il s'agit de guérir une personne, mais 直す quand il s'agit de réparer un objet[aa].

Il existe, de manière plus anecdotique, en dehors des listes officielles mais inventoriées dans les dictionnaires, des lectures kun de kanjis historiquement plus récentes qui se basent sur des mots d'origine européenne et non sur le fond lexical japonais yamato-kotoba ; par exemple , qui peut se lire pēji (de l'anglais page, page), ou , qui peut se lire botan (du portugais botão, bouton), ne sont pas particulièrement rares dans l'usage contemporain.

Ateji et jukujikun

Des kanjis peuvent n'être employés que pour leur lecture, c'est-à-dire en faisant fi de leurs sens propres. Il s'agit du phénomène des 当て字 (ateji?). Par exemple, des mots tels やじ (yaji, huées) ou ごまかす (gomakasu, tricher) sont souvent écrits en kanjis respectivement 野次 et 誤魔化す, les kanjis (ayant entre autres lectures ya), (ji), (go), (ma), (ka) ayant été plaqués « arbitrairement » (sans liens directs en termes d'étymologie) sur les mores en question.

Naissance des hiraganas, par l'écriture cursive de man'yōgana.

Dans ce contexte, les ateji sont aussi appelés « emprunts (aux lectures)[ab],[14] », et se divisent entre « emprunts aux lectures on » (shakuon) et les plus rares « emprunts aux lectures kun » (shakkun). Cette utilisation phonétique des kanjis, si elle est relativement rare au sein du japonais actuel, était au contraire la norme à l’ère Nara ou au début de l'ère Heian : la langue nipponne s’écrivait entièrement ou en partie phonétiquement via des kanjis (le corpus des man'yōgana) lesquels ont ensuite évolué pour donner naissance aux syllabaires hiraganas (cf. tableau ci-contre). Par ailleurs, on peut noter que les syllabaires katakanas sont essentiellement des parties (abréviations) de man'yōgana, donc de kanjis, utilisés en kundoku ; par exemple, les katakanas ku et mo sont le résultat des abréviations 久→ク et 毛→モ.

Ce phénomène ne se limite pas aux mots purement japonais, les ateji pouvant transcrire en kanjis des termes issus de langues non-sinographiques. Ainsi, de nombreux termes souvent liés au bouddhisme, conformément aux usages chinois, sont des transcriptions phonétiques en kanjis de mots sanscrits ; de même, quelques mots d'origine européenne dont la pénétration dans la langue japonaise est ancienne, comme 合羽 (kappa, veste imperméable, du portugais capa) peuvent s'écrire phonétiquement en kanjis. Hormis ces quelques cas, l'usage contemporain veut que les mots originaires des langues étrangères s'écrivent en katakanas. Par exemple, le mot gasu (issu du flamand gas, « gaz ») était généralement écrit avec des ateji (瓦斯) au XIXe siècle, tandis que sa forme contemporaine est en katakanas (ガス) ; les mots plus récents, comme « Internet » (インターネット, intānetto), ne possèdent que leur(s) transcription(s) en katakanas.

À l'inverse, les caractères de certains composés peuvent n'être employés que pour la sémantique : dans ce cas, chaque kanji de ce composé pris individuellement n'a pas de lecture propre, c'est uniquement le composé dans son ensemble qui possède une lecture. On parle alors de 熟字訓 (jukujikun?) pour désigner ce type de composés. Le plus souvent, dans les dictionnaires, ces termes se trouvent à l'intérieur de l'entrée relative au premier kanji du composé.

Par exemple, le composé 太刀 (en français « grand sabre », composé des kanjis « extrêmement » – ou « grand » – et « sabre ») est un jukujikun qui ne se lit ni futo + katana (qui serait deux lectures kun) ni tai + tō (deux lectures on), ni aucune combinaison intermédiaire ; il est lu tachi, d'après un terme japonais primitif issu du verbe 断つ (tatsu, couper), sans aucun lien avec les lectures de et . Les jukujikun incluent quelques mots d'origine européenne, dont certains demeurent relativement fréquents de nos jours, comme 煙草 (tabako, tabac) – littéralement « fumée-herbe ».

De surcroit, le terme ateji peut inclure les jukujikun dans son acception la plus large[14].

Exemples de kanjis avec leurs principales lectures

Jeune femme s'exerçant aux kanjis. Estampe sur bois Ukiyo-e par Yōshū Chikanobu, 1897.

