John Stuart Mill

John Stuart Mill
John Stuart Mill by John Watkins, 1865.jpg

John Stuart Mill en 1865.

Naissance
Décès
(à 66 ans)
Avignon, France
Sépulture
Nationalité
Langue maternelle
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Séparation des sphères publique et privée, hiérarchisation des plaisirs dans la théorie utilitariste, émancipation des femmes, logique inductive
Influencé par
A influencé
Père
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signature de John Stuart Mill

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John Stuart Mill ( à Londres - à Avignon) est un philosophe, logicien et économiste britannique. Parmi les penseurs libéraux les plus influents du XIXe siècle, il est un partisan de l'utilitarisme, une théorie éthique préalablement exposée par Jeremy Bentham, dont Mill propose sa compréhension personnelle. En économie, il est l'un des derniers représentants de l'école classique. Précurseur du féminisme, Mill propose en outre un système de logique qui opère la transition entre l'empirisme du XVIIIe siècle et la logique contemporaine. Il est enfin l'auteur du premier grand traité sur la démocratie représentative intitulé : Considération sur le gouvernement représentatif (1861).

Biographie

Fils aîné de James Mill, il naît dans la maison parentale à Pentonville, Londres. Il est instruit par son père, sur les conseils et avec l'assistance de Jeremy Bentham et David Ricardo. Il reçoit une éducation extrêmement rigoureuse, délibérément mis à l'écart des enfants de son âge. Son père, adepte de Bentham et défenseur de l'associationnisme, a pour but avoué de faire de lui un génie qui pourrait poursuivre la cause de l'utilitarisme et de ses applications après sa mort et celle de Bentham.

Il est d'une intelligence et d'une culture exceptionnellement précoces ; son père lui apprend à l'âge de trois ans l'alphabet grec et une longue liste de mots grecs avec leurs équivalents en anglais. À huit ans, il lit les fables d'Ésope, l'Anabase de Xénophon, tout Hérodote, il est à l'aise avec Lucien de Samosate, Diogène, Isocrate et connait six dialogues de Platon. Il lit également une grande quantité d'ouvrages sur l'histoire.

Toujours à l'âge de huit ans, Mill commence le latin, étudie Euclide, l'algèbre et se charge de l'éducation des plus jeunes enfants de la famille. Ses principales lectures concernent l'histoire, mais il lit tous les auteurs latins et grecs communément étudiés dans les collèges et les universités de l'époque. Il n'a pas à composer en latin ou en grec et n'a jamais été scolaire ; ce sont des matières qu'il doit lire, et à dix ans il lit Platon et Démosthène aisément. L'ouvrage de son père : Histoire des Indes, est publié en 1818 ; immédiatement après, vers douze ans, John entame l'étude de la logique scolastique, tout en parcourant les traités de logique d'Aristote dans le texte. Les années suivantes, son père l'introduit à l'économie politique par l'étude d'Adam Smith et de David Ricardo et, finalement, complète sa vision économique avec l'étude des facteurs de production.

John Stuart Mill et sa belle-fille Helen Taylor, vers 1835.

À vingt ans, il est victime d'une dépression liée probablement au surmenage. Cet épisode de sa vie l'amène à reconsidérer l'utilitarisme de Bentham et de son père : il en vient à penser que l'éducation utilitariste qu'il avait reçue, si elle a fait de lui une exceptionnelle « machine à penser », l'a dans le même mouvement coupé de son moi profond et a presque tari en lui toute forme de sensibilité. Dès lors, il tente de concilier la rigueur scientifique et logique avec l'expression des émotions. Ce sont les œuvres du poète Wordsworth qui, dans un premier temps, l'aident à développer une « culture des sentiments », à faire (re)surgir en lui la vitalité du cœur, et l'amènent à se rapprocher de la pensée romantique.

