Jean Ray (écrivain)

Jean Ray
Description de cette image, également commentée ci-après
Plaque commémorative
sur la façade du domicile de l'auteur à Gand
Alias
John Flanders
Naissance
Gand, province de Flandre-Orientale, Drapeau de la Belgique Belgique
Décès (à 77 ans)
Gand, province de Flandre-Orientale, Drapeau de la Belgique Belgique
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français, néerlandais
Genres

Œuvres principales

Raymond Jean Marie De Kremer[1] est un écrivain belge bilingue, né le et mort le à Gand. Il écrit en français principalement sous le pseudonyme Jean Ray et en néerlandais souvent sous le pseudonyme John Flanders. Mais il a aussi usé de plusieurs dizaines d'autres pseudonymes et a, selon les éditions et rééditions, utilisé indifféremment l'un ou l'autre pseudo. Il est connu en français pour s'être largement consacré à la littérature fantastique, dont il est un des maîtres mais il a aussi beaucoup écrit pour la jeunesse.

Biographie

Arnaud Huftier, auteur de Jean Ray, L'alchimie du mystère (Encrages, 2010) et responsable de l'édition des textes dans leur version intégrale depuis mai 2016 (Alma éditeur), propose les repères biographiques suivants : « Jean Ray est né le 8 juillet 1887, à Gand, où il a fait ses études. En 1910, il entre dans l’administration communale de Gand, où il exercera divers emplois jusqu’en 1919. Parallèlement, à partir de 1909, il compose les chants français de différentes revues théâtrales flamandes, puis, à partir de 1910, des paroles de chansons. »

Maison natale de Jean Ray à Gand.

C’est dans ce cadre qu’apparaît pour la première fois, en 1912, la signature Jean Ray, avec la partition Tarif d’amour (Gand/Paris: Oscar Berte/Max Eschig). Publication dans Gand XXe siècle/Gent XXste eeuw, en 1911 et 1913, sous la signature Raymond De Kremer, de ses deux premières nouvelles en français : « Sur la route » et « Le Voleur ». Le 17 février 1912, il se marie avec Virginie Bal, artiste de music-hall connue sous le nom de scène Nini Balta. Naissance le 7 juillet 1913 de leur fille unique, Lucienne De Kremer. Publication dans Ciné en 1919, sous le pseudonyme Jean Ray, de ses deux premières nouvelles fantastiques : « La vengeance » et « Le Gardien du cimetière ». Il va désormais vivre de sa plume.

À partir de 1920, il participe au Journal de Gand, puis, à partir de 1923, dirige L'Ami du Livre. Il y publie la plupart des nouvelles qui vont constituer son premier recueil, édité par La Renaissance du Livre en 1925 : Les Contes du whisky. Le 8 mars 1926, Raymond De Kremer est arrêté et inculpé de fraude. Mis en faillite, il est condamné à six ans et six mois de prison, et sera finalement libéré le 1er février 1929.

Le 23 juin 1928, apparition de la signature John Flanders dans la revue néerlandophone Ons Land. Il faut attendre la sortie de prison de l’auteur pour voir cette signature s’imposer dans La Revue Belge. Fin 1931, publication, sous signature Jean Ray, du recueil La Croisière des ombres aux Éditions de Belgique. À la suite de l’échec critique et commercial de ce volume, il va multiplier les collaborations : des récits pour la jeunesse, avec les presses de l’abbaye d’Averbode, ou pour la revue Bravo (où il utilise 166 pseudonymes) ; des nouvelles dans La Flandre Libérale, Mon copain, Prenez-moietc. ; des articles dans Les Débats, De Filosoof, Le Bien Public, De Dagetc. ; des fascicules Harry Dickson à partir de 1932…

C’est l’époque la plus prolifique en publications : en 1936, il publie 96 fictions originales et près de 300 articles, alors qu’en 1937, ce sont 108 fictions originales et toujours quelque 300 articles… Retour du nom Jean Ray en temps de guerre, avec la publication aux Auteurs Associés des recueils Le Grand Nocturne (1942), Les Cercles de l’épouvante (1943), Les Derniers Contes de Canterbury (1944), ainsi que des romans Malpertuis (1943) et La Cité de l’indicible peur (1943).

Après la Seconde Guerre mondiale, l’auteur reprend son activité de polygraphe, collaborant notamment à Audace, Le Petit Luron/‘t Kapoentje, Les Cahiers de la Biloque, Overal, Fiction, Het Volk, Tintin/Kuifje, Mystère-Magazine, Golf, etc., et publiant de nombreux romans pour la jeunesse.