Nota: les lectures on sont indiquées ici en majuscules, les lectures kun sont en minuscules. Seules les lectures officielles sont présentées.

    • Signification : arbre, bois (matière)
    • Lectures : BOKU / MOKU / ki / ko
    • Clé : (arbre)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : (ki → arbre) ; 木星 (mokusei → Jupiter[ac]) ; 木曜日 (mokuyōbi → jeudi = le jour de Jupiter)
    • Jukujikun : 木綿 (momen → coton)
    • Signification : livre, racine, base, origine, compteur pour objets cylindriques
    • Lectures : HON / moto
    • Clé : (arbre)
    • Nombre de traits : 5
    • Exemples de mots : (hon → livre) ; 山本 (Yamamoto → un nom de famille) ; 基本 (kihon → fondation, base)
    • Signification : soleil, jour
    • Lectures : NICHI / JITSU / hi / ka
    • Clé : (soleil)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : 本日 (honjitsu → aujourd'hui) ; 毎日 (mainichi → tous les jours) ; 朝日 (asahi → soleil du matin), 十日 (tōka → le dix du mois, dix jours)

Furigana

Exemple d'utilisation de furigana en écriture horizontale avec le kanji .

Parfois, on utilise des hiraganas ou katakanas de petite taille au-dessus (écriture horizontale) ou à droite (écriture verticale) des kanjis pour en spécifier la lecture. Ces caractères sont alors appelés furigana (振り仮名). Les furigana sont en particulier utilisés pour indiquer la lecture non officielle (c'est-à-dire absente de la liste des jōyō-kanji) d'un kanji officiel, la lecture d'un caractère non officiel, ou encore la lecture difficile d'un nom propre (prénom, nom de lieu, etc.).

Dans les textes officiels, les éléments non officiels doivent être accompagnés de furigana ou être remplacés par des kanas ; dans les publications pour enfants, un large usage des furigana est fait, du fait que les enfants ont généralement des capacités à lire les kanjis plus limitées que les adultes.

Des kanas situés après le kanji ou le mot en question, entre parenthèses ou dans une police de taille inférieure, peuvent aussi faire office de furigana.

Politiques de l'État japonais concernant les kanjis

Premières tentatives de réformes (de l'ère Meiji à 1945)

Sinogramme « fleur »

La volonté et les initiatives pour rationaliser et simplifier les kanjis sont antérieures aux réformes post-Seconde Guerre mondiale, mais aucun avis officiel de l'époque ne fut appliqué ; les usages de l'époque se sont donc appuyés sur la tradition. Durant l’ère Meiji, les formes du dictionnaire chinois de référence Kangxi[ad] constituaient de facto le canon pour la typographie qui connut alors un essor sans précédent. On note toutefois quelques différences entre le Kangxi et les habitudes d'impression au Japon, en raison des trois phénomènes suivants :

  • Des différences de design qui peuvent aller jusqu'à modifier la forme (ossature) du kanji. Par exemple, la variante de la clé [ae] correspondant à l'emplacement kanmuri fut le plus souvent rendue en trois traits au Japon au lieu des quatre traits du Kangxi[15] (cf. vignette ci-contre).
  • L'usage majoritaire au Japon de certains caractères[af] traités dans le Kangxi comme des variantes secondaires de formes correctes.
  • L'usage au Japon de kokuji qui sont par définition absents du Kangxi, un ouvrage purement chinois.

Ces formes traditionnelles (japonaises) sont identifiées sous le terme de iwayuru-kōkijitentai[16] (ci-dessous « formes quasi-Kangxi »), tandis que, dans les dictionnaires de kanjis, les formes du Kangxi stricto sensu sont souvent désignées en japonais par les termes seiji et seijitai, littéralement « caractères (formes) correct(e)s »[ag].

Avec l'industrialisation du Japon, émergea le débat quant à la nécessité de simplifier l’écriture. Fukuzawa Yukichi, un penseur majeur de la Restauration de Meiji, proposa[17] en 1873 dans un essai de réduire le nombre de kanjis (文字之教, De l'enseignement des caractères). Certaines propositions nettement plus extrêmes furent faites, comme celle de Nishi Amane en 1874 d’écrire le japonais en lettre latines[18], mais cette idée ne rencontra que peu de succès. Néanmoins, une première réforme vit le jour du côté des syllabaires hiraganas ; ces derniers, qui disposaient jusque-là de plusieurs formes, furent organisés avec une unique forme, les formes alternatives (hentaigana) étant rendus obsolètes, avec comme première étape l’arrêt de leur enseignement dans les écoles primaires en 1900.

