Jean Tirole

Jean Tirole, né le à Troyes[2], dans l'Aube, est un économiste français.

Il est président de la Fondation Jean-Jacques Laffont - Toulouse School of economics (TSE), directeur scientifique de l’Institut d'économie industrielle (IDEI) à Toulouse et membre fondateur de l'Institute for Advanced Study in Toulouse (IAST). Il est aussi professeur invité au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis le 27 juin 2011. Depuis 1995, il est aussi directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Le 13 octobre 2014, il reçoit le « Prix Nobel d'économie ».

Formation

Il étudie en classes préparatoires au lycée Henri Poincaré (Nancy)[3] et intègre l'École polytechnique (promotion X 1973). Jean Tirole est ingénieur général des ponts et chaussées. Il est titulaire d'un doctorat de 3e cycle en mathématiques de la décision à l'université Paris-Dauphine (1978).

Il est également titulaire d'un Ph.D. en sciences économiques obtenu au Massachusetts Institute of Technology sous la direction d'Eric Maskin (Prix Nobel d'économie 2007).

Recherches

Ses recherches portent sur l'économie industrielle, la régulation des industries de réseau (en collaboration avec Jean-Jacques Laffont) et du système bancaire, la finance d'entreprise, l’économie internationale, et les liens entre l’économie et la psychologie. Elles ont un thème unificateur : la méthodologie de la théorie des jeux et de la théorie de l’information.

Il s’est intéressé aux modèles d’affaire des entreprises dites « bifaces », c’est-à-dire qui s’adressent à deux catégories de clientèles distinctes[4] et a proposé des mesures de régulation face aux oligopoles et « gentils » monopoles qui jouissent d’une position dominante sans en apparence en profiter aux dépens de leurs clients[5],[6].

Il plaide pour que les économistes ne se cantonnent pas à leurs propres outils mais adoptent une attitude davantage pluridisciplinaire, en s'appuyant sur les autres sciences sociales, notamment dans le cas de l'économie comportementale[7]. Cependant, en 2015, alors qu'une rumeur s'étend sur la création au sein du Conseil National des Universités d'une section "Institutions, Economie, Territoire et Sociétés" visant à adopter une approche pluridisciplinaire de la "science économique", Jean Tirole se fend d'une lettre ouverte à la Ministre chargée de l'enseignement supérieur, Najat Vallaud-Belkacem, dans laquelle il considère que l'ouverture d'une telle section visant à aborder l'économie comme une science imbriquée dans d'autres sciences humaines (un point de vue qualifié en général d'hétérodoxe) serait "une catastrophe pour la visibilité et l’avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays"[8]. La section en question ne sera finalement pas créée.

Le professeur Tirole enseigne aujourd'hui dans de nombreuses structures de l'enseignement supérieur mondial, mais il reste cependant rattaché à Toulouse School of Economics.

Reconnaissance

Jean Tirole, ancien président de la Société d'économétrie et de l’European Economic Association, est docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles (1989), de l'université de Montréal (HEC, 2007), de la London Business School (2007), de l'université de Mannheim (2011), de l’Athens University of Economics and Business (2012), de l'université de Rome « Tor Vergata » (2012), de l'université Hitotsubashi (2013), de l'université de Lausanne (2013). En 1993, il a reçu le prix Yrjö Jahnsson (qui récompense tous les deux ans un économiste de moins de quarante-cinq ans en Europe) et est nommé membre honoraire étranger de l’Académie américaine des arts et des sciences et de l’American Economic Association. Depuis 2011, il est membre de l'Académie des sciences morales et politiques. En 2012, il reçoit le grand prix de l'Académie d'Occitanie. Fait Honorary Fellow de la Royal Society of Edinburgh, 2013.

Récipiendaire de la médaille d'argent du CNRS en 2002[9], il reçoit en 2007 la médaille d'or du CNRS, ce qui en fait le second économiste après Maurice Allais à recevoir cette distinction[2],[10]. Il est le premier lauréat du prix BBVA Foundation Frontiers of Knowledge Awards en économie, finance et management (2008). Il obtient en 2010 le prix Claude Lévi-Strauss[11], qui vise à reconnaître et à valoriser l'excellence de l'œuvre d'un chercheur en sciences humaines ainsi que le prix en finance décerné conjointement par le Mathematical Sciences Research Institute (MSRI) de Berkeley et le Chicago Mercantile Exchange. Il a reçu le Ross Prize 2013 et le prix Erwin Plein Nemmers d'économie 2014[12].

En 2014, il est nommé membre du Conseil stratégique de la recherche[13]. Puis il devient le troisième français, après Gérard Debreu en 1983 et Maurice Allais en 1988, à recevoir le « prix de la banque de Suède en sciences économiques » pour son « analyse du pouvoir de marché et de sa régulation »[14].