En 1947, sortie aux Éditions de la Sixaine du recueil Le Livre des fantômes et de l’anthologie La Gerbe noire dirigée par Jean Ray. En 1961, publication chez Marabout du recueil Les Vingt-cinq meilleures histoires noires et fantastiques. Suivront, chez ce même éditeur, les recueils inédits Le Carrousel des maléfices (1964) et Les Contes noirs du golf (1964).

De 1963 à 1965 paraissent aux éditions Laffont quatre volumes trompeusement intitulés : Œuvres complètes. Dans le deuxième volume en 1964 figure notamment le roman inédit Saint-Judas-de-la-Nuit. Décès de Jean Ray à Gand, le 17 septembre 1964, à h 30.

Selon la légende qu'il a lui-même répandue à travers quelques interviews[2], et qui fut en grande partie entretenue par Henri Vernes, ainsi que dans les préfaces de ses ouvrages aux Éditions Marabout dans les années 70, il se serait engagé comme marin et aurait fait le tour du monde, participant à la contrebande d'alcool durant la prohibition aux États-Unis. Cette version d'un Jean Ray bourlingueur et globe-trotter, contrebandier et pirate à bord du Fulmar est remise en cause par plusieurs biographes de l'auteur.

Parcours littéraire et professionnel

En 1925, il fait paraître Les contes du whisky, son premier recueil de nouvelles. Il entame alors une collaboration plus ou moins anonyme avec plusieurs journaux et revues. C'est ainsi qu'il crée le pseudonyme de John Flanders en 1928. En 1932 paraît son deuxième recueil : La croisière des ombres qui ne connaîtra aucun succès. On peut raisonnablement penser que cet échec est le résultat de la médiatisation autour de son nom en 1927. Toujours en 1932, il s'investit dans la série de fascicules populaires : Harry Dickson ; il n'a pas créé la série à l'origine, il n'a été en fait — au début — que traducteur des aventures d'un « Sherlock Holmes américain », de l'allemand vers le néerlandais (apparition du nom de « Harry Dickson »), puis vers le français. À la longue, il finit par trouver les textes d'origine si médiocres qu'il obtient l'accord de son éditeur pour réécrire les histoires à condition qu'elles respectent le titre et le dessin de couverture des recueils originaux. 103 aventures seront ainsi entièrement de sa main sur les 178 fascicules parus.

Parallèlement, il collabore aux Éditions d'Averbode et publie des textes destinés à la jeunesse, aussi bien en français : Presto-Films, qu'en néerlandais : Vlaamse Filmpjes. Cette collaboration durera jusqu'à la fin de sa vie.
Viennent alors les années de guerre. Il fait partie d'un groupe d'écrivains qui s'associent pour pouvoir publier : « Les auteurs associés » et y publie son plus fameux roman, Malpertuis (1943), mais aussi : Le Grand Nocturne (1942), Les Cercles de l'épouvante (1943), La Cité de l'indicible peur (1943) et Les Derniers Contes de Canterbury (1944). Il ne cessera d'écrire jusqu'à sa mort le , dans sa ville natale de Gand. Au nombre de ses recueils s'ajoute une nouvelle série : Les Contes noirs du golf, série de récits noirs avec pour cadre le monde du golf, écrits pour un journal sportif.

Le centre-ville de Gand

Au début des années 1960, Jean Ray annote avec Henri Vernes, le créateur de Bob Morane, une liste répertoriant toutes les aventures de Harry Dickson afin de préciser lesquelles étaient de sa plume. Il fait quelques erreurs, mais il gardera, malgré quelques coqueteries sur leur aspect « alimentaire », un excellent souvenir de ces aventures vieilles de trente ans. Jean Ray sera ainsi particulièrement touché que le réalisateur Alain Resnais envisage d'adapter certains épisodes au cinéma.

Jean Ray a aussi été secrétaire de rédaction à l'hebdomadaire Bravo de 1936 à 1940 (cette publication paraissait alors exclusivement en néerlandais). Il y a écrit de nombreux contes ainsi que les scénarios de la série Edmund Bell, mise en images par le grand peintre expressionniste Frits van den Berghe. Après la guerre, il continue d'écrire pour la jeunesse dans plusieurs revues dont l'hebdomadaire Petits Belges. On peut retrouver des nouvelles en français dans le Journal de Mickey.

Réception de l'œuvre de Jean Ray

Malgré des débuts délicats en France, Jean Ray occupe désormais la place la plus importante au sein de l'école belge du fantastique. Son œuvre se caractérise surtout par des histoires peuplées de fantômes et de créatures de l'au-delà. La peur en est le moteur principal, ainsi que ce que cache chaque masque que porte tout individu et l'idée de la survivance des dieux. Son écriture baroque doit beaucoup au roman gothique anglais du XVIIIe siècle.