En novembre 1922, une commission gouvernementale (臨時国語調査会) établit une liste de 1 962 kanjis, appelés kanjis d'usage courant (常用漢字, jōyō-kanji) publiée au journal officiel l’année suivante, mais cette décision ne fut pas appliquée notamment en raison des difficultés rencontrées par les autorités à la suite du grand séisme du Kantō de 1923. Une nouvelle tentative cependant fut faite en 1942 de limiter les kanjis avec l'avis rendu par le Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) qui préconisa d'adopter une liste de 2 528 kanjis[19]. Toutefois, les oppositions furent nombreuses tandis que les difficultés liées à la guerre s'amoncelaient ; la proposition ne fut pas suivie par le Cabinet.

Réformes d’après-guerre

Tōyō-kanji

L'occupation par l'armée américaine du Japon après la fin de la Seconde Guerre mondiale s'accompagna d'un grand nombre de réformes imposées par l'occupant. Les autorités américaines d'occupation voyaient dans l'usage des kanjis un système d’écriture favorisant l’illettrisme et allant à l'encontre du processus de démocratisation du Japon. Cette vision fut finalement contredite par une vaste étude sur l’alphabétisation du Japon en 1948 conduite par l'anthropologue John C. Pelzel montrant, à la surprise des Américains, que près de 98 % des Japonais n'avaient pas de difficultés particulières pour lire les kanjis[20].

Néanmoins, en amont de cette étude, les autorités japonaises avaient déjà publié, pressées par les forces d'occupation[21] et après seulement quelques mois de réflexion, une liste de 1 850 kanjis en 1946 ; celle-ci fut entérinée par le Cabinet à la hâte – seulement onze jours plus tard – le 16 novembre (cf. le document original [PDF]). Cette liste fut nommée « liste de kanjis à usage provisoire » (当用漢字表, tōyō-kanji-hyō). De fait, celle-ci se borna à définir les kanjis (plus exactement les classes de kanjis) dont l'usage fut autorisé dans les textes officiels, les médias et la société en général ; la liste indiqua que les formes[ah] et les lectures officielles auraient à être fixées ultérieurement. Les décrets suivants vinrent ainsi en complément :

  • Table des lectures des tōyō-kanji en 1948 (augmentée en 1973),
  • Définition des kanjis de l'enseignement primaire en 1948 (881 kanjis dans un premier temps, connus sous le terme de kyōiku-kanji),
  • Formes des tōyō-kanji en 1949, qui officialisèrent les formes simplifiées[22].

Une partie (environ un cinquième) des formes des tōyō-kanji publiées en 1949 sont simplifiées par rapport aux formes d'impression traditionnelles jusqu'alors en vigueur (formes quasi-Kangxi). Ces formes sont appelées formes nouvelles (新字体, shinjitai) et leurs contreparties traditionnelles sont communément désignées sous le terme de forme ancienne (旧字体, kyūjitai)[ai]. Les formes anciennes ne furent pas pour autant rendues totalement obsolètes, car le décret n'imposa pas de changer en particulier les noms de famille qui s’écrivent avec ces formes. Les formes « nouvelles » sont en fait pour la plupart des variantes qui sont des « formes abrégées[aj] » ayant elles-mêmes une longue tradition notamment dans le domaine de l'écriture manuscrite.

Le degré de coercition de cette réforme fut fort. Le décret de 1946 indique en effet que les mots s’écrivant initialement avec des kanjis hors-liste doivent être remplacés par des synonymes, ou bien écrits en syllabaires sans leurs kanjis ; les furigana sont de surcroit proscrits. Les domaines spécialisés furent par ailleurs invités à revoir leur terminologie afin de ne pas devoir recourir à des kanjis hors-liste.

Avec ces restrictions, de nombreux mots, notamment des termes sinoxéniques, ne purent donc plus s'écrire entièrement en kanjis ; apparut le phénomène des « écritures mélangées[ak] » (p. ex. き損[al] au lieu de l'écriture originale 毀損) qui rendent parfois la lecture difficile. Pour limiter le nombre de ces hybrides, les autorités publièrent un rapport [PDF] en 1956 qui valida des changements orthographiques consistant à puiser dans les caractères officiels pour remplacer les kanjis hors-liste.