Il attribue une importance majeure aux pensées de son épouse Harriet Taylor Mill et de sa belle-fille Helen Taylor. Mill indique lui-même dans l'un de ses ouvrages[Lequel ?] que « ceux-ci ne sont pas le travail d'un esprit, mais de trois ». Notamment, il décrit son essai De la liberté comme issu de la « conjonction » de l'esprit de sa femme et du sien, et souligne dans des pages de ses Mémoires que son amour se double d'une forte complicité intellectuelle :

« Lorsque deux personnes partagent complètement leurs pensées et leurs spéculations, lorsqu'elles discutent entre elles, dans la vie de tous les jours, de tous les sujets qui ont un intérêt moral ou intellectuel, et qu'elles les explorent à une plus grande profondeur que celle que sondent d'habitude et par facilité les écrits destinés aux lecteurs moyens ; lorsqu'elles partent des mêmes principes, et arrivent à leurs conclusions par des voies suivies en commun, il est de peu d'intérêt, du point de vue de la question de l'originalité, de savoir lequel des deux tient la plume. Celui qui contribue le moins à la composition peut contribuer davantage à la pensée ; les écrits qui en sont le résultat sont le produit des deux pris ensemble, et il doit souvent être impossible de démêler la part qu'ils y ont chacun, respectivement, et d'affirmer laquelle appartient à l'un, et laquelle, à l'autre. Ainsi, au sens large, non seulement durant nos années de vie maritale, mais encore durant les nombreuses années de complicité qui les précédèrent, toutes mes publications furent tout autant les œuvres de ma femme que les miennes…[1] »

Lettre adressée à John Stuart Mill de Nouvelle-Zélande et passée à Avignon en transit le 3 février 1872
Tombe de John Stuart Mill au cimetière Saint-Véran d'Avignon.

Il est très affecté par le décès de sa femme à Avignon en 1858, morte d'une congestion pulmonaire, et il reste dès lors en France, pour demeurer près d'elle et s'installe dans une petite maison d'où il peut voir le cimetière, à Saint-Véran, avec sa belle fille, Helen Taylor. Il meurt le et est inhumé au cimetière Saint-Véran.

Philosophie de Mill

Paradoxe de l'induction et pensée économique

En 1843 est publié Système de logique déductive et inductive. Cet ouvrage n'est pas, malgré son titre, une répétition de la logique d'Aristote, ni un manuel supplémentaire pour une discipline codifiée. En réalité, le système est l'expression d'une philosophie nouvelle, chaînon indispensable qui relie David Hume à Bertrand Russell. Le système de logique offre sans doute un récapitulatif de tout ce qu'il faut entendre sous le terme de logique, mais il propose aussi une nouvelle théorie des sophismes, des noms propres, de la référence, et surtout de l'induction. Le lecteur trouve chez Mill des propositions de réponses au paradoxe de l'induction mis en évidence par Hume, comme il y lit la critique, devenue classique, de la déduction comme raisonnement circulaire, et condamné par nature à ne pouvoir remettre en cause, donc ne pas dépasser, ses axiomes et prémisses. Enfin, le système de logique de Mill met en place une théorie générale des sciences humaines et de leurs méthodes propres, à l'image de son contemporain Karl Marx.

Dans Principes d'économie politique en 1848, Mill développe ses idées sur les droits sociaux et les libertés des travailleurs. Il définit les bornes du progrès des sociétés industrielles, notamment par la baisse tendancielle du taux des profits. Il constate que les mobiles d’agressivité et de gain ne sont utilisés que, faute de mieux, pour accroître les richesses matérielles ; leur déchaînement, accompagné d’une lourde apathie, dégrade les hommes et leur ravit le loisir et la solitude[pas clair]. Les progrès économiques ne sont pas parvenus à engendrer les grands changements qui feraient, comme il conviendrait, des inventions mécaniques la propriété commune du genre humain. Aussi, la société en vue du mieux-être de tous ses membres, peut-elle être réorientée et remodelée sans peur, même si elle doit pour cela perdre un peu de ses dynamismes matériels et manifestes. L’épanouissement de tout individu est desservi par les ruées des êtres vils sur une nature humiliée. L'humanité doit choisir l'état stationnaire avant que la nécessité ne l'y contraigne.

Pour Robert Heilbroner, auteur de Les Grands Économistes, Mill est à l'origine du « plus grand “Mais” de l’histoire de la pensée économique ». En effet, Mill pose que la science économique s’applique à la production de biens et de services et permet d’utiliser au mieux les ressources, mais elle ne s’applique pas au champ de la répartition : c’est à la société de choisir le mode de répartition des richesses créées, ce qui laisse le champ libre à la politique, au rôle de l'État, à des choix de société, etc.