L'œuvre de Dickens a énormément influencé Jean Ray. Dickens est évoqué dans bon nombre de nouvelles ainsi que dans la série des Harry Dickson. Selon Jacques Van Herp et d'autres spécialistes, Jean Ray et Lovecraft ont été influencés par William Hope Hodgson.

Œuvres de Jean Ray

Sous le nom de Jean Ray

Sous le nom de John Flanders

Plaque Souvenir comme John Flanders au numéro 539 de Rooigemlaan à Gand.

Pseudonymes

On prête à Jean Ray une bibliographie surabondante approchant 9 300 contes et nouvelles et 5 000 reportages, chroniques, critiques et textes divers. Les biographes reconnaissent avoir beaucoup de mal à reconnaître l'auteur, qui usa largement de nombreux pseudonymes, dont voici quelques-uns : Abrosius, Acker, Newton Baralong, B. Bachelor, Alix R. Bantam, Leslie Bram-Westlock, Gérard Bryne, Philip Clayson Jr, Martin J. Cross, Alphonse Denouwe, Eustache Gill-Banks, Lizzie Hattle, Telka-G. Haigh, W. Morton Haigh, Larssen Hegel, Warton Hepburns, Benjamin Herscher, Fritz Ichauson, Sidney Irving, W. W. Kolman, Lower Ritchard, John S. Meril, Marius Motin, Matt O’Monroy, Beryl Orths, William Preston, Werner Price, John M. Ray, John R. Ray, King Ray, Harold D. Raynes, Walt Reeves, Axel Reiss, Baldwin Ross-Marden, Alice Sauton, John Sailor, Sedgemoor, Richard Sherman-Wheel, Harry V. Smiles, J. White Stewart, R. M. Temple, S. Tombs, Reginald Turner, J. Terrence Vannes, Gustave Vigoureux, Harry D. Whale, Philip Waters Jr, Ethel M. Wright, Albin D. Young...

Jean Ray lui-même n'accordait aucune importance à l'usage de l'un ou l'autre de ses pseudos : ainsi, plusieurs récits initialement signés John Flanders ont été repris par lui dans des recueils signés Jean Ray (notamment dans Le Carrousel des maléfices, La Croisière des Ombres et Les Cercles de l'Épouvante).

Adaptations

Alain Resnais envisage dans les années soixante d'adapter plusieurs aventures d'Harry Dickson. Il rencontre Jean Ray pour discuter de ce projet. Des repérages sont menés à Londres par Resnais et son équipe avant que le projet ne soit finalement abandonné.

Cinéma

Bandes dessinées

Postérité

Jean Ray et Henri Vernes

On relève de nombreuses allusions à Jean Ray dans l'œuvre d'Henri Vernes, qui fut son ami.

  • La seconde partie de l'aventure de Bob Morane intitulée Les dents du tigre, initialement publiée en 1958, est appelée « La Terreur verte ». Il s'agit d'une référence explicite à La Terreur rose de Jean Ray, nouvelle parue en 1944. Ceci est confirmé par l'épigraphe extraite de cette dernière, et figurant au début du second tome de l'édition en deux volumes du roman, parue en 1967[4].
  • Jean Ray, sous le surnom de « Tiger Jack », est l'un des principaux protagonistes de l'aventure de Bob Morane intitulée Trafic aux Caraïbes, publiée en 1961. Henri Vernes en trace un portrait saisissant, suivi quelques pages plus loin d'une biographie prenant plus de deux pages :

« L'œil gris-vert, un peu globuleux sous de lourdes paupières, avait la froideur d'éclats de verre, le nez courbe d'Indien des plaines faisait songer à un fer de hache et la bouche grande, sans lèvres, serrée et aux commissures légèrement tombantes, avait tout du piège. En outre, ce visage qui, au Moyen Âge, aurait immanquablement fait penser à un masque de bourreau, ne semblait pas taillé dans de la chair, mais dans une matière grise comme la pierre ponce, une matière que tous les soleils, tous les vents avaient caressée, mais sans la marquer[5]. »

Le personnage de Tiger Jack est de nouveau mentionné dans Les Spectres d'Atlantis (1973), un roman dédié « À l'homme du FULMAR » : Bob Morane y retrouve l'épave du Fulmar parmi celles d'un cimetière de bateaux mystérieusement apparu dans la mer des Sargasses[6]. Le fantôme (ou l'esprit) de « Tiger Jack » inspire Bob Morane dans sa lutte contre un Dagon ichtyomorphe très lovecraftien.
  • Dans Les Guerriers de l'Ombre Jaune, roman publié en 1965, Jean Ray se révèle être l'un des auteurs préférés de Bob Morane, qui sait le citer à l'occasion :

« Et, en dépit du tragique de l'instant, Bob ne pouvait s'empêcher de songer à ce qu'avait écrit un de ses auteurs favoris, le grand écrivain fantastique Jean Ray : Une fenêtre dans la nuit est une épouvante. J'ai connu des gens qui devinrent fou, rien que d'attendre l'être de cauchemar, surgi des ténèbres, qui collerait sa face mortelle sur les carreaux[7]. »

  • Henri Vernes a évoqué ses vingt ans d'amitié avec Jean Ray dans Jean Ray, 14, rue d'Or, publié en 2016.