En outre, en 1948, la législation japonaise sur le registre familial (戸籍, koseki?) limita aux tōyō-kanji les kanjis autorisés pour déclarer les nouveau-nés. De fait, un nombre important de kanjis jusqu'alors fréquents pour les prénoms se retrouva exclu des possibilités pour nommer les enfants. Cette réforme suscita de nombreuses critiques ainsi que des procès civils. En réponse, le gouvernement autorisa par ordonnance[23] en 1951 une liste supplémentaire de 92 kanjis.

Ces kanjis spécifiquement autorisés pour les prénoms sont connus sous le terme de jinmeiyō-kanji ; leur nombre est allé croissant d'ajouts en ajouts (cf. section dédiée).

Jōyō-kanji

En dépit de la nature provisoire des tōyō-kanji, ces derniers restèrent en vigueur 35 ans. En 1981, une nouvelle liste de kanjis officiels vint en remplacement : il s'agit des kanjis d'usage courant (常用漢字, jōyō-kanji). Le nombre de kanjis augmenta quelque peu avec 1 945 caractères au total. Cette liste est décrite comme un « objectif » – en non une règle absolue – qui n'a pas pour vocation de réguler les usages dans les domaines scientifiques, artistiques et les autres domaines spécialisés. En outre, l'utilisation des furigana ne fut plus bannie.

Les 1 945 formes canoniques (通用字体, tsūyō-jitai?)[24] des jōyō-kanji reprennent en particulier les formes simplifiées (shinjitai) des tōyō-kanji. Par ailleurs, quelques remaniements eurent lieu au niveau des lectures.

Cette liste fut revue et augmentée en 2010 (cf. section dédiée).

Orientations officielles contemporaines

Formes standard pour l'impression

En 2000, sont définies les « formes standard pour l'impression[am] » de 1 022 kanjis situés en dehors des jōyō-kanji, accompagnées de 22 variantes autorisées[25] (kan'i-kan'yō-jitai). Ces kanjis ont été retenus pour leur relatif haut degré de fréquence d'utilisation, en dépit de leur absence de la liste des jōyō-kanji de l'époque ; cela signifie que, pour l'essentiel, les kanjis exclus à la fois des jōyō-kanji et de cette liste complémentaire sont d'une importance relativement négligeable dans le cadre du japonais contemporain (noms propres mis à part).

Fait nouveau parmi les réformes du XXe siècle, les formes choisies comme standard sont les formes traditionnelles (formes quasi-Kangxi). En outre, de nombreuses variantes, telles (pour ) ou (pour ) qui suivent pourtant la même logique que les simplifications validées après-guerre (賣⇒売 ; 國⇒国), n'ont pas été retenues comme variantes autorisées, car elles étaient trop rares chez les éditeurs, en dépit de leur prédominance dans les logiciels grand-public de traitement de texte d'alors[an]. Le jeu de caractères codés JIS X 0213 a connu une profonde révision en 2004 pour refléter les choix de ces formes standard.

Liste officielle des kanjis d'usage courant (depuis 2010)

Article détaillé : Jōyō kanji.

Le développement des ordinateurs personnels et des téléphones mobiles donne accès au grand-public à de nombreux kanjis « non jōyō », mais fort utiles. En réponse, l'Agence pour les Affaires culturelles a proposé le 7 juin 2010 une révision de la liste des jōyō kanji (rapport en japonais [PDF]), laquelle fut promulguée par le Cabinet le 30 novembre de la même année. Ainsi, l'effectif des kanjis officiels passe à 2 136, par l'ajout de 196 caractères et le retrait de 5 caractères jugés trop rares. Des ajouts ou suppressions sont également apportés au niveau des lectures.

Une forme canonique par kanji (par classe de kanjis) est fixée, soit 2 136 formes. Pour les nouveaux kanjis ajoutés en 2010, leur formes canoniques sont dans l'ensemble[ao] des formes traditionnelles, dans la lignée de l'avis rendu en 2000. Par exemple, les formes ou sont choisies plutôt que les variantes et . D'autre part, les cinq kanjis , , , et ont des variantes tolérées[ap] (cf. illustrations ci-dessous).

