Judéo-nazaréisme

Le judéo-nazaréisme est un concept du théologien chrétien Édouard-Marie Gallez, destiné à rendre compte de l'origine de l'islam qui dans sa thèse serait issu — au moins pour partie — du mouvement nazôréen, tout en distinguant deux groupes qui, d'après les partisans de ce concept, se seraient séparés au moment de la révolte juive de 66-70 : les judéo-nazaréens qui auraient été très actifs aux côtés des Zélotes lors de cette révolte et dont on retrouverait les héritiers à la fondation de l'islam, et ceux dont le mouvement chrétien serait les héritiers.

Le contexte judéo-chrétien

Le personnage du « maître de Justice » que beaucoup croyaient mythique est très vraisemblablement le Cohen Yossé ben Yo‘ezer qui s’opposa au culte du Temple au IIe siècle av. J.-C. et mourut victime des persécutions lors de l'expédition du général Bacchidès, gouverneur de Syrie, venu rétablir Alcime dans la fonction de Grand Prêtre en -161. Sa mort est décrite dans le midrash Bereshit Rabba (65:22). Loin de faire taire ses partisans obligés de se disperser, sa mort renforça leur culture politique d’opposition exacerbée par un rêve de pureté cultuelle, axé sur l'attente du messie qui purifiera le culte et chassera l'étranger des Lieux saints. Cette mouvance, dont les Zélotes sont une branche, est à l'origine de la littérature dite « de la mer Morte ». Ces découvertes éliminent les invraisemblables hypothèses qui avaient été imaginées à la suite des fouilles de 1950 par certains fouilleurs des grottes de la mer Morte : rapprocher le site archéologique de Qumrân du contenu littéraire des grottes, c'est-à-dire imaginer les habitants du site en « moines esséniens », auteurs uniques des manuscrits des grottes, et donc très occupés à les recopier dans un scriptorium à la mode médiévale (ce qui constitue un anachronisme de dix siècles !). Ces rapprochements sans fondements, nés dès les années 1950 dans l'entourage du père de Vaux qui dirigeait les fouilles, ont été mis en cause assez vite par les archéologues (dont Robert et Pauline Donceel[1]) : le site même de Qumrân n'a rien de « monastique », il témoigne au contraire d'un habitat très riche ; et son invraisemblable "scriptorium" n'est autre qu'une pièce de séjour telle qu'on en trouve dans d'autres demeures riches de la région à cette époque. Quant aux textes des grottes, il convient de les libérer de la fiction « essénienne » qui a été bâtie autour d'eux, comme l'a dénoncé un exégète spécialiste de ces manuscrits, André Paul[2], en 2008.

L'islam et le Troisième Temple

Province romaine de Syrie vers le début de l'ère chrétienne
Topographie historique de la Syrie antique et médiévale (Paris, Geuthnar, 1927).

Parmi les chercheurs francophones, Alfred-Louis de Prémare[3], décédé en 2006, considère qu'il faut relire les sources d'origine islamique sur lesquelles on s'appuyait jusqu'à présent, pour les intégrer dans une perspective plus ouverte.

Parmi les chercheurs américains, il faut mentionner Patricia Crone, d’origine suédoise, qui a publié une thèse en 1977 sur l'impossibilité du commerce mecquois, ce qui la conduisait à se demander comment ces habitants ont pu subsister avant que La Mecque ne soit le lieu de pèlerinage des musulmans (ce qui n’est attesté de manière fiable qu’à partir de la fin du VIIe siècle)[4]. C’est vers le Nord-Ouest de la péninsule arabique que les indications biographiques fiables pointent toujours, indique-t-elle. Mais elle est revenue sur une grande partie de cette thèse en 2006 et estime dorénavant qu'un tel commerce est vraisemblable, ainsi que l'existence de La Mecque en période préislamique. Selon les travaux de Christoph Luxenberg, la langue du texte coranique est influencée par le syriaque, à la lumière duquel nombre d’obscurités textuelles disparaîtraient[5],[6]. Les travaux de Luxemberg ont toutefois à la fois été critiqués[7],[8] et loués[9] par ses pairs.