Autres références et hommages

  • Jean Ray est le personnage central d'une nouvelle de Thomas Owen, Au cimetière de Bernkastel, publiée en 1966, en hommage à cet auteur.
  • En 2003, l'illusionniste belge Christian Chelman lui a dédié Le Mauvais Lieu, conte magique inspiré de Malpertuis.
  • En 2008, pour le soixantième anniversaire de l'ouvrage Le Livre des fantômes, la revue de nouvelles canadienne Virages a publié un numéro thématique intitulé Mon fantôme à moi (d'après le titre de la première nouvelle du recueil de Jean Ray, où il fait connaître à son lecteur le mystérieux petit homme au foulard rouge qui hanta son enfance).
  • En 2012, Le romancier et nouvelliste Laurent Mantese a publié un recueil de nouvelles en hommage à Jean Ray, Le Comptoir des épouvantes, aux Éditions Malpertuis (coll. Absinthes, Éthers, Opiums no 22)[8]

Bibliographie

  • Marc Bailly (dir.), Phénix, no 32 : « Les Fous de Jean Ray ».
  • Jean-Baptiste Baronian, Jean Ray, l'Archange fantastique, éd. Librairie des Champs Elysées, 1982.
  • Jean-Baptiste Baronian, La Belgique fantastique avant et après Jean Ray, éd. Marabout-Gérard, coll. « Anthologie du fantastique », 1975, 384 p.
  • Jean-Baptiste Baronian & Françoise Levie, Jean Ray, éd. La Maison d'à Côté, 2010, 224 p. (ISBN 978-2-930384-29-0)
  • Arnaud Huftier, Jean Ray : L'Alchimie du mystère[9], éd. Encrage, coll. « Travaux », 2010, 767 p. (ISBN 2251742433)
  • Arnaud Huftier & André Verbrugghen (dir.), Otrante, Art et littérature fantastiques, no 14 : « Jean Ray / John Flanders, Croisement d'ombres », automne 2003.
  • François Truchaud & Jacques Van Herp (dir.), Cahiers de l'Herne, no 38 : « Jean Ray », Paris, éd. de l'Herne, 1980, 416 p.
  • Henri Vernes, Jean Ray, 14, rue d'Or, préface de Jean-Baptiste Baronian, illustrations de Thierry Mortiaux, Bruxelles, éd. La Pierre d’Alun, coll. « La Petite Pierre », 2016, 141 p. (ISBN 978-2-87429-099-2).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Notice sur la Bibliothèque nationale de France
  2. Revue mensuelle Mystère Magazine, no 41, juin 1951; cf. encore son "non-dit" sur la question dans son interview par Jean Antoine en 1961 pour l'émission Cahiers du temps présent de la RTBF au cours duquel il évoque aussi sa grand-mère sioux, ses cicatrices de balles sur la poitrine, son dressage des araignées (« j'aime tous les animaux, d'ailleurs je n'aime que les animaux ») et sa correspondance avec H. G. Wells sur le fait que l’Homme invisible aurait dû être aveugle.
  3. Une large partie de ce roman sera repris quasiment à l'identique dans un épisode de Harry Dickson, "La cité de l'étrange peur".
  4. Henri Vernes, Les Dents du tigre 2. La Terreur verte, Marabout, coll. « Pocket Marabout », 1967, p. [5].
  5. Henri Vernes, Trafic aux Caraïbes, Marabout, coll. « Pocket Marabout », 1972, p. 53.
  6. Henri Vernes, Les Spectres d'Atlantis, Marabout, coll. « Pocket Marabout », 1972, p. 27 et suivantes.
  7. Henri Vernes, Les Guerriers de l'Ombre Jaune, Marabout, coll. « Pocket Marabout », 1970, p. 38.
  8. noocontact@noosfere.com, « Le Comptoir des épouvantes, Laurent MANTESE », sur www.noosfere.org (consulté le 3 septembre 2018)
  9. Jean Ray, l’insaisissable Article de www.lalibre.be, section culture/livres, 31 mai 2010