Shinnyou kyoyou.gif Shokuhen kyoyou.gif

Fait nouveau, le rapport de l'Agence précise[26] qu'en raison de l'usage contemporain généralisé des outils informatiques, l'esprit de cette réforme n'est pas d'exiger la capacité à écrire à la main, de mémoire, tous les kanjis de la liste ; néanmoins, il n'est pas précisé quels seraient les kanjis « difficiles » susceptibles de faire l'objet de cette exemption. En ce qui concerne l'écriture manuscrite, certaines variantes, en général plus simples que les formes canoniques, sont reconnues voire indiquées comme préférables[27]. La reconnaissance de formes (jitai) différentes entre l'écriture manuscrite et les caractères pour l'impression constitue là aussi une nouveauté par rapport aux réformes précédentes.

Kanjis autorisés pour les prénoms

Article détaillé : Jinmeiyō kanji.

La plupart des prénoms contemporains des Japonais sont composés de un à trois kanjis[aq]. À la suite de la dernière modification en 2017[28], 2 999 kanjis au total sont autorisés pour les prénoms des nouveau-nés, parmi lesquels on compte 230 variantes ; c'est-à-dire qu'il y a 2 769 classes de kanjis autorisées pour les prénoms, dont tous les jōyō-kanji (2 136 classes) ainsi que 633 autres classes. La majorité des 230 variantes sont des formes anciennes (kyūjitai) de jōyō-kanji.

Parmi les kanjis autorisés, certains caractères ne se prètent guère, en raison de leur sens, à être employés dans les prénoms, ce qui limite légèrement le nombre de kanjis disponibles en pratique. Même en tenant compte de ce fait, il demeure un nombre considérable de kanjis à disposition. D'autre part, le choix de la lecture est libre. Autrement dit, même si, dans la pratique, certains usages sont généralement observés[ar], n'importe quelle lecture peut être, en théorie, associée à un kanji dans un prénom, quand bien même aucun dictionnaire ne la reconnaitrait. Ces éléments font qu'il existe une grande variété de prénoms au Japon.