Prises de position dans le débat public

Jean Tirole est membre du Conseil d’analyse économique depuis 1999. À ce titre, il a rédigé plusieurs rapports sur l’économie industrielle (rapport sur la grande distribution avec Patrick Rey ; rapport sur la propriété intellectuelle, avec Bernard Caillaud et Claude Henri). En 2003, il propose avec Olivier Blanchard une taxe sur les licenciements consistant à moduler les contributions des entreprises à l'assurance chômage en fonction du taux de licenciement, afin de responsabiliser les entreprises. Parallèlement, les auteurs suggèrent de remplacer le CDD et le CDI par un contrat de travail unique avec une augmentation progressive des droits des salariés en fonction de l'ancienneté[15].

Depuis 2008, il écrit régulièrement sur la crise financière et la régulation des banques.

Il est aussi l'auteur d'un rapport sur le réchauffement climatique ; il y exprime ses craintes vis-à-vis de l’issue des négociations à la conférence de Copenhague de 2009 sur le climat et préconise un cadre pour les négociations futures. En juin 2015, il cosigne avec une quarantaine d'économistes un « appel pour un accord climatique ambitieux et crédible » lors du sommet de Paris de décembre 2015, dans lequel est préconisé notamment la mise en place d'une tarification mondiale du carbone[16].

En avril 2017, il fait partie des signataires d'une tribune publiée dans Le Monde dénonçant les risques et les incohérences du programme anti-européen de Marine Le Pen[17].

Critiques

Au moment de la réception du prix Nobel de Jean Tirole, ses prises de position ont suscité des critiques, les mesures qu'il recommande étant jugées par les adversaires du libéralisme économique[18], tel que le magazine Alternatives économiques, comme favorables à la privatisation du service public, au « capitalisme financier » et opposées au droit du travail. Il est critiqué comme étant représentatif de la ligne néoclassique « orthodoxe »[19].

Alors que les économistes dits « hétérodoxes » souhaitaient ouvrir dans les universités une section d'économie différente, intitulée « Institutions, économie, territoire et société », qui comprendrait plus de sciences sociales, Jean Tirole a écrit en décembre 2014 une lettre à la Ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso s'opposant à cette proposition et défendant le caractère scientifique unique de l'économie[20]. Pour lui, séparer l'enseignement de l'économie en deux sections différente favoriserait le « relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme ». Après une audition, Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Éducation nationale, prend la décision de geler le projet d'ouvrir une deuxième section économique. Il est alors critiqué pour exclure de facto les économistes « hétérodoxes » et mettre en place une forme de « pensée unique » en économie. Ainsi Gaël Giraud dénonce une « colonisation » de l'enseignement supérieur par les économistes orthodoxes. De son côté, Bernard Maris avait décrit les théoriciens de l'économie industrielle avec des mots durs : « Les théoriciens de l'économie industrielle sont une secte, dont l'obscurantisme et le fanatisme donnent froid dans le dos. Il n'est pas difficile de repérer le taliban sous l'expert, et le fou de Dieu sous le fou de l'incitation »[21].

Pour L'Humanité, il est un « auxiliaire décomplexé des exploiteurs », opposé à Karl Marx et favorable à l'esclavage[22].

Conférences internationales

Jean Tirole a par ailleurs été invité à participer à plus de 75 grandes conférences.

Vie privée

Il est le fils d'un médecin et d'une enseignante. Il a trois enfants[23].

Bibliographie

Jean Tirole est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence, d'environ deux cents articles publiés en anglais dans des revues internationales et de trente-deux publications en français.

  • Dynamic Models of Oligopoly (avec Drew Fudenberg, Harwood Academic Publishers GMbH, 1986.
  • The Theory of Industrial Organization, MIT Press, 1988.
  • Game Theory (avec Drew Fudenberg), MIT Press, 1991[24]
  • A Theory of Incentives in Regulation and Procurement (avec Jean-Jacques Laffont), MIT Press, 1993[25].
  • The Prudential Regulation of Banks (avec Mathias Dewatripont), MIT Press, 1994[26].
  • Competition in Telecommunications (avec Jean-Jacques Laffont) MIT Press, 1999[27].
  • Financial Crises, Liquidity and the International Monetary System, Princeton University Press, 2002[28].
  • The Theory of Corporate Finance, Princeton University Press, 2005[29].
  • Balancing the Banks (avec Mathias Dewatripont et Jean-Charles Rochet), Princeton University Press, 2010[30].
  • Théorie de l'organisation industrielle, Economica, 2015
  • Économie du bien commun, Presses universitaires de France, 2016