Le pouvoir de la société sur la liberté de l'individu

De la liberté (On Liberty), première édition de 1859.

En 1859, Mill rédige De la liberté où il traite de la nature et des limites du pouvoir que la société exerce sur l’individu. Cependant Mill énonce clairement que son souci de liberté ne s’étend pas à tous les individus et à toutes les sociétés. Il déclare que « le despotisme est un mode de gouvernance légitime avec les barbares ». Mill défend l'idée d'empêcher les individus de se causer des blessures sérieuses sur eux-mêmes ou sur leurs propriétés en vertu du principe de non-nuisance. Étant donné que personne ne vit dans un État d’isolation totale, les blessures faites à soi-même peuvent aussi nuire à autrui. Saccager ou détruire ses propriétés cause du tort à soi-même autant qu’à la communauté. Mill exclut de ce principe ceux qui sont incapables d’autonomie, comme les enfants ou les individus vivant dans les strates les plus reculées de la société. Par exemple, Mill énonce explicitement que « nuire » peut inclure les actes d’omission (ne pas secourir un enfant de la noyade, ne pas payer ses taxes, ne pas se présenter comme témoin lors d’un procès, etc.) autant que les actes de commission. Par conséquent, ces omissions pourraient être contrôlées. En revanche, Mill ne considère pas comme nuire à autrui si - sans utiliser la force ou la fraude - l’individu concerné consent à en assumer les risques. Ainsi, une personne peut offrir des emplois dangereux à autrui, tant qu’il n’y a pas tromperie. Mill reconnaît néanmoins une limite à ce consentement : la communauté doit empêcher toute personne de se vendre comme esclave.

Les arguments avancés dans De la liberté seraient liés aux principe d’utilité, et ne seraient pas des droits naturels. La question de quelles actions, omissions ou commissions, peuvent être considérées comme nuisibles sujettes à contrôle ou comme ne regardant que soi-même, continue à être débattu parmi les spécialistes de Mill[réf. nécessaire]. Ce dernier ne considère pas que le fait d'offenser serait une nuisance ; une action ne devrait pas être restreinte du fait qu’elle viole les conventions ou les mœurs d’une société donnée.

De la liberté comprend une défense passionnée de la liberté d’expression. Mill affirme que la liberté de discourir est une condition nécessaire pour tout progrès social ou intellectuel. Il soutient aussi que laisser les gens propager des avis erronés est productif pour deux raisons : d’une part, il est plus probable que les individus abandonnent des opinions erronées s’ils sont engagés dans des débats d’idées ouverts, et d'autre part, en forçant les autres individus à ré-examiner et réaffirmer leurs convictions dans le processus du débat, cela prévient de transformer ces idées en un simple dogme. Il n'est pas suffisant, selon Mill, qu'un individu ayant une idée non-vérifiée s’avère vraie ; chacun doit comprendre pourquoi cette idée est la bonne. Dans le même passage, Mill écrit « des vitupérations [protestations] démesurées, utilisées pour défendre la doxa, dissuade les gens d’exprimer des opinions contraires, et d’écouter ceux qui les expriment ».

Positionnement contre « l'assentiment » féminin

Dans son essai De l'assujettissement des femmes (ou De l'asservissement des femmes[3]) en 1869, Mill défend la cause de l'émancipation des femmes et demande qu'elles bénéficient elles aussi du suffrage. Il use d'une méthode qui s'attache à expliciter les causes de la domination des hommes sur les femmes : selon Mill, les « dominées » auraient incorporé la domination. Il réfute l'idée selon laquelle il existerait une « essence féminine ».

Influence sur les auteurs français

Maison de John Stuart Mill, à Avignon, aujourd'hui détruite.