Notes et références

Notes

  1. Le mot « kanji » est présent dans des dictionnaires français et s'accorde donc comme tous les noms communs français. Il en est de même pour les mots « kana », « hiragana » et « katakana ». Les noms plus techniques (p. ex. « kokuji »), sont indiqués en italique et restent invariables au pluriel, conformément à la grammaire japonaise.
  2. On trouve un terme similaire en chinois, duquel le mot kanji est issu, prononcé aujourd'hui en mandarin standard hànzì (chinois simplifié : 汉字 ; chinois traditionnel : 漢字).
  3. Les ouvrages Tennōki et Kokki (620), aujourd'hui disparus, sont des textes en sinogrammes antérieurs d'un siècle au Kojiki, selon les mentions qui en sont faites dans les chroniques Nihon Shoki.
  4. Wani serait venu, selon le Nihon Shoki, en l'an 16 du règne de l'empereur Ōjin, qui pourrait se situer entre la seconde moitié du IIIe siècle et le début du Ve siècle.
  5. Bien que les kanas soient ordinairement qualifiés de syllabaires, convention qui sera également suivie dans cet article, il est plus précis de dire que chaque kana représente une more du japonais (à l'exception des mores dites yōon  qui demandent deux kanas).
  6. Néanmoins, on trouve quelques cas pour lesquels l'attribut de kokuji ne fait pas l'objet d'un consensus ; par exemple, il n'est pas exclu que dans certains cas des caractères aient été « redécouverts » au Japon, à savoir que les Japonais créèrent une composition nouvelle, dotée d'une certaine signification, tout en ignorant qu'elle existait par ailleurs en Chine avec un sens à priori différent. Par exemple, « séparation » (, mata?) fut créé au Japon par une déformation d'« espérer » (, matsu?), mais c'est par ailleurs un caractère rare trouvé en poésie chinoise sans que les deux aient un quelconque lien direct.
  7. Lorsqu'un kanji est insécable, ce caractère et sa clé auront les mêmes graphies.
  8. Il existe souvent des appellations alternatives. Seul un exemple est indiqué ici.
  9. Cette clé est appelée onna dans les autres emplacements.
  10. Variante de la clé .
  11. La révision de la norme JIS X 0213 en 2012 ne comporte aucune modification au niveau des caractères eux-mêmes.
  12. Cf. japonais 筆画 (hikkaku?, littéralement « trait au pinceau ») ou 点画 (tenkaku?, littéralement « trait ou point »).
  13. L'ordre des traits est appelé en japonais 筆順 (hitsujun?) ou, familièrement, 書き順 (kakijun?).
  14. La différence entre un fondu et un arrêt marqué est surtout nette dans le cas d'une écriture au pinceau.
  15. La forme principale choisie par le dictionnaire n'est pas nécessairement antérieure aux autres variantes présentées.
  16. est une forme spécique au Japon du sinogramme « tortue ». La classe à laquelle elle appartient existe originellement parmi les caractères chinois, aussi ne parle-t-on pas de kokuji dans ce cas.
  17. Si on se limite aux lectures officielles des jōyō-kanji, les lectures kun les plus longues, terminaisons exclues, ont cinq syllabes. Cf. les mots (kokorozashi), (mikotonori) et 承る (uketamawaru).
  18. La syllabe shi () est monomorique, tandis que les syllabes kan (かん) et (こう) sont bimoriques.
  19. Ce sont notamment les syllabes du chinois médiéval dites « tons d'entrée » (入声, nisshō?) qui ont donné naissance aux lectures on pluri-syllabiques. On trouve par exemple la lecture eki de ou la lecture koku de .
  20. Les éléments indiqués après les traits d'union sont des terminaisons (okurigana) verbales ; elles s'écrivent en syllabaire et sont, dans la pratique, indissociables des radicaux. Ainsi, le kanji est entre autres associé au verbe ugoku (mot japonais pour « bouger ») qui se transcrit 動く ( est le hiragana ku) ; du point de vue sémantique japonais, ugo-ku est considérée comme une lecture kun de , et non simplement ugo. En revanche, cela n'empêche pas les okurigana d'être modifiés par conjugaisons, sans que la forme conjuguée ne constitue une lecture kun distincte ; par exemple, le verbe « bouger » mis au passé devient 動いた (ugo-ita). En outre, des verbes différents peuvent posséder des radicaux ayant la même prononciation tout en constituant deux lectures kun distinctes d'un kanji. Par exemple, les deux verbes 剝げる (hageru, se détacher) et 剝ぐ (hagu?, écorcher) revoient formellement à la même prononciation du kanji (en l’occurrence ha), tandis que ha-geru et ha-gu sont vues comme deux lectures kun différentes de .