Co-auteur

  • Blanchard, Olivier, Jean Tirole, 2003, Protection de l'emploi et procédures de licenciement, La documentation française [lire en ligne]

Prix et distinctions

Notes et références

  1. «
  2. a et b « Jean Tirole, Le quotidien en équations », Le Monde du 21 septembre 2007.
  3. « Un ancien élève du lycée Henri Poincaré prix Nobel d’économie !! | Lycée Henri Poincaré », sur www.h-poincare.fr (consulté le 10 janvier 2016)
  4. (en) Jean-Charles Rochet et Jean Triole, « Platform Competition in Two Sided Markets », Financial markets group,‎ (lire en ligne)
  5. Pascal Riché, « Pourquoi Google peut s’inquiéter de la nobélisation de Jean Tirole », rue 89,‎ (lire en ligne)
  6. Adrien de Tricornot, « Jean Tirole, un décrypteur des oligopoles », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. Airy Routier,Pierre-Henri de Menthon, Théories du bordel économique, J.C. Lattès, chapitre 1, en ligne
  8. « Lettre ouverte de Jean Tirole à Najat Vallaud Belkacem concernant l'ouverture d'une section multidisciplinaire d'économie au CNU (2015) », sur www.afep.fr, (consulté le 2 janvier 2017)
  9. Voir la rubrique « Biographie » sur la page du CNRS consacré à Jean Tirole CNRS Dossier de Presse du 20 septembre 2007
  10. a et b Esther Duflo, « Un monde meilleur, selon Jean Tirole », Libération,‎ (lire en ligne)
  11. a et b « Le prix Claude Levi-Strauss attribué à l'économiste toulousain Jean Tirole ».
  12. (en) « French economist Jean Tirole recognized for contributions to economic theory », 27 février 2014, université Northwestern
  13. Décret du 3 février 2014 portant nomination au Conseil stratégique de la recherche
  14. (en) « The Sveriges Riksbank Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel 2014 », sur nobelprize.org.
  15. Jean Tirole et Olivier Blanchard, Protection de l’emploi et procédures de licenciement, La Documentation Française, (lire en ligne)
  16. « Signatories », sur https://sites.google.com/a/chaireeconomieduclimat.org/tse-cec-joint-initiative/home, (consulté le 30 juin 2015)
  17. « Le programme antieuropéen de Marine Le Pen dénoncé par 25 Nobel d’économie », sur Le Monde.fr (consulté le 22 février 2018)
  18. F. Valéry avec AFP, « “Néolibéral dogmatique“, ”imposteur de l'économie” : le prix Nobel Jean Tirole cible des critiques surtout à gauche », sur France 3 Occitanie, (consulté le 10 avril 2018)
  19. « La légitime récompense de Jean Tirole », sur alternatives économiques, (consulté le 10 avril 2018)
  20. Frantz Durupt, « Bataille d'influence chez les économistes français », sur Libération, (consulté le 11 avril 2018)
  21. Hervé Nathan, « Quand le Nobel français d’économie pète un plomb… », sur Marianne, (consulté le 11 avril 2018)
  22. GÉRARD LE PUILL, « Jean Tirole, auxiliaire décomplexé des exploiteurs », sur L'Humanité, (consulté le 11 avril 2018)
  23. Alexandrine Bouilhet, « Jean Tirole, un Prix Nobel réformateur », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », mardi 14 octobre 2014, page 38.
  24. [1], sur le site du MIT
  25. [2], sur le site du MIT
  26. [3], sur le site du MIT
  27. [4], sur le site du MIT
  28. [5], sur le site de Princeton
  29. Description. Association of American Publishers 2006 Award for Excellence]
  30. [6].
    • Inside and Outside Liquidity (avec Bengt Holmström), MIT Press, 2011 [7], sur le site de Princeton
  31. [8]
  32. « Le Toulousain Jean Tirole reçoit le prestigieux prix Nemmers en économie », ToulÉco,‎ (lire en ligne)
  33. Hilary Hurd Anyaso, « Nemmers Economics Prize Announced : French economist Jean Tirole recognized for contributions to economic theory », sur northwestern.edu,
  34. « Troyes honore Jean Tirole », lefigaro.fr, 13 mars 2015.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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  • Page de Jean Tirole à l'IDEI
  • Jean Tirole sur le site du CNRS
  • sur la mystification du prix de la banque de Suède en sciences économiques
  • [PDF] CV de Jean Tirole
  • [PDF] Rapport Politique climatique : une nouvelle architecture internationale
  • [PDF] Communication du prix de la Fondation BBVA Frontiers of Knowledge