Bibliographie

  • R.A. Pritz, Nazarene Jewish Christianity [Le judéochristianisme nazaréen], Jérusalem-Leyde, Brill, 1988
  • André Paul, Qumran et les Esséniens. L’éclatement d’un dogme, Cerf, 2008
  • Kamal Salibi, Gérard Mannoni La Bible est née en Arabie, Grasset, 1996.
  • François Blanchetière, Enquête sur les racines du mouvement chrétien, éd. Cerf, Paris, 2001, (ISBN 2-204-06215-4)
  • Simon Claude Mimouni, Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Éd. Albin Michel, 2004, Paris, (ISBN 2-226-15441-8)
  • Simon-Claude Mimouni (dir.), Le judéo-christianisme dans tous ses états, Cerf, coll. « Lectio Divina »,
  • Simon-Claude Mimouni (préf. André Caquot), Le Judéo-christianisme ancien, Cerf, coll. « Essais historiques »,
  • Marcel Simon et André Benoît, Le Judaïsme et le christianisme antique, d'Antiochus Épiphane à Constantin, PUF,
  • Jonathan Bourgel, D'une identité à l'autre ? : la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem : 66 - 135, préface de Dan Jaffé, Le Cerf, coll. « Judaïsme ancien et Christianisme primitif »,

Rapports avec l'Islam

  • Claude Gilliot, Origines et fixation du texte coranique, in Études, décembre 2008, p. 643-652
  • Alfred-Louis de Prémare, Joseph et Muhammad. Le Chapitre 12 du Coran, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 1989
  • Crone Patricia & Cook Michael, Hagarism. The Making of the Islamic World, Cambridge University Press, 1977
  • Patricia Crone & Martin Hinds, God’s Caliph. Religious authority in the first centuries of Islam, Cambridge University Press, 1986
  • Crone Patricia, Meccan trade and the rise of Islam, Oxford, Blackwell, 1987
  • Joachim Gnilka, Qui sont les chrétiens du Coran ?, Éditions du Cerf, 2008.
  • Azzi Joseph, Le Prêtre et le prophète, aux sources du Coran, Maisonneuse et Larose, 2001
  • Gallez E-M, Le Messie et son prophète, 2 tomes, éditions de Paris, 2005
  • Alfred-Louis de Prémare, Aux origines du Coran, questions d’hier, approches d’aujourd’hui, Paris, Téraèdre, 2004
  • Alfred-Louis de Prémare, La Construction de savoirs religieux dans les premières générations de musulmans in Alpha. Biographies et récits de vie, IRMC (Institut de recherche sur le Maghreb contemporain), Tunis / Afemam, Aix-en-Provence, 2005, p. 121-132
  • Anne-Marie Delcambre (et alii), Enquêtes sur l'islam, Desclée de Brouwer, 2004

Références

  1. DONCEEL-VOÛTE Pauline et Robert, The Archeology of Khirbet Qumran, in WISE Michael O. et alii, Methods of Investigation of the Dead Sea Scrolls and the Khirbet Qumran Site : present realities and future prospects [Annals of the New York Academy of Sciences, vol.722], 1994, p.26-27.36. Voir aussi Dossiers d’Archéologie, Dijon, 1999 , 240, p. 90-123.
  2. André Paul, Qumran et les Esséniens. L’éclatement d’un dogme, Cerf, 2008.
  3. Prémare Alfred-Louis de, Les Fondations de l’Islam. Entre écriture et histoire, Paris, Seuil, 2002
  4. Patricia Crone, Meccan Trade and the Rise of Islam, Princeton, Princeton University Press, 1987.
  5. Christoph Luxenberg, Die syro-aramäische Lesart des Koran : Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Qur’ānsprache, Berlin, Das Arabische Buch, 2000.
  6. Robert R. Phenix Jr. et Cornelia B. Horn, Revue du livre, Journal of Syric Sudies, vol. 6, n° 1, janvier 2003.
  7. « Review of Ch. Luxenberg, 'Die Syro-Aramäische Lesart des Qur'an' », sur www.livius.org (consulté le 24 janvier 2019)
  8. « Review Of 'Die syro-aramäische Lesart des Koran: Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache' ('Christoph Luxenberg', 2000, Das Arabische Buch: Berlin) By Francois de Blois », sur www.islamic-awareness.org, (consulté le 24 janvier 2019) : « His book is not a work of scholarship but of dilettantism. (Son livre n'est pas un travail d'érudition mais de dilettantisme.) »
  9. « Scholars Scrutinize the Koran's Origin », sur www.corkscrew-balloon.com (consulté le 24 janvier 2019)

Voir aussi

Articles connexes