  21. La liste des lectures et sens indiqués ici n'a pas vocation à être exhaustive.
  22. Les lectures des Tang sont aussi appelées sō-on (宋音, en référence du début de l'ère Song) ou tōsō-on (唐宋音, lectures Tang ou Song).
  23. 漢語 (kango) est plus fréquent que 字音語 (jiongo) dans la littérature mais le premier a le défaut d'être quasi-homographique avec le mot chinois hànyǔ (« langue chinoise ») écrit en sinogrammes traditionnels.
  24. Certains termes reprennent cependant des combinaisons existant en chinois ancien, mais un sens totalement nouveau leur a été attribué, ce qui fait qu'ils sont généralement considérés comme « dérivés » du chinois et non « empruntés ».
  25. Une partie de ces mots originaux japonais (和製漢語, wasei-kango?) ont vu le jour après la fin de la politique isolationniste nipponne dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous l'impulsion notamment de Fukuzawa Yukichi et Mori Arinori, permettant de traduire des concepts nouveaux venant de la civilisation occidentale de l'époque, avant d'être parfois exportés vers le chinois ou le coréen, comme 社会 (shakai, société).
  26. Cf. japonais 宣命体 (senmyōtai), style de transcription du japonais dans lequel les substantifs ou racines des verbes sont écrits en kanjis de grande taille, tandis que les éléments grammaticaux (terminaisons, particules, etc.) sont transcrits en man'yōgana de petite taille. La naissance de ce style constitua une étape majeure dans la constitution du système d'écriture japonais actuel. Son apparition daterait de l'ouvrage Shoku Nihongi (797), bien qu'aucun original ne sous soit parvenu.
  27. Cf. japonais 同訓異字 (dōkun-iji), « même kun, différents kanjis ».
  28. Cf. japonais 借字 (shakuji) ou 借り字 (kariji), signes empruntés.
  29. Jupiter est la planète de l'élément « bois ».
  30. Cf. japonais 康熙字典 (Kōkijiten).
  31. La même remarque s'applique à la clé .
  32. Par exemple les variantes et , pour et .
  33. Toufefois, le terme seiji (ou seijitai) peut, selon le contexte, faire référence à d'autres standards. Par exemple, dans un contexte juridique, il peut désigner les caractères dont les formes sont autorisées par la législation pour les documents officiels contemporains.
  34. Tout en remettant à plus tard la définition des formes, la liste de 1946 des tōyō-kanji indique cependant déjà quelques formes simplifiées qui sont qualifiées de principales (本体, hontai) par rapport aux formes originelles.
  35. En japonais, le terme 旧字体 (kyūjitai, « forme ancienne ») n'a pas de définition unique : certains dictionnaires de kanjis considèrent en effet la forme ancienne comme étant la forme stricto sensu du Kangxi d'un kanji ayant été réformé, tandis que d'autres optent pour la forme traditionnelle japonaise (quasi-Kangxi). Kyūjitai peut aussi désigner l'écriture au Japon antérieure aux réformes, auquel cas toutes les formes pseudo-Kangxi, y compris celles n'ayant pas été réformées, sont incluses.
  36. Cf. japonais 略字体 (ryakujitai), forme abrégées.
  37. Cf. japonais 混ぜ書き (mazegaki), écritures mélangées.
  38. est un hiragana qui code la more ki, en remplacement du kanji .
  39. Cf. japonais 印刷標準字体 (insatsu-hyōjun-jitai?, formes standard pour l'impression).
  40. Par exemple, le kanji (« fossé ») n'est pas répertorié dans la norme JIS X 0208, standard fréquemment utilisé en informatique notamment dans les années 1990 ; on y trouve uniquement la variante .
  41. Parmi les kanjis transférés de la liste de 2000 aux jōyō-kanji, , et sont cependant des variantes kan'i-kan'yō-jitai.
  42. Les cinq variantes de , , , et sont dites « formes tolérées » (許容字体, kyoyō-jitai), c'est-à-dire utilisables à la place des formes canoniques, faute de mieux. Il n'est cependant pas possible de les afficher avec le jeu de caractères JIS X 0213 et des polices ordinaires.
  43. Pour les prénoms des Japonais, il est également possible d'utiliser les kanas, le signe ー (chōonpu) et certaines marques d'itération ; en revanche, les lettres latines et les autres signes ne sont pas autorisés.
  44. La majorité des prénoms japonais suivent les lectures kun, on, ou les lectures spécifiques aux prénoms répertoriées dans les dictionnaires, connues sous le terme de 名乗り読み (nanori-yomi?).