Outre De la liberté, ses Considérations sur le gouvernement représentatif, qui reprennent notamment le système de représentation proportionnelle inventé par Thomas Hare afin d'assurer une représentation des minorités dans le cadre du suffrage universel, influence plusieurs auteurs français, dont le républicain-socialiste Louis Blanc, l'orléaniste Lucien-Anatole Prévost-Paradol, Joseph Guadet (De la Représentation nationale en France, 1863), Alfred Le Chartier de Sedouy (Réforme du suffrage universel, 1863) ou Hippolyte Passy (« Rapport sur un ouvrage de M. Stuart Mill, intitulé : Du Gouvernement représentatif », Séances et Travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862) ; plusieurs articles de La Revue des deux Mondes, écrits par le duc d'Ayen ou Alfred Jacobs, rendent compte également de cet ouvrage[4]. Sa défense du droit de vote des femmes, qui donne lieu à un discours notable lors de la campagne pour le Reform Act de 1867, ainsi qu'à un ouvrage spécifique, connaît moins de succès[4]. Le jeune Clemenceau, enfin, traduit son livre Auguste Comte et le positivisme en échange de la publication de sa thèse de médecine[5].

Œuvre majeure

Essays on economics and society, 1967.
  • 1843 : Système de logique déductive et inductive
  • 1844 : Essays on Some Unsettled Questions of Political Economy
  • 1848 : Principes d'économie politique
  • 1859 : De la liberté (titre en anglais : On Liberty)
  • 1859 : Quelques mots sur la non-intervention, essai de politique étrangère
  • 1861 : Considérations sur le gouvernement représentatif (Considerations on Representative Government), essai sur le "moralité constitutionnelle"[6]
  • 1861 : L'utilitarisme (Utilitarianism)
  • 1865 : La philosophie de Hamilton (An Examination of Sir Hamilton's Philosophy)
  • 1865 : Auguste Comte et le positivisme [lire en ligne]
  • 1869 : De l'assujettissement des femmes (ou De l'asservissement des femmes)
  • 1873 : Autobiographie
  • 1874 : Essais sur la religion (Three Essays on Religion)
  • 1875 : Mes mémoires : histoire de ma vie et de mes idées

Correspondance

Bibliographie

  • Gilbert Boss, John Stuart Mill, Induction et utilité, PUF, Paris, 1990.
  • Jean-Pierre Cléro et Gilbert Boss, « Le vocabulaire de John Stuart Mill », Le vocabulaire des philosophes, Suppléments I, vol. V, éd. J.-P. Zarader, Ellipses, Paris, 2006.
  • John Stuart Mill and Representative governement, Dennis F. Thompson, 1976
  • Liberté, Egalité, Fraternité, James Fitzjames Stephen, 1876.
  • Mill on Democracy : from Athenian Polis to Representative Government, N. Urbinati, 2002
  • Martine Monacceli (dir.), Ces hommes qui épousèrent la cause des femmes : Dix pionniers britanniques, Éditions de l'Atelier, 2010, (ISBN 2708241052), compte-rendu de Guyonne Leduc, Université de Lille 3.
  • Vergara,Francisco, « Présentation de l'utilitarisme » , dans Encyclopaedia Universalis.
  • Vergara,Francisco, « John Stuart Mill : mythes et réalités », in Economie et Philosophie, 2005. 
  • Vergara,Francisco, « Bentham et Mill sur “la qualité” des plaisirs », in Revue d'études benthamiens, 2011.
  • Vergara,Francisco, [PDF] « Les individus, sont-ils les ‘meilleurs juges’ de leurs intérêts ? Le point de vue de Smith, Turgot et Mill », août 2016, in Économie et Philosophie.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. cf. Mill, Mes Mémoires. Histoire de ma vie et de mes idées, VII ; cf. aussi Mill, Sur la liberté, « Dédicace de l'auteur ».
  2. John Stuart Mill, De l'asservissement des femmes (lire en ligne)
  3. a et b Djamel Souafa & Vincent Guillin, « La réception de Stuart Mill en France », La Vie des idées, 18 mai 2010. (ISSN 2105-3030).
  4. John Stuart Mill, Auguste Comte et le positivisme, trad. par Georges Clemenceau [lire en ligne]
  5. See (it)Giampiero Buonomo, Libero mandato e “compravendita” di parlamentari: garanzie e patologia delle immunità, Questione giustizia, 16 febbraio 2017, p. 2/12.