Références

  1. Le vocable yomikata, littéralement « manière de lire», est également fréquemment usité. Le terme de onkun est employé en référence aux deux catégories de lectures que sont les lectures on d'une part et les lectures kun. Source : dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  2. Dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  3. JKATF, page 1 640.
  4. Le manuel pour l'instruction de l'ordre des traits (筆順指導の手びき) est un standard toujours utilisé de nos jours bien qu'il n'en soit plus fait officiellement mention dans la « Norme des manuels scolaires autorisés pour l'enseignement obligatoire » de 2014 (義務教育諸学校教科用図書検定基準, Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, paragraphe 国語科「書写」, partie 1, point 4 : « 漢字の筆順は、原則として一般に通用している常識的なものによっており、行書で筆順が異なる字については、適切な説明を加えていること »).
  5. BUNKA-CHŌ, page 205.
  6. En japonais honegumi (骨組み?) ou kokkaku (骨格?), BUNKA-CHŌ, page 7.
  7. a et b BUNKA-CHŌ, page 7.
  8. BUNKA-CHŌ, page 213 (« 書体とは,字体を基に文字が具現化される際に,文字に施された一定の特徴や様式の体系を言う »)
  9. BUNKA-CHŌ, page 8.
  10. Dictionnaire Kangxi, page 1 330.
  11. Halpern, Jack (1990). New Japanese-English Character Dictionary: A Semantic Approach to Kanji Lexicography
  12. 訓読 (kundoku?) est également trouvé comme simple synonyme de kun'yomi. Source : dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  13. Terme qui, dans une autre acception, est aussi un simple synonyme de kun'yomi. Source : dictionnaire Meikyō-Kokugo-Jiten, éditions Taishūkan.
  14. a et b Cf. définition de ateji dans le dictionnaire 明鏡国語辞典, éditions TAISHUKAN Publishing.
  15. Cf. le rapport du 22e Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) sur la « Table des formes des kanjis hors-liste » (表外漢字字体表), Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, paragraphe 二.字体表, point 6.
  16. Cf. japonais いわゆる康熙字典体 (iwayuru-kōkijitentai). Une définition de ce terme est donnée dans le rapport du 22e Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) sur la « Table des formes des kanjis hors-liste » (表外漢字字体表), Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, paragraphe 一.前文, section 1, point (2).
  17. ウェブスター辞書と明治の知識人, Isamu HAYAKAWA, page 209. (ISBN 978-4861101281)
  18. Cf. essai de Nishi Amane : 洋字ヲ以テ国語ヲ書スルノ論.
  19. La liste des kanjis standard (標準漢字表, hyōjun-kanji-hyō?) de 1942 se divise en 1 134 kanjis d'usage courant, 1 320 kanjis d'usage quasi-courant et 74 kanjis spéciaux pour des termes spécifiques trouvés dans la Constitution de l'Empire ou la loi de la maison impériale. Cf. le document original [PDF].
  20. 戦後日本漢字史, Tetsuji ATSUJI, 2010.
  21. T. MAEDA, page 9.
  22. Le rapport du Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) de 1948 auquel se réfère le décret de 1949 montre les formes (ossatures) des tōyō-kanji dont l'usage sera commun tant pour les caractères d'imprimerie (styles Ming et dérivés) que pour l'écriture manuscrite (style régulier) ; le rapport mentionne néanmoins qu'il continuera d'y avoir parfois des différences entre les représentations imprimées et habitudes manuscrites (ces différences de design ne remettant pas en question l'unicité des ossatures des tōyō-kanji).
  23. Article 60 du décret d'application de la loi sur le registre familial (戸籍法施行規則).
  24. tsūyō-jitai (通用字体?, littéralement « formes ayant cours ») est un terme qui fut officiellement consacré dans la Table des jōyō-kanji (常用漢字表?, 1981), au paragraphe 表の見方及び使い方. Voir aussi BUNKA-CHŌ, pages 9 et 212.
  25. Ces 22 variantes sont dites 簡易慣用字体 (kan'i-kan'yō-jitai?, formes d'usage simples) et sont des alternatives officiellement reconnues, en principe plus simples que les formes standard, comme pour ou pour . D'autres formes sont « tolérées », au sens où la norme indique que l'on peut les employer faute de mieux ; toutefois, elles ne sont plus affichables avec le jeu de caractères JIS X 0213 et les polices ordinaires. Détails sur les formes tolérées : 表外漢字字体表 二.字体表 (Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, 5e point).
  26. Extrait page 7 : « 情報機器の使用が一般化・日常化している現在の文字生活の実態を踏まえるならば、漢字表に掲げるすべての漢字を手書きできる必要はなく、また、それを求めるものでもない。 »
  27. BUNKA-CHŌ, page 206. En outre, les variantes spécialement autorisées pour l'écriture à la main peuvent être néanmoins utilisées comme formes d'impression dans le cas où le style employé se veut au plus proche l'écriture manuscrite régulière, ce qui est notamment le cas avec le style d'impression kyōkashotai. Cf. BUNKA-CHŌ, pages 60, 61 et 83.
  28. Journal officiel japonais (Kanpō) du 25 septembre 2017 : décret du ministère japonais de la Justice numéro 32, ajoutant le kanji .

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Claude MARTIN, Mémento et dictionnaire des Kanji : 2143 nouveaux Kanji usuels japonais, Éditions FransOrienT, Paris, 2011, 312 p. (ISBN 978-2952878142)
  • (ja) The Japan Kanji Aptitude Testing Foundation (JKATF), 漢検漢字字典第二版 (Seconde édition du dictionnaire Kanken Kanji), Japon, 2014, 1 984 p. (ISBN 978-4890963058)
  • (ja) Tomiyoshi MAEDA, 常用漢字最新ハンドブック (Jōyō-Kanji Saishin Handobukku), Éditions Shoin, Japon, 2011, 255 p. (ISBN 978-4625634109)
  • (ja) Agence pour les affaires culturelles (BUNKA-CHŌ), 常用漢字表の字体・字形に関する指針 (Directives concernant les formes des kanjis courants), Éditions Sanseidō, Japon, 2016, 236 p. (ISBN 978-4385362335)

Articles connexes

Liens externes